Nous avons perdu parce que
1 Nous n’avons pas bien analysé le phénomène Sarkozy, nous avons mis en avant la peur du fascisme sans pour autant donner de solution, nous sommes laissé aller à un antifascisme fantasmatique et bien confortable, piloté par la surenchère de l’extrême gauche, et nous avons donné l’impression de dénier le droit élémentaire à la sécurité, revendication des classes populaires. MGB aurait du s’afficher au moins une fois avec la police républicaine et les juges.
2 Nous avons alimenté le vote utile en faisant croire au dictateur, Sarkozy nous a mené par le bout du nez par ses provocations, comme par exemple les injustices commises à l’encontre des sans-papiers auxquelles nous avons su répondre en tant que citoyen, mais pas de manière politique.
3 Nous avons été
divisés, et les racines de cette division sont à rechercher dans le texte ambigu
sur la stratégie adopté au congrès, que pour ma part je n’ai pas voté.
les refondateurs (qui ne l’oublions pas sont dans la majorité !) l’ont
interprété comme un pas vers la recomposition politique qu’ils souhaitaient, et
la majorité des communistes ont pensé qu’il s’agissait d’une ruse de Sioux pour
mettre en route une candidature communiste avec habillage unitaire.
4 Nous avons entretenu l’illusion du double consensus dans les collectifs, impossible à trouver. Du coup la majorité indéniable que nous avons obtenu dans les collectifs s’est trouvée inexploitable politiquement.
5 Nous avons donné une impression de faiblesse en nous laissant manipuler par des aventuriers médiatiques comme Bové, et en ne sanctionnant pas les manœuvres internes dont le but était de déstabiliser la candidature Buffet.
6 Après la claque de 2002, la priorité absolue aurait du être le renforcement numérique et qualitatif du Parti, autour d’un effort de recrutement et de formation ; c’est évidemment impossible avec la participation à la direction d’un courant qui estime que "la forme parti est dépassée", qui récuse purement et simplement le socialisme et pour qui le communisme est devenu une visée philosophique nébuleuse, et avec la persistance de l’influence de la mouvance qui ne voit pour le PCF d’autre avenir que force d’appoint au PS.
6 Nous avons perdu un an et demi après le 29 mai, dans les forums, dans un congrès aux résultats inaudibles à l’extérieur du Parti, puis dans les collectifs, et pendant ce temps le facteur a eu tous le temps de poser à l’opposition radicale chez Arlette Chabot. Il faut en finir avec les groupes de parole et construire un discours politique réel qui n’émane pas de petits collectifs non représentatifs mais de spécialistes qualifiés, rédigés par des vulgarisateurs lisibles, et pas trop longs.
7 Nous nous sommes éloignés sociologiquement des masses que nous prétendons représenter ; il est significatif qu’à l’AG des cocos du XXème, il y ait très peu d’étrangers, d’ouvriers, d’employé, de jeunes. Pour y retourner, il faut se présenter sans honte et d’abord comme un parti des ouvriers, des employés, des salariés, du peuple, ce qui n’a jamais, bien au contraire, empêché le ralliement aussi des classes moyennes et des étudiants (qui au reste se sont prolétarisés). Je répète, et je le répéterais encore, que la seule mention du mot "ouvrier" dans le texte de la base commune proposée au congrès figurait dans l’expression "vote FN ouvrier". C’est tout dire.
8 Il faut assumer intelligemment notre passé en replaçant les excès imputables au stalinisme dans leur contexte historique (guerre mondiales, fascisme, guerre froide) et en montrant plutôt notre maturité démocratique en interne. C’est à dire en respectant les décisions votées par les communistes.
De : Gilles Questiaux, mercredi 25 avril 2007