Quelques observations sur les turbulences vécues par le Front de gauche

(Par Jo sur son blog)

L'épisode récent de décisions stratégiques pour les municipales a été très riche d'enseignements. Beaucoup de blogs ont livré des analyses pertinentes ; à mon tour !

La lecture exclusivement locale des élections municipales.

Pierre Laurent a voulu déconnecter totalement l'enjeu municipal de l'enjeu national. Quelques observations sur ce point :

- la Mutation initiée par Robert Hue continue de produire ses effets : le PCF pense d'abord aux élus et à l'existence institutionnelle ;

- l'enjeu financier n'est pas le moindre, et certains ont eu la candeur de le dire tout haut : sans nos élus, le PCF est mort financièrement ;

 - tant politiquement que financièrement, le PCF en tant que parti n'a pas les moyens de s'opposer à ses barons, les élus locaux. Pierre Laurent appelle "démocratie" le fait que chaque section se décide seule pour les municipales ; moi j'appelle ça "aveux de faiblesse". J'ajoute qu'à d'autres élections (législatives), quand la décision locale n'a pas été conforme à ce qu'attendait la place du Colonel Fabien, celle-ci ne s'est pas gênée pour imposer ses candidat (exemple de la Somme où Marie-George Buffet avait quasiment fait une affaire personnelle de faire battre Maxime Gremetz, et a échoué, jusqu'à trouver un prétexte bidon pour le faire exclure du groupe à l'Assemblée, mais passons). Pierre Laurent s'imaginait sans doute que le prestige local de ses élus suffirait à emporter le morceau : à Lyon, manifestement, ça n'a pas fonctionné, à tel point que les élus sortant veulent s'émanciper de la décision de leurs camarades. Que va faire Pierre Laurent : soit donner raison à la base, au risque de rompre avec ses élus, ou bien donner raison aux élus, braquer la base et invalider sa propre stratégie ? Cet exemple montre que l'abandon du centralisme démocratique n'a pas forcément rendu plus démocratique le PCF, en laissant libre chacun d'appliquer ou pas les décisions majoritaires (a fortiori les élus).

Mélenchon voulait-il vraiment une liste du Front de gauche avec le PCF à Paris ?

Jean-Luc Mélenchon est intelligent et éloquent ; son seul défaut, c'est d'être un ancien socialiste. En disant cela, je ne veux pas le marquer au fer rouge d'une appartenance passée qui lui vaudrait des insultes aujourd'hui. En revanche, il porte les stigmates idéologiques et mentaux de ce panier de crabes qu'est le PS ("socialiste") et, en plus, ceux typiques des gens qui brûlent les idoles qu'ils ont adorées hier ("ancien"). Ça fait beaucoup, certes.

- J'ai montré, plusieurs fois, que le Front de gauche est un échec électoral ; j'y reviendrai. Néanmoins, la campagne présidentielle a été menée magnifiquement ; malheureusement, juste après 20h, ce grand moment politique s'est effondré, Mélenchon demandant de voter "sans conditions" pour Hollande. Mélenchon a mené une campagne permettant d'entrevoir une alternative au PS. En en analysant l'électorat, en réalité, et en cela je nuance mon analyse  citée plus haut, il n'a fait que rassembler l'électorat d'extrême-gauche issu de la classe moyenne et, aussi, à la remorque du PS. Ce que j'entends par là c'est que c'est majoritairement un électorat de déçus du PS, d'anciens électeurs socialistes, greffés sur l'électorat traditionnel du PCF qui, à l'inverse, est de plus en plus abandonné par ce parti. Je reviendrai sur les aspects sociologiques de la chose plus loin, mais, ici, ils permettent de comprendre l'hystérie de celui que Descartes appelle à juste titre "Le petit Timonier). Car, en effet, son score de la présidentielle est une impasse : il ne peut rien en faire. Sociologiquement, il ne permet pas de pouvoir espérer concurrencer le PS : on n'observe pas de basculement de la gauche vers le Front de gauche suite aux déboires de Hollande ; et électoralement, il ne permet pas de peser face au PCF au sein même du Front de gauche. Rétrospectivement, on peut bien rigoler de la prétention de Mélenchon à être le premier ministre de Hollande...

