Efficacité ?

Depuis quelques semaines, un certain nombre « d’experts » ont déclaré de manière péremptoire que le confinement généralisé imposé en France aurait sauvé des milliers de vies. Avec le recul et les chiffres disponibles aujourd’hui, qui permettent des comparaisons entre les différents pays, rien n’est moins sûr. Il est même légitime de se demander si ces affirmations ne viseraient pas à dédouaner le gouvernement de son incurie dans sa gestion de la crise, notamment en ce qui concerne les équipements de protection et les tests, ainsi que la mortalité dans les Ehpad.

Notre pays est un de ceux où la mortalité pour Covid-19 par million d’habitants est une des plus élevées au monde, quatre à cinq fois plus importante qu’au Portugal ou en Allemagne. Or, l’Allemagne est un pays plus vieux, où on aurait pu s’attendre à une plus forte mortalité, ce qui n’a pas été le cas alors que le confinement a été beaucoup moins strict et moins long qu’en France. La comparaison avec le Japon est également éclairante. Ce pays possède aussi une population âgée importante, pourtant les bars et les restaurants sont restés ouverts, et les écoles n’ont été que brièvement fermées.

Où est l’erreur, alors ? L’hypothèse, qu’il faudra confirmer mais qui semble aujourd’hui émerger, est que la bonne stratégie est celle qui associe la prévention avec la protection ciblée pour les personnes à risques, le dépistage systématique, en particulier pour les soignants (ce qui aurait évité la contamination des résidents en Ehpad, par le personnel notamment), et l’isolement des malades avec leur hospitalisation précoce, en cas de complications, dans des services adaptés. La France a adopté une stratégie complètement inverse, en infantilisant ses citoyens et en limitant leur liberté. Or, tous les spécialistes de santé publique s’accordent sur le fait que l’efficacité des mesures de prévention repose sur la confiance et la responsabilisation des citoyens.

Nous risquons maintenant de payer très cher ces choix. Premièrement, au niveau de la santé de la population, car pendant plus de deux mois tous les moyens ont été consacrés à l’épidémie au détriment des autres patients. Deuxièmement, au niveau économique, avec des secteurs entiers complètement à l’arrêt et un déficit très important des finances publiques.

Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93.

Le pangolin est innocent et la Chine a le dos trop large.

Dès le mois de février les mitrailleuses médiatiques ont haché en charpie le pangolin et la Chine faussement présentée comme sa "patrie". Depuis le malheureux petit animal écaillé, victime d'une erreur judiciaire, a disparu des écrans qui font l'histoire. Pour ce qui est de la Chine, rien ne montre que les descendants de Mao sont à l'origine du Covid 19... Aujourd'hui le doute vient bien plus du vison, celui qui est martyrisé en cages pour que les bourgeoises et les poules de luxes n'aient pas froid en hiver. Allons donc, le mal viendrait du capital !

Le pangolin n’y est pour rien et ça change tout. Ça change tout car la responsabilité du calvaire pandémique enduré sur les cinq continents pourrait bien se situer du côté du luxe, de la richesse ostentatoire, de l’imposition mondialisée d’une forme de réussite sociale évaluée à la seule aune de ce qu’on possède et porte sur le dos.....

Le pangolin n’y est pour rien, mais la production industrielle de fourrure à destination d’acheteurs fortunés en revanche y est pour tout. Le vison serait l’animal intermédiaire du coronavirus légué par la chauve-souris à notre espèce.

