On nous aurait trompés ?
Ils nous ont trompés (ou essayé) en pleurant avec le peuple sur les terribles conséquences de la fracture de notre « contrat » social, républicain, laïque, international ... Monstruosité il y a eu, et une émotion, un élan populaire, comme rarement, et réconfortants. Ce jaillissement, même s’il n’a pas charrié que de bons sentiments, devrait marquer un avant et un après « Charlie », une meilleure compréhension du monde impitoyable dans lequel nous vivons.
Les
« monstres » poussent sur cet ordre mondial cannibale comme les
champignons sur le fumier.
« Ils n’ont rien compris, en haut » me dit-on. Bien au contraire ! Ils
ont parfaitement compris qu’ils pouvaient profiter du traumatisme
national pour accélérer leur politique « de classe », reléguer la
question des questions : la « question sociale », les réponses
progressistes à la crise du système ; profiter du climat fallacieux
« d’unité nationale » pour nous faire avaler l’une des plus importantes
régressions sociales : le plan du multimillionnaire Macron ; une machine
de guerre contre le droit du travail, la protection des salariés... une
arme mortelle pour réduire jusqu’à l’insupportable le « coût du
travail », marchandiser tout ce qui peut l’être.
Ceux-là
même qui versent des larmes de crocodile, enfoncent chaque jour
davantage notre pays dans une terrible loi de la jungle, celle-là même
qui produit des « monstres ». Les millions de « perdants », les
jeunes, n’ont qu’à « devenir milliardaires », éructe de Las Vegas le
ministre de l’économie. S’il était de gauche, il devrait encourager les
jeunes à devenir solidaires, partageux, humanistes, altruistes...
Et ils osent se lamenter sur « la crise des valeurs », le
« choc des civilisations », eux qui sont les fossoyeurs des valeurs de
la République, les saigneurs de peuples, en France, en Lybie, en Syrie,
en Irak, au Mali... partout où les bombardements des « Rafales » sentent
le pétrole et le vieil ordre néocolonial. Alors, qu’ils remballent leur
trompeuse « unité nationale » prétendument « apolitique » ! Comment
peut-il y avoir égalité, liberté et fraternité sans justice sociale ?
Leur « vivre ensemble » n’est qu’un attrape-couillons.
Ne nous taisons donc pas. Politisons les enjeux, les débats, les
alternatives, les causes profondes du terrorisme. Revenons aux
fondamentaux. Sociaux et néolibéraux instrumentalisent une « guerre
contre le terrorisme global », le désarroi populaire, la désespérance,
le climat d’insécurité, surtout sociale. Ils brisent ainsi les derniers
liens de solidarité et d’entraide. Ils tentent de marginaliser
définitivement leur véritable cible : la gauche de transformation
sociale. Au passage, ils assoient l’école, qu’ils ont méthodiquement
déstructurée et vidée de sa véritable fonction, au banc des accusés.
Cela revient à alimenter le terreau de la haine. A force de mettre
l’Education Nationale au pain sec et d’y instiller des concepts
délétères, de faire la guerre aux pauvres, ils ont détruit le « socle
commun » et « l’ascenseur social », multiplié l’échec des enfants des
familles les plus défavorisées, décuplé l’exclusion. Ils ne
s’intéressent qu’au tri et à la promotion d’une élite « de classe », qui
s’auto-reproduit.
Quant à la liberté d’information, TF1, BFMTV, et tutti quanti continuent à mentir, à désinformer de plus belle, à censurer les communistes, les révolutionnaires, à conditionner, à lobotomiser... Un minimum de décence imposerait aux pleureuses d’aider notamment les derniers survivants de la presse d’opinion à continuer à paraître tous les matins. Que nenni ! Si « L’Humanité » disparaissait, ils n’en pleureraient pas. Alors, assez de travestissements ! Que vive la lutte ! La gauche a l’obligation de mener la lutte des classes pour affronter des sociaux néo libéraux, qui eux, n’ont jamais perdu leurs fondamentaux.
Jean Ortiz