A l’occasion du 20 001ème numéro de l’Huma depuis la libération,

L’HUMA ne doit pas cesser d’ÊTRE l’HUMA

Il m’est difficile de dire, en peu de mots et en évitant les simplifications extrêmes, ce que fut pour moi, des décennies durant, d’Humanité.

D’abord, le journal du Parti communiste, porteur de son idéal, porte-parole des travailleurs dans leurs confrontations de classe avec les exploiteurs et, bien au-delà, exprimant, depuis sa création, l’aspiration profonde à la naissance d’une société nouvelle, fraternelle des hommes de progrès en France et partout ailleurs. Comme, à partir de là, aurait-elle pu, sans abandonner sa raison même d’exister, être autre chose que le journal de l’antifascisme, de l Résistance, des combats anticolonialistes, de la défense du véritable idéal socialiste ?

Et c’est justement cette angoisse profonde de voir l’Huma cesser d’être l’Huma que nombre de mes camarades de toujours ont comme moi ressentie au cours de ces dernières années.

Comment accepter sans s’indigner d’entendre proclamer que ce journal auquel tant de militants avaient donné le meilleur d’eux-mêmes, pour certains jusqu’à lui sacrifier leur vie, gagnerait à ne plus être un organe communiste mais un « quotidien comme les autres » ? Un journal qui « comme les autres », devrait reprendre à son compte stupidités, déformations historiques et calomnies contre les régimes socialistes et qui, « comme les autres », mènerait – aux applaudissements de Bush et consorts – une permanente campagne contre la révolution cubaine ?

Non, ce n’était pas là l’Humanité que j’aimais, l’Huma des travailleurs de France, frères de tous les exploités et tous les opprimés du monde. Une Huma que je voudrais continuer à retrouver comme lorsqu’elle fait sienne la défense des revendications ouvrières contre Sarkozy et ses alliés d’une fausse gauche ou comme lorsqu’elle dénonce les crimes dont se rendent coupables les dirigeants israéliens et se place courageusement – sans craindre de se distinguer des « autres » - aux côtés des Palestiniens au combat pour leur droit à l’existence.

Henri Alleg     

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