Intervention au CN du PCF du 7 janvier 2011 : s'appuyer sur la colère populaire pour contrer la crise du capitalisme

Intervention de Pasquale Noizet (Paris)

Avant propos

J’ai fait partie des 20 camarades inscrits qui n’ont pas pu s’exprimer pour réagir à l’ensemble du projet d’adresse aux communistes. Alors qu’il avait été convenu que chaque inscrit avait 4 minutes maximum pour s’exprimer, beaucoup de camarades, sans pour autant être rappelés à l’ordre par les animateurs, ont pu s’exprimer durant 6, 7 ou 8 minutes. Je ne parle pas des camarades qui étaient à la tribune qui eux ont largement mordu sur le temps de parole des inscrits qui n’ont pas pu passer pour manque de temps.

J’ai cependant pu intervenir succinctement avec mes amendements du texte en reprenant les arguments qui faisaient partie de mon intervention initiale.

J’ai fait partie des 34 camarades qui ont voté contre le texte. Certains ont voté contre par principe. En effet, le jour même, porter à la connaissance des membres du CN  ce projet d’adresse de 8 pages pour amendements, pour être remis  dès le lendemain à la conférence des secrétaires de sections, n’est ni démocratique ni très sérieux.

Le texte a été voté avec 80 voix pour, 34 contre et 3 abstentions.

Intervention initiale

A propos du projet d’adresse aux communistes, je constate que rassembler la gauche est l’enjeu principal du parti communiste. Je n’ai rien contre rassembler à gauche, dans les luttes, et débattre ensemble, à condition que le PCF reste visible dans ses propositions et que celles-ci s’appuient sur la colère et les revendications populaires.

Ce projet d’adresse aux communistes m’apparait en deçà des exigences et ambitions que notre Parti devrait porter dans un contexte de crise du capitalisme. Il y a plusieurs points dans le texte que je  voudrais souligner et il y a des amendements que je souhaite proposer :

Si comme il est préconisé, le mot d’ordre doit être partout, en toutes circonstances : « debout et solidaires contre la crise », il me semble très insuffisant et incomplet. Je propose de dire plutôt : « Debout et solidaires pour contrer la crise du capitalisme »

Je constate l’abandon de la nationalisation/socialisation des banques qui peut être effectivement en contradiction avec un autre point exprimé plus loin dans le texte, qui prône la création monétaire de la BCE. Je pense que l’on ne peut pas nationaliser et socialiser les banques si l’on prétend réformer la BCE même avec les meilleures intentions du monde.  Et si ce n’est pas contradictoire alors pourquoi ne pas insister pour que la nationalisation/socialisation des banques soit un de nos objectifs surtout dans le contexte de crise que traverse notre société ? J’attends, sur ce sujet, une réponse de mes camarades de la commission économie.

Nous sommes contre la personnalisation des hommes politiques mais dans ce texte le nom de Sarkozy revient de nombreuses fois alors que « droite » ne figure pas. « Battre Sarkozy » ce n’est pas  comme battre un tapis ! Il s’agit bien de battre la droite. Et le MEDEF.  Je propose d’ajouter « battre la droite  et le Medef» à la place de « Battre Sarkozy  et sa majorité».

Une camarade s’inquiète que notre Parti ne se saisisse pas de la question sur la sécurité. Elle a raison de poser la question. Il ne faut pas laisser ce sujet à la droite et à Marine Le Pen (qui monte dans les sondages en surfant sur les sujets sensibles qui intéressent de nombreux abstentionnistes). J’informe donc cette camarade que depuis deux mois, un collectif « Sécurité », auquel je participe, s’est mis en place. 

NB : Aucun de mes amendements n’a été retenu par le président de séance (Bob Injey) mais je suis remontée au créneau (en bon petit soldat)  et un d'entre eux a été (en partie seulement) retenu : « battre la droite » sans pour autant ajouter « et le MEDEF ». Aucun des autres n’a été retenu ni n’est passé, bien que j'aie interpelé les camarades notamment les plus intéressés par la question.