Une enquête scientifique, montre que la compatibilité entre le coronavirus humain et celui du pangolin est de 90% et non 99%. Rien ne permet de prouver que du pangolin était en vente sur le marché aux poissons incriminé, (même « caché sous les étals », comme on l’a dit et écrit dans notre pays). Et pour cause, la carte du marché ne le mentionne pas. Les pangolins sont en voie d’extinction en Chine, leur commerce est prohibé dans ce pays au régime plus qu’autoritaire et passible d’une lourde peine de prison. Des milliers de laboratoires pharmaceutiques utilisent d’énormes quantités d’écailles de pangolin pour leurs préparations thérapeutiques. Ces écailles, issus d’un braconnage massif de pangolins africains, arrivent en contrebande par tonnes et conteneurs et se vendent à prix d’or – ou, pour être plus précis, à prix d’ivoire. Un tel commerce ne concerne pas le particulier, même gourmet, mais les triades (la mafia). En Chine, le pangolin vaut bien plus mort que vivant, pour ses écailles et non pour sa chair. Alors que Wuhan, cité de science et de haute technologie, est l’une des villes les plus vidéo-surveillées du monde, on n’a pas été en mesure de capter une seule image de ces animaux dans ses murs. Logique, à l’heure du Darknet, si l’on y vend du pangolin vivant, ce n’est vraisemblablement ni au détail, ni sur la place publique. Les saisies des douanes aux frontières le corroborent.

Ajoutons que la Chine a, depuis un an, arrêté les remboursements par sa sécurité sociale de médicaments à base de pangolin – probablement pour endiguer le trafic de cette espèce mondialement menacée et les remontrances de la communauté internationale à ce sujet. Autant d’éléments propres à réfuter la contribution du paisible fourmilier à la chaîne de la contamination, passés à peu près inaperçus. Tout se passe comme si le pangolin était l’arbre qui cache la forêt industrielle d’un système organisé de production de richesses autant que de virus.

Car les zoonoses naissent surtout et avant tout de l’élevage industriel. Les zoonoses représentent 60% des maladies infectieuses, 75% des maladies émergentes et les maladies infectieuses sont responsables de 16% des décès humains sur la planète. A mesure que cette industrie grossit, les zoonoses se multiplient. Focaliser l’attention sur le braconnage, le commerce illégal et les consommateurs supposés libres de leurs choix a permis de masquer la responsabilité des modalités industrielles contemporaines des animaux et de leurs produits.

Dans l’indifférence, la parole dominante véhicule la fable récurrente d’épidémies et d’autres fléaux induits par le comportement individuel de chasseurs isolés qui se seraient blessés aux confins perdus de pays sous-développés. Alors même que c’est ce prétendu ’’développement’’ qui est à la source de nos maux. Même en Chine, d’innombrables entreprises privées d’élevage d’animaux, autrefois sauvages, pullulent. On a aussi essayé, cette dernière décennie, d’élever des pangolins, mais ça ne marche pas. En liberté, ils vivent ; en cage ils succombent. Par contre, on élève des furets, des renards, des civettes, des visons. En Finlande, on gave des ’’renards monstres’’ pour leur fourrure. L’occident pratique l’élevage intensif, de poulets, d’oies, de bœufs et de porcs pour la consommation de viande. Qu’on pense à notre ferme des mille vaches, à nos élevages de souris de laboratoires, aux vaches à hublot pour comprendre qu’il est illusoire d’aller chercher au bout de territoires reculés l’origine des maladies. En triant les gènes, en concentrant les bêtes, en les gavant d’antibiotiques, on affaiblit les organismes des animaux, leurs protections naturelles ou immunitaires. On facilite ainsi les mutations virales, la transmission des agents pathogènes et leur mise en circulation.

Ces dernières semaines, en Allemagne comme aux États-Unis et en France, on a dénombré un nombre particulièrement élevé et tout-à-fait anormal de malades du Covid-19 parmi les employés des abattoirs. La filière ne s’est pas interrompue pour autant – Donald Trump a même interdit sa mise à l’arrêt. On a argué la difficulté de faire respecter la distanciation physique entre travailleurs sur ces lieux mais éludé, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, l’hypothèse d’une contamination de la viande. Le complexe agroalimentaire et ses supports de communication volontaires ou involontaires ont refoulé dans un quasi oubli l’ensemble des maladies du passé dont il a été le principal vecteur : grippe aviaire, grippe porcine, grippe bovine, etc.

