MARCOS ANA « AMA » (AIME) : Poète et fier d’être communiste.
Marcos Ana fut titulaire du record du plus « vieux » prisonnier politique : 23 ans, embastillé par Franco dans l’enfer de l’univers carcéral franquiste que les militants, surtout ceux du PCE, transformèrent de l’intérieur en « université populaire clandestine » et en bastion résistant.
MARCOS ANA, mort un jour avant Fidel, mort comme il résista, 23 ans, dans l’horreur du Penal de Burgos. Simplement. Dignement. En silence. Fier de sa vie ; confiant dans la victoire, « un jour », de ses idéaux communistes, « mon unique vengeance »... « L’Humain, d’abord », Fernando Macarro Castillo n’en fit jamais un alibi, un slogan...
Il cultiva naturellement le comportement solidaire, désintéressé, avec courage, altruisme, passant le plus souvent du « moi » au « nous ». « Nous ne fûmes jamais coupés de l’extérieur, utilisant maints artifices pour faire sortir nos textes, éditer nos journaux, écouter Radio España Independiente. La nuit venue, lorsque les gardiens fermaient les lourdes portes des chambrées collectives, le PCE dispensait des cours de formation politique, de culture générale... Nous avons même monté des pièces de théâtre de Lorca. Au moindre bruit, un guetteur donnait l’alerte. »
Lors du tournage du documentaire Les ombres de la mémoire (Créav, Pau), Marcos Ana nous reçoit dans son petit appartement madrilène, il nous montre les transcriptions manuscrites des pièces de théâtre, quelques tracts, des gamelles à double fond... « En prison, je n’ai jamais cessé de lutter. C’était devenu ma maison. Prisonnier depuis l’adolescence, à 19 ans en 1939, tu ne me croiras pas, le plus difficile pour moi, ce fut la liberté. A 42 ans, j’étais vierge, je n’avais connu aucun corps de femme. Dans le patio où nous tournions en rond, aucun arbre ne nous protégeait. C’est pourquoi mes mémoires portent comme titre "Dites-moi à quoi ressemble un arbre". Depuis mon enfance paysanne sans terre, je n’en avais plus vu. Le dimanche, nous priions alors le rosaire, et notre dieu, celui des paysans pauvres, pas celui des grands propriétaires. De la jeunesse catholique, je suis passé à la JSU, puis au Parti communiste.
Marcos Ana est un pseudonyme : Marcos est le prénom de mon père, dont le corps fut retrouvé sans vie dans les décombres après un bombardement de la légion Condor en 1937. Ana était le prénom de ma mère. A 33 ans, à la prison de Burgos, où la quasi-totalité des prisonniers politiques étaient organisés par le PCE, où l’aide des familles que chacun recevait était partagée entre tous par la « madre », une sorte de secrétaire de cellule..., j’ai commencé à écrire mes premiers poèmes, Poemas desde la cárcel (1960).
Dans une lettre qu’il adressa à Marcos Ana, CHE GUEVARA plaide pour créer « une école de la simplicité ». « Che, Che, Che, querido Che, Che, Che ». Plus présent que jamais. Toujours l’obsession du Che : l’éthique et la politique. Préparons-nous à la prochaine déferlante de haine.
La poésie peut être plus redoutable que les drones lorsqu’elle s’éloigne du nombril... quand elle y revient, elle n’en est que plus nombreuse, plus utile collectivement ; l’horizon d’un homme devient l’horizon de tous.
C’est en prison que le jeune paysan sans terre, arrêté à 19 ans, jeune militant catholique est devenu communiste, comme on va à « la noria ». Marcos Ana est parti vers d’autres fronts le 24 novembre 2016, à 96 ans. « Vivre pour les autres, n’est-ce pas la meilleure façon de vivre pour soi-même ? ». « A la prison de Burgos, mon cœur était devenu un patio » (Marcos Ana).
Jean Ortiz