Les ennemis de la Syrie ne veulent pas la paix !

 

Pour Guennadi Ziouganov, premier secrétaire du comité central du Parti Communiste Russe, la situation en Syrie est claire. Le pays de l’Oronte est attaqué par une coalition de forces où se mêlent des terroristes salafistes ultra fanatiques, des mercenaires européens (environ 750 selon les sources occidentales) et des mercenaires venus du Maroc, de Tunisie, de Turquie, de Tchétchénie, de Lybie … financés et entrainés par les services secrets des USA, Israël, la Turquie et les « démocratiques monarchies théocratiques » du Golfe. Personnages dont la carte de visite est la voiture–piégée contre la population civile, les assassinats (Le grand Ouléma Mohammed Saed Ramadan al-Bouti, président de la fédération des oulémas a été assassiné le 22 mars 2013 par une voiture-piégée dirigée contre lui et la mosquée des Omeyades à Damas), les séquestrations d’autorités religieuses comme les patriarches de Damas le 23 avril, les attentats contre les observateurs de l’ONU (L’Autriche vient d’annoncer, ainsi que le Japon et les Philippines, qu’ils retireraient leurs observateurs du plateau du Golan si l’UE réarmait l’opposition) ou de la Ligue Arabe …les attaques aux gaz toxiques comme à Sarakeb, dans la province de Idlib.

Face à cette agression se dresse le gouvernement légitime du président Al-Assad. Le seul qui jusqu’à présent a été capable de proposer des solutions politiques : il a été capable de promulguer une loi d’amnistie pour les délits politiques, il a supprimé la loi d’exception (en vigueur depuis 1963 et responsable de l’augmentation excessive du pouvoir des services de sécurité), il a convoqué des élections pluralistes pour les municipales, a signé une constitution qui reconnait le pluralisme des partis (votée et acceptée largement par le peuple) et, en dépit de la guerre d’agression non déclarée, il y a eu des élections législatives, où de nombreux partis de l’opposition ont pu se présenter.

Le gouvernement d’El-Assad a commis quelques erreurs au début de la crise. La principale, dénoncée par le parti communiste de Syrie, a été l’introduction de mesures économiques libérales proposées par le FMI : la hausse des prix a provoqué en 2011 le mécontentement populaire. La mauvaise gestion de la crise, la répression des manifestations par le gouverneur de la région de Deraa, ont provoqué une situation conflictuelle que le gouvernement a su apaiser : démission du gouverneur, arrestation des officiers impliqués dans la répression, hausse des salaires, introduction de mesures sociales …

En dépit de cela, les medias occidentaux en ont profité pour créer une fausse réalité et préparer l’agression militaire qui a été crescendo. Les sources turques, russes et libanaises confirment que la pénétration de combattants et d’armes datent de mai-juin 2011, vient du port de Misrata en Lybie, sont postérieures à la chute de Kadhafi mais antérieures au début du « printemps syrien ». L’objectif était simple et calqué sur celui de la Lybie. La supposée répression de la police syrienne contre les manifestations aurait provoqué la réponse violente des groupes salafistes radicaux introduits dans le pays, ce qui aurait provoqué une réponse encore plus violente de l’armée syrienne, qui se battrait contre son propre peuple. Mais rien de tout ceci n’est arrivé. Certains manifestants ont reconnu publiquement à la télévision syrienne qu’ils touchaient 4 $ pour chaque manifestation et 20 $ pour chaque arme.

Le désastre de cette phase a entrainé l’internationalisation du conflit et une implication de plus en plus importante des puissances occidentales. Croire à l’heure actuelle, comme le font certains dirigeants et intellectuels de la gauche européenne, que le conflit syrien est le résultat de l’action d’un « dictateur » c’est croire à ces mensonges et encourager la propagande des médias.

