Conférence nationale des 21 et 22 octobre 2006

Une journée noire pour l’avenir du PCF

André GERIN, samedi 21 octobre 2006

 

Aujourd’hui je retire ma candidature. Je l’avait posée dans l’esprit de Coluche en 1981, pour faire avancer le « schmilblick »

Cette semaine Marie-George BUFFET et l’équipe dirigeante nous ont annoncé qu’un programme, une méthode, un calendrier existaient. J’étais rassuré !

On nous propose de voter les 10 et 11 novembre pour désigner Marie-George BUFFET majoritairement. Va-t-on voter pour que Marie-George BUFFET soit la candidate présentée par le PCF ? Va-t-on voter pour le projet du PCF ou pour le projet de Nanterre ?

Nous ne voulons pas recommencer avec le PS. Notre chance avec le programme anti-libéral serait de faire plus de 10 % voire d’être devant le PS. Mais, on ne nous dit rien sur le changement de politique, de pouvoir et de société. Ce projet est flou. Rien non plus sur l’identité de la France, sur la Nation, sur la croissance, sur le rayonnement du pays, sur une nouvelle politique économique, une nouvelle politique européenne.

On appelle cela un événement politique majeur. S’agit-il d’un projet du PCF ou d’un projet des collectifs ?

Les millions de Français qui souffrent du capitalisme vont être appelés à voter pour quoi : pour un PCF, parti de luttes et de gouvernement ou pour un PCF dilué dans un programme flou, approximatif qui contient tout et son contraire, sans aucune lisibilité ni crédibilité.

C’est une machine à perdre, on fait comme si le PCF n’avait plus vocation à être un parti de gouvernement.

On nous dit : ne recommençons pas ce que l’on a fait avec le PS, ce pourquoi nous avons été sanctionnés le 21 avril 2002. Nous avons choisi de nous fondre et de nous confondre avec la gauche plurielle et voilà le résultat :

Le parti, nos ministres n’ont pas voulu marquer notre différence, notre identité face au gouvernement Jospin sur plusieurs sujets aigus :

- Sécurité sociale : on avance l’argument que Lionel Jospin serait menacé si le groupe vote contre, on s’abstient donc,

 Caisse d’Epargne en voie de privatisation : abstention à l’arraché avec une lettre bidon de Dominique Strauss-Kahn,

- Directives européennes sur l’électricité : on s’abstient à contrecœur, Un ministre vante l’ouverture du capital d’Air France et les deux dernières années malgré la réticence du groupe : on vote le budget au nom de notre participation gouvernementale stratégique.

Nous avons payé cher cet alignement aux municipales de 2001 : nous avons perdu 30 villes.

Aujourd’hui il faudrait se dissoudre. Le PCF serait réduit à être le centre de ressources d’une recomposition politique qui ne veut pas dire son nom. C’est peut-être cela que l’on qualifie de nouveau tournant.

Ne pas recommencer avec le PS, cela veut dire quoi ?

- une liste de gauche plurielle était présente aux régionales de 1998

- une liste de gauche plurielle était présente aux régionales de 2004

Il est tout de même curieux que l’on soit frappé d’amnésie quand le parti amorce une remontée de son influence en 1995 avec près de 9 %, par rapport au résultat inférieur à 7 % en 1988.

Se démarquer du PS aujourd’hui, c’est plus que jamais être nous-mêmes, pour battre la droite, faire gagner la gauche, pas pour faire changer le PS, mais pour mobiliser les milieux populaires et réduire le Front national.

Le mirage de la gauche de la gauche est d’autant moins crédible, qu’avec le Non au référendum, il faudrait rallier Jean-Pierre Chevènement et soutenir Laurent Fabius ; ce qui serait cocasse ! Le tournant significatif, aujourd’hui c’est essentiellement des abandons. Que devient dans tout cela l’idéal communiste, les idéaux du socialisme. Je crains que nous tournions le dos à l’idée de révolution, loin des insurgés de 1848 qui revendiquaient, avec le drapeau rouge, une République sociale.

Marie-George BUFFET candidate, je suis d’accord, pour porter les couleurs du PCF, le programme du PCF, porter un projet capable de réaliser l’union du peuple de France. Le choix de la conférence nationale des 21 et 22 octobre 2006 peut être une journée noire pour l’avenir du PCF.

Je demande qu’aujourd’hui nous prenions date.

 

Intervention de Blandine Chagnard, Fédération du Rhône

Je rappelle que les communistes, c’est à dire, nous, lors du dernier congrès ont voté pour qu’il y ait un candidat du parti communiste.

