Une contribution au débat pour le
34ème congrès:
Environ 80 personnes ou plus ont
participé à cette rencontre tenue au 2 rue Voltaire à Béziers.
Introduction de Aimé Couquet:
Au nom de la section de Béziers du PCF, nous sommes heureux
d'accueillir André Gerin, député-maire communiste de Vénissieux et
Charles Hoareau de l'association « Rouge Vif », cégétiste qui s'est
fait connaître comme coordinateur du mouvement des chômeurs à
Marseille. Nous considérons que dans le cadre du 34è Congrès il faut
un débat important. Nous approuvons la position d'André de conserver
un PC révolutionnaire, tourné vers les classes populaires. Il nous a
paru logique d'accepter sa proposition de rencontre. Le système
capitaliste est tellement prégnant qu'il faut organiser le plus
possible de débats pour que tous les communistes participent à la
préparation de ce congrès. Avant, la direction de notre Parti
prenait en compte les propositions de la base pour la préparation
des congrès, mais cela ne se vérifie plus depuis longtemps.
Malheureusement, il y a une telle culture du respect des directions
par les militants que les camarades ne réagissent même plus, ou
sanctionnent en quittant le Parti.
Il est important que tous les communistes soient capables de rester
membres du Parti, alors que de nombreux camarades refusent le
comportement de certains dirigeants qui conduit à la déliquescence.
Déliquescence qui elle-même conduira à la disparition du Parti,
ainsi que le veulent certains dirigeants. Mais s'ils ne veulent plus
du Parti qu'ils le quittent donc et le laissent à nouveau se
développer!
Voilà pourquoi nous organisons cette réunion. Et d'autres suivront,
car en France nous ne sommes pas seuls ! Le congrès ne devra pas
être tout ficelé d'avance au travers de trois réunions nationales et
de rencontres départementales organisées par la direction. Ce sont
les communistes qui doivent être propriétaires de leurs décisions.
Dans le débat nous fédérerons tous ceux qui sont adhérents du PCF,
plus tous ceux qui l'ont quitté depuis peu, car les classes
populaires ont besoin d'un Parti communiste organisé, clair sur ses
positions et ses propositions pour faire évoluer la société.
André Gerin : Je dois vous parler de deux ou trois choses
importantes que nous vivons en ce moment. Je pense que le 34ème
congrès peut être fatal pour le PCF. Dans l'analyse des municipales
et des cantonales, ce qui frappe c'est le potentiel de femmes et
d'hommes militants, élus qui montrent que le PC et son enracinement
sont réels et qui ont sauvé l'honneur du Parti pour ces élections.
Mais je considère que Marie-George Buffet et le conseil national
poursuivent le déclin du PCF dans leurs positions. En 1977, le PC
rayonnait sur environ 9 millions d'habitants ; aujourd'hui, c'est
sur 1,2 à 1,3 millions. Le paradoxe, ce sont les exemples de villes
comme Le Havre, Corbeil-Essonnes, Sète, et je me refuse à rentrer
dans le détail pour la région parisienne. Ce qui me frappe c'est
qu'en 2001, nous avons perdu 31 villes dont 20 de plus de 30 000
habitants. Dieppe ayant sauvé l'honneur. Mais sur ces 20 villes, 9
aujourd'hui sont dirigées par le PS. Ce qui me choque, c'est qu'on
ne soit pas capable (le CN) de s'expliquer par rapport à ce qui se
passe. Le Parti n'est même pas capable de tirer les enseignements de
2001, de voir qu'il fallait changer des habitudes d'alliance avec le
PS qui nous faisaient perdre. Le sommet a été atteint avec Le Havre
où il était inimaginable pour le PS de laisser la ville au PC! Avec
tout ce qui s'est passé depuis le dernier congrès, il est clair que
la direction nationale organise la disparition du Parti. Je vous le
redis donc: le 34è congrès est celui qui joue notre avenir. La
situation est grave pour notre Parti.
Comment aborder la question au stade actuel? Le refus de la
direction nationale d'analyser pourquoi on a perdu la
Seine-Saint-Denis est caractéristique de son attitude. Considérons
le vote Front national des années 90: elle a refusé de voir que des
électeurs communistes avaient voté FN. En Seine-Saint Denis, par
endroits le FN a réalisé 30%. Aujourd'hui, sur ce département, le FN
est en recul mais chose gravissime, l'abstention y a établi ses
records à 65 et 70%, dans les classes électorales où le PC a
vocation d'agir. La ligne politique actuelle d'abandon des classes
populaires et ouvrières, accélérée avec Robert Hue, a accentué le
déclin du PC et le travail est achevé actuellement par la direction
nationale. Nous sommes à un moment fatidique, d'autant que la
direction n'a aucune légitimité, car ses membres ne représentent
qu'eux-mêmes. Notre légitimité c'est d'être en prise avec le monde
populaire, avec le travail, avec les intellectuels. Nous avons aussi
abandonné l'éducation populaire et notre pratique d'étude du
marxisme...