- Pour sortir de cette impasse et reprendre la main, il a besoin de mettre la main sur le Front de gauche. Pour cela, plusieurs voies possibles, pas incompatibles entre elles :

* faire venir les écologistes dans le Front de gauche (c'est ce qu'Eva Joly est en train d'initier), car d'une part c'est un parti plus petit et plus malléable que le PCF, d'autre part, ça fait un parti en plus dans le Front de gauche à opposer au PCF ;

* affaiblir le PCF, c'est-à-dire, au regard des éléments mentionnés dans la première partie, lui faire perdre des élus.

Pour cela, il fallait envoyer partout où c'est possible, le PCF dans les bras du PS car :

* le calcul de Mélenchon consiste à faire des municipales un enjeu national et, en l'occurrence, d'en faire l'occasion d'une sanction du PS ; il n'a pas tort car, depuis 2002 avec la droite au pouvoir, les élections locales ont servi à sanctionner le pouvoir national, et la gauche les a toutes gagnées ; autrement dit : faire que le discrédit qui s'apprête à frapper le PS frappe aussi le PCF ;

* cela lui ouvre le champ libre pour faire ce qu'il veut du Front de gauche, en prendre la direction, et s'il peut gagner des élus sans le PCF, on pourra dire qu'il les aura gagnés par lui-même.

D'autres cas de figures apparaissent :

* si les communistes font listes commune avec le Front de gauche, Mélenchon tente d'imposer ses têtes de listes, histoire de marquer les communistes du fer rouge du discours gauchiste qui explique, en partie, l'échec du Front de gauche depuis son départ ; autrement dit : le Front de gauche ayant été un échec électoral, le PCF doit y prendre sa part et se ramasser en même temps que nous ;

* le PG peut aussi se présenter contre des maires sortant communistes : c'est le cas à Dieppe et à Arles, entre autres.

- Les choses sont plus claires avec le recul, et on comprend mieux pourquoi l'histoire du "parler cru et dru" n'a pas plu à Pierre Laurent : le bras de fer avait déjà commencé à ce moment-là. En outre, l'affaire des "500000 euros de la présidentielle" montre aussi que Mélenchon voulait :

* braquer les communistes en n'honorant pas sa part du contrat ;

* faire des provisions financières pour mener les campagnes à venir, puisque, anticipant qu'elles auraient lieu sans le PCF, celui-ci ne pourrait plus servir de pourvoyeur de fonds ni de militants.

En outre, la dramatisation, la théâtralisation, les outrances, la pression et la tension imposées sur le cas parisien n'avaient pour objectifs que de déplaire aux communistes. En tout cas, j'ai bien entendu dans ma section que pas mal de camarades ont choisi l'alliance avec le PS uniquement par rejet du comportement de Mélenchon et Simonnet.

Les ambiguïtés du Front de gauche ou le révélateur des impasses du PCF

- Le Front de gauche est né en 2008 pour :

* redonner un peu d'espoir aux communistes traumatisés par la piteuse campagne de Marie-George Buffet en 2007 ;

* permettre à Mélenchon une sortie honorable du PS.

Déjà à l'époque, on voit que ce n'était qu'un concours de circonstances.

- Mais avant cela, il y avait eu les maléfiques collectifs antilibéraux. Je dis maléfiques parce que, adhérent récent du PCF, cette expérience a été une douche glaciale sur ce qu'est vraiment la politique d'une part, et, d'autre part, sur la nature profondément anticommuniste, vicieuse et politicienne des gauchistes avec lesquels, pourtant, nous faisions alliance et avec lesquels le Front de gauche a aussi été composé. Quelques rappels :

* là encore, une campagne de très haute volée, celle pour le NON au référendum du 29 mai 2005 sur le Traité constitutionnel européen, qui se traduit par une victoire éclatante ;

* une erreur d'analyse comme rarement on en fait d'aussi grosses : du côté des collectifs, ce "Non" fut interprété comme n'étant que le fait de l'antilibéralisme désormais supposé majoritaire en France, sans considération pour l'aspiration à la souveraineté nationale que ce traité battait en brèche. Puisque la présidentielle se présentait, il était évident que le candidat antilibéral allait la gagner (j'ai moi-même entendu, dans ma section, un très haut dirigeant du PCF dire : "La 5e république n'en a plus pour longtemps, puisque Marie-George Buffet en sera élue présidente et qu'on passera à la 6e"...

