Quelques hypothèses sur les résultats des départementales
« Comme
tout communiste Historique » j’ai été élevé dans le mépris des
provocateurs. Et parmi eux Albert Treint un dirigeant épisodique du
parti communiste naissant, resté célèbre par son intervention lors du 1er
exécutif élargi de l’Internationale Communiste (12 février-4 mars 1922),
appelant les communistes à « plumer la volaille socialiste ».
Mais en suivant la stratégie des socialistes depuis 1981, je n’ai pu
m’empêcher de penser qu’ils s’employaient partout à plumer la volaille
communiste.
Partout ils s’étaient installés dans les bastions du PCF et les avaient
fait passer canton par canton, ville par ville, département par
département, dans leur escarcelle. Souvent par le simple jeu de la
discipline républicaine du candidat de la gauche le mieux placé au
second tour devant la droite mais surtout ces derniers temps face au
Front National. La Seine Saint-Denis est bien sûr l’illustration de ce
processus, mais on retrouve à peu près partout la même tendance.
Nous
sommes arrivés sinon à la limite, au moins à un butoir de cette tactique
et sur deux modes : l’échec du PS se manifeste comme celui d’un sas
entre le vote PCF et la droite, voire l’extrême-droite. Bien sûr à cause
de l’abstention mais même dans ce cas on peut constater une résistance
plus forte du vote en faveur du PCF qu’en faveur du PS. Si l’on prend le
cas de la municipalité de Vénissieux où l’on votait en même temps que
pour les départementales dans le reste de la France on constate la quasi
disparition du PS passé derrière l’UMP et le Front national avec la
victoire de la municipalité communiste.
Mais
sous réserve d’étude plus approfondie on constate le même phénomène dans
les départements dits ruraux-urbains.
Ces
départements ne sont pas peuplés en majorité de ruraux, mais sont
devenus le déversoir d’une classe ouvrière chassée des métropoles et de
la gentrification y compris des anciennes ceintures rouges. Une classe
ouvrière encore plus abandonnée par les services publics, l’emploi que
celle des Grands ensembles de nos banlieues. Une terre d’élection pour
le Front national où celui-ci joue selon le terme de Marine le Pen « le
refus du mépris de classe » des élites.
Ce qui
est intéressant dans cette évolution c’est que cette population au
deuxième tour ce rapproche plus volontiers des communistes que de la
droite. Ce qui est également intéressant c’est la capacité dont
témoignent les communistes y compris dans des départements perdus pour
la gauche comme le Cher à innover sur des bases de classe. Je prends le
cas de Vierzon, une municipalité communiste de toujours avec sa base
cheminote a connu une montée du Front National essentiellement chez ceux
qui votaient PS. Le département est perdu, le barrage au Front National
en a décidé ainsi, pas d’élu du FN. Un pari réussi dans le fief
communiste de Vierzon, Mounir Lyame, un Franco-marocain de seulement 30
ans a réussi à battre le FN à Vierzon, dans le Cher. Il a ainsi remporté
le second tour sous les couleurs du Front de gauche. Mais la reconquête
s’opère aussi à Villejuif avec un jeune communiste Pierre Garzon qui a
privilégié l’organisation des communistes, ou encore Liberti à Sète et
tant d’autres qui après une perte des municipalités communistes
reviennent dans ces départementales.
Il
s’est indéniablement passé quelque chose dans l’électorat communiste… A
voir de plus près… le refus du FN, mais aussi la permanence de la
contestation, son organisation, un mouvement à la base que traduit aussi
le changement de la direction de la CGT, un léger bouger entre la
stratégie catastrophique d’abandon de Robert Hue, puis MG. Buffet et
celle de Pierre Laurent ? Tout cela mérite analyse et il faut s’y livrer
sans complaisance en étant bien conscient que la droitisation de la vie
politique française, voire sa fascisation n’est pas une fatalité et que
les communistes ont un rôle essentiel à jouer.
La
fracture qui est en train de s’élargir est une fracture de classe entre
un PS bobo et une classe ouvrière, des couches populaires qui ne s’y
reconnaissent pas.