Il faut réaffirmer: restons fidèles aux choix de 1920. Renouons
aujourd'hui avec nos fondamentaux marxistes, travail essentiel
d'autant que nous sommes dans une situation d'éclatement. Beaucoup
de communistes sont encore restés au Parti, mais d'autres l'ont
quitté. Posons-nous la question. Quel Parti pour mener le combat
révolutionnaire? La révolution n'est pas une question ringarde mais
moderne dans la lutte de classe nationale et internationale. Les
enjeux sont fantastiques pour le Parti communiste anticapitaliste
avec le sujet de la faim dans le monde.
Qu'est-ce que chacun peut faire? Si on veut avoir une chance de
faire bouger les choses à ce Congrès, ça suppose que même les
communistes qui ne sont plus adhérents doivent à nouveau
s'impliquer. J'ai la conviction que les communistes ont envie de
construire cette bataille idéologique, politique, concrète. Si la
construction d'un Parti communiste révolutionnaire pouvait être
notre objectif commun dans le rassemblement de tous les nombreux
groupes résistants, pourquoi serions-nous battus au 34ème congrès en
portant cette idée forte de démarche révolutionnaire? Nous
changerons la direction pour sortir du tête-à-tête avec le parti
socialiste afin que le Parti revole de ses propres ailes. Il faut «
couper le cordon ombilical » comme en 1920, Et si les communistes
obligeaient la direction à remettre son mandat, exigeaient la
consultation de tous les adhérents afin d'obtenir une direction
porteuse de l'idéologie révolutionnaire? C'est pour cela que j’ai
lancé l’idée d’un référendum des communistes .Le problème est
crucial, il faut qu'on se bouscule, qu'on s'organise.
Paul Barbazange: J'ai été délégué les 8 et 9 décembre 2007 à la
conférence nationale à Paris. J'en suis revenu en disant «on a battu
la direction nationale dans son objectif d'accélérer la disparition
du Parti». D'autres ont eu la même analyse. En dépit des difficultés
il y a la volonté de garder le PCF. Je rappelle qu'il est né de la
boucherie de 14-18, comme nous pouvons renaître de l’inhumanité du
capitalisme. M.G. Buffet ne voulait pas que la question de
l'organisation de la construction communiste soit dans le texte.
Notre amendement est passé en commission puis atténué en séance
plénière, mais est resté! Olivier Dartigolles et Marie-Pierre Vieu
ont décidé la disparition de l'organisation communiste. Ils sont
comme Gayssot, mais eux sont au sommet de l'appareil.
Gilles Galtier : Pour le PCF il est trop tard. Je m'explique.
J'ai adhéré en 1974 et depuis 4 mois j'ai refusé de reprendre ma
carte par découragement et par dégoût. Par découragement car dans
mon village, il y a 25 ans, nous étions 80 membres du PCF et
aujourd'hui 4, dont les âges vont de 77 à 84 ans. Il y avait à
Servian une section de 250 membres, aujourd'hui la section a
disparu. Et pendant des années je me suis présenté à des élections,
l'action adoucissant la rancœur.
Par dégoût pour les pratiques de nos dirigeants fédéraux, porteurs
d'eau de Frêche, qui ont besoin d'être élus -il y a des indemnités
qui leur permettent de vivre- mais leur niveau idéologique est
lamentable, sans parler de l'attitude de Jean-Louis Bousquet en 2002
sur le Vème prenant une décision de retrait au premier tour sans
avoir régulièrement convoqué les camarades et ses pratiques
écœurantes à Béziers. Entre découragement et dégoût, j'ai décidé de
ne pas renouveler pour observer. Toutefois, ça ne me suffit pas donc
je m'intéresse de près à l'action de la LCR qui me paraît plus
cohérente que celle du PC.
L'an dernier, MGB est venue Sète, je n'y suis pas allé, mais je me
suis rendu à Montpellier où se tenait une rencontre avec Besancenot.
Et dans la foule une bonne moitié avait moins de 30 ans !