Le pangolin n’est sans doute pas l’hôte intermédiaire du coronavirus. C’est très probable que ce soit le vison. Des collectifs se battent depuis plusieurs années déjà pour dénoncer les conditions carcérales de ces petits mammifères. Emprisonnés dans des batteries interminables de cages, nourris en série, les visons tout mignons deviennent fous derrière les barreaux. Ils excrètent les uns sur les autres, leur nourriture est souillée, ils sont confinés parmi les dépouilles de leurs congénères qui pourrissent, de mort lente, en général sans qu’on les sépare. One Voice a tourné des images terribles des élevages industriels de ces mustélidés, notamment en France où leur fourrure est arrachée pour l’industrie du luxe. Le vison américain est le plus valorisé. On en trouve aussi en Chine dans des centres commerciaux qui ressemblent aux Wall-Mart étasuniens – la nouvelle classes aisée y débarque par cars entiers avec des étoiles dans les yeux. Là-bas, comme dans le reste du monde qui a promu modes et modèles, le port ostentatoire de ces manteaux de fourrure hors de prix revient à endosser un statut, à s’élever au-dessus des simples mortels. Le rêve de luxe a posé sa main froide sur l’épaule frêle de ce qui composait notre vibrante humanité. La richesse et ses tenues d’apparat ont corrompu le monde.....

Cailloux de poil dans la chaussure capitaliste, les visons martyrisés des abattoirs rappellent que le luxe et l’envie sont au principe des causes plus profondes qui ravagent la planète. Ces visons martyrisés pour des manteaux vaniteux et inutiles, s’ils sont la source de la pandémie et si on veut bien la voir, adressent un message ensanglanté à ceux qui se croiraient civilisés : celui de renoncer en tout premier à leur incommensurable barbarie.

Yann Faure

L'UE, terrain de jeu lucratif pour les «Big pharmas» au détriment de la recherche anti-coronavirus ?

Dans un rapport d'enquêtes, deux ONG reprochent à la Commission européenne de laisser l'industrie pharmaceutique contrôler des fonds publics de recherche. Avant la crise, les Big pharmas auraient écarté la recherche de vaccins contre les coronavirus. Respectivement impliquées dans les politiques budgétaires de santé et dans l'observation du lobbying à l'échelle de l'UE, les ONG «Action Santé Mondiale» et «Corporate Europe Observatory» ont publié ce 25 mai les résultats de deux rapports d'enquête, dénonçant d'une seule voix le fait que «l'industrie contrôle l'usage de milliards d'euros de fonds européens pour la recherche, négligeant l'intérêt public». ….

Les deux organismes expliquent notamment en être arrivés à la conclusion que le lobby européen des «Big pharmas» − représenté par la fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques (EFPIA) − a contrôlé l’usage de «2,6 milliards d’euros de fonds publics de recherche entre 2008 et 2020, ceux mis à la disposition de l’Initiative en matière de médicaments innovants», en référence à un partenariat public-privé établi par l'UE dès 2008 et dont l'objectif affiché est de «faire progresser la mise au point de médicaments en facilitant la collaboration ouverte avec le secteur de la recherche»….

L'IMI : un mécanisme européen très rentable pour les Big pharmas. Dans un résumé présentant les résultats de leurs enquêtes, les deux ONG déplorent alors des partenariats octroyant «des privilèges et des avantages» au secteur privé tout en imposant «des devoirs et des obligations» au secteur public, et décrivent un système qui, selon elles, est à l'origine d'une certaine «négligence vis-à-vis de la préparation aux épidémies». «Le financement public de la recherche est un investissement précieux et stratégique dans la production de connaissances pour l’avenir [...] Mais l’intérêt général est-il réellement servi par ces "partenariats" de recherche avec le secteur privé ? Les observations rassemblées dans ces deux rapports indiquent que non», regrettent les deux ONG, qui affirment par ailleurs avoir découvert au sein de l’IMI «plusieurs projets censés aider l’industrie à influencer la législation sur l’évaluation de l’innocuité des nouveaux produits pharmaceutiques ou encore à accélérer l’octroi des autorisations de mise sur le marché en abaissant les normes en matière de preuves pour les nouveaux médicaments».

