Anticommunisme en
Tchéquie : Extrait d’un article
du Figaro :
… ILS NE PARLENT plus de «dictature du prolétariat» mais les portraits de
Marx et d'Engels restent accrochés dans leurs bureaux. Ils ont remplacé la
faucille et le marteau par des cerises mais ont gardé l'étoile rouge. Ils
viennent d'évincer leur ancien chef, le stalinien Miroslav Grebenicek, au
profit du jovial camarade Vojtech Filip. Mais pour le seul Parti communiste
non réformé d'Europe, les changements ne sont que cosmétiques.
…Plus de 60 000 personnes ont signé une pétition visant à interdire la
propagation de l'idéologie communiste. «Pouvez-vous imaginer un parti en
Allemagne qui ajouterait juste une lettre à son ancien nom, NSDAP (le parti
nazi) ?, interroge un sénateur à l'origine du texte, Jaromir Stetina. Les
communistes tchèques l'ont fait : de KSC, ils sont devenus KSCM.»
L'eurodéputé libéral Jan Zahradil renchérit : «Il y a deux poids deux
mesures entre le traitement réservé aux communistes et celui réservé aux
néonazis. Or, la haine sociale et la promotion de la lutte des classes ne
sont pas moins dangereuses que la haine raciale.»
Pour la première fois, quelque 9 000 personnes se sont rassemblées, le 1er
mai, sous la bannière «Le 1er mai sans communisme», sur la place de Prague
où le KSCM a l'habitude de manifester. «L'expérience du paradis socialiste,
pendant plus de quarante ans, ne nous suffit-elle pas ?», s'indigne la
Confédération des prisonniers politiques. Plusieurs magasins vont jusqu'à
offrir une réduction à ceux qui, en rapportant un bulletin de vote KSCM,
prouveraient qu'ils n'ont pas voté pour lui ! Un groupe d'artistes propose
pour sa part des «T-shirts contre le communisme», avec des slogans parfois
haineux comme «Tuez un communiste, œuvrez pour la paix dans le monde !» Dans
cette atmosphère de violence, un député, Jiri Dolejs, a été agressé, le mois
dernier, aux cris de «sale communiste !»
Malgré les efforts de Vojtech Filip, 51 ans, pour apparaître plus modéré que
son prédécesseur, le KSCM se débarrassera difficilement de son statut de
paria. Tous les partis politiques refusent de s'allier avec les communistes.
Une majorité de Tchèques (52%) se dit opposée à leur participation au
gouvernement. ….
Avec un électorat
principalement composé de personnes âgées nostalgiques et d'oubliés des
réformes, le KSCM – le plus grand parti tchèque, avec 90 000 militants –
représente surtout un vote de protestation. «Son gros avantage est de ne pas
avoir été au gouvernement depuis quinze ans, analyse le politologue Jiri
Pehe. N'ayant pas été touché par la corruption, il apparaît, ironiquement,
comme un parti propre.» Selon un récent sondage, un Tchèque sur cinq
regrette l'ancien régime. Raison de plus, pour Vojtech Filip, pour rester
intransigeant sur l'idéologie. «Plusieurs partis communistes étrangers ont
modifié leur programme, explique-t-il. Cela a causé leur perte.»
Menacée d'interdiction, l'Union de la jeunesse communiste tchèque a fini
par renoncer, en mars, à son aspiration à renverser le capitalisme. «Nous
avons juste remplacé renversement par dépassement»*, raconte Radim Gonda,
son vice-président. ……
|