Témoignages de touristes venus de Llassa
De jeunes Tibétains déchaînés ont caillassé et battu des Chinois et ont mis le feu à des boutiques, avant que l’armée ne restaure le calme à Lhassa, la capitale du Tibet, ont raconté des touristes qui arrivaient de la région himalayenne.
Voici quelques témoignages de retour du Tibet qui confirment, la thèse défendue par le gouvernement chinois, et qui de surcroît vont dans le sens de ce que j’ai essayé d’expliquer dans l’article sur “quelques informations”. Par ailleurs on peut s’étonner qu’en réponse aux accusations du gouvernement chinois d’avoir fomenté les troubles en vue du boycott des jeux olympiques, le Dalaï Lama ait répondu que si les “événements échappaient au contrôle il démissionnerait.” S’agit-il effectivement par cette proposition d’une reconnaissance de la part du dalaï Lama d’avoir provoqué des manifestations qui créerait une “atmosphère” propice au boycott et ces manifestations ont dégénéré en meurtres et violences contre la population venue d’autres régions de la Chine et aujourd’hui majoritaire au Tibet ?
«C’était une explosion de colère des Tibétains contre les Chinois et les musulmans», a rapporté à l’AFP John Kenwood, un Canadien de 19 ans qui a décrit des scènes d’une violence extrême. Selon son récit et celui d’autres touristes qui sont arrivés aujourd’hui par avion à Katmandou, la capitale du Népal, des bandes de jeunes ont battu et roué de coups des Chinois hans, accusés par les Tibétains de détruire leur culture et leur mode de vie par leur arrivée massive dans la région.
Le jeune Canadien affirme ainsi qu’il a vu vendredi quatre ou cinq Tibétains caillasser et frapper «sans pitié» un motocycliste chinois. «Ils ont fini par le mettre à terre, ils l’ont frappé sur la tête avec des pierres jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Je pense que ce jeune homme a été tué», relate-t-il, sans être sûr que la victime soit morte.
Le gouvernement tibétain en exil a affirmé aujourd’hui que le bilan «confirmé» du nombre de victimes des récentes violences au Tibet s’élevait à 99 morts. Pékin a assuré de son côté que «13 civils innocents» avaient été tués et a affirmé ne pas avoir tiré de coups de feu pour mettre fin aux émeutes.
«Tous ceux qui avaient une apparence de Chinois étaient attaqués»
Les Tibétains «jetaient des pierres à tous ceux qui leur tombaient sous la main», ajoute John Kenwood. «Les jeunes agissaient et les vieux les encourageaient en criant, en hurlant comme des loups. Tous ceux qui avaient une apparence de Chinois étaient attaqués», confirme Claude Balsiger, un touriste suisse de 25 ans.
«Ils ont attaqué un vieil homme chinois qui passait sur sa bicyclette. Ils l’ont frappé très violemment sur la tête avec des pierres, de vieux Tibétains sont intervenus pour les arrêter», détaille-t-il.
John Kenwood a assisté à une scène de sauvetage similaire survenue alors qu’un Chinois demandait grâce à une foule armée de pierres. «Ils lui donnaient des coups de pied dans les côtes, il avait le visage en sang», raconte-t-il. «C’est alors qu’un homme blanc est arrivé (…) et l’a aidé à se relever. Il y avait autour d’eux une foule de Tibétains, pierres à la main; il a gardé le Chinois près de lui, a fait des gestes vers la foule, et ils l’ont laissé emmener le vieil homme en sécurité».
A l’écoute de ces récits de touristes, un porte-parole du gouvernement tibétain en exil, Thubten Samphel, a qualifié ces violences de «très tragiques». Les Tibétains «ont reçu pour consigne de de pas utiliser la violence dans leur combat», a-t-il dit à l’AFP par téléphone.
Les manifestations ont débuté le 10 mars, à l’occasion du 49e anniversaire du soulèvement anti-chinois de Lhassa en 1959. Samedi, les autorités chinoises avaient repris le contrôle de la capitale tibétaine. L’armée a notamment ordonné aux touristes de rester dans leur hôtel d’où, selon leurs dires, ils ont pu entendre des coups de feu et les détonations de grenades lacrymogènes.
Lundi, les touristes étaient à nouveau autorisés à circuler mais régulièrement, ils devaient montrer leur passeport à des points de contrôle. «Les magasins étaient complètement brûlés. Toutes les marchandises étaient dans la rue, brûlées. De nombreux bâtiments étaient vides», témoigne Serge Lachapelle, un touriste canadien. «Le quartier musulman était complètement détruit, toutes les boutiques étaient détruites», déclare John Kenwood.
A l'heure où l'impérialisme tente désespérément de déstabiliser ou au moins de décrédibiliser la Chine par une opération d'intoxication relayée par tous ses médias, dont il est coutumier, un petit article paru dans Le Figaro du 22 septembre 2000 (mais si mais si).
LE MYTHE ET LA REALITE A PROPOS DU TIBET
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Nous vivions l'âge de l'information, les progrès de la science et de la technologie ont rendu le monde tout petit. Cela ne signifie pas, cependant, que nous soyons tous bien informés. La raison en est simple: la sélection et le flux des nouvelles sont gérés pas l'homme. Hélas! il n'est pas toujours objectif. Il faut en conséquence se méfier de l'illusion d'être bien informé.
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Pendant les onze dernières années, j'en ai vécu sept en Europe et je constate un phénomène bizarre: si quelqu'un vient à vous dire "Attention, la tour Eiffel va tomber en ruine demain!" on le prend pour un fou. Mais, si quelqu'un vous débite des bêtises bien plus graves sur la Chine, on le prendra probablement pour un savant. Je n'exagère pas. Il y a dix ans, on disait: " Le gouvernement chinois va tomber!" " L'économie est dans le chaos", etc. Aujourd'hui, avec le recul, non seulement ces prédictions apocalyptiques ont été démenties par les faits, mais l'inverse s'est produit en Chine. Le pays a connu la meilleure croissance de son histoire. Les Chinois n'ont jamais vu leurs conditions de vie s'améliorer si vite en si peu de temps.
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Je lis souvent votre journal (le figaro, I.L.). De temps en temps, il publie des articles sur le Tibet. Pour être franc avec vous, je ne suis pas d'accord avec leur contenu. On peut avoir des vues divergentes sur un fait, mais le fait doit être présenté tel qu'il est. Or, je constate que vos articles sont loin de se baser sur les faits. Je vais vous en donner trois exemples:
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Premier mythe: "L'occupation du Tibet par la Chine." Cette accusation est constamment entendue. Mais la réalité est la suivante: le Tibet a fait partie intégrante de la Chine sous la dynastie des Yuans, à partir du milieu du XIIIe siècle, bien avant l'indépendance des Etats-Unis(1776), l'intégration de la Corse à la France(1789) et celle de la Bretagne à la France(1532). La communauté internationale reconnaît que le Tibet fait partie intégrante de la Chine. C'est aussi la position du gouvernement français. Prétendre que la Chine occupe le Tibet, c'est comme si quelqu'un affirmait que la France occupe la Bretagne, la Bourgogne, la Côte d'Azur ou la Corse!