La
liste des départements perdus par la gauche lors des élections de
dimanche dernier témoigne qu’il s’agit bien des bastions historiques de
la gauche, PS et PCF qui passent de la gauche à la droite… Et où il
devrait être possible de constater le phénomène de résistance différent
entre le PS et les communistes. Notons que cette analyse est rendue
difficile non seulement à cause du silence fait sur les résultats du
PCF, du Front de gauche, mais de la diversité des situations dans
lesquelles ils se présentaient.
Prenons le cas où il y avait eu stratégie d’union avec un binôme PS
et PCF, la Côte d’Armor dont le passage à droite s’est fait à la
stupéfaction générale dans ce département fief du PS où le FN était
pourtant légèrement arrivé en tête au premier tour.
Le
département passe à droite (34 conseillers sur 54).
Le PS
perd 15 sièges (de 29 à 14) et le PCF en gagne 2 (de 3 à 5)
On
peut constater que malgré l’union de la gauche ce département perd et ce
quand le binôme socialiste est en tête alors que le binôme avec en tête
le PCF gagne et cela confirme que c’est bien la politique du PS qui a
été visée. Ensuite que comme partout le PCF gagne ses duels avec le FN.
Enfin se pose la question du sens dans lequel peut se jouer désormais
l’union, la fin peut-être de la capacité du PS à plumer la volaille
communiste. Même si le cas de l’Allier peut laisser penser que
l’avancée de PS se poursuit au dépend du PCF, s’est pour chuter
directement dans les conquêtes de la droite.
Il
suffit d’aligner les départements perdus : l’Allier, le Nord, l’Essonne,
les Bouches du Rhône, le Doubs, la Seine et marne, la Drome, l’Isère,
l’Oise, le Cher, la Saône et Loire, Les Deux-Sèvres, La Creuse, La
Charente, La Seine-Maritime, Le Jura, Territoire de Belfort, L’Ain,
L’Eure, l’Indre-et-Loire, L’Aisne, le Vaucluse, la Somme, Mayotte, la
Réunion pour mesurer qu’à chacun de ces départements on peut associer
des figures de la direction du PS et que la sanction l’a frappé en
priorité.
Mais
au-delà de ce vote sanction les premières analyses me paraissent
confirmer un phénomène sociologique beaucoup plus déterminant et aux
effets encore plus durables : la rupture entre la gauche,
singulièrement le PS, devenu parti des « élites » par rapport à
une base ouvrière et populaire abandonnée et méprisée.
Le PCF
n’échappe pas à cette tendance, mais elle est parfois corrigée par des
réseaux et des organisations à la base qui soit sur le plan syndical,
soit sur le plan politique ont conservé un certain ancrage. C’est là le
plus puissant facteur de résistance à la droite et surtout au Front
National.
Danielle Bleitrach |
Aux socialistes et autres donneurs de leçons...
C'est
incroyable et pathétique quand même cette propension soudaine des
socialistes à découvrir tout à coup angéliquement le danger du fascisme
et en prime de donner des leçons, de culpabiliser et de faire du
chantage à ceux qui se posent la question de s'abstenir ou pas.
Vont-ils enfin
comprendre leur responsabilité dans la montée de l’extrême droite, dans
le fait qu'ils ont sans cesse nourri son terreau a travers la
désespérance sociale à coup de rapprochements; de complicité ouverte et
libérale avec les patrons, de décrets de misère, de casse des acquis, de
programmes de déstructuration sociale.
La loi Macron
n'en est qu'un dernier avatar, mais c'est toute l'histoire ainsi. Ils
sont chaque fois historiquement à l'origine de la montée ou du passage
du fascisme au pouvoir.
En Allemagne
dans les années vingt leur préoccupation est d'abord de réprimer
violemment l’extrême gauche (Karl Liebknecht, Rosa Luxembourg) et les
rêves du progressisme préparant ensuite le lit d'Hitler en s'étonnant
ensuite qu'il accède au pouvoir! (Et c'est l’extrême gauche qui va aux
camps de la mort!!!!)
En France
c'est de leur part une longue et permanente répression contre les
communistes, seul vrai rempart contre le fascisme, contre la politique
d'abandon de Munich. C'est leur préoccupation première à l'exemple du
socialiste Barthélemy qui demandait la peine de mort pour les
communistes ou du décret socialiste SEROL qui l'appliquait en avril 40.
C'est encore
les socialistes de 1947 plus préoccupés aux côtés de la droite dure de
se débarrasser des communistes qui viennent de faire une des plus belles
politique sociale que la France ait connu avec la sécu, les
nationalisations, le droit a la retraite et a la santé...
