Aérospatiale : dix ans de dérive libérale et financière

Article de l'Huma du 6 mars 2007

Communiqués des ministères 1997-2002

Quelques dates et événements clés pour rappeler comment en moins de dix ans, le privé prend la main sur l’industrie aéronautique et détourne son capital au détriment d’une maîtrise publique.

Et dire que certains « s’offusquent » aujourd’hui de voir le débat sur l’avenir d’Airbus prendre une tournure politique. C’est véritablement par un acte politique et une déclaration commune le 9 décembre 1997 que le virage vers le privé s’amorce. Le 9 décembre 1997, Jacques Chirac, Lionel Jospin, Helmut Kohl et Tony Blair se prononcent pour une réorganisation urgente au niveau européen des industries aérospatiales, électroniques et de défense. Par ce même texte, ils demandent aux partenaires de préparer le changement de statut d’Airbus. Fini le groupement d’intérêt économique (GIE) constituant Airbus depuis sa création en 1970 et fondé sur les coopérations entre quatre pays. Il s’agit de préparer l’intégration de l’avionneur européen dans une société de droit privé.

1998. En juillet, l’entreprise publique Aérospatiale et Matra hautes technologies fusionnent. Avec 48 % des parts, l’État passe en dessous de la barre des 50 % et la porte s’ouvre grand à la privatisation. « C’est le prix à payer » pour préparer les bases d’une future société européenne, explique Dominique Strauss-Kahn, alors ministre des Finances. Un an plus tard, Aérospatiale-Matra assure dans un communiqué que « l’objectif de rentabilité opérationnelle fixé à 8 % sera dépassé à l’horizon des cinq prochaines années ».

1999. En octobre, Aérospatiale-Matra fusionne avec l’allemand Daimler-Chrysler pour former le groupe européen aéronautique et de défense EADS qui sera officialisé le 10 juillet 2000. Le capital de EADS se répartit ainsi jusqu’à la mi-2006 : 30,28 % pour la Sogeade qui regroupe à égalité (15,14 %) l’État français et Lagardère ; même proportion (30,28 %) pour Daimler-Chrysler ; 5,54 % pour l’État espagnol ; et 33,9 % constitués de capitaux flottants provenant des marchés financiers. On apprend que le pacte d’actionnaires au sein de Sogeade prévoit que les intérêts de la France sont « portés » par l’actionnaire privé. EADS est alors actionnaire à 80 % d’Airbus, British Aerospace (BAE) détient les 20 % restants. Des voix s’élèvent pour interroger : « Quel sera l’objectif prioritaire : la création de valeur pour l’actionnaire ou de nouvelles conquêtes européennes pour l’industrie aéronautique et l’emploi ? ». 1999, c’est aussi l’année où Airbus vend déjà plus d’avions que les dix premières années de son existence.

2001. Airbus devient une société intégrée de droit privé.

2002. Alors que cette année-là Airbus livre 300 appareils. Le président d’Airbus Noël Forgeard annonce le 17 juin que 6 000 réductions d’emplois sont prévues dans le groupe par des départs volontaires, par la suppression d’emplois à temps partiel, de travail temporaire, de contrats de sous-traitants.

2003. Pour la première fois, Airbus passe devant Boeing pour la vente d’avions dans le monde. Les actionnaires de EADS demandent que la marge opérationnelle qui s’élève à 7 % en 2003 « atteigne les 10 % le plus vite possible ». Noël Forgeard met alors en place un nouveau plan de réduction des coûts, Route 06, qui prévoit 1,5 milliard d’euros d’économies par an.

