Le 24/04/2007 : Intervention de André Gerin lors de la réunion du Conseil National du PCF Paris
Dans le rapport que nous venons d’entendre, rien n’a été dit sur notre
responsabilité en tant que Parti communiste et sur la responsabilité de ses
dirigeants face à ce résultat catastrophique.
Nous payons très cher l’abandon de l’identité communiste, l’abandon de notre
autonomie, des abandons qui viennent de loin. Nous payons très cher ce refus
obstiné de présenter Marie-George Buffet comme candidate du Parti communiste
français.
Nous devons tirer les enseignements de cette stratégie d’échec, en préparant un
congrès extraordinaire, sous l’égide des adhérents, avec comme double objectif :
- d’unir et reconstruire le Parti communiste français
- de changer une direction qui n’a plus de représentativité.
Engageons-nous sans état d’âme pour battre Nicolas Sarkozy le 6 mai prochain.
Corrigeons le tir en présentant dans toutes les circonscriptions des candidats
communistes et en affirmant notre identité et notre autonomie. Menons une
bataille de rassemblement décisive pour une gauche authentique afin de combattre
cette droite reaganisée, cette droite versaillaise. Prenons appui sur cette
volonté des milieux populaires qui s’est exprimée dimanche par un vote massif.
Portons un projet alternatif au capitalisme.
Nous devons changer de stratégie pour sortir de l’impasse, sortir de la
confusion avec les collectifs anti-libéraux, avec ceux qui travaillent à une
recomposition politique visant à marginaliser et éliminer le Parti communiste
français.
Avec un PCF libre qui retrouve son autonomie, construisons un groupe communiste
à l’Assemblée nationale, rassemblons la famille communiste, initions un
dispositif exceptionnel de campagne pour les législatives.
Je trouve scandaleux que nous attendions le mercredi 9 mai pour évoquer cette
question au Conseil national. Dès maintenant, menons une campagne tambours
battants, créons un électrochoc, avec les communistes qui ont mené une belle
campagne et qui aujourd’hui se trouvent en souffrance, sont prêts à se réengager
pour l’union et la reconstruction du Parti communiste français.
Les communistes attendent un message très fort. Ne loupons pas le coche en nous
entêtant sur une orientation qui nous a menés à l’échec. Notre survie passera
par la reconquête des classes populaires et du monde du travail, la reconquête
de notre identité communiste et de notre autonomie.
Déclaration, le 24 avril 2007, à l’occasion du CN du PCF
Stéphane AURIOL,
fédération de Paris, collectif PCF-RATP-Bus
Emmanuel DANG TRAN, fédération de
Paris, section Paris 15ème
Fabienne DEBEAUVAIS, fédération de la
Somme, section d’Amiens
Claude FAINZANG, fédération de Paris,
section Paris 19ème
Nous ne pouvons pas et nous ne devons pas laisser dire que l’échec cuisant de la
candidature de Marie-George Buffet à la présidentielle représente une nouvelle «
défaite historique » pour le PCF et tout ce qu’il représente dans notre pays.
Tout simplement parce que c’est faux.
Le 1,93% ne sanctionne pas le PCF, mais au contraire la stratégie d’effacement
du PCF, de négation de l’identité communiste poursuivie et aggravée à l’occasion
de l’élection.
La direction du PCF a placé les communistes devant le fait accompli. Elle porte
l’entière responsabilité d’un résultat lourd de conséquences pour le Parti et
pour le pays et ne saurait maintenant se réfugier sous l’excuse du rouleau
compresseur du « vote utile » que contredit le résultat de Besancenot.
Pendant six mois, elle a embourbé les communistes dans les querelles
politiciennes des « collectifs antilibéraux », avant de déboucher, à reculons,
sur la candidature de Marie-George, non comme candidate communiste, mais comme
candidate d’une « gauche populaire antilibérale » que personne n’a pu
identifier. Marie-George s’est mise en congé de sa responsabilité au PCF.
L’élimination méthodique de la référence communiste de la campagne a semé le
trouble parmi les électeurs et les camarades. Sa réintroduction dans les
derniers jours, sans doute pour « limiter les dégâts » annoncés par les sondages
désastreux, a été trop tardive et timide pour changer quelque chose.
Ce n’est pas qu’une question de nom. Les orientations de campagne ont tourné le
dos au contenu et à ce qui fait l’utilité du vote communiste.
En faisant du rassemblement de « toute la gauche » dans les institutions la
condition du changement, la « gauche populaire antilibérale » a nourri elle-même
la logique du vote utile à ses dépens. Elle s’est évertuée à réhabiliter le
schéma politicien de l’alternance et la « gauche du oui », à contre-courant de
la dynamique des luttes et de sa recherche de perspective politique.