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Deuxième mythe: "Les droits de l'homme sont bafoués au Tibet." Pour certains, le gouvernement chinois est "vilain des vilains", tandis que le dalaï-lama est "le saint des saints". Quelle est la réalité? Avant 1959, quand le dalaï-lama gouvernait le Tibet, le régime qu'il pratiquait était le servage, qui est pire que le régime du Moyen Age en Europe. Sous ce régime, les serfs, qui représentaient 95% de la population tibétaine, n'étaient pas considérés comme des êtres humains, mais plutôt comme des bêtes de somme ayant tout simplement la faculté de la parole. Il suffit de lire des écrits historiques d'auteurs européens sur le Tibet pour s'en convaincre.
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En 1959, le dalaï-lama, avec l'appui de forces étrangères, surtout de la CIA, a déclenché une rébellion contre le gouvernement central, dans le but de maintenir à jamais le servage au Tibet. Cette rébellion a été mise en échec. Le dalaï-lama a pris la fuite puis s'est réfugié en Inde. Le servage a été aboli au Tibet en 1959. Ce qui veut dire que sur le plan des droits de l'homme, le Tibet a fait un progrès sans précédent dans son histoire. Depuis, des avancées inouïes sur les plans politique, économique, éducationnel ou culturel ont été réalisées. Quelques chiffres le montrent: avant 1959, la population tibétaine était d'un million, aujourd'hui 2.4 millions, dont 95% sont Tibétains. Avant 1959, l'espérance de vie des Tibétains était de 35.5 ans, maintenant 67 ans. Avant 1959, le taux de scolarité des enfants n'était que de 2%, aujourd'hui il s'est élevé à 81.3%...Les faits sont là.
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Troisième mythe: " Le gouvernement chinois est en train de détruire l'identité culturelle tibétain." C'est une autre grave accusation. Or, la Chine est un pays multiethnique: il y a cinquante-six ethnies en Chine. Les Han sont la majorité, ils représentent à peu près 92% de la population, le reste est partagé par cinquante-cinq ethnies minoritaires de la Chine. Quand on parle de la culture chinoise, il s'agit d'une culture à laquelle ont contribué les cinquante-six ethnies chinoises sans exception. La culture chinoise n'est pas exclusive, mais plutôt inclusive. Ce qui explique son dynamisme, sa vitalité et sa longévité. En d'autres termes, la culture tibétaine, tout en conservant son identité, fait partie intégrante de la culture chinois. C'est le propre de la culture chinoise.
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Au Tibet, l'étude de la langue et de l'écriture tibétaine est garantie par la loi. Les établissements scolaires pratiquent un système d'enseignement bilingue, tout en donnant la priorité aux cours en tibétain. La radio et la télévision du Tibet consacrent plus de 20 heures par jour à des émissions en tibétain, etc. Aujourd'hui, le Tibet n'est plus fermé, il est ouvert au monde. Beaucoup de touristes étrangers le visitent.
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Voilà quelques réflexions que j'ai voulu vous livrer. Un vieux proverbe chinois dit ceci: "Les faits parlent plus fort que n'importe quel discours." C'est aussi ma conviction
Le mythe du Tibet, par Michaël Parenti
Un des meilleurs analystes de l’impérialisme US révèle les dessous du “mythe du Tibet”, du Dalaï Lama et de certains aspects du bouddhisme… Comment vivait-on lorsque les moines dirigeaient le Tibet ? Quelle a vraiment été la politique de la Chine dans cette région ? Et celle de la CIA ?
L’histoire du Christianisme, celle du Judaïsme, celle de l’Hindouisme et
celle de l’Islam sont fortement marquées par la violence. A travers les
âges, les religieux ont toujours invoqué un mandat divin pour massacrer des
infidèles, des hérétiques, et même d’autres dévots au sein de leurs propres
rangs. Certaines personnes soutiennent que le Bouddhisme est différent,
qu’il se distingue nettement de la violence chronique des autres religions.
Certes, pour certains praticiens à l’Ouest, le Bouddhisme est plus une
discipline spirituelle et psychologique qu’une théologie au sens habituel.
Il offre des techniques méditatives censées promouvoir la lumière et
l’harmonie en soi. Mais à l’instar de n’importe quel autre système de
croyance, le Bouddhisme ne doit pas être appréhendé uniquement par ses
enseignements, mais aussi en fonction du comportement effectif de ses
partisans.
Le bouddhisme est-il une exception ?
Un regard sur l’histoire révèle que les organisations bouddhistes ne se sont
pas abstenues d’actes violents si caractéristiques aux groupes religieux. Au
Tibet, du début du dix-septième siècle jusqu’au sein du dix-huitième siècle,
des sectes bouddhistes rivales se sont livrées à des affrontements armés et
à des exécutions sommaires.1 Au vingtième siècle, en Thaïlande, en Birmanie,
en Corée, au Japon, et ailleurs, des Bouddhistes se sont battus aussi bien
entre eux qu’avec des non-bouddhistes. Au Sri Lanka, des batailles rangées
au nom du Bouddhisme font partie de l’histoire cingalaise.2
Il y a juste quelques années en Corée du Sud, des milliers de moines de l’ordre bouddhiste Chogye se sont battus entre eux à grand renfort de coup de poings, de pierres, de bombes incendiaires et de gourdins, dans des batailles rangées qui ont duré plusieurs semaines. Ils rivalisaient pour le contrôle de l’ordre, le plus grand en Corée du Sud, avec un budget annuel de 9,2 millions de dollars, auquel il faut ajouter des millions de dollars en biens immobiliers ainsi que le privilège d’appointer 1.700 moines à des devoirs divers. Les bagarres ont en partie détruit les principaux sanctuaires bouddhistes et ont fait des dizaines de blessés parmi les moines, dont certains sérieusement. Le public coréen manifesta son dédain envers les deux camps, estimant que quelque soit la clique de moines qui prendrait le contrôle, “elle utiliserait les dons des fidèles pour acquérir des maisons luxueuses et des voitures onéreuses”.3
Mais qu’en était-il du Dalaï-lama et du Tibet qu’il a présidé avant l’intervention chinoise en 1959 ? Il est largement répandu par beaucoup de dévots bouddhistes que l’ancien Tibet était un royaume consacré à la spiritualité, exempt de styles de vie égoïstes, de matérialisme vide et de vices corrupteurs qui infestent la société industrialisée moderne. Les mass media occidentaux, les livres de voyage, les romans et les films Hollywoodiens ont dépeint la théocratie tibétaine comme un véritable Shangri-La (paradis terrestre).