* dès l'automne 2005 (je ne dis pas 2006 mais 2005, juste après le référendum) les gauchistes des collectifs manifestent ouvertement que l'occasion qui se présente de faire la peau au PCF ne doit pas être ratée : c'est à ce moment-là que j'ouvre les yeux et quitte ces instances pernicieuses ;

* toute l'année 2006 se résume à des négociations de marchands de tapis (et encore, c'est faire insulte à cette noble corporation que d'en parler ainsi), entre faux meetings, fausses conventions (je me souviens avoir été assister à celui de Saint-Ouen, pathétique) pour trouver l'introuvable "double consensus", et qui se termine par le recours du PCF à un vote interne légitimant le coup de force, et un appel à tous les militants communistes d'investir massivement les collectifs pour faire basculer la décision du côté de Marie-George Buffet, en décembre. C'était dégueulasse d'avoir répondu à l'appel de la direction, je le reconnais et le regrette : elle s'était mise dans la merde toute seule, elle n'avait qu'à s'en sortir seule. Mais, à ma décharge, ma faible expérience ne m'avait pas encore appris à lire ce qui n'est pas écrit et à entendre ce qui n'est pas dit (maintenant je commence à y arriver). Au passage, nous perdons quantité de militants sincèrement attachés à la démarche des collectifs, après des assemblées de section à couper au couteau (certains debout sur les tables...).

* la campagne de 2007 se mène sans énergie, car tout avait été vidé dans l'épisode précédent, ni envie, et avec une ligne et une communication particulièrement nulles. Le résultat est implacable : quand on fait de la merde, on le paye. Même pas 2%.

- Toujours est-il que le Front de gauche est lancé avec les mêmes personnes que les collectifs. D'une part, cela prouve que, bien peu scientifique, le PCF ne tire pas les leçons de l'expérience et qu'il aurait mieux valu travailler balayer l'extrême-gauche qu'à lui donner pignon sur rue. D'autre part, et surtout, il est à la remorque du PS sur deux aspect : sociologique et idéologique ;