2006. Les groupes privés retirent en partie leurs billes. En septembre, c’est BAE qui vend ses 20 % dans Airbus pour 2,7 milliards d’euros et en tire un bénéfice de 1,77 milliard d’euros. Quelques mois plus tôt, les actionnaires privés fondateurs de EADS annonçaient leur prise de distance. Lagardère et Daimler-Chrysler cèdent chacun 7,5 % de leurs parts, pour se recentrer sur leurs métiers d’origine, les médias pour le premier, l’automobile pour le second. Du côté allemand, les 7,5 % sont achetés par des investisseurs privés (60 %) et publics (40 %) dont des Länder. La cession de la part Lagardère est progressive jusqu’en 2009. Les syndicats d’Airbus dénoncent les importantes plus-values - 2 milliards d’euros chacun- que vont réaliser ces deux actionnaires en vendant leurs 7,5 %. Des banques russes ont acheté en septembre 6 % d’actions EADS sur les marchés financiers. Ces derniers temps, des investisseurs du Qatar lorgnent sur une part du capital du groupe européen.

Dans la future répartition du capital de EADS, (État français 15 %, Lagardère 7,5 %, Daimler-Chrysler 22,5 %, État espagnol 5,5 %), quasiment la moitié (49,5 %) de EADS serait constituée par du capital flottant issu des marchés financiers. Le plus volatil, le plus exigeant de rentabilité financière à très court terme alors que l’industrie aéronautique a besoin de temps, d’investissements importants, durables et stables, et surtout d’un retour à une véritable maîtrise publique. 

Lundi 15 février 1999
Une étape décisive dans la constitution
du nouvel ensemble aérospatiale-matra


L'État et le groupe Lagardère viennent de conclure les négociations sur les conditions financières et partenariales de constitution du futur ensemble Aérospatiale-Matra.

Dominique STRAUSS-KAHN, Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Alain RICHARD, Ministre de la Défense, et Jean-Claude GAYSSOT, Ministre de l’Equipement, des Transports, et du Logement, se félicitent de cet accord qui constitue une étape essentielle dans le processus de rapprochement des deux entreprises, décidé et annoncé dans son principe par le Premier Ministre le 22 juillet 1998. Il fait suite à l’accord d’actionnaires conclu le 10 novembre 1998 entre Aerospatiale et Dassault-Industries qui a défini les caractéristiques du partenariat stratégique devant unir les deux actionnaires prépondérant de Dassault-Aviation, et à l’accord industriel conclu le 8 décembre 1998 entre Aerospatiale, le groupe Lagardère, Alcatel et Thomson-CSF qui a précisé les responsabilités et compétences respectives de chacune des entreprises dans les domaines de l’avionique, des systèmes de missiles et des satellites.

En raison de la complémentarité industrielle d’Aerospatiale et de Matra Hautes Technologies, cette fusion n’entraînera pas de restructurations susceptibles d’avoir des conséquences en termes d’emploi, le rapprochement étant de nature au contraire à conforter les perspectives des différentes branches d’activités du nouvel ensemble.

Le décret de privatisation d'Aerospatiale vient d'être publié au journal officiel, et le décret portant création d'une action spécifique, destiné à préserver les intérêts essentiels de la sécurité nationale, sera publié demain.

En apportant Matra Hautes Technologies au groupe Aerospatiale, le groupe Lagardère deviendra le partenaire stratégique privilégié du nouveau groupe qui prendra le nom d'Aérospatiale-Matra, et son premier actionnaire privé avec 33% du capital. L'État demeurera, de façon déterminante, le premier actionnaire d'Aérospatiale-Matra dont les titres seront cotés.

Préalablement à l’apport de Matra Hautes Technologies, le périmètre d'Aerospatiale sera modifié, la participation de 4% environ détenue par l’entreprise dans Thomson-CSF, d’une valeur de l’ordre de 1,5 milliard de francs, étant transférée à l’État.

En contrepartie de l’obtention de 33% du capital du nouvel ensemble ainsi reconfiguré et des droits particuliers attachés au statut de partenaire stratégique privilégié fixés par le pacte d'actionnaires conclu entre l'État et le groupe Lagardère, et outre l'apport de Matra Hautes Technologies à Aerospatiale, le groupe Lagardère s'est engagé à compenser patrimonialement l’État à hauteur de 2 milliards de francs, à savoir un montant fixe de 850 MF, et un montant variable, fonction de l'évolution future du titre Aérospatiale-Matra, pouvant atteindre 1 150 MF.