Le Dalaï-lama, lui-même, a affirmé que “l’influence pénétrante du Bouddhisme” au Tibet, “au milieu des espaces grand ouverts d’un environnement non corrompu a eu pour effet de produire une société consacrée à la paix et à l’harmonie. Nous jouissions de la liberté et du contentement.”4 Une lecture de l’histoire du Tibet suggère une image différente. Au treizième siècle, l’Empereur Kublai Khan a créé le premier Grand Lama, qui devait présider tous les autres lamas à l’instar d’un pape qui préside ses évêques. Plusieurs siècles plus tard, l’Empereur de Chine a envoyé une armée au Tibet pour soutenir le Grand Lama, un homme ambitieux de 25 ans, qui s’est alors donné le titre de Dalaï (Océan) lama, dirigeant de tout le Tibet. C’est tout à fait une ironie de l’histoire : le premier Dalaï-lama a été installé par une armée chinoise.
Pour élever son autorité, le premier Dalaï-lama saisit les monastères qui
n’appartenaient pas à sa secte et aurait détruit les écritures bouddhistes
qui étaient en désaccord avec sa revendication à la divinité. Le Dalaï-lama
qui lui a succédé a poursuivi une vie sybaritique, jouissant de la compagnie
de beaucoup de maîtresses, faisant la fête avec des amis, et agissant entre
autres façons considérées inconvenantes pour une divinité incarnée. Pour
cela, il fut éliminé par ses prêtres. Durant 170 ans, malgré leur statut
reconnu de dieu, cinq Dalaï-lama ont été assassinés par leurs grands prêtres
ou par d’autres courtisans.5
Shangri-La (pour Seigneurs et Lamas)
Les religions ont eu un rapport étroit non seulement avec la violence mais
aussi avec l’exploitation économique. En effet, c’est souvent l’exploitation
économique qui nécessite la violence. Tel était le cas avec la théocratie
tibétaine. Jusque 1959, quand le Dalaï-lama a fini de présider le Tibet, la
plupart de la terre arable était toujours organisée en domaines seigneuriaux
travaillés par des serfs. Même un auteur sympathisant du vieil ordre admet
que “bon nombre de domaines ont appartenu aux monastères et la plupart
d’entre eux ont amassé d’immenses richesses…. De plus, certains moines et
lamas individuellement ont pu accumuler une grande richesse par la
participation active dans le commerce et le prêt d’argent.”6 Le monastère de
Drepung était un des plus grands propriétaires terriens dans le monde, avec
ses 185 manoirs, 25.000 serfs, 300 grands pâturages et 16.000 bergers. La
richesse des monastères est allée aux lamas ayant le grade le plus élevé,
beaucoup d’entre eux étant les rejetons de familles aristocratiques.
Les leaders séculiers firent aussi bien. Un exemple notable était le commandant en chef de l’armée tibétaine, qui possédait 4.000 kilomètres carrés de terre et 3.500 serfs. Il était aussi un membre du Cabinet intime du Dalaï-lama.7 Le vieux Tibet a été faussement représenté par certains de ses admirateurs Occidentaux comme “une nation qui n’a exigé aucune police parce que ses gens ont volontairement observé les lois du karma.”8 En fait, il avait une armée professionnelle, bien que petite, qui a servi comme une gendarmerie en faveur des propriétaires pour maintenir l’ordre et traquer des serfs fugitifs.
De jeunes garçons tibétains ont été régulièrement enlevés à leurs familles et emmenés dans les monastères pour être formés comme moines. Une fois là, ils étaient internés à vie. Tashì-Tsering, un moine, rapporte qu’il était courant que des enfants de paysans soient sexuellement maltraités dans les monastères. Lui-même était une victime de viol répété à partir de l’âge de neuf ans.9 Les domaines monastiques enrôlèrent de force des enfants de paysans aux fins de servitude perpétuelle comme domestiques, danseurs et soldats.
Dans le vieux Tibet, il y avait un petit nombre de fermiers qui subsistaient comme une sorte de paysannerie libre, et, peut-être, en plus, 10.000 personnes qui composaient la classe moyenne constituée des familles de marchands, de commerçants et de petits négociants. Des milliers d’autres étaient des mendiants. Une petite minorité était des esclaves, la plupart du temps des domestiques qui ne possédaient rien. Leur descendance naissait dans l’esclavage.10 La plus grande partie de la population rurale - environ 700.000 sur une population totale évaluée à 1.250.000 - était des serfs. Les serfs et d’autres paysans vivaient généralement un peu mieux que les esclaves. Ils n’avaient pas de scolarité ni de soins médicaux. Ils passaient la plupart de leur temps à peiner pour les lamas de haut rang, ou pour une aristocratie foncière séculière. Leurs maîtres leur disaient quelle culture produire et quels animaux élever. Ils ne pouvaient pas se marier sans le consentement de leur seigneur ou lama. Et ils pouvaient facilement être séparé de leur famille s’il plaisait au propriétaire de les envoyer travailler dans un endroit éloigné.11
Une femme de 22 ans, elle-même une serve fugitive rapporte : “De jolies filles de serfs étaient habituellement emmenées par le propriétaire comme domestiques de maison et utilisées comme il le souhaitait”. Elles “étaient juste des esclaves sans droits”.12 Les serfs devaient avoir une permission pour tous leurs déplacements. Les propriétaires terriens avaient l’autorité légale pour capturer ceux qui essayaient de fuir. Un serf fugitif de 24 ans a accueilli l’intervention chinoise comme “une libération”. Il affirmait que pendant le temps où il était un serf, il était soumis à un travail dur incessant, à la faim et au froid, incapable de lire ou d’écrire et ne sachant rien du tout. Après sa troisième tentative de fuite ratée, il fût impitoyablement battu par les hommes du propriétaire terrien jusqu’à ce que le sang lui coule du nez et de la bouche ; puis, ils ont versé de l’alcool et de la soude caustique sur les blessures pour augmenter la douleur.13
Les serfs étaient dans l’obligation de travailler à vie la terre du seigneur - ou la terre du monastère - sans être payés, de réparer les maisons du seigneur, de transporter sa récolte et de rassembler son bois de chauffage. Ils étaient aussi supposés fournir les animaux de transport et le transport sur demande.14 Ils étaient taxés sur le mariage, taxé sur la naissance de chaque enfant et sur chaque mort dans la famille. Ils étaient taxés sur la plantation d’un nouvel arbre dans leur terrain et sur la possession d’animaux. Il y avait des impôts pour les festivals religieux, pour le chant, la danse, le tambourinage et la sonnerie de cloche. Les gens étaient taxés quand ils étaient envoyés en prison et quand ils en sortaient. Ceux qui ne pouvaient pas trouver de travail étaient taxés pour être sans emploi et s’ils allaient dans un autre village à la recherche de travail, ils devaient payer un impôt de passage. Quand les gens ne pouvaient pas payer, les monastères leur prêtaient de l’argent à un taux d’intérêt de 20 à 50 pour cent. Certaines dettes étaient passées du père au fils et au petit-fils. Les débiteurs qui ne pouvaient pas honorer leurs obligations risquaient d’être réduits en esclavage, parfois pour le reste de leur vie.15
Les enseignements religieux de la théocratie soutenaient cet ordre de
classe. Le pauvre et l’affligé apprenaient qu’ils devaient supporter leurs
ennuis à cause de leurs mauvaises manières dans des vies précédentes. Donc,
ils devaient accepter la misère de leur existence présente comme une
rédemption karmique et en prévision de ce que leur sort s’améliorerait une
fois réincarné. Le riche et le puissant, bien sûr, considéraient leur bonne
fortune comme une récompense, et une preuve tangible de leur vertu dans les
vies passées et présentes.