Ce qui va terriblement manquer au PCF, c'est le renouvellement de
ses militants. Ici, à part Nicolas, il n'y a que des gens âgés.
Alors, si on n'a pas la jeunesse dans une ville de 70 000 habitants
que dire des villages; c'est le désert. La LCR est beaucoup plus
attractive. Donc on va voir comment ça se passe, mais si au congrès
on se fait avoir...
Nicolas Cossange: Ton intervention tombe bien. Car il y a des
manque dans l'accueil au sein du Parti. En particulier le manque de
formation. Le PC n'est pas là pour gérer le capitalisme. Il devrait
proposer une alternative, mais ça n'existe plus. A la fédé, il n'y a
rien en ce qui concerne la formation. Ce manque va très vite devenir
un obstacle car il n'y a pas transmission ni élan pour remplacer au
moment voulu les forces restantes. Le mouvement des Jeunes
Communistes n'est plus que l'ombre de lui-même. Les jeunes sont
fondus dans les directions aux divers niveaux ou alors ils sont dans
la ligne de la disparition du PCF. Les Jeunes Communistes ne sont
pas organisés sur l'Hérault. Le site internet ne donne aucun contact
hormis le mien et celui de Florian. Sans l'organisation des jeunes,
les sections ont du mal à attirer des jeunes qui sont pourtant
communistes. Lorsqu'on considère l'histoire enseignée dans les
lycées, le communisme s'arrête à Staline. Je pense qu'il faut
organiser des rencontres entre jeunes et anciens. Pour la première
fois, notre génération, celle des jeunes, sait qu'elle vivra moins
bien que celle de ses parents.
Martine Souty: Nous sommes courageux. Quand Nicolas a adhéré,
j'ai été surprise car c'est compliqué pour nous d'être militants
dans le Parti. Il n'y a plus de clarté. Dans le parti il n’y a pas
que des communistes et tous les communistes ne sont pas forcément au
Parti. Se rassembler d'accord, mais pour se battre sur quoi, pour
aller ensemble vers quoi? On ne s'y retrouve plus, mais nous y
croyons. Notre culture, notre vécu, nous ne voulons pas les lâcher.
Si certains n'en veulent plus, qu'ils partent! Ils ont organisé la
casse et ce sont eux qui gagnent parce qu'ils ont le pouvoir.
Obtenir le vote de tous les communistes, je suis bien d'accord, mais
qui va dépouiller ces votes? Nos luttes ne sont pas forcément
relayées par la direction nationale. On fait quoi contre le blocage
au niveau des directions? On est majoritaire à la section de Béziers
mais on voit des mecs qui nous font ch.. Je ne vois pas comment au
plan national on va y arriver...
Charles Hoareau: Je reviendrai sur les moyens de communiquer.
J'ai longtemps milité syndicalement et j'ai ainsi connu l'UL CGT de
Béziers qui avait une position particulière. J'ai été membre du
Parti mais quitté après le congrès de Martigues. Il faudra bien
qu'on finisse par rassembler les communistes du dedans et ceux du
dehors. Le clivage existe: il est entre les révolutionnaires et les
communistes socio-démocrates. Le parti socialiste aussi va dans le
mur d'où le problème de l'abstention. A Allauch, on a mené une
campagne communiste et sommes passés d’un total théorique d'environ
10 % (PCF 8 % et LCR 1,5 %) à 20 %, Ceci en faisant des propositions
sur les services public, etc... C'est dans les quartiers populaires
que l'on a eu le plus fort score car les gens se sont reconnus dans
notre programme.
Nous avons créé notre association qui s'appelle « Rouge vif » avec
le symbole de la faucille et du marteau. C'est un symbole
mondialement reconnu. Dans cette association il y a des gens du PC,
es gens qui n'ont jamais été encartés, des syndicalistes, des
simples citoyens... C'est clair, on ne peut pas être communiste tout
seul, car ainsi on perd tout repère. Nous n'allons pas faire un
nouveau Parti. Toute la question est d'atteindre une lisibilité
nationale. Le 1er septembre 2007, à Vénissieux nous avons lancé
l'appel «Communistes de France, il faut un PC porteur d'un projet
révolutionnaire». Un exemple: dans les luttes de la grande
distribution il faut que le PC donne un éclairage politique des
luttes engagées. Il pourrait dire: nationalisons ce secteur!
Afin de communiquer et d'échanger, Internet est un outil formidable
qui permet d'accéder rapidement à l'information. Donc on a les
moyens de savoir ce qui se passe un peu partout. Je sais qu'à
Béziers vous avez un vrai problème car quand je lis «l'Humanité»,
c'est Gayssot le modèle communiste!
