Athènes, Madrid, Paris :

« l’Europe » des banquiers, des reculs sociaux, de la soumission nationale…et de Dominique Strauss-Kahn.

Disons le clairement : l’action résolue menée par les communistes grecs (KKE et syndicalistes du PAME) contre les diktats de l’Europe supranationale a enfin entraîné quelques réactions parallèles, limitées, en France. Nous ne pouvons que les approuver et nous y joindre, en regrettant qu’elles ne soient pas plus massives. Mieux vaut tard, et timidement, que jamais.

Mais cette obstinée frilosité de la gauche française à combattre « l’Europe », qui impose partout, d’Athènes à Madrid et Lisbonne, de Dublin à Rome et Tallin, la même purge sociale, amputant salaires et retraites, détruisant services publics et emplois, cette frilosité a des racines en occident : elle se nomme opportunisme politicien, allégeance au social-libéralisme, ralliement carriériste à « l’Europe institutionnelle ». Elle se traduit contre quelques subsides, par le rattachement à un « parti de gauche européen » qui approuve les bases idéologiques des 27, traité de Maastricht et monnaie unique par exemple, agrémentées de quelques phrases lénifiantes sur « une plus grande dimension sociale » à venir…Il est difficile de réussir un cent mètres après s’être tiré une balle dans le pied…

Certains aujourd’hui le découvrent, et pourtant ce fut toujours ainsi.

La spéculation est le fruit naturel du capitalisme. Les banquiers et les traders à leur service, après avoir l’an dernier encaissé des milliards de bénéfices sur le dos de particuliers endettés, aux USA et ailleurs, ont « joué à la baisse » les dettes d’état de la Grèce, avant celles d’Espagne et d’autres à venir. En quelques jours, ils ont menacé l’Etat grec de faillite, et gagné par la même occasion quelques milliards d’euros.

« L’Europe supranationale », jamais avare de bonnes paroles, est depuis sa naissance au service des grandes banques. Sous prétexte de « sauver la Grèce », elle a trouvé subitement les centaines de milliards d’euros qui font défaut pour tout le reste. La France y contribue, pour des sommes énormes, dépassant largement ce qui manque à la Sécurité Sociale et aux retraites. Le seul but de cette cagnotte « aidant la Grèce » est de permettre aux dirigeants d’Athènes de rembourser en temps et lieux l’argent qu’ils doivent aux banques. Les salariés grecs, eux, sont condamnés à travailler pour un salaire réduit jusqu’à la vieillesse, avec l’espoir d’une retraite grignotée.

A Athènes, et ailleurs, l’aube du soulèvement des peuples contre l’Europe des banquiers se lève : on est encore loin du plein soleil. Encore faut-il pour cela bien déceler les mécanismes du système, tous ceux qui le tiennent en place et qu’il faut combattre : privilégiés de la fortune et actionnaires, qui gagnent à la spéculation quand d’autres la subissent, banquiers, traders et politiciens à leur service, qui ne valent pas mieux. Mais, pour ces derniers, il serait infantile de les cataloguer tous à droite, et dans les couloirs de Bruxelles ou des ministères, à Berlin ou Paris. Le dernier « plan d’austérité » prétextant les dérives boursières, à Madrid, est signé Zapatero, chef du PS au pouvoir en Espagne. Le gouvernement grec qui a approuvé le désastre social imposé à son peuple est celui du socialiste Papandréou, et sa majorité au parlement d’Athènes l’a suivi. A Paris, les députés socialistes ont voté avec l’UMP le prêt de 18 milliards à la Grèce, pour garantir aux banques leur « dû », et le parrain, conjoint avec les hiérarques de Bruxelles et de Francfort, de ces mirifiques cadeaux aux banques, est Dominique Strauss-Kahn, président du Fonds Monétaire International, et futur candidat du PS aux élections présidentielles françaises de 2012, contre ( ?) Sarkozy, dont si peu le sépare en dehors du désir de pouvoir…

En fait, toute la social-démocratie européenne partage les objectifs de « l’Europe des 27 ». Comment pourrait-on espérer combattre l’Europe de Barroso avec quelque succès, en se mettant à la remorque de Strauss-Kahn et ses amis ?

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