Torture et Mutilation
Au Tibet du Dalaï-lama, la torture et la mutilation - incluant
l’énucléation, l’arrachage de la langue, le sectionnement du tendon du
jarret et l’amputation - étaient des punitions favorites infligées aux serfs
fugitifs et aux voleurs. En voyageant à travers le Tibet dans les années
1960, Stuart et Roma Gelder ont interviewé un ancien serf, Tsereh Wang Tuei,
qui avait volé deux moutons appartenant à un monastère. Pour cela, il a eu
les yeux énucléés et la main mutilée afin de ne plus pouvoir l’utiliser. Il
explique qu’il n’est plus un Bouddhiste : “quand un saint lama leur a dit de
m’aveugler, j’ai pensé qu’il n’y avait rien de bon dans la religion”.16 .
Bien qu’il était contraire aux enseignements bouddhistes de prendre la vie
humaine, quelques contrevenants étaient sévèrement fouettés et ensuite
“abandonnés à Dieu” dans la nuit glaciale pour y mourir. “Les parallèles
entre le Tibet et l’Europe médiévale sont saisissantes”, conclut Tom
Grunfeld dans son livre sur le Tibet.17
En 1959, Anna Louise Strong a visité une exposition d’équipement de torture qui avait été utilisé par les suzerains tibétains. Il y avait des menottes de toutes les tailles, y compris de petites pour des enfants, et des instruments pour couper le nez et les oreilles, pour énucléer les yeux et pour briser les mains. Il y avait des instruments pour couper les rotules et les talons, ou paralyser les jambes. Il y avait des fers chauds, des fouets et des instruments spéciaux pour éviscérer.18
L’exposition a présenté des photographies et les témoignages des victimes qui avaient été aveuglées ou estropiées ou subi des amputations pour raison de vol. Il y avait le berger dont le maître lui devait un remboursement en yuan et du blé, mais a refusé de payer. Alors, il a pris une des vaches du maître ; pour cela, il eut les mains coupées. Un autre berger qui s’est opposé à ce que sa femme lui soit prise par son seigneur a eu les mains broyées. Il y avait les images d’activistes communistes dont le nez et la lèvre supérieure ont été coupées et celles d’une femme qui a été violée, et puis, dont le nez a été coupé en tranches.19
D’anciens visiteurs du Tibet commentent le despotisme théocratique. En
1895, un anglais, le docteur A. L. Waddell, a écrit que la population était
sous la “tyrannie intolérable de moines” et les superstitions diaboliques
qu’ils avaient fabriquées pour terroriser les gens. En 1904, Perceval Landon
a décrit l’autorité du Dalaï-lama comme “une machine d’oppression”. À peu
près au même moment, un autre voyageur anglais, le Capitaine W.F.T. O’Connor,
a observé que “les grands propriétaires terriens et les prêtres .. exercent
chacun dans leur domaine respectif un pouvoir despotique sans aucun appel”,
tandis que les gens sont “opprimés par une fabrique de prêtres et de
monachisme des plus monstrueuses”. Les dirigeants tibétains ont “inventé des
légendes dégradantes et ont stimulé un esprit de superstition” parmi le
peuple. En 1937, un autre visiteur, Spencer Chapman, a écrit, “le moine
lamaïste ne passe pas son temps à administrer les gens ou à les éduquer…. Le
mendiant sur le bord de la route n’est rien pour le moine. La connaissance
est la prérogative jalousement gardée des monastères et est utilisée pour
augmenter leur influence et leur richesse.”20
Occupation et révolte
Les communistes chinois ont occupé le Tibet en 1951, revendiquant la
souveraineté sur ce pays. Le traité de 1951 prévoyait l’autonomie apparente
sous l’autorité du Dalaï-lama, mais confiait à la Chine le contrôle
militaire et le droit exclusif de conduire les relations avec l’étranger.
Les Chinois disposaient aussi d’un rôle direct dans l’administration interne
“pour promouvoir des réformes sociales”. D’abord, ils réformèrent lentement,
comptant surtout sur la persuasion comme tentative pour effectuer le
changement. Parmi les premières réformes qu’ils ont appliquées, il y avait
la réduction des taux d’intérêt usuraires et la construction de quelques
hôpitaux et de routes. “Contrairement à la croyance populaire à l’Ouest”,
écrit un observateur, les Chinois “prirent soin de montrer du respect pour
la culture et la religion tibétaines”. Aucune propriété aristocratique ou
monastique n’a été confisquée, et les seigneurs féodaux continuèrent à
régner sur les paysans qui leur étaient héréditairement attachés.”21
Les seigneurs et les lamas tibétains avaient vu les Chinois aller et venir au cours des siècles et avaient joui de bonnes relations avec le Generalissimo Chiang Kaishek et son pouvoir réactionnaire sur la Chine avec le Kuomintang.22 L’approbation du gouvernement Kuomintang était nécessaire pour valider le choix du Dalaï-lama et du Panchen Lama. Quand le jeune Dalaï-lama a été installé à Lhassa, c’était avec une escorte armée des troupes chinoises et un ministre chinois conformément à la tradition vieille de plusieurs siècles. Ce qui contrariait les seigneurs et lamas tibétains, c’était que ces derniers chinois étaient des communistes. C’était seulement une question de temps, ils en étaient sûrs, avant que les Communistes ne commencent à imposer leurs solutions collectivistes égalitaires au Tibet.
