Roland Leroy : mai 1981-mai 2011. Il y avait dans le pays une forte aspiration au changement et il était vraisemblable que ce changement se ferait en faveur de François Mitterrand. Il apparaissait potentiellement comme le futur président, le courant lui a donc été favorable. Mais il est important de rappeler que les voix communistes ont été décisives pour l’élection du président de la république, contrairement à ce qu‘écrit Jean Daniel dans l’éditorial du Nouvel Observateur du 21 avril. Il écrit à propos de François Mitterrand : « Quelle idée vicieuse l’avait-elle visité d’inclure des ministres communistes dans ce gouvernement, alors qu’il avait eu la chance de ne pas avoir besoin de leur parti pour être élu ? » C’est faux. Les chiffres l’attestent : nous avons contribué concrètement à sa victoire. Dès lors se posait la question de l’application d’un programme. La candidature de Mitterrand s’appuyait sur un programme annoncé par lui, qui n’était pas le programme commun. Il faut souligner que, dans les semaines qui ont suivi la formation du gouvernement un certain nombre de résultats réels et non négligeables ont été obtenus. Dans les domaines qui dépendaient des quatre ministres communistes, je peux mentionner, dans les transports, l’abandon du plan Guillaumat de démantèlement de la SNCF ; dans la santé, un budget supplémentaire pour les hôpitaux , l’extension des libertés des personnels, l’installation de 25 nouveaux scanners dans les hôpitaux ; dans la fonction publique, la création de 83 000 emplois ; dans la formation professionnelle, l’ouverture dès la rentrée suivante de 40 000 postes de stagiaires qui voyaient leur rémunération revalorisée. Tout cela est intervenu immédiatement. Ce qui est grave c’est qu’à peu près un an et demi plus tard, Mitterrand a pris un virage politique que nous n’avons pas suffisamment dénoncé. Peut-être sous-estimions-nous ce virage. Certains d’entre nous, plus que d’autres, le sous-estimaient, d’autres non. J’ai relu le discours que j’avais prononcé à la Fête de l’Humanité de 1981, donc trois mois après la formation du gouvernement. Une toute petite phrase avait fait polémique, y compris dans nos rangs. Des camarades avaient considéré que je n’avais pas raison de dire : « Le PCF est un parti de gouvernement, mais non le parti du gouvernement ». Cette phrase avait pourtant un sens clair. Quand on considère le mouvement historique, nous n’avons pas dénoncé et encore moins combattu avec vigueur et énergie le changement de politique imprimé par François Mitterrand. Tout en soutenant l’action des sidérurgistes, nous n’avions pas avec assez de netteté exprimé notre position. Si on feuillette les numéros de l’Humanité de cette époque, on constate que nous faisons l’écho réel des critiques syndicales. En mars 1983, nous pouvons lire une déclaration d’Henri Krasucki, le secrétaire général de la CGT, qui dénonçait l’instauration du forfait hospitalier, une mesure injuste, et appelait à l’action pour revenir à la politique engagée en 1981. La question peut de poser. Est-ce que nous aurions dû quitter le gouvernement plus tôt ? Je pense, en considérant l’Histoire et ses conséquences, que nous aurions dû avoir une attitude plus ferme et plus critique. Je me souviens, par exemple, de l’approbation par certains ministres communistes, une approbation enthousiaste, de la politique de Margaret Thatcher au moment de la guerre des Malouines. Nous aurions dû exprimer notre inquiétude. En toutes circonstances, la participation à un gouvernement ne doit pas devenir la primauté, l’emporter sur la détermination politique. Quand le gouvernement Jospin (1997-2002) a porté atteinte à la Sécurité sociale, il eût été conforme à l’engagement des communistes de s’y opposer. Mais cela n’a pas été fait. Le groupe parlementaire l’avait décidé mais Robert Hue fit revenir le groupe sur sa décision. La leçon principale qu’il faut tirer est que les communistes ne doivent jamais transiger sur la défense de la classe ouvrière, dans la lutte contre la mainmise du grand capital. Des possibilités d’union existent. Elles peuvent être fécondes, elles l’ont été, elles doivent l’être et le seront encore à la condition que ces alliances ne se fassent jamais au détriment de l’engagement social qui fonde l’existence du Parti Communiste.
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