Tous unis contre le fascisme à nos portes ?
Ce « tous unis » contre... peut s’avérer pire que le danger Trump, FN...
Trump est un produit, et pas tout à fait fadingue, d’un système en crise totale et dangereuse. Il a récupéré pour ce système le vote antisystème. Bien joué !
Le séisme provoqué par l’élection d’un « fou », d’un « pervers », d’un gros mal élevé, d’un personnage inquiétant, « délirant », d’une « brute fascisante » ... à la tête du « monde libre », pousse dans tous nos pays « libres » au « tous unis », au « vote utile », au vote de barrage contre « le fascisme», la guerre, la violence... « Laissons de côté nos bisbilles ! ». Cette stratégie d’ « union sacrée », de collaboration de classe, de dépolitisation, de renvoi dos-à-dos exploiteurs et exploités, va être instrumentalisée de tous bords. Vite, vite, le rassemblement le plus large pour rassembler le rassemblement contre les « fachos », les « nouveaux épouvantails ». Pourquoi « nouveaux » ?
Cette stratégie du « tous unis » laisserait seuls, en quelque sorte, les « fachos » sur un terrain qu’il faut pourtant d’urgence leur disputer, reconquérir, par des mesures sociales anti capitalistes changeant la vie des plus pauvres, des mesures sociales rendant « visibles » et acteurs les « invisibles », et pas seulement par la lutte d’idées, la compassion, ou le son du tocsin.
Ce « tous unis » contre... peut s’avérer pire que le danger Trump, FN...
Trump est un produit, et pas tout à fait fadingue, d’un système en crise totale et dangereuse. Il a récupéré pour ce système le vote antisystème. Bien joué ! Ce n’est pas la première fois que cela arrive dans l’histoire. Souvenons-nous des années 1930...
Des millions d’hommes et de femmes dans le monde, « los de abajo », crient par désespoir, douleur, colère, au « tous pareils », enragent (à raison) contre « le système », les « élites », la « caste », la corruption, assimilent y compris les militants de la transformation sociale aux « élites », au « système », aux magouilles politiciennes, électoralistes..., au « il pleut toujours où c’est mouillé ».
Nous, les communistes, sommes perçus « comme les autres ». Nous ne portons plus assez la colère, la protestation, la« révolution », la politique autrement... Aux yeux des millions d’oubliés pour qui « la vie ne vaut rien », aux yeux de nombreuses victimes de la « mondialisation », des inégalités chaque jour croissantes, de l’exclusion sauvage, de cette Europe impossible à changer de l’intérieur, de ce corset étouffant, aliénant les nations, les souverainetés... aux yeux de ceux-là, le seul « rassemblement » ne suffit pas... « Pour quoi faire ? Que va-t-on y gagner ? ». Si la parole, les propositions, les contenus, les pratiques, ne sont pas fortes, radicales, radicalement « de rupture », antisystème, différentes, « différentes » j’insiste, ceux d’en bas s’en tapent le coquillard. Ils nous mettent « tous dans le même sac »... C’est grave et triste et dangereux, mais comme l’on ne peut pas changer de peuple... Y sommes-nous pour quelque chose ? Ré enchanter la politique. Le rêve, concret. L’utopie, possible. Le changement de société ! Basta de « réalisme », de « pragmatisme », de « modération », de calculs boutiquiers. « Je ne suis pas un modéré » (Jaurès).
Jean Ortiz