En 1956-57, des bandes armées tibétaines tendirent une embuscade à des convois de l’Armée Populaire de Libération chinoise. Le soulèvement reçut un appui important de la Central Intelligence Agency américaine (C.I.A.), comprenant un entraînement militaire, des camps d’appui au Népal et de nombreux ponts aériens.23 Pendant ce temps, aux Etats-Unis, la Société américaine pour une Asie libre, un front de la C.I.A., avait énergiquement fait la publicité de la cause de la résistance tibétaine avec le frère aîné du Dalaï-lama, Thubtan Norbu, qui jouât un rôle actif dans ce groupe. Le second frère aîné du Dalaï-lama, Gyalo Thondup, mis sur pied une opération de renseignements avec la C.I.A. en 1951. Il remit ça plus tard dans une unité de guérilla entraînée par la C.I.A. dont les recrues furent parachutées à nouveau au Tibet.24
Beaucoup de commandos et d’agents tibétains que la C.I.A. avait déposé
dans le pays étaient les chefs de clans aristocratiques ou les fils des
chefs. Pour nonante pour cent d’entre eux, on n’en entendit jamais plus
parler, selon un rapport de la C.I.A. elle-même, signifiant en cela qu’ils
avaient probablement étaient capturés ou tués.25 “Beaucoup de lamas et de
membres séculiers de l’élite et le gros de l’armée tibétaine ont rejoint le
soulèvement, mais, en général, la population ne l’a pas fait, ce qui
entraîna son échec”, écrit Hugh Deane.26 Dans leur livre sur le Tibet,
Ginsburg et Mathos arrivent à une conclusion semblable : “Autant qu’il peut
être vérifié, la plupart du peuple de Lhassa et de la campagne attenante ne
rejoignis pas le combat contre les Chinois, aussi bien quand il commença
qu’au cours de son déroulement.”27 Finalement, la résistance s’effondra.
Les communistes entrent
Quels que furent les maux et les nouvelles oppressions introduits par les
chinois au Tibet après 1959, ils ont supprimé l’esclavage et le système de
servage de travail impayé et mirent un terme aux flagellations, aux
mutilations et aux amputations comme méthodes de sanctions criminelles. Ils
ont éliminé les nombreux impôts écrasants, commencé des projets de grands
travaux et ont énormément réduit le chômage et la mendicité. Ils ont
instauré l’éducation laïque, brisant ainsi le monopole de l’éducation des
monastères. Ils ont mis en place la distribution d’eau courante et
d’électricité dans Lhassa.28
Heinrich Harrer (il fut ultérieurement révélé que Harrer avait été un sergent dans les SS d’Hitler) a écrit un best-seller racontant ses expériences au Tibet et qui a été montré dans un film populaire de Hollywood. Il rapporta que les Tibétains qui ont résisté aux Chinois “étaient principalement les nobles, les semi-nobles et les lamas ; ils ont été punis en étant contraint de devoir exécuter les tâches les plus humbles, comme travailler sur des routes et des ponts. Ils furent encore plus humiliés par le fait de devoir nettoyer la ville avant l’arrivée des touristes”. Ils ont aussi dû vivre dans un camp à l’origine réservé aux mendiants et aux vagabonds.29
En 1961, les Chinois ont exproprié les propriétés foncières tenues par les seigneurs et les lamas et ont réorganisé les paysans en centaines de communes. Ils distribuèrent des centaines de milliers d’acres à des fermiers locataires et à des paysans sans terre. Les troupeaux qui appartenaient auparavant à la noblesse ont été rendu à des collectifs de bergers pauvres. Des améliorations ont été faites dans la reproduction du bétail et des nouvelles variétés de légumes et des nouvelles souches de blé et d’orge ont été introduites ; avec des améliorations en matière d’irrigation, tout cela aurait mené à une augmentation de la production agraire.30
Beaucoup de paysans sont restés aussi religieux qu’avant, donnant l’aumône au clergé. Mais les nombreux moines qui avaient été enrôlés de force dans les ordres religieux quand ils étaient enfants étaient maintenant libres de renoncer à la vie monastique, ce que des milliers ont fait, particulièrement les plus jeunes. Le clergé restant a vécu sur des bourses modestes dispensées par le gouvernement et sur le revenu supplémentaire gagné en officiant des services de prière, des mariages et des obsèques.31
Tant le Dalaï-lama que son conseiller et frère le plus jeune, Tendzin Choegyal, ont prétendu que “plus de 1,2 millions de Tibétains sont morts en conséquence de l’occupation chinoise.”32 Mais le recensement officiel de 1953 - six ans avant les sévères mesures chinoises - a enregistré la population entière résidant au Tibet au nombre de 1.274.000.33 D’autres comptes de recensement évaluent la population tibétaine ethnique dans le pays à environ deux millions. Si les Chinois avaient tué 1,2 millions de Tibétains au début des années 1960, alors des villes entières et d’importantes parties de la campagne, en fait presque tout le Tibet, auraient été dépeuplé, transformé en un champ de batailles parsemé de camps de la mort et de charniers - dont nous n’avons vu aucune preuve. Les minces forces armées chinoises présentes au Tibet n’étaient pas assez importantes pour regrouper, pourchasser et exterminer autant de personnes même si elles y avaient consacré tout leur temps en ne faisant rien d’autre.
