Michèle Picard, maire de Vénissieux.

Avez-vous été choquée par la récente déclaration d’André Gerin : "Non, l’immigration n’est pas une chance pour la France" ?

Ce qui me choque, c’est qu’on tronque son discours. Je pense que ceux qui s’insurgent depuis quelques jours n,’ont pas eu connaissance de l’ensemble de ses propos. On lui fait un faux procès. En l’occurrence, André Gerin répondait à Laurence Parisot, la présidente du Medef, qui venait souhaiter que la France reste un pays ouvert. En clair, le patronat est favorable à l’immigration pour pouvoir continuer d’exploiter. C’est cela qui devrait choquer les gens de gauche. Je n’oublie pas, par ailleurs, qu’il y a actuellement un combat politique au sein du PCF. Sortir une phrase de son contexte pour attaquer quelqu’un, c’est bas. Après, la formule était peut-(être à l’emporte-pièce. André Gerin a sa façon de poser les questions. Je ne l’aurai pas dit de la même manière, mais il faut aborder les problèmes de fond et trouver des réponses progressistes en conservant nos valeurs.

Mais André Gerin considère qu’il faut même limiter l’immigration régulière car la situation devient explosive dans les villes populaires. N’est-ce pas reprendre à son compte le discours du FN ?

Est-ce que vouloir parler d’immigration fait automatiquement de vous un raciste ? On mélange tout. Je rappelle que dès 1981, Georges Marchais avait posé la question de l’immigration. (l’ancien secrétaire général du PCF avait demandé l’arrêt de l’immigration NDLR). Il y a beaucoup hypocrisie sur ces problématiques et au final, on laisse les maires se débrouiller pour gérer des situations très difficiles. Pour moi, il faut ouvrir le débat, ne pas laisser ce terrain à une droite fascisante. Je refuse cette approche qu’i voudrait qu’il y ait des thèmes propres à la gauche, le social par exemple, et d’autres qui seraient la chasse gardée de la droite. Il ne doit pas y avoir de tabou. Peut-on, par exemple, se satisfaire des conditions d’accueil des Roms en France ? Dans un autre registre, comment la gauche travaille pour soutenir les Tunisiens qui ont fait la révolution afin qu’ils restent dans leur pays pour s’y construire un avenir ?

André Gerin pourfend ceux qui, à gauche, réclament la régularisation des sans-papiers. Mais récemment encore, les élus de gauche de Vénissieux, André Gerin inclus, se sont mobilisé&s contre expulsion d’un Congolais. N’êtes vous pas en pleine contradiction ?

On peut faire le constat que l’immigration et la mondialisation soulèvent des questions et, dans le même temps, s’employer à se pencher sur des problèmes humains. Je fais en sorte que des enfants soient vaccinés dans des squats, mais je ne veux pas devenir un maire qui gère des bidonvilles. Je dois aussi être à l’écoute des habitants qui se plaignent lorsque des squats s’installent sous leurs fenêtres.

Plusieurs vénissians de gauche (PS, PG, un membre du groupe PC) ont vivement critiqué André Gerin. Quelles vont être les conséquences de cet épisode sur le fonctionnement de votre majorité ?

Moi, je pense que c’est une chance. Il faut confronter nos points de vue, même s’ils sont divergents, sur des problèmes auxquels nous sommes confrontés au quotidien (Roms, marché parallèle aux Minguettes...). Au delà, si les propos d’André Gerin permettaient enfin à la gauche de se saisir de ces questions, de provoquer le débat, cet épisode aurait au final été positif. Mais il faut délaisser le champ polémique pour se situer sur le champ politique. Au regard des réactions, c’est vrai qu’on n’en prend malheureusement pas le chemin.

Interview parue dans le Progrès du Dimanche 26 Juin

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