Nous sommes un certain nombre dans le Rhône et au delà à maintenir cette décision.

Je voulais porter à votre connaissance cet appel en le distribuant lors de la pause sur vos tables mais la direction me l’a interdit et m’a fait sortir par le service d’accueil…. C’est pas élégant !!

Il y a déjà 200 camarades qui l’ont signé, je le tiens à votre disposition. Je ne vais pas vous le lire mais par contre je vais vous faire part de mes inquiétudes personnelles :

Les collectifs anti-libéraux ne sont pas porteurs d’espoir en tant que tel et cela ne représente rien dans les quartiers populaires dans le cadre d’élection. Cela ne parle pas.

Contrairement à une idée reçue la gouvernance n’est pas une idée neuve. La gouvernance c’est quand ce ne sont plus les partis politiques qui font la politique mais la société civile.

C’est un concept qui a cours aux Etats-Unis où la politique c’est d’abord de la communication avant d’être un programme. Est-ce la voie vers laquelle nous voulons tendre ?. Non, mais pourtant la gouvernance au bout du compte cela sert surtout les capitalistes. Imaginons que les collectifs anti-libéraux proposent un candidat qui ne soit pas d’un parti :. Comment nous aurons la garantie qu’il respecte nos engagements ? Lorsqu’un candidat est désigné par son parti il est tenu par le programme de son parti. Rien que cela c’est déjà une bonne raison pour qu’il y ait un candidat du parti communiste.

Et petite question où on zappe encore une fois les décisions prises au congrès : Pour ces collectifs anti-libéraux qui va payer la campagne ? (et le rapport du trésorier de ce matin ne m’a pas éclairée sur cette question. ! ) Qui va payer : la société civile ? le parti communiste en dépit des décisions du congrès ? Alors les communistes sont-ils encore souverains dans le parti ?

Evidemment certains nous disent qu’il ne faut pas rester enfermés sur soi, qu’il faut s’ouvrir. Je suis d’accord, je ne suis pas contre des alliances. Ce ne sont pas les collectifs que je veux remettre en cause c’est l’utilisation dans l’enjeu électoral qui n’est pas bon. Car quand même, camarades il y a une différence à parler EN TANT QUE communiste ou AU NOM du parti.

Dans nos associations de quartier, dans nos syndicats, nous parlons EN TANT QUE communistes, et c’est bien, mais lorsqu’il s’agit de gouverner la France c’est AU NOM du parti communiste qu’il faut faire des propositions. Or, lors du dernier conseil départemental, on nous a redit que chaque camarade parlait dans ces collectif anti-libéraux en tant que communiste, d’ailleurs il ne pourrait pas parler au nom du parti car jamais on a fait se prononcer les communistes sur un quelconque programme des collectifs anti-libéraux.

Apres avoir supprimé les cellules, maintenant on nous demande, je cite « de créer dans tous les quartiers dans toutes les usines des collectifs anti-libéraux » ! on fait l’échange ! Et pour couronner le tout on apprend que les collectifs anti libéraux remplaceraient le groupe communiste à l’assemblée. Si ce n’est pas la mort organisée du parti cela y ressemble quand même un peu, non ? !

La vie est de plus en dure, les attaques du capitalisme sont de plus en dures et le parti communiste est de plus en plus faible. C’est vrai. Mais ne jouons pas sur cette faiblesse.

J’entends bien que nous sommes tous des communistes, mais est-ce que le parti n’est pas en train de faire le deuil du changement de société. Car ce n’est quand même pas pareil anti-libéral et anti-capitaliste ! Le capitalisme serait devenu trop fort et il vaudrait mieux l’aménager le plus possible à gauche, le rendre le plus humain et social possible. Pourquoi pas…

Mais moi je veux encore penser que le capitalisme n’est pas immuable. Les exemples des pays d’Amérique du sud sont là pour le rappeler. Restons communiste !

Pour le changement de société, la France a besoin D’UN PARTI COMMUNISTE EXISTANT, j’insiste sur ce mot : existant.

Oui il faut un candidat du parti communiste d’autant plus que la vie ne va s’arrêter en 2007. Je ne sais pas si le parti peut se redresser à ces élections, mais au moins il y aura un parti anti-capitaliste qui s’exprimera en tant que tel et cela ne peut que nous aider pour l’avenir.