L'introduction en bourse du nouvel ensemble devrait intervenir avant le fin du premier semestre 1999, si les conditions de marché le permettent. Des actions seront à cette occasion proposées à des conditions préférentielles aux salariés d'Aérospatiale. A l'issue de ces opérations, la part du secteur public et des salariés sera supérieure à 50%, la part propre du secteur public étant inférieure à 50%.

Le pacte d'actionnaires conclu entre l'État et le groupe Lagardère prévoit notamment que le nouveau groupe Aérospatiale-Matra sera doté d'un conseil de surveillance et d'un directoire, les dirigeants étant désignés d'un commun accord par l'État et le groupe Lagardère. Dans ce cadre, l’État et le groupe Lagardère sont convenus que la présidence du conseil de surveillance serait assurée par M. Jean-Luc Lagardère, et que le directoire comporterait M. Yves Michot et M. Philippe Camus, la présidence du directoire étant confiée à M. Yves MICHOT.

Le pacte d’actionnaires dispose par ailleurs que les principales décisions concernant le nouveau groupe seront arrêtées d'un commun accord entre ses deux premiers actionnaires, l'État et le groupe Lagardère.

Cette opération doit maintenant être examinée par la Commission des participations et des transferts dont, conformément à la loi, l’accord est nécessaire. Celle-ci sera saisie officiellement demain.

L'opération sera également, dans les meilleurs délais et selon les formes prévues par la loi, soumise aux organes sociaux des entreprises concernées et notifiée aux autorités communautaires chargées de la concurrence.

En franchissant cette étape décisive vers la fusion d'Aerospatiale et de Matra Hautes Technologies et la cotation du nouvel ensemble, le Gouvernement met en œuvre, dans le respect des intérêts patrimoniaux de l'État, les orientations arrêtées le 22 juillet dernier, qui s’inscrivent dans la perspective du regroupement des entreprises d'aéronautique et de défense européennes, conformément à la déclaration des chef d’États et de Gouvernements du 9 décembre 1997.

mercredi 24 mai 2000
Lancement de la constitution d' EADS

Laurent Fabius, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Alain Richard, ministre de la Défense, et Jean-Claude Gayssot, ministre de l’Equipement, des Transports et du Logement, se félicitent des décisions rendues successivement par la Commission européenne et par la Commission des participations et des transferts, qui permettent d'engager la dernière phase de la constitution d'EADS.

La Commission des Participations et des Transferts, saisie en application de la loi du 6 août 1986 modifiée, a rendu un avis conforme, publié au Journal officiel de ce jour, sur les conditions de l’apport par Aérospatiale-Matra, détenue à 48% par l’Etat via SOGEPA, de ses actifs et passifs à la nouvelle société EADS.

Auparavant, la Commission européenne, saisie en application du droit européen des concentrations, avait donné son accord au regroupement en une seule entité des activités d’aéronautique, d’espace et de défense d’Aérospatiale-Matra, de DASA et de CASA.

Ces décisions permettent de lancer la constitution de la société intégrée EADS, par apport des activités concernées d’Aérospatiale-Matra, de DASA et de CASA. Les assemblées générales des différentes sociétés concernées se réuniront pour cela avant la fin du mois.

Si les conditions de marché le permettent, EADS sera introduite en bourse au début de l’été, dans le cadre d’une opération associant une cession de titres par l’Etat et Lagardère et une augmentation de capital qui permettra de renforcer les moyens de développement du groupe. L’opération comprendra une tranche réservée aux particuliers en France, en Allemagne et en Espagne et une tranche réservée aux investisseurs institutionnels ; une part de l’augmentation de capital sera réservée aux salariés. L’action sera cotée à Paris, Francfort et éventuellement Madrid.

A l’issue de ces opérations, EADS sera détenue à 30% par une société française associant l’Etat via SOGEPA (50%), Lagardère (37%) et BNP-Paribas et AXA (13%), à 30% par Daimler-Chrysler et à 5,4% par la holding publique espagnole SEPI. Le reste du capital sera pour l'essentiel détenu par le public et les salariés.