* sociologiquement : la classe ouvrière est abandonnée à l'abstention ou au Front national. Mélenchon peut bien aller faire n'importe quoi à Hénin-Beaumont (si : alimenter le désespoir), insulter les 6,5 millions d'électeurs de Marine Le Pen (comme si c'était 6,5 millions de fascistes... n'importe quoi), il ne fait que manifester le fait que le Front de gauche ne s'adresse pas à la classe ouvrière. Les gauchistes car ce ne sont que des petits-bourgeois idéalistes qui, s'ils parlent des ouvriers, ce ne sont que des ouvriers fantasmés, eux-mêmes n'ayant jamais sans doute coupé un seul stère de bois, bêché une ligne de jardin, ou vissé un boulon ailleurs qu'aux ateliers du dimanche du BHV. Le PCF, car, sa seule vocation étant devenue ses élus, il a dû s'adapter à la sociologie des communes qu'il dirigeait. Ce point est intéressant et illustrant. La "banlieue rouge" a été rouge car le PCF s'est intéressé à la plèbe de la "zone", des bidonvilles, qu'il lui a donné une existence, une dignité, une d'humanité. Or, depuis, Paris s'est transformé, et a chassé ses industries, et donc ses ouvriers, de plus en plus loin. Maintenant, à Paris comme en banlieue, les classes moyennes sont de plus en plus importantes. Le PCF n'a pas "suivi" les ouvriers dans leur migration dans les zones périurbaines, ces communes loin de tout : loin de la ville sans être à la campagne. Il est resté là où il avait des bases et, pour les garder, a dû s'adapter à leur réalité changeante. Ce n'était pas complètement idiot, du reste, et permet de comprendre l'évolution "sociétale" du PCF, qui a, du reste, avancé dans le parti du même pas que la place des élus comme enjeu central. Mais là où on peut faire un reproche à la direction du PCF, c'est de n'avoir pas anticipé les déplacements géographiques forcés de la classe ouvrière. Ce qui m'a frappé quand j'ai lu ce que faisait Ambroise Croizat avant la guerre, c'est qu'il parcourait la France pour organiser, pour le compte de la CGT, les ouvriers, alimenter leurs luttes, nourrir leurs combats. Aujourd'hui, tant à la CGT qu'au PCF, les permanents restent devant leur ordinateur... Le résultat est celui-ci que les ouvriers, les employés, cette classe sociale à laquelle le PCF a vocation à parler, se retrouve abandonnée : l'emploi s'en va, il y a peu de socialisation (associations), et, facteur aggravant, l'Etat y ferme ses services publics. C'est exactement là le terreau du vote Front national et, en cela, nous portons une très grosse responsabilité dans la montée du FN. Certains en portent une par leur action (Copé, Valls, etc.), d'autre par leur non-action : c'est notre cas. Le PCF peut bien se gargariser comme quoi les électeurs FN ne viennent pas de la gauche... mon cul, d'une part, ce n'est pas vrai, mais, d'autre part, en plus, c'est une lecture électoraliste du problème : le PCF ne doit pas "rassembler la gauche" (les gens qui se revendiquent de la gauche ne représentent au plus que 30% de la population, idem pour la droite, le reste ne se reconnaît dans aucune des deux), mais "rassembler les travailleurs" ouvriers, employés, paysans, cadres, qui, eux, rassemblent bien plus de citoyens et forment, réellement, le peuple de France. Si quelqu'un vote FN, que fait-on, on le brûle, on l'insulte ? Non, on le convainc que ce n'est pas son intérêt de voter FN, mais bien de voter communiste, et on l'accueille, on le forme.

* idéologiquement : en conséquence de cette remorque sociologique, c'est sur le plan idéologique que le programme tant du Front de gauche que du PCF est à la remorque de celui du PS. Quand j'ai lu le programme "l'humain d'abord", je me suis dit qu'il était très bien sur l'accessoire, et très léger sur l'essentiel. Il y a peu de choses sur la reprise en main de la finance et de l'économie par l'Etat, c'est-à-dire peu de nationalisations. Ceci provient du fait que, souhaitant coller à la classe moyenne, le PCF est pro-européen ! Eh oui, la classe moyenne adore la mondialisation, l'Europe, l'euro, l'absence de frontières... En disant cela, on pourrait croire que je contredis ce que j'ai dit précédemment, en souhaitant que le PCF élargisse son audience en s'adressant à une cible sociale plus qu'électorale. Il n'en est rien. En réalité, si la nécessité d'alliances en termes de classes sociales est évidente, il faut bien voir qui représente qui : tous les partis ne peuvent pas s'adresser à la classe moyenne (PS, EELV, PCF...). Le PCF a vocation à s'adresser et à représenter la classe ouvrière pour, ensuite, et en tant que tel, pouvoir nouer une alliance avec la classe moyenne incarnée par les socialistes et les écologistes. Là, on se bat pour savoir qui est le plus européen, qui incarne mieux le libertarisme post-68... pathétique de voir l'idéologie anti-Etat, utopie soit des capitalistes soit de ceux qui ont lu Marx de travers, avoir une telle audience. De la sorte, le PCF a abandonné tout discours sur la nation et la souveraineté. Là encore, on peut envisager avoir une responsabilité dans la montée du FN, lui ayant fait cadeau de laisser ces attributs de la tradition communiste à ses griffes et, dont il a pu, de fait, faire ce qu'il en voulait. A titre d'exemple, l'exercice de l'Etat et le rôle et la place de l'armée sont complètement évacués, étant ravalés à un discours binaire purement moral : la guerre c'est mal, donc l'armée c'est mal (je caricature à peine). Sur un autre terrain, l'émotion (certes bien légitime) provoquée par les arrestations et expulsions de sans-papiers oblitère toute réflexion sur la place de l'immigration clandestine dans le système capitaliste contemporain ; car la classe moyenne adore les sans-papiers, mais pas dans son quartier. Et évidemment, le PCF est pour l'euro, "un autre euro" certes, mais au prix d'un ridicule qui a atteint des sommets cet été (8), tant sur les aspects techniques d'une sortie de l'euro (Jacques Sapir), que tactiques (Frédéric Lordon), ces critiques s'ajoutant à celles, politiques, formulées par d'autres (Jacques Nikonoff, Emmanuel Todd), auxquels tant Nicolas Marchand qu'Yves Dimicoli, Paul et Frédéric Boccara sont vraiment en peine de répondre, si ce n'est par des pétitions de principes, ou en renvoyant aux calendes grecques le nouvel euro.