Les autorités chinoises reconnaissent “des erreurs”, particulièrement pendant la Révolution Culturelle en 1966-76 quand la persécution religieuse a atteint une haute vague tant en Chine qu’au Tibet. Après le soulèvement à la fin des années 1950, des milliers de Tibétains ont été incarcérés. Pendant le Grand bond en avant, la collectivisation obligatoire et l’agriculture de grain ont été imposées à la paysannerie, parfois avec un effet désastreux. À la fin des années 1970, la Chine a commencé à relâcher le contrôle sur le Tibet “et a essayé de réparer certains des dégâts provoqué pendant les deux décennies précédentes.”34
En 1980, le gouvernement chinois a amorcé des réformes censément conçues pour accorder au Tibet un degré plus grand d’autonomie et d’auto-administration. Les Tibétains seraient dès lors autorisé à cultiver des parcelles privées, à vendre leurs surplus de moisson, à décider eux-mêmes quel produit cultiver et à garder des yaks et des moutons. La communication avec le monde extérieur était de nouveau permise et les contrôles aux frontières furent facilités pour permettre aux Tibétains de visiter des parents exilés en Inde et au Népal.35
Dans les années 1990, les Hans, le plus grand groupe ethnique comprenant plus de 95 pour cent de la population énorme de la Chine, ont commencé à se déplacer en nombre substantiel au Tibet et dans diverses provinces occidentales. Dans les rues de Lhassa et de Shigatse, les signes de la prééminence han sont aisément visibles. Les Chinois dirigent les usines et beaucoup des magasins et des stands de vente. De grands immeubles de bureaux et de grands centres commerciaux ont été construits avec des fonds qui auraient été mieux dépensés pour des usines de traitement d’eau et des logements. Les cadres chinois au Tibet ont souvent considéré leurs voisins tibétains comme arriérés et paresseux, ayant besoin d’un développement économique et d’une “éducation patriotique”. Pendant les années 1990, des employés du gouvernement tibétain soupçonnés d’entretenir des sympathies nationalistes ont été licenciés et des campagnes ont été lancées pour discréditer le Dalaï-lama. Des Tibétains ont, selon certaines sources, été arrêtés, emprisonnés et soumis au travail obligatoire pour avoir mené des activités séparatistes et s’être engagé dans “la subversion” politique. Certaines des personnes appréhendées ont été retenues en détention administrative sans eau et alimentation adéquates, sans couvertures, sujettes à des menaces, des coups et d’autres mauvais traitements.36
Les règlements de planning familial chinois permettent une limite de
trois enfants par familles tibétaines. (Pendant des années, les familles
hans étaient soumises à la limite de l’enfant unique) Si un couple dépasse
la limite, les enfants en excès peuvent être interdits d’accès à la garderie
subventionnée, aux services médicaux, au logement et à l’éducation. Ces
pénalités ont été appliquées de manière irrégulière et varièrent selon le
district. Par ailleurs, l’histoire, la culture et la religion tibétaines
sont négligées dans les écoles. Les matériels pédagogiques, quoique traduits
en tibétain, se concentrent sur l’histoire et la culture chinoises.37
Élites, émigrés et la C.I.A.
Pour les lamas et les seigneurs riches, l’intervention communiste était une
calamité. La plupart d’entre eux se sont enfuis à l’étranger, ainsi fît le
Dalaï-lama lui-même, qui a été aidé dans sa fuite par la C.I.A. Certains ont
découvert avec horreur qu’ils devraient travailler pour vivre. Pourtant,
pendant les années 1960, la communauté tibétaine en exil a secrètement
empoché 1,7 millions de $ par an provenant de la C.I.A. selon des documents
rendus publics par le Département d’Etat en 1998. Une fois que ce fait a été
rendu public, l’organisation du Dalaï-lama lui-même a publié une déclaration
admettant qu’il avait reçu des millions de dollars de la C.I.A. pendant les
années 1960 pour envoyer des escadrons armés d’exilés au Tibet pour saper la
révolution maoïste. Le revenu annuel du Dalaï-lama dispensé par le C.I.A.
était de 186.000 $. Les services secrets indiens l’ont aussi financé ainsi
que d’autres exilés tibétains. Il a refusé de dire si lui ou ses frères
travaillaient pour la C.I.A. L’agence s’est aussi abstenue de faire des
commentaires.38
En 1995, le News & Observer de Raleigh en Caroline du Nord, a publié en couverture une photographie couleur montrant le Dalaï-lama recevant l’accolade du sénateur Républicain réactionnaire Jesse Helms, sous le titre “le Bouddhiste fascine le Héros des droits religieux”.39 En avril 1999, avec Margareth Thatcher, le Pape Jean Paul II et George Bush premier, le Dalaï-lama a lancé un appel au gouvernement britannique afin qu’il libère Augusto Pinochet, l’ancien dictateur fasciste du Chili et un client de longue date de la C.I.A. et qui avait été appréhendé alors qu’il était en visite en Angleterre. Il a vivement recommandé que Pinochet ne soit pas forcé d’aller en Espagne où il était requis par un juge espagnol pour passer en justice pour des crimes contre l’humanité.
Aujourd’hui, surtout via la National Endowment for Democracy (NED) et
d’autres canaux qui sonnent plus respectablement que la C.I.A., le Congrès
US continue d’allouer 2 millions de $ par an aux Tibétains en Inde, plus
quelques millions complémentaires pour “des activités démocratiques” dans la
communauté d’exil tibétaine. Le Dalaï-lama obtient aussi de l’argent du
financier George Soros, qui dirige Radio Free Europe/Radio Liberty, la radio
créée par la C.I.A., ainsi que d’autres instituts.40
La question de la culture
On nous a dit que quand le Dalaï-lama gouvernait le Tibet, le peuple vivait
dans une symbiose satisfaisante et tranquille avec leurs seigneurs
monastiques et séculiers, selon un ordre social fondé sur une culture
profondément spirituelle et non violente inspirée par des enseignements
religieux humains et pacifiques. La culture religieuse tibétaine était le
ciment social et le baume réconfortant qui maintenaient les lamas riches et
les paysans pauvres liés spirituellement et … pour soutenir ces prosélytes
qui considèrent le vieux Tibet comme un modèle de pureté culturelle, un
paradis terrestre.
On peut se rappeler les images idéalisées de l’Europe féodale présentées par des catholiques conservateurs contemporains comme G. K. Chesterton et Hilaire Belloc. Pour eux, la chrétienté médiévale était un monde de paysans satisfaits vivant dans un lien spirituel profond avec leur Église, sous la protection de leurs seigneurs.41 A nouveau, nous sommes invités à accepter une culture particulière selon ses propres canons, qui signifie l’accepter tel qu’elle est présentée par sa classe privilégiée, par ceux du sommet qui en ont profité le plus. L’image du Shangri-La du Tibet n’a pas plus de ressemblance avec la réalité historique que ne l’a l’image idéalisée de l’Europe médiévale.
Quand il est vu dans toute son effroyable réalité, le vieux Tibet confirme que la culture n’est absolument pas neutre. La culture peut faire office de couverture de légitimation à une foule de graves injustices, bénéficiant à une portion de la population d’une société au grave détriment d’autres segments de cette population. Dans le Tibet théocratique, les intérêts dominants manipulaient la culture traditionnelle pour consolider leur richesse et leur pouvoir. La théocratie assimilait les pensées et les actions rebelles à des influences sataniques. Elle propageait la supposition générale de la supériorité du seigneur et de l’infériorité du paysan. Le riche était représenté comme méritant sa belle vie et le pauvre comme méritant sa misérable existence, le tout codifié en enseignements à propos de la succession karmique des vertus et des vices issus de vies passées et présenté comme l’expression de la volonté de Dieu.