Elle a dévalorisé la portée du NON du classe de 2005 en s’inscrivant dans la
perspective de renégociation de la constitution de l’UE, au nom d’un illusoire «
traité constitutionnel des peuples », le directeur de campagne allant même
jusqu’à se déclarer « farouchement pro-européen » à la télévision. Dans cet état
d’esprit, comment proposer une voie efficace pour combattre par exemple la
marchandisation du gaz et de l’électricité au 1er juillet ?
La « gauche populaire » s’est détournée des positions communistes fondamentales
et d’un programme de rupture anticapitaliste. Des mots comme « nationalisations
», « propriété publique des moyens de production et d’échange», défense et
rétablissement des monopoles publics, semblaient tabous, alors même que le cas
d’Airbus les remettait à l’ordre du jour dans l’opinion publique.
Elle s’est aussi désolidarisée publiquement de la révolution cubaine, pourtant
socle de tout le mouvement émancipateur en Amérique latine.
Nous accusons la direction du PCF d’avoir privilégié ses projets de
recomposition politique au nom d’un « rassemblement antilibéral » en écartant
les possibilités réelles de renforcement du parti.
Le développement de grandes luttes depuis 2002, la mise en échec du CPE, le NON
majoritaire à la « constitution » européenne, le rejet croissant de la
mondialisation capitaliste et de ses effets, toute la situation sociale appelait
à une candidature clairement communiste, sur des propositions communistes.
La direction a refusé de permettre aux communistes, y compris au Conseil
National, de se prononcer sur ce choix d’évidence. C’était la condition de la
remontée de notre influence électorale. Nous en sommes plus convaincus que
jamais.
La direction du PCF est désormais disqualifiée et sa stratégie est à nue.
L’ensemble des choix opérés depuis 10 ans d’abord au nom de la « Mutation »,
maintenant du « rassemblement antilibéral » portent la disparition du PCF.
Le résultat désastreux du 22 avril ne doit pas servir de prétexte à une nouvelle
fuite en avant.
Le « rassemblement antilibéral » et l’opération politicienne des « collectifs »
ont fait la démonstration qu’ils représentent l’inverse du rassemblement du
monde du travail pour combattre la politique au service du capital.
Nous dénonçons toute opération de recomposition politique « à gauche », avec des
franges de la social-démocratie, supplantant le PCF, comme en Italie ou en
Allemagne, à l’image du Parti de la gauche européenne.
Nous dénonçons aussi toute tentation de réduire le PCF à un syndicat d’élus
satellisé au PS, aussi « radical » que le Parti radical de gauche.
Pour les communistes, l’heure doit être à la défense et à la reconquête de leur
parti, acquis irremplaçable du mouvement ouvrier dans notre pays.
Dans l’immédiat, nous appelons les communistes à s’engager pour faire barrage à
la droite de Sarkozy et à imposer pour les élections législatives des
candidatures communistes sur un programme communiste dans toutes les
circonscriptions.
La direction devra rendre des comptes. La question n’est pas de tenir un congrès
extraordinaire organisé dans la précipitation et dont elle tirerait à nouveau
toutes les ficelles. Les communistes ont besoin d’un congrès mettant à l’ordre
du jour le bilan de toute la Mutation depuis au moins le 30ème congrès de
Martigues et engageant tous les communistes, y compris les 85% des effectifs de
1994, que la « Mutation » a écartés du parti.
Dans les semaines et mois qui viennent, nous appelons les communistes à faire
vivre même contre la stratégie de la direction. Nous appelons à reconstituer sur
des bases de lutte, dans les entreprises et les quartiers, les organisations du
Parti, cellules, sections abandonnées par la « Mutation ». C’est la seule façon
pour les communistes de se réapproprier cet outil indispensable pour mener le
combat contre la mondialisation capitaliste. La situation politique, le
mouvement populaire l’exigent. Les lendemains d’élections s’annoncent durs pour
le monde du travail.
Le monde du travail, les victimes de l’exploitation capitaliste, le pays tout
entier ont plus que jamais besoin d’un parti communiste qui forge son action et
des propositions dans la lutte des classes. Ils n’ont pas besoin d’une nouvelle
mouvance social-démocrate.
Faisons vivre l’expression et l’organisation communistes ! Préservons
l’avenir du PCF. Assumons nos responsabilités de communistes !
Pour notre part, membres du Conseil national du PCF, élus sur la liste
alternative, sur la base du texte de congrès « Remettons le PCF sur les rails de
la lutte des classes », nous nous mettons à la disposition des communistes dans
cet objectif.