Embargo sur Cuba : l’Onu sans moyen d’action Pour la quinzième année consécutive, l’Assemblée générale de l’Onu a condamné le blocus économique, commercial et financier qu’imposent à Cuba depuis plusieurs décennies les Etats-Unis. Il y a quinze ans, 59 nations avaient ouvertement condamné le blocus sur Cuba, 71 s’étaient abstenues et 46 représentations diplomatiques n’avaient pas fait le déplacement. En 2006, 183 pays (des 192 représentés à l’Assemblée générale) ont voté contre les Etats-Unis et son blocus, quatre ont voté en faveur : les Etats-Unis, Israël ainsi que les républiques de Palau et des Iles Marshall... En attendant, l’Onu continue de condamner, mais elle n’a aucun moyen de pression... Blocus financier : de pire en pire : Ainsi, selon des chiffres du gouvernement cubain, le blocus, depuis ses débuts jusqu’à 2005, représenterait un manque à gagner pour l’île d’environ 82 milliards de dollars américains ; et d’approximativement 140 milliards si s’ajoutent : - Les conséquences directes sur les objectifs économiques et sociaux du pays des divers sabotages et actes terroristes animés, organisés et financés par et depuis les Etats-Unis - La valeur des produits que Cuba dut cesser de produire du fait de ces sabotages - Les conditions particulièrement onéreuses des crédits imposés à Cuba. - Blocus technologique : accès Internet limité….. En gros, finalement, Cuba ne peut exporter aucun produit vers les Etats-Unis, ni ne peut importer de ce pays une quelconque marchandise, hormis des produits agricoles. Elle ne peut pas non plus avoir de relations commerciales avec les filiales de compagnies nord-américaines dans des pays tiers. Elle ne peut recevoir de touristes en provenance des Etats-Unis ou de nationalité américaine. De nombreux citoyens et entreprises du monde entier, notamment des Etats-Unis, ont évidemment souffert directement de ces réglementations, en étant poursuivis financièrement ou interdits de séjour dans l’île. Pour renforcer les dispositions déjà en vigueur, l’administration Bush a poursuivi, et endurci ces derniers temps, un plan pour l’annexion de Cuba formulé par la « Commission d’assistance à une Cuba libre », dont l’objectif est de détruire le système politique, économique et social du peuple cubain, et à terme annexer l’île au territoire américain. Finalement, malgré la condamnation à la quasi-unanimité du blocus perpétré sur Cuba par les Etats-Unis, ces derniers continuent d’agir en toute impunité. L’Onu, comme d’habitude, se contente de dénoncer, car elle n’a finalement aucun moyen de pression face au leader mondial de l’économie. Néanmoins, la plus grande île des Caraïbes arrive à obtenir un indice de développement humain - indicateur du PNUD qui classe les pays selon le niveau de santé, d’éducation et de vie - supérieur à celui de pays développés ou émergents tels que la Russie, le Mexique, le Brésil, la Chine ou l’Inde. Elle a été classée ainsi 52e sur 177 en 2003. Les systèmes éducatif et de santé sont d’ailleurs réputés, et de nombreux médecins cubains sont envoyés à l’étranger dans le cadre de coopérations internationales (Pakistan, Amérique du Sud...). Quelle que soit l’opinion politique arborée, force est donc de constater que Cuba a du mérite de lutter contre vents et marées et de croire encore à la Révolution menée depuis plusieurs décennies. Cet embargo risque de faire de plus en plus de dégâts dans la mesure où Cuba n’a toujours pas pu rénover ses équipements industriels, faute de moyens. Mais avec l’arrivée au pouvoir de régimes socialistes en Amérique latine prônant la rupture avec les Etats-Unis (Vénézuela et Bolivie entre autres), Cuba devrait se sentir moins seule et trouver des alliés de choix pour poursuivre sa Révolution. Jeremy Jovelet |