Monsieur le Président de la République,
J’ai pris connaissance de la déclaration
de l’Élysée suite au décès de Diégo Maradona. Très bien
écrite par une plume bien inspirée, développant une
belle maîtrise de la science sportive, traduisant la
prise en compte de ce que représentait Diego Maradona
pour le peuple argentin et au-delà par sa dimension de
citoyen du monde.
Quant aux dérives soulevées par certains médias sur des
liaisons douteuses de Maradona, elles sont opportunément
occultées par la plume élyséenne. Les mots d’un
Président de la République se doivent en effet d’être à
la hauteur de la fonction et ne pas verser dans la
médiocrité.
Mais le naturel reprenant le dessus, la brillante plume n’a pu éviter le grain de sable dans la machine bien huilée, convoquant un prêt à penser de basse politique inspiré de la doxa présidentielle : « Ce goût du peuple, Diego Maradona le vivra aussi hors des terrains. Mais ses expéditions auprès de Fidel Castro comme de Hugo Chavez auront le goût d’une défaite amère. C’est bien sur les terrains que Maradona a fait la révolution ».
Quelle « défaite amère » ? Celle de ne pas voir l’avenir à genoux en laissant le pouvoir à une main étrangère ? Cette lamentable tribulation de contrebande idéologique est bien éloignée des si belles pages d’un Pablo Neruda ou d’un Gabriel Garcia Marquez qui affirmait « S’il n’y avait pas eu Cuba, les États-Unis s’étendraient jusqu’à la Patagonie ».
Pourquoi, Monsieur le Président,
reprenez-vous à votre compte les discours haineux d’un
Donald Trump et des faucons des États-Unis contre la
révolution cubaine, conduite par Fidel Castro, et la
révolution bolivarienne d’Hugo Chavez ?
Comment pouvez-vous nier la politique de ceux que
Maradona qualifiait si bien de « shérifs de la
planète » piétinant les peuples d’Amérique du Sud et
les livrant à des aventuriers sans scrupules, comme il y
a peu en Bolivie et toujours avec Bolsonaro au Brésil,
et tant d’autres sur ce continent ?
Comment nier l’asphyxie voulue par les États-Unis qui
organisent en toute illégalité depuis 60 ans un blocus
aux terribles conséquences, renforcé avec brutalité par
le Président Trump, et dont l’extraterritorialité est
imposée à tous les États du monde ? La France s’associe
pourtant chaque année à la condamnation de l’embargo par
l’ONU.
Comment insulter ainsi à la fois les
engagements de Maradona au côté des plus démunis et les
actions de solidarité du gouvernement cubain et de son
peuple, qui apportent depuis des décennies leur aide
médicale dans tant de pays du monde ?
Comment mépriser ainsi en pleine crise sanitaire
mondiale, la mobilisation actuelle des brigades
médicales cubaines Henry Reeve qui sont
intervenues depuis le début de la pandémie de la Covid-19
sur tous les continents, dans 45 états, dont la France
en Martinique, soignant 4 millions de personnes et en
sauvant plus de 89.000 ? Au point que des milliers de
voix, dont des parlementaires français, sollicitent pour
ces actions l’attribution du Prix Nobel de la Paix 2021.
Monsieur le Président, je suis de celles et ceux, de plus en plus nombreux, qui ont aujourd’hui mal à la France par la politique que vous conduisez et le climat délétère qu’elle engendre. A cela s’ajoute le rabaissement de la France : si un simple paragraphe dans un communiqué est révélateur d’un parti pris pour les plus puissants de notre planète et d’un mépris pour ceux qui leur résistent, il participe aussi à déprécier l’image de notre pays aux yeux de tant de peuples du monde.
Les engagements de Maradona pour
l’émancipation des peuples méritaient bien mieux que
cette lamentable saillie dans l’expression d’un
Président de la République.
Sans doute n’aurai-je pas plus de réponse à ce courrier
qu’à celui que je vous ai envoyé le 29 août dernier
concernant le sort de Georges Ibrahim Abdallah, militant
communiste libanais maintenu en prison dans notre pays
par la volonté des États-Unis, mais j’ai cependant
l’espoir que vous en prendrez connaissance.
Persuadé de votre écoute attentive, je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.
André Chassaigne, Le 29 novembre 2020
Aujourd’hui, l’ouragan triomphal de l’amour du peuple a empêché tout commentaire insidieux sur Diego. Ceux qui ont osé en faire un ont été ensevelis sous la réalité indiscutable de la passion des masses qui, quand elles bougent pour leurs propres objectifs, sont capables de changer l’histoire. Aujourd’hui, le peuple a cloué le bac à la haine des élites.