Il pourrait être dit que nous, citoyens du monde laïc moderne, ne pouvons pas saisir les équations du bonheur et de la douleur, le contentement et la coutume qui caractérisent des sociétés plus traditionnellement spirituelles. Cela peut être vrai et cela peut expliquer pourquoi certains d’entre nous idéalisent de telles sociétés. Mais tout de même, un œil énucléé est un œil énucléé, une flagellation est une flagellation, et l’exploitation oppressante des serfs et des esclaves est toujours une injustice de classe brutale quels que soient ses emballages culturels. Il y a une différence entre un lien spirituel et un esclavage humain, même quand tous les deux existent côte à côte.
Bon nombre de Tibétains ordinaires souhaitent le retour du Dalaï-lama dans leur pays mais il apparaît que relativement peu souhaite un retour à l’ordre ancien qu’il représente. Une histoire publiée en 1999 dans le “Washington Post” note qu’il continue à être révéré au Tibet, mais …
… peu de Tibétains accueilleraient un retour des clans aristocratiques corrompus qui se sont enfuis avec lui en 1959, et cela comprend la plus grande partie de ses conseillers. Beaucoup de fermiers tibétains, par exemple, n’ont aucun intérêt à recéder la terre qu’ils ont gagnée pendant la réforme agraire que la Chine a imposée aux clans. Les anciens esclaves du Tibet disent qu’ils, eux aussi, ne veulent pas que leurs anciens maîtres reviennent au pouvoir.
“J’ai déjà vécu cette vie une fois auparavant”, a dit Wangchuk, un ancien esclave de 67 ans qui portait ses meilleurs vêtements pour son pèlerinage annuel vers Shigatse, un des sites les plus saints du Bouddhisme tibétain. Il a dit qu’il vénérait le Dalaï-lama, mais a ajouté, “je ne peux pas être libre sous le communisme chinois, mais je suis dans de meilleures conditions que quand j’étais un esclave.”42
Kim Lewis qui a étudié les méthodes de guérison avec un moine bouddhiste à Berkeley en Californie a eu l’occasion de parler longuement avec plus d’une dizaine de femmes tibétaines qui vivaient dans le bâtiment du moine. Quand elle demanda comment elles se sentaient à l’idée de retourner dans leur pays d’origine, le sentiment était unanimement négatif. Au début, Lewis pensait que leur répugnance avait un rapport avec l’occupation chinoise mais elles l’informèrent vite qu’il en était tout autrement. Elles dirent qu’elles étaient extrêmement reconnaissante “de ne pas avoir du se marier à 4 ou 5 hommes, de ne pas devoir être enceinte presque tout le temps”, ou de devoir supporter des maladies sexuellement transmissibles contractées par un mari errant. Les plus jeunes femmes “étaient enchantées de recevoir une éducation et ne voulaient absolument rien à voir avec une quelconque religion, et se demandaient pourquoi les Américains étaient si naïfs”. Elles racontèrent les histoires des épreuves de leur grand-mère avec des moines qui les utilisaient comme “épouses de sagesse”, leur disant “qu’elles gagneraient énormément de mérites en fournissant les ‘moyens de l’éblouissement’ – après tout, Buddha avait besoin d’être avec une femme pour atteindre l’illumination”.
Les femmes interviewées par Lewis parlèrent avec amertume au sujet de la confiscation de leurs jeunes garçons par les monastères au Tibet. Quand un enfant criait après sa mère, il lui était dit “Pourquoi la réclames-tu, elle t’a abandonné – elle est juste une femme.” Parmi les autres problèmes, il y avait notamment “l’homosexualité endémique dans la secte Gelugpa. Tout n’était pas parfait au Shangri-la”, opine Lewis.”43
Les moines qui ont obtenu l’asile politique en Californie ont fait une demande pour obtenir la sécurité sociale. Lewis, elle-même une partisane pendant un temps, les a aidé pour les documents administratifs. Elle observe qu’ils continuent à recevoir des chèques de la sécurité sociale d’un montant de 550 à 700 dollars par mois avec Medicare et MediCal. En plus, les moines résident sans payer de loyer dans d’agréables appartements équipés. “Ils ne paient aucune charge, ils ont l’accès gratuit à internet avec des ordinateurs mis à leur disposition, ainsi que des fax, des téléphones fixes et portables et la télévision câblée.” En plus, ils reçoivent un traitement mensuel de leur ordre. Et le centre dharma prend une collection spéciale de ses membres (tous américains), distinct de leurs devoirs de membres. Certains membres effectuent avec passion les tâches ménagères pour les moines, notamment les courses chez l’épicier, l’entretien de leurs appartements et leurs toilettes. Ces même saints hommes “ne voient aucun problème à critiquer l’obsession des Américains pour les choses matérielles”.44
Soutenir le renversement de la vieille théocratie féodale par la Chine ne signifie pas applaudir à tout ce que fait l’autorité chinoise au Tibet. Ce point est rarement compris par les adhérents du Shangri-La aujourd’hui à l’Ouest.
L’inverse est aussi vrai. Dénoncer l’occupation chinoise ne signifie pas que nous devons idéaliser l’ancien régime féodal. Une complainte commune parmi les prosélytes bouddhistes à l’Ouest est que la culture religieuse du Tibet est sapée par l’occupation. Cela semble vraiment être le cas. Nombre de monastères sont fermés et la théocratie est passée dans l’histoire. Ce que je mets en doute ici est la nature soi-disant admirable et essentiellement spirituelle de cette culture d’avant l’invasion. En bref, nous pouvons préconiser la liberté religieuse et l’indépendance pour le Tibet sans devoir embrasser la mythologie d’un Paradis Perdu.