Aujourd'hui, le Parti est isolé sur le plan international. Le PC
d'Israël a lancé un appel que le PCF n'a pas signé, le PC égyptien a
lancé un autre appel sur le problème de la crise alimentaire
mondiale et le PCF ne l'a pas signé. Ces deux appels ont été
ratifiés par 39 PC… pas toujours les mêmes, mais c’est nous qui nous
isolons.
Je reviens sur le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) de la LCR.
L'idée d'un parti anticapitaliste est nécessaire. Mais ça ne
marchera pas car il ne suffit pas de passer à la télé chez Drucker!
A Marseille, il y a eu une liste LCR avec quelques PC car il fallait
voter contre Sarkozy. Si le PC avait pris la tête de liste avec les
CUAL, on aurait pesé 15%. Le PC a choisi l’alliance avec le Ps , le
Modem et même un UMP membre de leur bureau national! L’abstention a
fait des ravages dans les quartiers populaires, jusqu’à 70 % des
inscrits. On ne peut balayer d’un revers de main des décennies
d’histoire communiste. Mais ça ne peut pas être le fils qui tue le
père. Sur le Tibet, le PC a retrouvé des réflexes primaires, quel
scandale!
Fabre du RCF : nous avons a plusieurs reprises proposé
rencontres et débats en particulier avec l’appel de G. Hage. Nous
n’avons pas eu de réponse, pourquoi ?
Jacques Cros: Ce qui est en cause, c'est les limites d'un
système économique et social qui ne répond plus aux besoins des
gens. Donc le système appelle une révolution. Le Congrès de Tours en
1920 c'est construit sur le refus de la boucherie. Aujourd'hui, il
n'y a plus de réponse aux problème des gens: salaire, logement,
sécurité, paix dans le monde... Il n'y a plus de loi, que celle de
la force, la loi de la jungle des plus forts, comme les États-Unis
qui gèrent le monde et que Sarkozy suit. Le problème ne se résoudra
pas si on n'a pas une perspective claire. N’oublions pas qu’en 2001
à Cessenon dans mon village Le Pen a fait plus de voix que Jospin et
Chirac réunis. La situation est tellement dégradée, partout, elle
appelle donc un changement de fond. Malheureusement, on conserve
l'alliance qui fait perdurer les choses! Si demain la
sociale-démocratie revenait au gouvernement de la France, elle ne
résoudrait rien. Il faut un Parti communiste révolutionnaire. Et le
Parti sera révolutionnaire ou ne sera pas.
Martine Ragonnet: Oui il faut une organisation car je ne suis
pas sûre qu'on trouve une autre moyen. Ce que dit Nicolas concernant
la formation est pour moi essentiel C'est vrai, la propagande est
telle qu'il faut retrouver des moments de réflexion communiste:
théorie, histoire et avenir.
Paul Barbazange: Je comprends les positions de chacun, car
chacun a son histoire, sa culture politique. Dans le cadre du
Congrès, est-ce que nous nous battons pour «prendre» la direction
du Parti? Je suis de vieille culture léniniste et la prise du
pouvoir, c'est autre chose que son exercice. Nous avons à prendre en
compte un calendrier indépendant de notre volonté. A Tours le 14
juin, le débat public a pour thème «transformations du PCF». Et pour
cet important débat, les camarades ne seront pas mandatés. Ça veut
dire que c'est la direction choisit qui parlera et quand. On les a
battus le 8 décembre mais ils continuent comme si notre motion
n'existait pas!
Michel Rouquette : Il n'y a pas si longtemps, je partageais le
découragement de Gilles. Mais ce qui m'a persuadé de rester c'est ce
qui se passe à la section de Béziers. Mais se battre contre des
moulins à vent, ça va un moment. Il y a de l’espoir. Si j’étais
parti je ne serai allé nulle part. Mais plus on aura de rencontres,
plus on pourra espérer. Même à 3% on en a marre des alliances avec
le PS. S'il y en a moins qui vont à la soupe, on se reconnaîtra !