La constitution du groupe EADS, largement ouvert à des coopérations avec ses partenaires britanniques et italiens, va permettre de créer la première entreprise européenne et la troisième entreprise mondiale dans le domaine de l’aéronautique, de l’espace et de la défense, et de faciliter la constitution de la société intégrée Airbus.

Elle constitue un succès de la volonté exprimée dès juin 1997 par le Gouvernement de favoriser la consolidation de l'industrie européenne aéronautique et de défense. Le futur groupe sera en mesure d'aider les Etats européens à se doter des capacités militaires répondant aux objectifs de leur politique de défense commune. Cette opération offrira au nouveau groupe les moyens technologiques, industriels et financiers à la hauteur de grands projets d'avenir, porteurs de développement et d'emploi.

Lundi 10 juillet 2000

Constitution et introduction en bourse d’EADS

Le Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, le Ministre de la Défense et le Ministre de l’Equipement, des Transports du Logement se félicitent de l’aboutissement réussi du processus de constitution d’EADS.

  • Les assemblées générales d’Aérospatiale-Matra, DASA et CASA viennent en effet d’approuver de manière définitive la fusion des trois sociétés au sein du nouveau groupe EADS. En moins d’un an, le processus de constitution d’EADS, lancé le 14 octobre 1999, aura ainsi été mené à bien.
  • Parallèlement, dans des conditions de marché très volatiles, l’offre globale d’actions EADS aux particuliers en France, en Allemagne et en Espagne, et aux investisseurs institutionnels a été largement sursouscrite.

Les Ministres se réjouissent tout particulièrement du succès de l’offre en France, qui représente à elle seule environ 40% de la demande totale d’actions. Plus de 650 000 ordres émanant de particuliers français ont notamment été enregistrés.

En accord avec EADS et ses autres actionnaires (Lagardère, Daimler-Chrysler et SEPI), le prix de l’action a été fixé à 19 euros ( soit 124,63 F) pour les investisseurs institutionnels et à 18 euros (soit 118,07 F) pour les particuliers, qui bénéficient ainsi d’une réduction de 1 euro.

Avant exercice de l’option de surallocation, environ la moitié des actions sera été allouée aux particuliers. Pour ces derniers, les ordres passés avant le 3 juillet, dans la limite de 300 actions, et les ordres émanant d’actionnaires d’Aérospatiale-Matra bénéficieront d’une allocation prioritaire.

L’action sera cotée pour la première fois à Paris, Francfort et Madrid le 10 juillet.

La constitution et l’introduction en bourse d’EADS sont un succès déterminant dans le processus de regroupement des industries européennes aéronautiques et de défense souhaité par le Gouvernement et permettent de donner naissance au premier groupe européen et au troisième groupe mondial dans ce secteur. Largement ouvert à des coopérations avec ses partenaires britannique et italien, celui-ci a désormais tous les moyens humains, technologiques et financiers pour poursuivre son développement et pour conduire, dans un cadre européen, de grands projets industriels porteurs de croissance et d’emplois.

Samedi 23 juin 2001

SNECMA

Le Premier Ministre a annoncé la prochaine ouverture du capital de Snecma.

Laurent Fabius, Ministre de l’Economie des Finances et de l’Industrie, Alain Richard, Ministre de la Défense et Jean-Claude Gayssot, Ministre de l’Equipement des Transports et du Logement, rappellent les atouts industriels, humains et technologiques de premier plan dont dispose Snecma, grâce auxquels elle a connu, au cours des dernières années, une croissance interne et externe remarquable.

Ils soulignent que l’ambition du Gouvernement est, à travers l’opération annoncée ce jour, de donner à Snecma les moyens de poursuivre sa croissance et de faciliter la consolidation du secteur de la propulsion et des équipements aéronautiques en Europe, à travers notamment la conclusions d’alliances industrielles porteuses de développement et d’emploi.

L’ouverture d’environ un quart du capital de la société, qui devrait intervenir à l’automne si les conditions de marché le permettent, permettra de répondre à ces objectifs. Elle sera accompagnée d’une offre d’actions aux salariés, dans les conditions prévues par la loi. Ceux-ci pourront ainsi s’associer au développement de leur entreprise et à sa réussite exemplaire.

 

 

 

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