Nos maîtres à penser quotidiens nous le serinent à longueur
de soirées :
" C’est pas beau la violence, assez de ces débordements qui
cassent nos belles vitrines, et lancent des objets divers
sur nos braves gendarmes, au risque de les pousser au
suicide !". Et les plus énervés d’entre nous, fiers d’avoir
des décennies durant manifesté contre l’inacceptable, la
guerre coloniale, la haine raciste ou l’injustice sociale,
en groupe, en ligue, en procession, et même seuls à
l’occasion, savent bien depuis 1968 que brûler autos et
poubelles est trop souvent le meilleur service rendu au
Pouvoir que l’on combat....quand il n’est pas sciemment
organisé, sponsorisé par la Police.
La sinistre Trinité En Marche qui gouverne la France en 2019 ( Macron, Philippe, Castaner) n’a en ce sens rien inventé. Elle ne fait que succéder à cette longue lignée de maîtres argousins dont la seule morale fut de conserver le Pouvoir depuis plus d’un siècle :
-le Préfet de police Andrieux, qui vers 1900 organisait en sous-main des attentats soit-disant anarchistes, pour mieux les combattre ;
-Clemenceau, qui se voulait " le premier flic de France ", et fit mitrailler les grévistes au nom de la "République laïque" ;
-le Radical Daladier, élu chef du gouvernement par les députés du " Front Populaire ", qui ouvrit en 1939 des camps pour y enfermer les antifascistes et communistes espagnols, allemands et français ;
-les pires de tous à Vichy, qui livrèrent les juifs aux Hitleriens, et les résistants aux bourreaux ;
-Mitterand, le futur chef de la "Gauche unie", qui en 1956 laissa décapiter le communiste algérien Yveton , au nom de la "France de Dunkerque à Tamanrasset " ;
-Maurice Papon, ministre de De Gaulle bien qu’ancien de Pétain, qui fit assassiner des Algériens et des Français manifestant contre la guerre coloniale ;
-et le ministre de l’Intérieur Pasqua, qui beuglait " il faut terroriser les terroristes et ceux qui les soutiennent " !
Provocations pour déshonorer les opposants, usage de la force contre les plus résolus d’entre eux, surtout s’ils sont peu nombreux et incapables de se défendre : toujours les mêmes méthodes répressives et manipulatrices, au service du Capital et de ses fondés de pouvoir.
Mais le trio actuel au Pouvoir est plus nocif encore que les Sinistres du passé, grâce à deux dimensions contemporaines de notre pays :
D’abord
notre Constitution héritée de De Gaulle, qui a fait
retourner la France a son passé de monarchie, dirigée par un
Président et ses députés, choisis par un Français sur 10,
malgré l’opposition et l’indifférence des autres, habilités
à décider de la guerre et de la vie de tous les citoyens...
Ensuite,
Et c’est lié, la maîtrise comme jamais des moyens inédits de
fabriquer l’opinion, par les télévisions quotidiennes, les "
réseaux " internet qui n’ont de social que l’appellation
convenue, la publicité omniprésente qui répand les dogmes du
" Marché "capitaliste en ne le disant pas, etc. Tout un
lacis de messages incessants qui nous formatent tous, à tel
point que les prédictions angoissées du " 1984 " d’Orwell
sont aujourd’hui largement dépassées par notre capitalisme
"libéral" contemporain.
Cette puissance de manipulation à été massive face aux luttes sociales et aux Gilets Jaunes ces derniers mois, jusqu’à la nausée pour tout Français lucide : cultivant un silence buté sur le formidable mouvement qui secoue les urgences hospitalières en détresse, parlant au contraire beaucoup du moindre Gilet jaune pour lui attribuer des instincts destructeurs, les stations dites "d’information" comme BFM nous ont transmis à la place des faits leur version selon Castaner, Philippe, Macron.....ou Marine Le Pen. Car telle est leur vision de "l’objectivité" !
Qui peut nier que cette monarchie libéral-médiatique est une forme "moderne" de la violence d’État, baptisée "République" par ses fidèles courtisans, le contraire exactement de celle qui naquit de l’insurrection populaire en 1792 !
Car ces modernes Tartuffe ont la bouche pleine de grands mots dont ils travestissent le sens, " libertés ", " droits de l’homme ", " égalité des sexes ", et ils mettent progressivement en place un système répressif sans équivalent depuis longtemps.
Chaque manifestation donne lieu maintenant à des " arrestations préventives " sans aucune décision judiciaire, ce qui est contraire à toute l’évolution du droit français depuis 1789, qui refusa de punir sans délit, et proclama que toute inculpation ne peut découler que d’un magistrat, non de l’État et de ses décisions politiques.
Les ordres donnés aux policiers se sont traduits cet été à Nantes par une charge assortie de grenades, contre une foule de jeunes gens réunis pour la Fête de la Musique, les contraignant à sauter dans le fleuve ou l’un d’eux s’est noyé. Et quand les Nantais indignés de ce meurtre gratuit s’avisent de se réunir pour protester, les mêmes ordres sont donnés aux mêmes policiers de détruire leurs banderoles, et de tirer à vue sur le rassemblement.
On croyait ces procédés réservés aux "républiques bananières" d’autrefois. Ils sont dénoncés sans concession, voire sans preuves, quand ils sont le fait de Poutine à Moscou, ou des méchants partisans de la Chine à Hong Kong, mais acceptés sans états d’âmes dans les rues de France.
Et nos médias peuplés d’idéologues libéraux dont l’inculture est souvent abyssale (ils ne sont pas recrutés pour meubler nos cerveaux ! ) continuent de déshonorer le beau titre de journaliste, et du "service public d’information".
Leur dernière émotion leur fit dénoncer à grands cris offusqués la "violence" des éleveurs qui osent déposer quelques tags et quelque fumier devant les Préfectures et les permanences de députés LREM.
Comme si la première violence n’était pas celle exercée par l’État, et par les députés-godillots d’En Marche, qui ont voté sans barguigner pour le CETA, un accord de libre-échange qui a pour objectif de ruiner les petits éleveurs français, en ouvrant le marché national aux importations massives de viandes bovines à bas prix d’Amérique !
Francis Arzalier (ANC)