Serge Aléou: Je suis un ex-secrétaire du PCF de Paris, ex-membre
du comité de section de Narbonne. Je n'ai plus ma carte. A Narbonne,
c'est compliqué. Nous avons proposé un débat au PC, mais le PC a
refusé. Alors à Limoux, nous avons présenté une candidate. Nous
avons été juste derrière les socialistes car notre tête de liste
était la secrétaire CGT de chez Myris, et en dernière position est
arrivée la camarade du PC. Nous appartenons à Convergence
communiste. Nous essayons d'avancer. Les gens de Limoux ont voté
pour une camarade dans les luttes, sur le terrain pour répondre aux
besoins des gens. Il y a pas mal de camarades de Convergence
communiste qui sont dans des conseils municipaux. Vous êtes sur le
bon chemin ici, à Béziers. l faut chercher à se rapprocher. Dans
l'Aude, nous n’arrivons pas au même type de débat. Pour vous dire,
le responsable de la LCR a fait adhérer les membres de la LCR au PCF
puis est devenu secrétaire du PCF
Thérèse Bouldoire: Je reprends ce qu'a dit le jeune
communiste, «La jeunesse actuelle sait qu'elle va moins bien vivre
que ses parents et c'est la première fois! » Je ne suis pas
d'accord. Depuis des années, on ne parle plus de la misère qu'il y
avait à l'époque. Je rappelle que le RMI date de 1988, vingt ans
déjà. Des gens qui vivaient mal il y en avait des quantités! Ici,
c'est un endroit où j'entends des choses révolutionnaires, c'est
bien, mais j'y mets quelques bémols.
Jacqueline Maurel: Je suis des « seniors ». Je rappelle que j'ai
fait les écoles de cellules, plus l'école fédérale. Je me souviens
qu'on nous avait proposé une réflexion sur « compromis et
compromission » et j'avais déclaré que le compromis menait à la
compromission. Balmigère m'a fait la leçon sur mes opinions trop
arrêtées. Pour des raisons électoralistes, on avait l'illusion de
croire que la direction amènerait le Parti au pouvoir au travers des
alliances. J'ai eu tort de quitter le Parti, mais j'ai beaucoup
d'inquiétudes. Je réfléchis à un retour pourquoi pas ! Quand les
dirigeants sont vendus aux réformistes, on ne peut rien espérer.
Jean Louis Robineau: Comme Line je suis un « senior ». Je suis
resté au PCF. J’ai le sentiment de ne pas y faire grand chose, mais
je viens chaque fois que possible, je participe. Mais n’est-ce pas
la somme de ces «pas grand chose» qui faisait la réalité de notre
Parti: le lien avec les travailleurs.
Claudine Esco: Je fais partie du Sud-Biterrois. Heureusement
qu'on vit à côté de Béziers. On subit aussi le découragement et
l'envie de ne plus rien faire. Mais la préparation du congrès, c'est
préparer la survie du Parti. Si on ne réussit pas, on aura encore
plus de difficultés. Le repli sur soi doit être vaincu car il faut
discuter ensemble et se retrouver. Nous sommes des communistes
révolutionnaires, même si on subit des chapardages de l'intérieur
pour nous faire baisser les bras. Il doit absolument rester un Parti
communiste.
André Gerin: Si nous considérons que majoritairement les
communistes sont pour le maintien d'un Parti communiste porteur d'un
projet révolutionnaire, il faut en faire notre objectif commun.
Chacun doit faire l'effort de se concentrer. Points de vue,
analyses, différents, contradictions, tout cela doit contribuer au
rassemblement pour sauver le Parti. Ce n'est pas le PRCF, ou André
Gerin, qui a raison à la place de l'autre. Il faut absolument que
chacun fasse l'effort d'arrêter de mettre des étiquettes. On a
chacun notre part de vérité. On est dans ce moment critique où la
position de notre direction peut être fatale au Parti. Est-ce qu'on
est capable de dire: «qui nous empêche de prendre le pouvoir, de
secouer le cocotier si on a cet objectif, porter un projet
révolutionnaire?». Il faut faire monter l'idée d'un référendum pour
conserver le Parti. Aujourd'hui, on rencontre deux orientations chez
les communistes: ceux qui veulent garder le PC avec toutes ses
diversités, et ceux qui sont refondateurs depuis 1989, qui veulent
abandonner l’organisation, et qui disent que tout ce qui va mal,
c'est la faute du PC pour pouvoir continuer avec le PS. A côté
d'eux, l'orientation de MG Buffet est aussi l'abandon du PC pour
aller vers le PS.
Une prise de conscience s'impose. Aujourd'hui notre direction
s'adapte à l'accompagnement du libéralisme; non seulement on a
abandonné la théorie, mais on a mis en sommeil et occulté tous nos
points forts faisant l’apport original de notre Parti . Dans un
premier temps, abandon de «la dictature du prolétariat», idée de
révolution pacifique pour la transformation de la société, et non
renouvellement de la pensée. Ensuite abandon du centralisme
démocratique. Il y a eu abandon de points idéologiques forts.
