BRICS : le camouflet des pays émergeants à l’hégémonie des Etats-Unis.
En annonçant à Fortaleza (Brésil), la création de leur propre banque de développement et de leur propre fonds de devises, les pays émergents des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) sont en passe non seulement de torpiller l’ordre monétaire international, mais de déclencher une révolution géopolitique à l’échelle planétaire.
Car si le projet des BRICS va à son terme, c’est bien l’hégémonie américaine héritée de la Seconde guerre mondiale et l’omnipotence du roi-dollar consacrée lors des accords de Bretton Woods en 1944 qui seront battues en brèche.
Résumons succinctement les conditions
techniques de l’opération :
la
Nouvelle Banque de Développement (NBD) aura un capital initial autorisé
de 100 milliards de dollars ;
chaque
pays membre participera selon ses moyens ; d’autres pays pourront
s’adjoindre à la fine équipe, mais les BRICS se réserveront une part de
contrôle minimum de 55% du total ;
l’ensemble
sera opérationnel avant la prochaine réunion des BRICS, dès 2015 ; le
siège de la banque sera située à Shangaï ;
les
échanges entre les pays membres s’effectueront directement dans l’une ou
l’autre des monnaies de leur cru (et non plus en passant par le billet
vert US).
Les conséquences de ces décisions sont
sans appel pour le vieil ordre occidental chancelant :
le
dollar y perd son hégémonie de monnaie-étalon qui permettait entre
autres aux Etats-Unis de faire financer leur énorme dette par les autres
pays ;
la
Banque mondiale et le FMI, pièces maîtresses du système occidental,
perdent une grande part de leurs moyens exclusifs de pression ;
l’arme
de dissuasion financière dont disposait exclusivement Washington voit sa
force d’impact considérablement réduite ;
un
bouleversement d’envergure en matière de répartition des ressources
mondiales apparaît comme de plus en plus probable à assez brève échéance
(notons que lors du sommet de Fortaleza, Vladimir Poutine a aussi
proposé une association énergétique à ses partenaires).
Le camp occidental tente bien sûr de faire bonne figure devant l’annonce. Quand ils ne font pas silence, ses médias s’emploient à essayer d’en banaliser la portée. Mais le camouflet est cuisant pour le vieux système néolibéral septuagénaire. Et la réponse de Poutine aux sanctions américaines et européennes, cinglante.
Pour tout dire, il ne fallait pas être fin analyste pour savoir que les mesures radicales prises par les BRICS pendaient depuis longtemps aux nez du suzerain américain et de ses commensaux européens.
Il y eut cette alerte d’octobre 2009. Puis ce tout récent accord gazier entre la Russie et la Chine, précipité par les manigances de l’Otan en Ukraine (après l’Irak, la Libye, la Syrie…), mais aussi par les inconséquences financières de la Fed qui, en janvier 2014, firent vaciller les monnaies des BRICS.
En décrétant leur émancipation, les pays émergents ouvrent la voie à une refondation de l’ordre monétaire global, condition sine qua non à l’avènement du monde d’après.