Bientôt une loi irakienne "made in USA" livrera aux mains des sociétés pétrolières 70% des revenus du pétrole.
Un pays considéré comme le troisième au monde pour les réserves pétrolifères, après l’Arabie Saoudite et l’Iran, mais qui pourrait être en réalité le deuxième, sinon le premier. Officiellement, l’Irak a des réserves de 115 milliards de barils de pétrole, 10% du total mondial, mais en réalité dans le désert occidental il y aurait des quantités de pétrole encore inconnues. Il s’agit d’un pétrole de très bonne qualité et très facile à extraire. Ce jardin des délices pour les pétroliers, plus de trente ans après la nationalisation du pétrole menée à bien par le président de l’époque Hassan al Bakr et par le vice président Saddam Hussein en 1972, sera bientôt à nouveau prêt pour être exploité à des conditions très favorables par les grandes multinationales comme la BP et la SHELL britanniques et les américaines EXXON et CHEVRON. La nouvelle loi qui sera discutée par le gouvernement de Bagdad proaméricain et pro-iranien sorti des élections mascarade de l’année dernière, se détache totalement des lois normalement appliquées dans la région et dans les pays en voie de développement, car elle permet aux sociétés pétrolières, sous un système appelé « Production-Sharing Agreements » , ou Psa, de s’approprier 75% des profits tant qu’ elles n’auront pas récupéré les coûts soutenus, pour descendre ensuite, si jamais ce jour arrive, à 20%. De plus, les contrats auront une durée de 30 ans et si un gouvernement irakien devait changer d’idée à l’avenir, il y aura toujours les marines pour lui rappeler ses devoirs. Il s’agit pour cela d’un accord qui sera difficilement accepté par le peuple irakien. Les accords de Psa laissent la propriété des gisements au pays qui reçoit mais octroient une grande partie des profits aux sociétés qui ont investi dans les infrastructures et dans la gestion des puits, des oléoducs et des raffineries et pour cette raison la nouvelle loi irakienne serait la première de ce type jamais adoptée par un grand pays producteur de pétrole de la région. En outre les sociétés pétrolières pourront exporter librement leurs profits sans aucune condition et ce faisant elles ne seront soumises à aucune taxe. Et justement dans ce but la constitution provisoire de l’Irak, écrite par les experts USA, ouvre la voie à la division du pays en trois « patries ethniques » une kurde, l’autre sunnite et la troisième chiite, qui gèreront d’une façon autonome l’exploitation des nouveaux puits pétroliers en ne laissant au gouvernement central qu’un pourcentage des revenus dérivant des gisements déjà en cours d’exploitation. Cela ne signifiera pas seulement un conflit permanent entre les trois entités, dont chacune peut être facilement faire l’objet de chantage de la part des multinationales, mais représentera aussi la fin d’un rôle prééminent du gouvernement central et donc de n’importe quelle forme de « welfare » et d’intervention de l’Etat dans l’économie. La loi qui légalise le vol des ressources irakiennes n’a pas été rédigée, comme on pourrait le penser, par le gouvernement irakien, mais par la BearingPoint, une société américaine embauchée par le gouvernement américain pour « conseiller » les autorités de Bagdad par un représentant fixe à l’ambassade Usa dans la « zone verte ». Stefano Chiarini Les États-Unis continuent de construire des bases qui pourraient durer des dizaines d’années. Georges Bush a lancé un « changement de stratégie » pour « la victoire »... Un formidable bruit médiatique pour recouvrir une guerre de plus en plus sale et sanglante. Dans cet effrayant remue-ménage il est besoin de revenir aux fondamentaux : dès la première page du premier chapitre du rapport du groupe d’étude Baker, on souligne l’importance primordiale de l’Irak pour les États-Unis car ce pays « a les deuxièmes plus importantes réserves d’hydrocarbures connues du monde ». « Nous combattons, tuons et mourons dans une guerre pour le pétrole ». Déjà en décembre 2002, le groupe de travail sur le pétrole et l’énergie du département d’État indiquait que les ressources pétrolières irakiennes devaient être la propriété des compagnies pétrolières internationales, autrement dit états-uniennes. Afin de tenter de réaliser cet objectif premier, dès l’invasion de l’Irak, le Pentagone a mis en œuvre un programme (qui a déjà coûté plusieurs milliards de dollars et qui, lui, n’a connu aucune variation ni contretemps) d’édification de bases géantes permanentes. Il y a actuellement cinquante-cinq bases US en Irak dont quatre au moins ont été construites et continuent à être développées pour durer des dizaines d’années. Al-Asad, la base située dans la province de l’Anbar occidental, a la dimension d’une ville états-unienne de « taille raisonnable » avec ses nombreuses lignes de bus, ses quartiers, un ensemble de fast-foods, de nombreuses grandes surfaces PX (destinés aux militaires) et des cours de golf... La base aérienne Balad (nord de Bagdad) a un trafic aérien équivalent à celui du grand aéroport O’Hare de Chicago. Ces bases doivent servir d’une part de point d’ancrage pour la « pacification » de l’Irak, puis pour le quadrillage du pays (contrôle, notamment, des puits de pétrole), et d’autre part de rampe de lancement d’opérations de bombardement en direction des pays de « l’arc d’instabilité » du Moyen-Orient, c’est-à-dire en premier lieu l’Iran et la Syrie, nommément ciblés dans le discours de Bush. Comme lors de la guerre du Vietnam, on passe sous silence les campagnes de bombardement essentiellement menées contre des villes (on compte quotidiennement plus de trente sorties de ce genre). La Maison-Blanche, pour tenter de tromper l’opinion publique, prétend vouloir faire en sorte que l’Irak ait un gouvernement fort permettant de restaurer la paix civile et sa souveraineté. Rien n’est plus faux : un Irak fort avec ce que cela suppose de volonté d’indépendance est un véritable danger pour la volonté hégémonique US. Ainsi les plans prévoient que tous les ministères irakiens soient doublés par une administration états-unienne, les ministres étant placés sous la tutelle de « conseillers ». À cet effet, l’ambassade des États-Unis à Bagdad est devenue un gouvernement bis. Plusieurs milliers de fonctionnaires vivent, travaillent, consomment et se détendent dans l’enceinte de cette véritable ville située dans la zone verte de la capitale et qui a la taille de l’État du Vatican. Ironiquement appelée par les Bagdadiens (en référence aux palais de Saddam Hussein) « le palais de George W. Bush », cette ville (dont l’édification a déjà coûté plus d’un milliard de dollars) vit en complète autarcie avec son propre approvisionnement en eau et électricité, son système indépendant d’assainissement, six immeubles d’habitation, sans oublier son propre système de - défense antimissile... « Ce qui n’est pas précisément le signal d’un Irak futur souverain ». Michel Muller.
Les bases US dans le jardin du pétrole
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