Londres 1953 : surtout ne pas mettre l'Allemagne en défaut de paiement.
Bruxelles 2015 : tout faire pour conduire la Grèce au défaut de paiement.
Bienvenue dans le monde de la concurrence libre et non faussée
Moment historique : Londres 1953, signature de la suppression de 50% de la dette allemande et son rééchelonnement après la signature d'un traité de paix.
Si dette il y a, c'est bien d'une dette de l'Allemagne qu'il s'agit. Celle-ci le sait si bien que c'est pour cette raison que le traité de réunification (dit des 4+2) des années 90 ne se nomme pas « traité de paix » puisque le moratoire de 1953 indique que la dette devra être honorée dès qu'un traité ou accord de paix aura été signé.
Plus important aujourd'hui, les arguments utilisés en 1953 pour justifier la renégociation de la dette de guerre de l'Allemagne (renégociation qui permet à celle-ci d'accumuler un passif qui pour la Grèce uniquement oscille entre 50 et 90% de la "dette grecque" de 2015) : « Il ne fallait pas refaire l'erreur du traité de Versailles qui avait humilié l'Allemagne et permis la montée du fascisme ».
L'argument reposait sur une réalité : le remboursement de la dette imposée par la négociation avait mis le pays à genoux et les bandes hitlériennes, à partir des frei korps et légions d'anciens combattants financées par l'industrie lourde et la banque allemande s'étaient déchainées.
Mais alors pourquoi les arguments d'hier pour l'Allemagne, dans les mêmes conditions, ne pourraient s'appliquer à la Grèce aujourd'hui ?
Pour une raison toute simple c'est qu'en 1953 il fallait vite construire le mur de l'argent contre les peuples (image de l'URSS, montée des non-alignés, luttes d'indépendance nationale et décolonisation). Ajoutons en plus une louche épaisse de rancœur et vengeance de Churchill contre la Grèce qui avait rejeté avec vigueur sa pesante tutelle, ruinant les espoirs de l'impérialisme britannique de reprendre pieds dans les Balkans et l'or des Grecs était mieux dans les coffres de la city qu'entre les mains de ses légitimes propriétaires, tous les armateurs en étaient convaincus, et les popes bénissaient cette divine chance.
Alors qu'aujourd'hui, ce qu'il faut montrer aux peuples, c'est le mur de l'argent (qui a remis aux commandes les battus de 45 aidés par la part des "vainqueurs" qui avaient gardé des intérêts financiers majeurs chez les vaincus) qui décide.
De même qu'impérativement il ne fallait pas humilier l'Allemagne en 53, il faut -pour l'exemple- impérativement humilier la Grèce en 2015.
Cette fameuse conférence de Londres de 1953 laquelle doit réorganiser les conditions d'indemnisation des peuples dont les pays ont été ravagés par la barbarie nazie et est pivot en 2015 du débat sur la dette. Qui y est convié ?
En plus de l’Allemagne de l’Ouest, étaient présent la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, la Grande-Bretagne, la Grèce, l’Iran, l’Irlande, l’Italie, le Liechtenstein, le Luxembourg, la Norvège, l’Espagne, la Suède, la Suisse, l’Afrique du Sud, les États-Unis, la Yougoslavie et d’autres disent les dicos (à quel titre?) "Le bloc de l'est n'avait pas été convié".
Le nom réel de l'accord est important : il s'agit d'un « traité d'allégement de dette » (ce qui prouve que sans même juger si la demande est juste ou pas contrairement à ce que clame la Walkyrie du Berlin Luxembourg via Francfort et son écuyer de Sochaux, en droit international elle est juridiquement fondée et les signataires de 1953 font caution de cette légitimité).
Où cela devient croquignolet au regard de la situation 2015 (Canaille le Rouge reprend la version de Wikipédia pour ne pas se faire taxer de récriture partisane :
"Les négociations portaient sur des sommes comprenant d'une part un montant de 16 milliards de marks résultant des obligations du traité de Versailles de la Première Guerre mondiale jamais honorées, ainsi que des emprunts souscrits par la république de Weimar et dont le paiement des intérêts a été suspendu par l’Allemagne au début des années 1930, et d'autre part 16 autres milliards de marks représentant des emprunts d'après-guerre auprès des Alliés et principalement des États-Unis. L'Allemagne avait décidé de rembourser ses dettes pour restaurer sa réputation. L'argent était essentiellement dû aux gouvernements et à des banques privées aux États-Unis, en France et en Grande-Bretagne. L'Allemagne étant alors partitionnée en deux, la question de savoir si la seule RFA devait prendre en charge la totalité des dettes allemandes d'avant-guerre se posa. Le chancelier Konrad Adenauer fut favorable à cette option en échange d'une reconnaissance internationale de la RFA, et d'une révision du statut d'occupation de la RFA"
Les 16 milliards non payés avaient mis la République de Weimar en défaut de paiement, mais comme le SPD d'Ebert et les Corps Francs qui porteront Adolf avaient su massacrer la révolution Allemande, le capital passa l'éponge sur ces milliards de Reichsmarks-or. Une sorte de restau du cœur du capital.
C'est pour cela qu'au-delà des contradictions du gouvernement de Tsipras (en particulier sa confiance affirmée dans les outils de domination du capital au sein de l'UE) il est important d'être solidaire des Grecs et de faire rebondir la question de la dette comme étant la dette de l'Allemagne.
Outre que c'est la vérité, à voir la façon dont la "frankfurter blanchiement connexion" tord le nez, d'une part c'est que ça tape juste et qu'en plus cela leur fait mal.
Quand le lecteur patient remet tout cela dans le bon ordre, il mesure mieux ce qu'est l'impérialisme et la guerre idéologique qui fait rage pour interdire qu'il soit démasqué.
Canaille le rouge