55 % des russes considèrent la Révolution d’Octobre comme un événement positif.
Qu’elle est l’appréciation actuelle de l’opinion russe sur la révolution d’Octobre ?
Il y a quatre-vingt-dix ans, le 7 novembre 2007, que la révolution socialiste a éclaté en Russie. On entend aujourd’hui un peu tout et n’importe quoi sur la signification de cette révolution. Il est cependant certaines informations dont les médias (en particulier en France) ne parlent pas, peut-être parce qu’elles sont dérangeantes. En Russie, le Centre Youri-Levada, principal centre d’enquêtes d’opinion indépendant, réalise chaque année, et depuis 1990, à la veille de cet anniversaire, un sondage sur la perception par la population russe de cet événement historique.
En 1990, 49 % des Russes considéraient la révolution d’Octobre comme un événement positif, contre 30 % qui en avaient une vision négative. Le sondage réalisé cette année (octobre 2007) indique qu’à présent 55 % de la population russe considère la révolution d’Octobre comme un événement positif, contre 25 % d’opinions négatives. Parmi ces 55 %, plus de la moitié (31 % des sondés) considèrent que la révolution a permis de « donner une impulsion au développement économique et social du peuple russe », les autres (24 % des sondés) considérant que la révolution a « ouvert une nouvelle ère dans l’histoire du peuple russe ». Les 25 % d’opinions négatives se divisent entre ceux qui pensent (17 % des sondés) que la révolution a « freiné le développement économique du pays » et ceux pour qui la révolution a été une « catastrophe » (9 % seulement de la population, contre 13 % en 1990). 19 % des sondés (contre 22 % en 1990) n’ont pas formulé d’opinion.
Ces résultats sont d’autant plus intéressants qu’ils viennent après quinze ans d’une intense campagne d’anticommunisme dans les médias russes, lancée en 1992 sous la présidence de Boris Eltsine, alors que ce dernier avait besoin de consolider rapidement son pouvoir et de légitimer la capture, par ses amis oligarques et « nouveaux riches », de pans entiers de l’économie (industries, richesses nationales). L’objectif de cette campagne est aussi, aujourd’hui, de tenter de contenir l’influence du KPRF, le Parti communiste de la Fédération de Russie, devenu principale force d’opposition au gouvernement. Les principales têtes de liste de ce parti aux prochaines élections législatives, Guenadi Ziouganov et Jaurès Alferov (prix Nobel de physique et vice-président de l’Académie des sciences de Russie), ne manquent pas de faire des parallèles entre le degré de paupérisation et d’inégalités sociales de la « Russie profonde » qui existait à la veille de la révolution d’Octobre et la situation de la Russie actuelle, épuisée par des années d’« expériences » néolibérales et en panne grave d’investissements, notamment dans l’éducation, la santé et la science.
L’anniversaire de la révolution d’Octobre passe, cette année, d’autant moins inaperçu en raison d’une série de plusieurs événements politiques et culturels qui a commencé avec la tenue, il y a quelques jours à Minsk, d’un grand symposium international auquel ont pris part des délégations de partis communistes ou de gauche de plus de 80 pays. Ces mêmes délégations se sont ensuite rendues à Moscou pour des manifestations. La participation à ces divers événements rappelle, par le nombre de pays représentés, l’ampleur de l’influence de la révolution d’Octobre. Rappelons que cette révolution a catalysé bien des luttes en Asie (dont la révolution chinoise de 1945), en Afrique, en Amérique latine contre le colonialisme et l’impérialisme, pour l’indépendance nationale et pour le développement. Tous ces pays, qui représentent ensemble près de 40 % de la population de la planète, s’efforcent de développer, chacun à sa manière, les idées nées d’Octobre. L’Europe a été également représentée aux manifestations de Minsk et de Moscou, et pratiquement dans sa totalité (à l’exception, semble-t-il, de la France ?). Sont venus également l’Australie, le Canada, les États-Unis, le Proche-Orient (Liban, Syrie, Palestine, Jordanie), l’Afrique… et les anciennes républiques soviétiques qui ont vu ces dernières années (re)surgir des partis communistes, y compris dans les régions autonomes et les zones de conflits les plus durs (Abkhazie, Ossétie du Sud, Transnistrie).
L’état de l’opinion publique en Russie, quatre-vingt-dix ans après la révolution d’Octobre et les événements récents ci-dessus, traduit une réalité : les idées nées de cette révolution demeurent vivantes. N’en déplaise à certains qui, en France, s’empressent de déclarer péremptoirement qu’« il faut tourner la page de la révolution d’Octobre ».
Alexandre Zourabichvili, juriste