Et puis c'est
le socialiste Jules Moch qui écrase les grèves de 1947, 1948, menées par
la CGT et le PCF contre la casse du programme du CNR, et c'est sous ses
ordres que la police fusille les camarades (les mineurs Barbier et Goio)
à Firminy (en octobre 1948) ou dans le nord et à Marseille...
Oublient-ils
par la suite Mitterrand dont l'obsession sera de réduire sans cesse les
communistes. Et puis par la suite, toute cette politique de
désespérance, ces fausses promesses, (mon ennemi la finance!!!!) toutes
ces lois libérales qui favorisent sans cesse la casse sociale, cet oubli
permanent du peuple, ces choix de l'entreprise contre l'humain!
Comment
veulent-ils que les ouvriers ne se détachent pas d'eux, ne s’éloignent
pas, ne colèrent pas...
Je ne supporte
pas ces leçons actuelles qu'ils donnent à ceux qu'ils ont désespéré! "Faites
attention au facisme!" disent ils?
Que n'y
pensaient-ils quand ils engageaient cette politique anti sociale?
Savent ils
qu'ils en sont eux aussi les principaux responsables?
Savent-ils ce
qu'ils faisaient en instaurant la loi Macron qui casse de l'ouvrier,
facilite son licenciement, et puis ces reculs sur la santé, la sécu, les
hôpitaux, le code du travail, les conquis obtenus de haute lutte?
Nous savons
oui, ce qu'est le fascisme, nous n'avons pas de leçons à recevoir, nous
en avons été les premières et permanentes victimes, des l'aube du
mouvement ouvrier, en passant par la résistance, jusqu’à aujourd'hui
nous portons encore le fer rouge du fascisme sur notre peau...
Et il est fort
a parier que si le fascisme arrivait au pouvoir... Nous en serions de
nouveaux comme toujours les premières victimes... bises à ceux qui
luttent.. depuis toujours...
Michel
Etievent |
La France réac.
D’autres plus compétents que moi
analyseront les résultats du premier tour des élections départementales.
Mais j’ai lu tellement de postes d’espoir incantatoires avant le
scrutin, suivis ce matin de messages accablés et désespérés, qu’il me
semble utile de rappeler une donnée essentielle : la France était et
reste un pays réactionnaire.
On brandit à juste titre les moments
glorieux de notre Histoire (la Révolution, la Résistance etc…) en
gommant souvent le reste. La France c’est aussi entre 1789 et 1799 la
Contre-révolution illustrée par les aristocrates émigrés à Coblence, les
penseurs catholiques, royalistes et les chouans ; c’est le soutien des
classes dominantes à Thiers pendant les fusillades de la « Semaine
sanglante » lors de la Commune de Paris ; c’est le très large soutien
populaire au régime de Vichy ; c’est, à la veille de la Libération, le
rassemblement autour de Pétain place de l’Hôtel de ville de Paris quatre
mois avant que De Gaulle soit acclamé au même endroit ; c’est
l’approbation majoritaire des Français (au moins au début) des guerres
coloniales au Vietnam et en Algérie ; c’est, plus près de nous, le
soutien de l’opinion publique aux bombardements de la Libye et à
d’autres opérations militaires avec les effroyables retombées, notamment
le terrorisme. J’arrête la liste. En ajoutant que la victoire du Front
populaire fut obtenue d’une courte tête, que l’élection de Mitterrand
fut le résultat d’un déplacement de 200.000 voix et que l’arrivée de
Hollande s’explique par un rejet massif de Sarkozy.
En fait, il n’y a rien de très nouveau
dans notre beau pays. La droite retrouve son score moyen, le PS paie ses
mensonges et sa politique de droite, le Front de gauche se maintient
avec difficulté, le peuple abstentionniste se tenant loin de la vie de
la cité et souffrant en silence pendant que les héritiers du pétainisme
et de la milice surfent sur le malheur des gens et l’irresponsabilité
des gouvernants qu’ils soient PS ou de droite.
A mes amis désespérés qui, quelques
heures avant le scrutin étaient étrangement euphoriques, un conseil :
restons lucides sur la réalité du pays pour mieux construire l’édifice
qui nous permettra de combattre efficacement la France réac.