Finalement, il devrait être noté que la critique posée ici ne doit pas être considérée comme une attaque personnelle contre le Dalaï-lama. Quel que soit ses associations passées avec la C.I.A. et certains réactionnaires, il parle souvent de paix, d’amour et de non-violence. Et il ne peut lui-même être réellement blâmé pour les abus de l’ancien régime, n’ayant que 15 ans quand il s’enfuit en exil. En 1994, dans une interview avec Melvyn Goldstein, il dit en privé qu’il était depuis sa jeunesse en faveur de la construction d’écoles, “de machines” et de routes dans son pays. Il prétend qu’il pensait que la corvée (travail forcé non payé d’un serf au profit du seigneur) et certains impôts imposés aux paysans étaient “extrêmement mauvais”. Et il n’aimait pas la façon dont les gens étaient surchargés avec des vieilles dettes parfois transmises de génération en génération.45 En outre, il propose maintenant la démocratie pour le Tibet, caractérisée par une constitution écrite, une assemblée représentative et d’autres attributs démocratiques essentiels.46
En 1996, le Dalaï-lama a fait un communiqué qui a du avoir un effet dérangeant dans la communauté en exil. Il dit en partie ceci :
De toutes les théories économiques modernes, le système économique marxiste est fondé sur des principes moraux, tandis que le capitalisme n’est fondé que sur le gain et la rentabilité. Le marxisme est basé sur la distribution de la richesse sur une base égale et sur l’utilisation équitable des moyens de production. Il est aussi concerné par le destin des travailleurs - qui sont la majorité - aussi bien que par le destin d’entre ceux qui sont défavorisés et dans le besoin, et le marxisme se soucie des victimes de minorités exploitées. Pour ces raisons, le système m’interpelle et il semble juste … Je me considère moi-même comme demi-marxiste et demi-bouddhiste.47
Et plus récemment, en 2001, en visitant la Californie, il a fait remarquer que “le Tibet, matériellement, est très, très en arrière. Spirituellement, il est tout assez riche. Mais la spiritualité ne peut pas remplir nos estomacs.”48 Voici un message qui devrait être pris en compte par les prosélytes bouddhistes bien alimentés en Occident qui dissertent avec nostalgie sur le vieux Tibet.
Ce que j’ai essayé de défier, ce sont le mythe du Tibet, l’image du
Paradis perdu d’un ordre social qui, en fait, n’était rien de plus qu’une
théocratie rétrograde de servage et de pauvreté, où une minorité privilégiée
vivait richement et puissamment au prix du sang, de la sueur et des larmes
de la majorité. On est loin du Shangri-la.
Notes :
1. Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon : China, Tibet, and the Dalai Lama (Berkeley : University of California Press, 1995), 6-16.
2. Mark Juergensmeyer, Terror in the Mind of God, (Berkeley : University of California Press, 2000), 113.
3. Kyong-Hwa Seok, “Korean Monk Gangs Battle for Temple Turf”, San Francisco Examiner, December 3, 1998.
4. Dalai Lama quoted in Donald Lopez Jr., Prisoners of Shangri-La : Tibetan Buddhism and the West (Chicago and London : Chicago University Press, 1998), 205.
5. Stuart Gelder and Roma Gelder, The Timely Rain : Travels in New Tibet (New York : Monthly Review Press, 1964), 119, 123.
6. Pradyumna P. Karan, The Changing Face of Tibet : The Impact of Chinese Communist Ideology on the Landscape (Lexington, Kentucky : University Press of Kentucky, 1976), 64.
7. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 62 and 174.
8. As skeptically noted by Lopez, Prisoners of Shangri-La, 9.
9. Melvyn Goldstein, William Siebenschuh, and Tashì-Tsering, The Struggle for Modern Tibet : The Autobiography of Tashì-Tsering (Armonk, N.Y. : M.E. Sharpe, 1997).
10. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 110.
11. Anna Louise Strong, Tibetan Interviews (Peking : New World Press, 1929), 15, 19-21, 24.
12. Quoted in Strong, Tibetan Interviews, 25.
13. Strong, Tibetan Interviews, 31.
14. Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet 1913-1951 (Berkeley : University of California Press, 1989), 5.
15. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 175-176; and Strong, Tibetan Interviews, 25-26.
16. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 113.
17. A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y. and London : 1996), 9 and 7-33 for a general discussion of feudal Tibet; see also Felix Greene, A Curtain of Ignorance (Garden City, N.Y. : Doubleday, 1961), 241-249; Goldstein, A History of Modern Tibet 1913-1951, 3-5; and Lopez, Prisoners of Shangri-La, passim.
18. Strong, Tibetan Interviews, 91-92.
19. Strong, Tibetan Interviews, 92-96.
20. Waddell, Landon, and O’Connor are quoted in Gelder and Gelder, The Timely Rain, 123-125.
21. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, 52.
22. Heinrich Harrer, Return to Tibet (New York : Schocken, 1985), 29.
23. See Kenneth Conboy and James Morrison, The CIA’s Secret War in Tibet (Lawrence, Kansas : University of Kansas Press, 2002); and William Leary, “Secret Mission to Tibet”, Air & Space, December 1997/January 1998.
24. On the CIA’s links to the Dalai Lama and his family and entourage, see Loren Coleman, Tom Slick and the Search for the Yeti (London : Faber and Faber, 1989).
25. Leary, “Secret Mission to Tibet”.
26. Hugh Deane, “The Cold War in Tibet”, CovertAction Quarterly (Winter 1987).
27. George Ginsburg and Michael Mathos, Communist China and Tibet (1964), quoted in Deane, “The Cold War in Tibet”. Deane notes that author Bina Roy reached a similar conclusion.
28. See Greene, A Curtain of Ignorance, 248 and passim; and Grunfeld, The Making of Modern Tibet, passim.
29. Harrer, Return to Tibet, 54.
30. Karan, The Changing Face of Tibet, 36-38, 41, 57-58; London Times, 4 July 1966.
31. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 29 and 47-48.
32. Tendzin Choegyal, “The Truth about Tibet”, Imprimis (publication of Hillsdale College, Michigan), April 1999.
33. Karan, The Changing Face of Tibet, 52-53.
34. Elaine Kurtenbach, Associate Press report, San Francisco Chronicle, 12 February 1998.
35. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, 47-48.
36. Report by the International Committee of Lawyers for Tibet, A Generation in Peril (Berkeley Calif. : 2001), passim.
37. International Committee of Lawyers for Tibet, A Generation in Peril, 66-68, 98.
38. Jim Mann, “CIA Gave Aid to Tibetan Exiles in ’60s, Files Show”, Los Angeles Times, 15 September 1998; and New York Times, 1 October, 1998; and Morrison, The CIA’s Secret War in Tibet.
39. News & Observer, 6 September 1995, cited in Lopez, Prisoners of Shangri-La, 3.
40. Heather Cottin, “George Soros, Imperial Wizard”, CovertAction Quarterly no. 74 (Fall 2002).
41. The Gelders draw this comparison, The Timely Rain, 64.
42. John Pomfret, “Tibet Caught in China’s Web”, Washington Post, 23 July 1999.
43. Kim Lewis, correspondence to me, 15 July 2004.
44. Kim Lewis, additional correspondence to me, 16 July 2004.
45. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, 51.
46. Tendzin Choegyal, “The Truth about Tibet.”
47. The Dalai Lama in Marianne Dresser (ed.), Beyond Dogma : Dialogues and Discourses (Berkeley, Calif. : North Atlantic Books, 1996).
48. Quoted in San Francisco Chronicle, 17 May 2001.
Le mythe du Tibet
http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2005-08-24%2011:39:05&log=invites