Macron, qui représente le plus haut échelon du système politique impérialiste a déchaîné ses critiques contre le Maradona révolutionnaire, en en faisant une louange discutable. Aucun autre dirigeant politique de droite n’a osé ouvrir le bec. Seuls les révolutionnaires ont exprimé leur solidarité avec la douleur de notre peuple.
Mais je voudrais m’arrêter sur la lettre de Macron parce que c’est un signe de la démaradonisation qui sera vendue, inéluctablement, quand les eaux baisseront. Les Français sont connus pour avoir inventé le parfum destiné à cacher leurs puanteurs, je ne trouve pas de meilleure métaphore pour cette lettre.
Là, il dit que les visites de Diego à Fidel et à Chávez ont un goût de défaite, évidemment, c’était une défaite pour le système dominant, pour la culture oligarchique mais il prétend, comme beaucoup cherchent à le faire, les assimiler à des erreurs de Diego qu’il faut pardonner, même pires que la drogue, laisse-t-il entendre… Quelle canaille, ce Macron!
Et après, il dit que la révolution, Diego l’a faite sur le terrain pour souligner que lui – rien moins que comme Napoléon, monté au sommet de la civilisation mondiale – lui pardonne et en même temps le cantonne au cadre qui convient à l’histoire officielle et qu’elle cherchera à lui assigner : le terrain.
Quand l’émotion est terminée, les misérables de la culture officielle, ceux de la colonisation pédagogique, vont suivre la ligne de Macron. Quelle extase pour un colonisé de seconde zone de pouvoir citer le président français ! Quelle honte, la vérité !...
Les militants du peuple, en tant que tranchée de la conscience révolutionnaire de notre peuple, ont le devoir de mener cette bataille des idées, de revendiquer la position sociale de Maradona avec ses lumières de conscience de classe et ses ombres, celles qu’il avait indiquées lui-même quand il a dit que tout ce que lui a arraché la drogue lui faisait peine, toutes les choses qu’il aurait pu faire, tout ce qu’il a perdu. Parce que nous, les révolutionnaires, sommes dans une bataille destinée à ce que la drogue ne vole pas le meilleur de nos jeunes au sein du peuple. Parce que la drogue est un instrument de l’impérialisme destiné à dégrader nos sociétés et à neutraliser l’esprit combatif, créatif et rebelle de nos gamins.
Nous devons leur montrer, à eux, le drame de Diego qui a voulu se rétablir, qui, à un moment donné, y a réussi avec le soutien de Cuba. Leur dire que sa visite à Fidel a été une victoire dans la vie de Diego, qu’elle a représenté une longue période de rétablissement de sa santé et de sa formation politique. Pas une défaite, comme le dit ce misérable de Macron.
En outre, je ne sais pas quelle sorte de féministe je suis, j’imagine seulement qu’en suivant la voie idéologique qu’il a suivie, Diego aurait bien pu revenir sur son machisme mais ceci ne fait pas partie de l’histoire que nous pouvons raconter. Cela appartient aux pensées qui surgissent de notre condition révolutionnaire qui nous fait penser que ce qui est nécessaire est possible.
Sur le terrain de l’histoire, je ne peux que dire que je lui rends grâce pour ce qu’il a été, je pense que les batailles ont été trop nombreuses pour quelqu’un qui ne désirait être un modèle en rien qui « seulement » est parvenu à être le meilleur footballeur de tous les temps. A partir de là, il a brisé tous les cadres. Le reste a été en prime… Une merveilleuse prime qu’il nous a offerte.
Le Diego anti-impérialiste, solidaire des meilleures causes de l’humanité, celui qui est aimé à Cuba, au Nicaragua, au Venezuela, en Bolivie, en Palestine, en Syrie, celui qui est dans le cœur des peuples qui se lèvent contre les responsables des Villas Fiorito, de la faim et de la détresse dans le monde.
Merci, Diego, tes buts contre les Anglais sont une belle allégorie de notre histoire. ton génie, ton irrévérence, ton patriotisme, ta loyauté envers le peuple, ton courage sont nécessaires pour toute victoire. C’est pour ça qu’ils te haïssent, c’est pour ça que nous t’aimons.
Editorial du site de l’ALBA, Monica Saiz.