José Fort |
Au
lendemain du premier tour des élections départementales…
Multipliant les sondages annonçant le FN, premier parti de France, avec
30% des suffrages, les médias – télés, radios, journaux – présentent le
résultat obtenu par le Front national comme un échec comparé à …leurs
pronostics.
Les chiffres montrent au contraire le parti de Marine Le Pen en pleine
ascension : avec plus de 25% des suffrages, le FN gagne 10% sur les
dernières élections cantonales. Il est en tête dans 43 départements. Il
engrange 8 élus dès le premier tour, contre un seul au total à l’issue
du second en 2011. Son score dépasse 30% dans une dizaine de
départements et plus de 35% dans l’Aisne (38,67%), dans le Var (38,90%),
dans le Vaucluse, dans le Gard (35,54%), en Haute-Marne (35,13%).
Le succès de ses candidats se situe aussi bien en Picardie, dans le
Nord-Pas-de-Calais, en Lorraine, en Champagne, dans le Languedoc ou en
PACA. Le FN dépasse 20% en Basse Normandie ou en pays toulousain.
On doit fortement s’inquiéter de la montée du FN de scrutin en scrutin
et ne pas ignorer ou minimiser ce fait politique. Or, le PS comme l’UMP
feignent de se rassurer du fait que la « grande marée » frontiste ne
s’est pas muée en tempête annoncée.
Les ministres socialistes claironnent que leur parti n’a pas subi la
fessée spectaculaire promise par les sondages et font mine d’avoir
remporté une victoire du haut de leurs 25%. Or, le PS risque fort de
perdre, après le second tour, la présidence d’une quarantaine de
départements, voire davantage, quelques mois après le désastre des
municipales et des européennes. Manuel Valls peut bomber le torse à la
télé, il n’en reste pas moins un chef de gouvernement désavoué une
nouvelle fois par le peuple.
Certes, le gagnant de ce premier tour est sans conteste la droite dure,
celle de l’UMP, qui compte bien s’adjuger les dizaines de départements
perdus par le parti « socialiste ». Nicolas Sarkozy plastronne, lorgnant
la présidentielle de 2017.
Dans cette perspective, il se veut le chef de la vraie droite,
décomplexée, dénonçant le « gauchisme » du Front national, ses prises de
position contre l’Europe et ses accents sociaux. L’UMP, par la voix de
son leader, tient à rallier l’aile extrémiste de l’électorat lepéniste.
Cette attitude n’effraie pas Manuel Valls. Celui-ci, au contraire, lui
décerne un brevet de « républicanisme » et appelle les électeurs du PS
à concourir à la victoire du parti qui va lui ravir la majorité de ses
sièges !
Attitude inconséquente de la part du parti socialiste?
Que non : entre l’UMP et le PS, il y a accord de fond sur l’essentiel :
l’asservissement de notre pays au capital européen et à la soumission de
notre politique aux objectifs européens du Medef et des 40 voleurs.
Nous sommes bien confrontés à l’UMPS, face rose, face bleue, selon les
scrutins.
PS, UMP, FN, occupent donc l’espace politique.
Mais où sont passées les vraies forces populaires, progressistes,
luttant pour la souveraineté du peuple et l’indépendance nationale ?
Celles qui combattaient avec la Commune, celles qui dansaient, en juin
36 dans les usines occupées par les travailleurs, celles qui luttaient
dans la Résistance ou dans les Forces Françaises libres, celles qui
imposèrent les conquêtes sociales du Conseil national de la Résistance ?
Il faut le reconnaître : il n’y a plus en France de force organisée
prônant une autre société, sans CAC 40 et sans actionnaires, sans
spéculation et sans dividendes.
C’est un fait : cette absence laisse le champ libre à l’exploitation de
la France et des Français par le capital bariolé aux couleurs diverses,
dont les hommes se disputent ou s’accordent selon leurs intérêts.
Notre peuple doit rejeter, sans concession ces forces du déclin, PS, UMP,
FN, ne pas choisir les uns contre les autres, ne pas déraper, au nom du
« moindre mal », en votant PS pour éviter le FN ou l’UMP.
Agir pour rassembler tous ceux qui cherchent une autre voie pour que
notre France ne soit pas un pays d’esclaves.
Ce bon chemin ne peut se frayer que dans la clarté.
Jean LEVY |
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