La crise sociale et politique, l’abstention et la commune.

 

Pour caractériser les résultats des élections, il faut en tout premier lieu regarder les masses en jeu, car les %, même des inscrits, donnent une lecture relative, alors que ce qui nous importe au fonds, c’est de mesurer l’expression politique, et son lien avec la mobilisation possible de millions de gens. De ce point de vue, le seul mouvement de masse que révèlent les dernières élections municipales, c’est l’abstention...

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Connaissons-nous et comprenons-nous bien ce phénomène électoral principal, l’abstention massive, qui se cristallise d’élections en élections. Aux dires des sondeurs et des experts, le maire est l’élu le plus apprécié des Français, et c’est pourtant celui pour lequel ils se dérangent très peu... Comment comprendre à Vénissieux, comme dans beaucoup d’autres villes, la qualité de l’accueil par les habitants, notamment dans les rencontres de proximité, rencontres de voisins en pied d’allée ou en appartement, accueil qui se consolidait au fil du temps et aboutissait lors du dernier meeting à une vraie dynamique, et le niveau si élevé de l’abstention.

Le fait est que si on compte les non-inscrits et les abstentionnistes, ce sont trois personnes sur quatre rencontrées au marché, au porte à porte ou ailleurs avec qui nous discutons mais qui n’iront pas voter.

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Depuis des décennies, les batailles médiatiques martèlent qu’il n’y a pas d’autres politiques possibles que celle conduite alternativement par la gauche et la droite et qui va toujours dans le même sens, quelques soient les promesses et les discours : réduction des dépenses publiques utiles aux habitants, réductions de postes dans les services publics, réductions de dépenses de sécurité sociale (niveau de remboursement...), augmentation des droits des entreprises pour précariser, licencier, détacher les travailleurs, accélération de la mise en concurrence entre travailleurs de tous les pays ...

Dans ce contexte, on dit parfois que l’abstention est une forme de "grève des urnes", un acte presque militant qui serait une forme de résistance, que l’abstentionniste en quelque sorte, serait un citoyen mobilisé cherchant d’autres outils que le vote pour exprimer son indignation, sa colère.

Ce n’est vraiment pas ce qu’on ressent dans ces dernières élections. D’ailleurs, si c’était vrai de manière significative, alors cette protestation qui refuserait de s’exprimer par le vote devait être une énergie sociale s’exprimant ailleurs que dans les urnes... par exemple en donnant de la force aux luttes, quelques soient leurs formes et leurs animateurs.

Toutes les discussions que nous avons eu dans la campagne, comme le jour du vote et après, confirment que l’abstention traduit d’abord une désespérance sociale, une méfiance absolue envers toutes les institutions, organisations, partis, personnalités, le sentiment que de toute façon, on se fait avoir, que les travailleurs, les pauvres, les immigrés d’origine... sont toujours les dindons de la farce, les victimes, les oubliés. Ce qui domine, loin d’une grève, c’est au contraire la démission populaire !

Ce qui domine, c’est un lien politique qui se réduit à quelque chose qui ressemble aux rapports que la colonisation impose entre l’état colonisateur et les "indigènes", un rapport utilitaire, dominateur, clientéliste. Jamais je n’ai autant entendu dans cette campagne la question "si je vote pour vous, qu’est-ce que vous me donnez..." et ma réponse semblait le plus souvent totalement décalée "rien, le vote est un moyen de se serrer les coudes pour organiser la résistance et si possible avec des élus points d’appui de cette résistance" !

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Et si le PS met tant de moyens pour faire tomber des villes communistes, c’est bien qu’il est essentiel pour eux d’organiser le contrôle des quartiers populaires pour interdire tout risque de mouvement social construit sur la solidarité, toute capacité de mobilisation populaire contre cette dérive toujours plus à droite des politiques publiques. Or, quels que soient leurs défauts, les villes communistes restent, le plus souvent, le symbole politique d’une résistance au consensus gauche-droite, à l’alternance UMP-PS, un lieu de défense des services publics, de la solidarité...

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A Vénissieux comme à Vaulx, à Fontaines comme à Aubervilliers, les communistes ont mené une bataille du deuxième tour en mobilisant des forces larges, diverses, avec le Front de Gauche, mais dans un rassemblement d’une autre nature, un rassemblement par en bas, sur le terrain, dans l’action militante. Et ces mobilisations ont permis de gagner quelques points sur l’abstention. A Vénissieux, c’est la liste conduite par Michèle Picard qui progresse le plus sur le premier tour, qui mord sur l’abstention, et qui au final impose une victoire sans bavure, et impose au PS Lyonnais une vraie défaite.

Cette expérience des mobilisations militantes qui grandissent dans l’adversité face à un PS arrogant montre une voie de reconstruction du lien politique contre la désertion populaire de l’abstention, le travail de terrain, le rassemblement en bas avec toutes les forces républicaines, un rassemblement populaire, loin des accords d’appareils, un rassemblement dans lequel les communistes jouent un rôle décisif, non pas de manière administrative en considérant que le seul lieu de décision est le parti, mais en prenant les initiatives politiques nécessaires et en favorisant tout ce qui fait grandir le rassemblement, avec l’expression propre de chaque force, de chaque militant.

Ce n’est pas le seul lieu du combat de classe pour que le peuple se dresse et impose son rôle politique, la question du travail et de l’entreprise est tout aussi importante, mais le rôle historique des communes et l’attaque dont elles font l’objet, le rôle historique du "communisme municipal" pour le PCF, font de ces batailles locales pour faire vivre, renforcer, regagner des villes communistes un des enjeux de la lutte contre la démission populaire qu’est l’abstention.

Pam, extraits

 

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