Dans le Rhône, nous avons fait un appel pour un candidat du parti communiste, vous pouvez en prendre connaissance et le signer. et mercredi 25 octobre nous avons convoqué une assemblée de tous les communistes du département du Rhône après cette conférence nationale pour débattre.

 

Intervention d’Emmanuel DANG TRAN, Paris 15 ème

 

Cette intervention n'a pu être prononcée que partiellement dans la discussion sur les amendements au texte de résolution qui ne donnera pas lieu à retranscription dans l'Huma.

J’ai voté contre la résolution au CN. Je continuerai à combattre et à appeler les communistes à combattre son contenu si, comme c’est hautement probable, notre conférence l’adopte. Elle porte en effet une nouvelle étape, extrêmement grave, dans le processus entamé avec la « Mutation » de disparition, de liquidation de notre parti. Oui, je pense que l’existence du PCF est menacée. Le texte de la résolution comporte des ambiguïtés, qui, si nous ne les corrigeons pas, deviendront de véritables tromperies pour les communistes. Première confusion à lever clairement : ce texte ne soumet pas au vote des communistes la candidature de la secrétaire nationale comme candidate du Parti sur le programme communiste. Il propose de proposer à la décision finale des collectifs, à qui on laisserait le dernier mot, la candidature de Marie-George Buffet comme candidate des collectifs, sur le programme des collectifs, elle-même proposant de se mettre en congé de sa responsabilité dans le PCF. Il serait indispensable de permettre aux communistes de se prononcer, de voter sur la question principale : veulent-ils que le PCF présente un candidat communiste sur un programme communiste. Il fait peu de doute que les communistes répondraient massivement oui. On va les empêcher de le faire. Quel mépris pour la souveraineté des communistes ! Deuxième ambiguïté soigneusement entretenue, la résolution est bien loin de se limiter à proposer une stratégie pour les élections présidentielles, qui devrait être statutairement le seul objet de notre conférence. Dans un paquet commun, elle engage le parti également pour les législatives où le Parti serait aussi placé sous la tutelle des collectifs. Beaucoup plus loin encore, elle inscrit le PCF dans de nouvelles structures « durables » qui, de la base au sommet, vont tendre à supplanter les organisations du Parti. Ainsi, le groupe parlementaire, qui cesserait, c’est historique, d’être le groupe communiste, comme le trahissait plus crûment la première version du texte. Sur la base de la confusion que portent le nom, le statut, l’éventuelle candidature de Marie-George, on veut entraîner les communistes à valider le choix de l’effacement du Parti, dans la suite et au-delà de la tentative, heureusement avortée, de changer le nom du parti avant le congrès de Martigues. La justification des collectifs ne tient pas la route. Entre la coordination des collectifs et le parti communiste français, pour moi, il n’y a pas photo ! Pour le rassemblement, les luttes, le changement de société, je choisis le PCF ! Que rassemblent les collectifs ? Certainement quelques personnes de bonne volonté mais sur le plan politique uniquement une série de groupuscules et d’individualités très marquées par leur hostilité historique avec l’organisation communiste. Ils ne regroupent surtout pas l’immense majorité des communistes, les adhérents du PCF sont au moins 10 fois plus nombreux. Le PCF, par ce qu’il représente, par son ancrage populaire, certes à condition qu’on le fasse vivre, est beaucoup plus à même de prolonger le formidable potentiel des 55% du NON de classe. J’entends que les collectifs représenteraient une nouvelle façon de faire de la politique. J’ai envie de rire. Rivalités, primaires, coups bas pour imposer ses candidats, on a déjà vu ça ailleurs comme les atmosphères d’AG étudiante. L’organisation communiste en cellules est 100 fois plus démocratique. Nous avons mieux à faire de notre temps à convaincre les travailleurs, qu’à convaincre des partenaires socialistes, trotskystes ou alterlibéraux comme cela a été répété. Les collectifs, c’est essayer de résoudre avec d’autres des problèmes qu’on ne se serait jamais posés seuls, que les salariés de ce pays ne posent pas du tout. Enfin « radicaux », ces collectifs ne le sont pas plus. La notion « d’antilibéralisme » est des plus vagues. Les partenaires sont presque tous arrimés à la social-démocratie. Ils annoncent bien une recomposition politique dans laquelle la résolution veut entraîner de force le Parti. Sans doute, une recomposition similaire à celles opérées en Allemagne ou en Italie où les partenaires du PGE fusionnent avec une partie de la social-démocratie où se rangent derrière l’ancien président démocrate-chrétien de la Commission européenne. Devant cette nouvelle étape de la stratégie de destruction du PCF, il revient aux communistes eux-mêmes, y compris aux centaines de milliers d’entre eux que la « Mutation » a déjà écartés, de défendre leur parti, de le sauver, en tout cas de faire vivre cet outil historique irremplaçable pour combattre le capitalisme dans notre pays. Cela passe par faire vivre, reconstituer nos organisations du parti, cellules, sections, délaissées par la mutation, bientôt supplantées par les collectifs, dans les entreprises et les quartiers. Dans la période pré-électorale, les communistes peuvent imposer des candidatures communistes dans le plus possible de circonscriptions sans se préoccuper des collectifs et sur des positions communistes claires. Notre démarche doit être plus que jamais de nourrir les luttes, de construire leur convergence, d’alimenter le rapport de forces pour battre la politique au service du MEDEF avant comme après les élections. Cela implique à mon sens de mettre en avant des propositions et des axes de rupture dans la campagne. Rupture claire avec le modèle de l’alternance et de la gauche plurielle.  N’entretenons pas d’illusions! Battre la droite ne suffit pas. Ceux qui se sont outrageusement engagés dans la campagne pour le OUI ne mèneront pas une politique de progrès. L’annonce dès à présent d’un désistement automatique sans conditions pour le candidat du PS nous déconsidère. Rupture avec le consensus autour de l’intégration européenne. Ne dévaluons pas la portée de la victoire du 29 mai en tombant dans la renégociation de la constitution européenne ! Appuyons nous au contraire sur elle pour battre en brèche la fatalité de l’application des traités, directives et règlements européens, par exemple de marchandisation des activités de services publics. Rupture encore avec l’acceptation de la fatalité de la baisse du coût du travail. Exigeons le SMIC non pas à un montant compatible avec les propositions du PS, mais au montant nécessaire pour vivre et compatible avec le niveau des richesses créés détournées vers les profits. Les communistes ont beaucoup à faire dans la période.