J’ai heureusement entendu au CN « nationaliser les banques » par la bouche d’un camarade, ainsi qu’à la conférence des secrétaires de section samedi, où le MEDEF a été cité comme ennemi principal à battre avec la droite. Mais quelle piètre consolation au vu des positions que devraient à mon sens tenir notre parti et qui plus est, dans un tel contexte !

 

 Intervention de Marie-Christine Burricand (Vénissieux)

Qui a peur de quoi ici ?

Le nombre de camarades qui viennent nous dire depuis ce matin -pas de salut hors Mélenchon- traduit pour le moins une certaine fébrilité par rapport à ce qui se passe dans le parti ces dernières semaines.

J’attends toujours des arguments objectifs et rationnels justifiant qu’un communiste ne serait pas le mieux à même de porter un rassemblement qui doit aller bien au delà du Front de gauche, quand même il en aurait fait la démonstration dans de multiples actions et élections.

Attention, les français n’ont besoin ni d’un champion ni d’un miroir aux alouettes.

Noisy et Corbeil montrent qu’il n’y a pas de dynamique automatique à gauche ou à la gauche de la gauche. Une leçon à retenir pour les cantonales et les présidentielles.

En 2007, les communistes ont dit qu’ils voulaient continuer le PCF.

Depuis plusieurs semaines, un mouvement profond s’est enclenché, divers et large, pour dire qu’il fallait un candidat communiste. Il faut bien en tenir compte, y compris en renonçant au "package" du congrès d’étape et en revenant aux statuts.

La convocation d’une conférence nationale et l’appel à candidatures sont une bonne nouvelle, une porte ouverte par les communistes dont ils doivent se saisir sans se laisser impressionner par le rouleau compresseur d’une partie de la direction en faveur de Jean-Luc Mélenchon.

Oui à un candidat communiste parce qu’il y a un espace à occuper pour les idées communistes, la pratique et l’ancrage populaire que nous représentons. Occuper cet espace renforcera toute la gauche, affaiblira le Front national, créera les conditions d’un rassemblement populaire qui transcendera les clivages des organisations.

Et franchement, si nous sommes 1000 candidats, il n’y a aucune raison que nous n’ayons pas dans nos parlementaires les femmes et hommes populaires capables de mener cette bataille.

Je considère que nous proposer aujourd’hui une adresse à adopter pour demain sans possibilité de discussion avec nos organisations de base est un déni de démocratie.

Je refuse de mettre sur le même plan, une candidature issue du PCF et une candidature venue d’une autre force.

Je regrette que les proposition de cette adresse soient en dessous d’un programme communiste.

Je demande que les communistes puissent à l’issue de la conférence nationale se prononcer sur la candidature communiste, les principaux éléments du programme et le cadre du rassemblement.

 

 La vie politique du parti, force autonome des exploités, est bien essentielle

Intervention de Paul Barbazange, Hérault

En ce début de CN trois types de réflexions sur le projet d’adresse aux communistes qui nous est remis sur table,

D’abord lequel d’entre nous, élu syndical, élu politique accepterait de se voir remis sur table un document d’orientation important, dans ces conditions. Quel mépris à l’égard des communistes, c’est à eux de travailler tous les textes d’orientation, à nous au CN de nous faire un écho juste du débat et de trancher. La question est d’importance, elle touche à la démocratie. Sans cette démarche par aller-retour pas de réelle mobilisation possible des communistes.

Il demeure que dans les propos du rapporteur, je trouve une vraie avancée : la place enfin redonnée au patient travail de construction du parti : par l’adhésion, sa structuration de classe dans les cellules et les sections. S’il s’agit bien à nouveau de porter toute l’attention nécessaire à la construction du parti politique de la classe des exploités se vivant enfin à nouveau ”Pour soi”, il ne s’agit pas de rien. Nous revenons de loin, travaillons.