L’implication de l’OTAN, d’Israël et des pétromonarchies dans la guerre a été démontrée. L’attaque de l’aviation sioniste dans les environs de Damas (près de 40 avions) en janvier et début mai en est un exemple évident et il y en a d’autres. L’attaque aérienne a été coordonnée avec les forces de l’opposition qui voulaient s’emparer de quelques quartiers de la capitale. La déroute totale de cette action, la contre-offensive de l’armée syrienne qui est en train de fermer les frontières de Jordanie, Turquie, Israël et du Liban au passage d’armes et de combattants anti-syriens, la récupération de l’initiative stratégique par une partie de l’armée syrienne avec l’appui de la population comme on l’a vu dans la reconquête des quartiers de Homs, Alep et Al Quasar à le frontière du Liban sont les éléments clefs de la situation actuelle. Israël et l’espionnage allemand disent que si la situation actuelle se poursuit, la défaite des « contras » se produira avant 6 mois.

Toutes les forces de la réaction internationale, USA, Israël et l’OTAN en tête, se sont lancées dans une sainte croisade contre le peuple syrien. On a vu des choses incroyables : l’ambassadeur des USA manifestant en faveur des insurgés dans la ville de Hama. Comment le gouvernement espagnol du PP réagirait si l’ambassadeur de Cuba était à la tête des manifestations du 15M ? Des véhicules d’espionnage israélien ont été détruits à l’intérieur du pays. Des militaires hauts gradés français et turcs ont été arrêtés en territoire syrien. Nous avons vu des scènes de barbarie inimaginable : exécutions sommaires de prisonniers, décapitations, officiers de l’opposition mangeant le cœur et le foie d’un soldat syrien mort, assassinats de représentants religieux, attaques contre les camps de réfugiés palestiniens … Nous assistons à une guerre décidée dans les bureaux de l’état-major des USA. La lutte pour les réserves de pétrole, le gaz et l’eau de la zone est la question centrale, et non la liberté des peuples. La position des pays émergents, en particulier le Venezuela, le Brésil, la Chine et la Russie et le front de résistance formé par la Syrie, l’Iran et le Hezbollah ont été capables de modifier le rapport de forces.

La première proposition de résolution du conflit, sous les auspices de l’ONU à Genève, fut prise par la réaction comme un symbole de faiblesse du gouvernement syrien. Les USA ont réinterprété les accords à leur guise et décidé de s’impliquer encore plus dans le conflit à travers des « tiers », spécialement Israël et la Turquie. La position ferme de la Russie de ne pas permettre une intervention directe occidentale en Syrie a modéré les ardeurs du président Obama et de sa belliqueuse secrétaire d’état Hilary Clinton. Pour la Russie, la Chine et les pays émergents, échaudés par le cas libyen, l’intervention directe dans le conflit de l’OTAN et de ses alliés serait considérée comme une déclaration de guerre dont les conséquences pourraient ouvrir la boîte de pandore d’un nouveau conflit mondial.

Les efforts de la Russie et des pays émergents se sont concentrés sur la recherche d’un accord à travers une conférence sous les auspices USA-Russie au mois de juin. Aujourd’hui la possibilité d’un accord semble mission impossible. Les propositions maximalistes d’une opposition étrangère aux intérêts du pays étant donné qu’elle est formée par des militaires et des terroristes de 29 pays différents, s’affronte avec la position constructive du gouvernement syrien qui est le seul qui a proposé des solutions politiques pour sortir du conflit. Les changements sont continuels dans l’opposition dus à des désaccords internes. La liste des démissionnaires est longue : le plus connu Burhan Ghalioun, dénoncé par ses proches aux services occidentaux, a été remplacé il y a quelques semaines par Abdulbaset Sieda qui résidait … en Suisse !!! lequel a été remplacé à son tour par Ahmed Moaz al Jatib, qui est resté seulement 4 mois et est actuellement remplacé par George Sabra, ex trotskiste et ex militant du Parti Démocratique du Peuple syrien. En réalité tous sont des figures décoratives qu’on peut présenter à l’opinion publique, alors que ceux qui dirigent l’opposition sont les puissances occidentales et les groupes terroristes comme le front Al-Nusra qui fait allégeance à Al-Qaida.