- Ambiguïté enfin sur le rapport à avoir au Parti Socialiste. On peut, comme le fait Mélenchon, aspirer à renverser le rapport de forces à gauche face au PS. Mais alors, en conséquence de ce que je viens d'expliquer, il faut se repositionner sociologiquement et idéologiquement. Et surtout, en termes proprement politiques, il faudrait accepter ce que personne au Front de gauche, malgré les rodomontades de Mélenchon, n'est prêt : accepter de faire perdre la gauche. Cela signifie, certes, faire des listes autonomes aux premiers tours des élections mais surtout, aux deuxièmes, d'appeler à l'abstention ou, si on s'est maintenu, de jouer les trouble-fêtes. Cette posture nous fera perdre quantité d'élus mais, si c'est articulé avec un programme cohérent s'adressant à une frange importante de la population, cela pourrait paradoxalement faire croître notre audience. Prenons l'exemple du FN : il a été utilisé par Mitterrand pour faire perdre la droite, et a eu très peu d'élus dans son histoire ; mais ce sont ses thèmes qui sont au premier plan du débat politique. C'est pour cela que le roulement d'épaules de Mélenchon est ridicule et pathétique, car il n'a aucune envie de faire perdre ses anciens amis socialistes. On peut donc envisager une stratégie acceptant de jouer le jeu de l'alliance avec le reste de la gauche, mais à condition d'un repositionnement sociologique et idéologique qui, à moyen voire long terme, pourrait permettre de rééquilibrer le rapport de force à gauche et, aussi, faire baisser le FN. Ce que je reproche à la posture du PCF vis-à-vis du PS à Paris, c'est de ne s'articuler que sur le plan électoral, sans soucis social.

Mon positionnement sur la stratégie municipale à Paris

J'ai fait le choix d'une liste indépendant sous l'égide du Front de gauche. Pourquoi ?

- Malgré mes interventions faites depuis longtemps, rien ni personne n'a empêché le PCF de poursuivre l'expérience du Front de gauche et, en particulier, le dernier congrès a encensé cette stratégie. Je ne vois pas au nom de quoi, sous prétexte des outrances de Mélenchon, on en changerait aujourd'hui, alors que cela fait longtemps que nous avons été plusieurs à signaler que son objectif est de liquider le PCF. Un choix stratégique a été fait, il faut s'y tenir.

- Mais naturellement, aller avec les gauchistes aux élections impose, c'est même une condition pour ne pas être ridicule, de ne pas les laisser porte-parole. Mais aussi pour bien leur montrer "qui c'est Raoult", je pense que, tout en allant avec Mélenchon et Simonnet, il aurait fallu leur tordre le bras, et ne pas leur laisser le moindre espoir de mettre quelqu'un d'autre que Ian Brossat en tête de liste parisienne que nos candidats dans les arrondissements où nous avons des sortants.

