Palestine, Afghanistan, etc… : une nouvelle stratégie US ?
Obama est allé recevoir son prix Nobel de la Paix, en chef de la première puissance militaire au monde, et juste après l’annonce de nouveaux renforts à Kaboul. Piteusement, il s’est posé en philosophe de la guerre juste, au nom de la lutte contre le nouveau nazisme, camouflé en barbe et turban : du Bush dans l’idéologie, sinon dans le style. Et certains de nos beaux esprits, du Figaro à Libération, de TF1 à FR3, font mine de le découvrir, après l’adulation béate : ce politicien chevronné peut lui aussi faire l’inverse de ce qu’il dit, au point de perdre tout crédit parmi les millions de jeunes américains rêveurs et pacifiques qui l’ont élu.
Étonnement curieux ou hypocrite en France, c’est depuis longtemps une spécialité locale, avec son PS qui privatise plus vite que ses concurrents, une fois au pouvoir, son père Mitterrand qui promit de « changer la vie » et désagrégea la classe ouvrière, son filleul de Neuilly Sarkozy qui clame chaque jour de nouvelles promesses, les yeux rivés sur les sondages, en sachant qu’il fera l’inverse : « j’irai chercher la croissance avec les dents… ».
L’histoire ne juge pas les rois à ce qu’ils disent mais seulement à ce qu’ils font, et leur sincérité, leur sourire enjôleur ne change pas grand-chose à la froide réalité : Himmler était sincèrement antisémite quand il organisa la shoah. Était t’il moins coupable pour cela ?
Ces temps
derniers encore, la « nouvelle stratégie » mondiale d’Obama pouvait passer
pour une démarche audacieuse, freinée par les pesanteurs de
« l’establishment » US. Le bilan des faits aujourd’hui est cruel pour les
naïfs impénitents qui prenaient leurs désirs pour des réalités :
Au Moyen Orient, où l’Etat colonial d’Israël, tenu à bout de bras par les
armes et les capitaux US et d’occident, impose plus encore sa loi au peuple
palestinien, par suprématie militaire et économique, les USA interdisant
tout progrès vers la paix en acceptant la multiplication des colonies en
Palestine, par le gouvernement d’extrême droite israélien.
En Irak, dévasté, livré aux conservateurs intégristes, le retrait de soldats
US, partiel, laisse place à la curée des grands pétroliers, charognards du
profit, qui vont pouvoir y exploiter l’or noir, à leur avantage, sans que
cela donne naissance à la moindre industrie de transformation. L’Irak qui,
il y a quarante ans, émergeait du sous-développement, y retourne, redevient
simple producteur de matières premières, délabré, livré aux haines tribales
et «religieuses ». Le peuple irakien a bien perdu la guerre que lui a
imposé l’impérialisme, et les vainqueurs sont la Shell, Halliburton, ou le
français Total !
En Amérique latine, le blocus de Cuba ne s’est pas desserré. « Les 5 »
Cubains prisonniers à Miami pour avoir contré la CIA, ont pris des dizaines
d’années de geôle. En Colombie, dont le pouvoir d’extrême droite est
chouchouté par Washington, les USA ont récemment implanté sept bases
militaires, aptes à contrer les méchants Chavez et autres Morales, qui
menacent les compagnies US et leurs bijoux de famille. Les putschistes du
Honduras, condamnés par tous les gouvernements d’Amérique, continuent à
diriger le pays malgré son peuple, grâce au soutien militaire et financier
de Washington, devant un Obama soudain aphone à ce sujet.
En Afghanistan, c’est bien pire. Tout en fixant le retour des forces US en juillet 2011 (avant les élections de mi-mandat aux USA, qui pourraient enlever tout pouvoir au président si la droite républicaine les gagne), Obama a décidé d’envoyer dans l’enfer afghan 30 000 soldats de plus, et de « gagner la guerre » ( !). Retour en arrière d’un généreux pacifiste contraint par les événements ? Ce pourrait être vrai s’il n’y avait les précédentes décisions d’Obama, les 22 000 de février 2009 : sur les 100 000 GI déployés en Afghanistan, les deux tiers y ont été expédiés depuis l’élection du « Prix Nobel de la Paix », comme le souligne le New York Times. Par ailleurs, cette plongée en eaux profondes d’une guerre d’invasion qui ne peut être gagnée tant le peuple est acquis à ceux qui résistent aux occupants (et ne sont pas tous « taliban ») ne se fait pas qu’avec des renforts classiques en troupes régulières. Aux dernières nouvelles, plus de 70 000 employés des sociétés militaires privées (p.e. Military Professional Ressources Incorporated) participent aux côtés des forces de l’OTAN, comme d’autres continuent de le faire en Irak. A côté d’eux, les contingents européens (10 000) ne sont qu’un apport moindre, limité géographiquement et d’une haute symbolique. Ajoutons, pour être plus clair encore, que la guerre d’invasion peut aujourd’hui prétendre parfois se passer de présence humaine sur le terrain, grâce aux drones de guerre, ces mini avions sans pilotes, bourrés de caméras, dont les images sont reportées en temps réel à des centaines ou des milliers de kilomètres, jusqu’à un poste de commandement d’où l’on peut alors détruire la cible, à l’aide d’un missile. Avec évidemment les quelques bavures d’usage, quand des Allemands de l’OTAN, au chaud dans leurs fauteuils, font par exemple sauter des dizaines de villageois en train de s’approvisionner à un camion citerne… Les « war drones » sont régulièrement utilisés par les forces US contre les villages afghans, soupçonnés de collusion avec les taliban (elles ne contrôlent en convois que les axes routiers), mais aussi dans les régions dites « tribales » du Pakistan : on l’avoue moins, car c’est dans un territoire extérieur, dans un pays avec lequel les USA ne sont pas en guerre, et malgré les condamnations des dirigeants pakistanais, qui savent ces « actions pirates » contre productives politiquement.
Notre monarque Sarkozy, un des ultras de l’OTAN, sait l’opinion française réticente à l’envoi de plus de chair à canon dans ce conflit perdu. Mais ses actes parlent pour lui : « pas de soldats, mais des gendarmes ( !), instructeurs des troupiers afghans » (qui très souvent ne rêvent que désertion). Et les drones français permettent de visualiser à la base de Creil, 80 kilomètres au nord de Paris, des cibles qu’on peut détruire sans quitter les bords de l’Oise : le préposé était il y a quelques semaines à la télé, tout fier de nous montrer quelques Afghans en train de courir se cacher, supposés être taliban, fuyant la menace aérienne, en insectes affolés…
La guerre coloniale ou impériale ne fut jamais fraîche et joyeuse, malgré les chansons. Mais celle là est peut-être la pire jusqu’à présent : perdue déjà par l’occident, féroce et absurde, gouffre humain et financier, elle s’apprête à broyer les espoirs du peuple américain autant que ceux du peuple afghan.
Francis Arzalier