Par Henri Sterdyniak, Directeur du Département économie de la mondialisation de l’Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE), et professeur à l’Université Paris-Dauphine.
L’Humanité du 19 juillet publie un article de Michel Fize, sociologue au CNRS, qui s’oppose à la loi anti-burqa, dénonce la «stigmatisation des musulmans » et préconise la concertation au sujet de la burqa. Faut-il laisser l’islam intégriste s’installer en France et remettre en cause notre mode de vie et nos lois ?
Michel Fize prétend que la loi contre la burqa stigmatise les musulmans avant de reconnaître un peu plus loin : « L’islam est une religion globale qui saisit le sujet dans sa totalité. Nulle distinction entre le public et le privé. » Est-il acceptable que s’implante en France une religion intégriste, qui imposerait ses lois au détriment des lois républicaines ? La religion catholique a renoncé à cette prétention. Que la lutte laïque soit aujourd’hui, en grande part, une lutte contre l’islam intégriste est donc légitime.
Michel Fize découvre que les jeunes filles voilées dans les écoles étaient majoritairement musulmanes (faut-il être sociologue au CNRS pour s’en apercevoir ? je pense même qu’elles l’étaient toutes). La loi contre le voile visait donc, selon lui, les musulmans. Aurait-il été acceptable que, dans les écoles ou les collèges français, certaines filles doivent payer la tare d’être de sexe féminin, en devant en permanence s’abriter sous un voile ? En ne participant pas aux activités sportives ? Le poids de la famille et de l’entourage est telle que toutes les fillettes musulmanes auraient été progressivement obligées de subir cette oppression permanente.
Les mariages forcés concernent, en France, en 2010, essentiellement des familles musulmanes. Faut-il les accepter pour ne pas « stigmatiser les musulmans » ?
Michel Fize prétend qu’il y a des sujets plus importants, comme la crise économique. Allons au fond de l’argument : faut-il s’occuper des femmes battues, alors qu’il y a la crise ? Faut-il s’occuper des enfants maltraités, alors qu’il y a la crise ? Punir les maris violents ou les parents indignes ne vise qu’à détourner des « vrais problèmes », à « attiser des divisions préjudiciables à tous».
La burqa serait un déguisement comme un autre, une manière de se distinguer. Faut-il accepter que circulent dans les rues des femmes qui acceptent (ou sont contraintes d’accepter) leur soumission aux hommes, qui rappellent que, dans certains pays arabes, ne pas porter cette prison ambulante est puni de coups de fouet ? Que dirait-on si certains voulaient se promener en ville affublés de croix gammées ? Pourquoi accepter que certains hommes veuillent imposer aux femmes de porter une burqa, ou même un voile ? Que dirait-on si certains voulaient imposer aux juifs de porter l’étoile jaune ?
Le pire est que Michel Fize reconnaît que l’islam qui « refuse la distinction entre public et privé » n’est pas compatible avec la laïcité. On ne peut, écrit-il, « laïciser la religion musulmane » ? Mais que ne va-t-il au bout de sa logique ? Faut-il accepter que la République Française se plie aux normes de l’islamisme, que la charia s’applique aux musulmans en France, avec l’infériorité de la femme, le droit de l’homme de battre son épouse, la polygamie, la séparation des sexes, les mariages forcés… Où s’arrête-t-il dans ce qu’il faudrait accepter pour ne pas stigmatiser les musulmans ? Faudra-t-il demain relever les filles musulmanes de l’obligation scolaire ? Leur interdire l’école, comme en Afghanistan ?
Non, il faut le dire clairement : l’islam intégriste n’est pas compatible avec les valeurs de la République Française. Les musulmans qui veulent se soumettre à ces préceptes ne doivent pas résider en France. Ils ne peuvent être citoyens français.
La France est un pays laïque, et veut le rester, et a raison de le vouloir. Admettre l’intrusion de la religion dans les affaires publiques amène à l’oppression des femmes, des minorités (des catholiques au Nigeria, des coptes en Égypte…) et à la guerre des religions (de l’Inde à l’Irak…).
Michel Fize préconise « une sage concertation, pour concilier les intérêts des uns et des autres, dans les écoles, les hôpitaux ». Une concertation, mais avec qui ? Avec quels représentants de l’islam ? Choisira-t-on les plus intégristes ? Que des hommes, je suppose. Passera-t-on un compromis avec ces imans intégristes dont il faudra respecter les intérêts, sur la tenue des filles dans les écoles, sur l’organisation des hôpitaux ? Quel genre de compromis ? Et, pourquoi pas demain, sur les règles du mariage, sur le droit de l’héritage, sur les programmes scolaires ?
En tant que citoyen, Michel Fize a le droit d’avoir une opinion sur les droits qu’il faut donner, en France, à l’islam intégriste. Est-il légitime de signer « sociologue au CNRS », comme si cette opinion découlait d’une quelconque pratique scientifique ?
Le Parti communiste Français se trompe lourdement en croyant qu’il gagnera des électeurs et des militants parmi la communauté arabe en pactisant avec l’islam, en flattant l’islam intégriste… Les forces progressistes doivent combattre les idéologies réactionnaires et obscurantistes, qui demandent aux hommes (et pire aux femmes) de se soumettre aux pouvoirs établis et aux préjugés hérités du passé. Elles doivent combattre pour l’égalité totale des hommes et des femmes, ne pas fermer les yeux sur des pratiques inacceptables, ne pas prétendre qu’elles sont compatibles avec le combat progressiste.