- Le risque que j'ai identifié en cas d'alliance avec le PS consiste essentiellement dans celui de la division :

* division entre direction, subitement attirée par le PS, et la base, à qui l'on a vendu le Front de gauche comme la merveille des merveilles politiques ; il est à remarquer que la direction du PCF a bien manœuvré, en laissant la situation pourrir pendant l'été et à la rentrée, ce qui n'aurait pas été possible si le vote avait eu lieu en juin comme décidé initialement (et qui aurait pu donner un résultat favorable à une liste autonome du Front de gauche), mais, en fait, ni Mélenchon ni Pierre Laurent n'en voulaient ;

* division entre pro et anti-Front de gauche : eux car ils auraient été déçus de ce revirement subit, qui n'est pas sans rappeler celui de 2006 : on fait croire qu'on veut une alliance où on accepte de partager, et ça marche, la base y croit, et finalement quand les enjeux vitaux du parti sont en question, on change notre fusil d'épaule ; les anti-FDG car, de fait, nous avons beau jeu de montrer que le FDG n'était qu'un écran de fumée bien fragile et sans consistance ; ne restent que les nostalgiques de Robert Hue qui ont dû sabrer le champagne ;

* division en Paris et la province : Paris, certes capitale de la France, dont les sections sont remplies de dirigeants nationaux, envoie un signal bien étrange aux sections de banlieue (où le PS se lèche les babines des communes communistes qu'il va croquer toutes crues) et de province ;

* division entre notre électorat et le parti : après les campagnes que nous avons menées, notamment à Paris aux législatives, où le résultat n'a pas été si mauvais, il est décevant de voir que cela n'a servi que de monnaie d'échange pour des places sur une liste à direction socialiste. Car c'est bien en termes d'opportunisme que ce choix va être interprété ;

* division dans le Front de gauche : à la limite, celui-là, je m'en moque un peu. Il n'empêche que les tentatives de division que Mélenchon tente d'instiller dans le PCF comment sérieusement à nous agacer, et qu'il est temps de le faire taire ou se montrer moins arrogant. Déjà certaines de ses troupes se croient autorisées, sur les réseaux sociaux, à nous couvrir d'insultes, parfois même tombant sous le coup de la loi. Mélenchon lui-même essaye de traîner Pierre Laurent et Ian Brossat dans la boue. Ce type est vraiment malfaisant. Mais cela fait longtemps que certains dont j'étais disions qu'il était dangereux de s'allier avec lui et ses amis ; maintenant, tout le monde peut le constater par lui-même. Néanmoins, c'est quand même un cadeau fabuleux que nous lui faisons en lui laissant la haute-main sur le Front de gauche, cadeau d'autant plus important que c'est pour aller nous discréditer avec le PS...

Pour conclure

Le PCF est confronté à des contradictions insolubles tant qu'il restera empêtré dans la doctrine de la Mutation, selon laquelle la stratégie électorale peut se substituer à tout travail de fond sur le plan sociologique (c'est-à-dire de l'organisation), idéologique, programmatique et, ensuite, stratégique. Ces quatre aspects sont subordonnés à la nécessité d'avoir des élus pour faire vivre l'appareil.

La campagne municipale à Paris sera menée avec discipline, mais sans entrain particulier. Elle peut l'être si une campagne communiste indépendante est menée vigoureusement, et servir de support à l'union du parti, sans laisser les uns ou les autres de côté. Elle peut être l'occasion d'enfoncer Mélenchon dans les poubelles de l'histoire, alors ne nous en privons pas néanmoins, car cela rendrait ridicule toute poursuite avec un fantomatique Front de gauche réduit à la peau de chagrin. Dans ce cas, il faudrait savoir rebondir pour ne pas se laisser mettre en orbite par le PS ; c'est pourtant ce qui semble venir : Marie-Noëlle Lienemann, en son nom ou sur service commandé, fait, tout comme Jean-Vincent Placé, des appels pressants du pieds, pour nous faire entrer au gouvernement, car il est évident que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault n'en a plus pour longtemps à Matignon et qu'une autre ligne que celle, hyper droitière, mise en place jusqu'aujourd’hui, va voir le jour.

Si nous parvenons à ces deux objectifs (rétamer le Front de gauche, et refuser l'intégration au gouvernement), alors, peut-être, peut-être, les conditions d'un redémarrage du PCF, autonome, seront réunies. Mais, pour être honnête, je ne vois venir ni l'une ni l'autre de ces options. Il est même à craindre qu'on prétende poursuivre le Front de gauche et qu'on continue à le subventionner grassement, tout en allant au gouvernement avec Martine Aubry comme Premier ministre. Et alors là, nous aurons vraiment tout perdu. Et ça ne relève pas de l'impossible.

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