La décision de proposer le report du Congrès National de un an et quatre mois à l’automne 2012 me parait dans ce sens juste : avec le contenu prévu, une préparation hâtive à ce printemps aurait accentué chez les militants le sentiment de liquidation voulue, programmée par certains.

A ce printemps nous aurons fort à faire : surtout dans les cellules et les sections pour que tous les communistes soient pleinement informés, discutent, se prononcent sur toutes les candidatures aux présidentielles issues de leur rang. Affirmer, enfin ! “Nous allons respecter les statuts actuels” va aider. Après l’avoir dit, faisons le, et la surmédiatisation de la candidature Mélenchon parfois appuyée par des communistes, y compris des dirigeants, passera pour ce qu’elle est : une tentative d’imposer une candidature de l’extérieur aux communistes. La candidature du principal responsable d’une formation politique qui se définit d’abord dans ses textes comme conccurente-remplaçante du PCF.

Par contre, je combat l’appréciation qui est donnée dans le début du projet d’adresse sur le mouvement de lutte pour les retraites. Ramené dans le texte à, je cite ”Ce pouvoir, ces méthodes, ça ne peut plus durer”, les guillemets sont dans le projet d’adresse.

Non, camarades, les 7.000.000 de citoyens dans l’action pendant plusieurs trimestres ont fait autre chose que clamer “Tout sauf Sarkozy”. Le sentiment, la conscience anticapitaliste de masse ont progressé. Ce que vous proposez de retenir c’est la vision social démocrate, partielle et limitée du contenu politique de l’action. Le peuple pour une bonne part est heureusement au delà, il a crié qu’il faut “rompre avec le capitalisme, chercher dans un autre ordre social les solutions”, certes de façon encore nettement minoritaire, non isolée et en forte croissance dans le mouvement. Ce n’est pas par hasard si un tiers des adhésions faites au plan national cette année l’ont été dans le mouvement et encore avons-nous été partout attentifs ? offensifs ? Dans ma section, sur l’année, croissance de plus d’un quart des effectifs de départ et les deux tiers dans les manifs ! Des jeunes et beaucoup de retours “naturels” au parti de leur classe.

La lutte des Fralib à Aubagne - Marseille rappelée par Pierre Dharéville dans l’intervention précédente, c’est cette capacité, ce besoin aussi dicté par les conditions d’exploitation et de la lutte de remettre en cause jusqu’aux rapports d’exploitation capitalistes pour préserver leurs emplois dans la production. Donnons encore mieux à cette lutte toute sa place nationale. Donnons aux contenus de classe toute leur place dans les propositions proposées aux communistes.

La mise en cause du capitalisme, la rupture pour construire autre chose est rendue possible par la crise, par l’indignation, mais surtout par les puissantes luttes de résistance “à la française”. Dans les mois et les années qui viennent nous ne pourrons en rester au “soutien aux luttes”. Nous nous ravalerions nous-même au rang d’accompagnateurs, nous sommes des acteurs politiques ou nous ne sommes rien.

Proposons un programme de rupture socialiste, communiste à la française ; “Le programme partagé”, élément essentiel du nécessaire rassemblement, ne peut venir qu’en son heure sur ce socle encore à construire de perspectives anticapitalistes conséquentes, socialistes, communistes. Construisons aujourd’hui ce socle, avec tous les communistes : dans le parti bien sûr, mais aussi en gardant un œil attentif et fraternel sur ce que proposent tant d’autres, qu’ils se réclament ou non du communisme, mais ont conscience de la nécessité d’en finir. Ils sont nos futurs militants pour beaucoup.

C’est avec un parti communiste porteur de ce bagage à toutes les élections, dans toutes les luttes que nous redeviendrons visibles, lisibles, utiles certainement. La vie politique du parti force autonome des exploités est bien essentielle.

retour archives