Je pense que les adhérents doivent faire irruption avant le débat du
congrès, en prenant appui sur 1920, en disant qu'il faut refaire le
congrès de Tours, certainement pas à l'envers, mais pour aller plus
loin, plus haut et plus fort. Il y a une passion française pour le
communisme. Pour dépasser notre découragement, nos souffrances, car
nous avons au pouvoir une droite pétainiste qu'on doit affronter,
combattre de façon énergique! On personnalise cette droite, mais le
combat idéologique fait rage depuis la Résistance et le CNR, suivi
du plan Marshall. La bourgeoisie aujourd'hui détricote tout ce que
nous avons construit. Dans ce combat cassant le collectif en isolant
l'individu dans la misère, il faut remettre au centre le collectif,
d'où l'enjeu de porter les 40 ans de Mai 68 dans notre congrès. La
préparation est concrète, immédiate, au moment où la bourgeoisie
entend encore modifier la constitution de 58, nous devons remettre
en cause l'élection présidentielle au suffrage universel. Nous
devons être porteur d’une nouvelle espérance , d'une république
sociale.
Le Parti socialiste est d'accord avec le Revenu Social d'Activité,
avec le traité simplifié européen, avec la privatisation des
ports... Notre direction nationale a abandonné ces combats. Il faut
remotiver les camarades sur les millions de gens en survie: ont-ils
besoin de petits pansements? C'est cela qui tue la démocratie. Notre
PC aussi fait de l'accompagnement. On peut tenir tous les discours
que l'on veut mais il faut se prendre par la main face à la question
essentielle: est-ce que le marxisme aujourd'hui peut être utile à la
France?
Pour la LCR, franchement toutes les conneries qu'on a fait contre
les gauchistes, ça nous a coûté très cher. Il y a de la place pour
tout le monde. Mais le PC doit être capable de réinvestir les
classes populaires et le monde du travail, sinon il n'a plus de
raison d'être.
Charles Hoareau: Dès qu'une organisation ne fédère plus, elle
s'émiette. J'ai moins de souffrance que vous car j'étais davantage
militant syndical. Les plus virulents contre le PC sont parfois ceux
qui l'ont quitté. Il faut trouver la position qui va rassembler les
communistes. Tous ceux qui se disent «à la gauche de la gauche»
m'ont invité à jouer les «José Bové». Mais en gros, on a répondu
«s'il n'y a pas le PC on n'y va pas». On a privilégié le débat, mais
en externe on a empêché de tirer sur le PC. Au départ de Rouge Vif,
il y avait 8 communistes sur 10 adhérents. Mais aujourd'hui, à ces
copains-là, comment leur demander d'adhérer au PC, juste pour le
défendre? De l'extérieur du Parti, mais de l'intérieur du
communisme, il faut se rassembler car il faut absolument reprendre
l'appareil. Notre visibilité pèse dans le débat. Notre site Internet
a vu 80 000 lecteurs de l'interview de Gerin et 200 000 personnes
ont lu l'appel de Vénissieux. Les temps du militantismes sont tels
qu'à la CGT, tu adhères et tu te retrouves dirigeant en moins de
deux et sans formation! Travaillons ensemble pour se préciser les
repères. Nous sommes trois cents, mais nous ne faisons pas la pensée
d'un pays, c'est pourquoi nous devons nous rassembler. Ce qui s'est
produit en Italie, échec de la «Gauche arc-en-ciel», est la preuve
que la disparition de la pensée révolutionnaire mène à l'échec de la
gauche. Nous devons trouver quelles réponses politiques apporter à
ceux qui parlent concret, exemple pour le logement. Nous devons
aider les communistes à retrouver des valeurs. Quelques mots sur
l'accord de la représentativité syndicale qui va m'enlever le droit
de créer mon syndicat d'entreprise si je ne suis pas représentatif.
Evelyne Ortis: En ce qui concerne l'obtention de la consultation
de tous les adhérents pour savoir si oui ou non il faut conserver le
Parti communiste, sachant que les statuts précisent que pour avoir
le droit de voter il faut être à jour de ses cotisations, faut-il
pour gagner, demander aux anciens communistes, (ceux de Renaissance
communiste ou de Convergence communiste), de ré-adhérer au Parti?
André Gerin: Tous les moyens sont bons. Il faut tout tenter.
Travailler avec tous les communistes.