Le cynisme de l’occident atteint ici son plus haut niveau. Ce groupe de « lutteurs pour la liberté » est considéré par les services de l’intelligence des USA et de l’OTAN comme un groupe terroriste répertorié sur les listes des organisations poursuivies, ce qui devrait impliquer qu’il ne soit absolument pas armé ni entraîné par ces mêmes services.

Alors que l’autre partie de l’opposition, « pacifique », les nationalistes laïques du corps national de coordination pour le changement démocratique sont pour participer aux discussions, les groupes les plus importants dirigés par les secteurs militaires plus réfractaires comme la coalition nationale syrienne sont plus récalcitrantes. Leurs mentors : USA, Qatar, Turquie, Israël et Arabie Saoudite les obligeraient à participer en échange d’un meilleur approvisionnement militaire pour l’après conférence.

Pour le secrétaire du Parti communiste Russe, la Syrie est la première et pas la dernière des victimes de l’expansion mondiale des USA et de l’OTAN. De fait la Russie aussi est en point de mire ; pour Guennadi Ziouganov, « les frontières de notre pays passent par les villes syriennes ».

La fragmentation de l’opposition syrienne (plus de cent groupes) rend difficile la possibilité d’un échange. Pour unifier ses demandes, il y a eu 3 conférences en mai, une à Istanbul, une à Aman et une autre à Madrid (celle-ci a réuni 89 factions). La conférence de Madrid a été réunie par l’agence espagnole de coopération internationale pour le développement. La réunion a duré 2 jours. Le secrétaire des affaires étrangères et de la coopération, Gonzalo de Benito, a été un de ses promoteurs. La photo du ministre avec les représentants du front Al-Nusra montre l’alignement, comme on pouvait s’y attendre, du gouvernement du PP avec les agresseurs du peuple syrien. Mariano Rajoy a promis à ces groupes un appui logistique, économique et militaire. Le gouvernement qui a fait de la lutte contre le terrorisme de l’ETA un de ses objectifs pour affaiblir le précédent gouvernement de Zapatero n’a aujourd’hui aucun scrupule à soutenir des terroristes et des salafistes radicaux.

L’opposition exige comme condition indispensable la démission du président Al Assad tandis que l’opposition militaire interne envisage maintenant l’assassinat du président. La situation militaire sera déterminante dans le processus engagé. Dans ce sens, les succès de l’armée syrienne ont changé le rapport de forces et provoqué un changement stratégique déjà reconnu par toutes les chancelleries occidentales. La création d’une milice populaire de plus de 50 000 membres avec des bataillons féminins, motivés car ils luttent pour leurs maisons et leurs villages, a permis par leur connaissance du terrain de grandes avancées militaires. Le risque de l’instauration d’un état islamique qui supprime la laïcité et les droits des femmes importants dans le pays est une bonne incitation pour faire partie de la défense nationale (la première loi dictée par les radicaux à Alep fut l’interdiction de conduire pour les femmes). Face à cette réalité les pays de l’OTAN continuent de promettre leur aide militaire et économique à l’opposition pour améliorer leurs bases dans les négociations. Comme dirait Karl Von Clausewitz « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ».

Ceci devrait faire réfléchir une partie de la gauche espagnole et européenne sur sa position dans ce conflit. Il ne semble pas que les intellectuels qui ont défendu le supposé « printemps syrien » et qui se sont tus face aux agressions sur la population civile soient prêts maintenant à lever la voix pour défendre le peuple syrien. Malgré les énormes difficultés, malgré la douleur, la violence et la guerre, selon les sources de la CIA, le président syrien est toujours très populaire, il obtiendrait environ 72 % des votes en cas d’élections présidentielles en 2014.

Malheureusement, ni l’OTAN ni les USA ne semblent vouloir cesser leurs tentatives d’imposer un gouvernement dans leur intérêt. Le monde est face à une terrible alternative car le chemin de Téhéran passe par Damas.

Eduardo Luque Guerrero. Mundo Obreo, juin 2013 Traduction Francisco Rojo.

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