Un dernier point. Nous venons d’apprendre l’interdiction de l’Union de la jeunesse communiste tchèque, au motif qu’elle remet en cause la propriété privée des moyens de production. Je croix qu’il est indispensable que notre conférence exprime solennellement son soutien à nos camarades. Les forces revanchardes du capital ne se trompent pas sur leurs premiers ennemis : les communistes, le marxisme. Cela devrait nous conforter dans les fondements de notre parti

 

La position de la Gauche Communiste

La Conférence nationale du Parti communiste français, réunie les 21 et 22 octobre 2006 à Villejuif, a décidé à 80 % des votants de soumettre la candidature de MG Buffet aux collectifs anti-libéraux. 20 % des délégués à la Conférence se sont prononcés contre la démarche proposée, refusant la dilution du Parti communiste dans les collectifs.

La situation est inédite : le Parti communiste ne présente volontairement pas de candidat, mais soumet la candidature de sa secrétaire nationale à l’approbation de tiers. Que se passera-t-il si les collectifs anti-libéraux n’en veulent pas ? La Conférence nationale n’a pas abordé la question, se refusant à l’envisager ! La stratégie de la direction nationale du Pcf risque bien de déboucher sur une impasse.

La Gauche communiste maintient la candidature de Jean Jacques Karman et la soumet au vote des communistes des 10 et 11 novembre. Il ne s’agit pas de se battre pour un candidat, mais bel et bien pour un programme communiste de rupture avec le système capitaliste. Seule une rupture avec le système peut permettre une transformation en profondeur de notre société et mettre fin à l’exploitation de plus en plus criante du monde du travail par une caste capitaliste dévastatrice.

Compte tenu des sondages qui créditent MG Buffet de 2 % d’intentions de votes, il est suicidaire de retarder au 10 décembre – date à laquelle les collectifs désigneront leur candidat – l’annonce d’une candidature communiste. Sans réel programme, MG Buffet, par ailleurs ancienne ministre de la « gauche plurielle », est peu crédible pour personnifier le changement à gauche. Cette situation pourrait bien faire chuter le Parti à un plus mauvais score que celui de Robert Hue en 2002 !

Ni le programme du Parti communiste adopté au 33e congrès, ni la Charte antilibérale, qui porte des avancées certaines, ne proposent de rompre avec la logique capitaliste. Ils s’inscrivent dans la lignée du réformisme. C’est pour cette raison que nous poursuivons notre démarche : nous souhaitons instaurer un débat avec les communistes et avec tous ceux qui se battent pour une véritable transformation de société.

 

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