La recherche de vaccins contre les coronavirus balayée par les «Big pharmas» avant la crise ? «Nous avons été indignés de découvrir que non seulement l’EFPIA n’avait pas envisagé que l’IMI finance la préparation épidémiologique comme "sujet réglementaire", (c’est-à-dire anticipe et se prépare à des épidémies telles que celle causée par le nouveau coronavirus, Covid-19), mais s’était également opposée à l’intégration de cette problématique dans le champ de travail de l’IMI [...] lorsque la Commission européenne l’avait proposé, en 2018», peut-on alors lire dans le même compte rendu.

«Depuis 2003 et l’apparition du virus du SRARS – cousin proche du nouveau coronavirus – plusieurs voix de chercheurs se sont élevées pour réclamer l’accélération du développement d’outils médicaux nécessaires pour faire face à ce type de virus. Un "candidat prometteur pour traiter le coronavirus" avait déjà été évoqué en 2016, mais ce dernier n’a pas retenu l’attention de l’industrie pharmaceutique et cette piste n’a donc pas été approfondie. Ce n’est qu’aujourd’hui, alors que la pandémie fait rage et que des fonds publics d’urgence sont mobilisés pour y répondre, que l’industrie se montre intéressée par le développement de vaccins et de traitements».

«De multiples évaluations ont déjà tiré la sonnette d’alarme sur les processus de gouvernance et de définition des programmes de l’IMI, dominés par l’industrie. Pourtant, au lieu de s’attaquer aux problèmes principaux, la Commission n’a pas réussi à reprendre le contrôle du partenariat, se préoccupant plutôt de dévier les critiques à grands renforts de communication», dénoncent encore les ONG qui remettent en cause l'hypothèse qu'un partenariat public-privé «dont l’agenda de recherche est défini par des intérêts commerciaux», puisse servir l'intérêt général.

 

 

On aura du mal à se souvenir de tout.

Une ministre de la santé qui plaque son ministère avant l'arrivée de ce qu'elle qualifie de « tsunami » sanitaire. Une réunion ministérielle dédiée au virus dont il ne sera pas dit un mot mais pendant laquelle on dégaine un 49-3 sur les retraites. Une ruée sur le papier toilette pour en faire des stocks. Un couple présidentiel qui encourage à « aller au théâtre » en pleine épidémie. Un premier tour électoral maintenu deux jours à peine avant un confinement total.

L'exode soudain hors de la capitale. Une « communication » gouvernementale qui accumule les injonctions contradictoires, les mensonges, les tâtonnements. Des stocks de masques disponibles, puis absents, puis en fait détruits des années auparavant, non reconstitués, puis commandés, puis livrés, puis renvoyés, puis attendus des semaines durant. Un hôpital public dévasté depuis des années et soudain assailli, débordé, en manque de tout. 9 jours pour monter un hôpital militaire de 30 lits.

Des soignants sacrifiés, applaudis de soir en soir, mais matraqués et gazés quelques mois plus tôt, réduits à se protéger avec des sacs poubelles. Un ministre appelant à la charité publique pour l'hôpital. Un autre qui appelle les multinationales à la modération quant aux versements de dividendes, puis ceux-ci qui explosent sans la moindre retenue. Des véhicules personnels de soignants braqués. Des infirmières harcelées par leur voisins et poussées à quitter leur logement.

Des querelles médicales à rebondissements pendant que les décès s'accumulent. Des banques qui dissimulent leurs stocks de masques. Des labos en guerre pour le profit. Des scientifiques conseillant la présidence par ailleurs payés par ces mêmes labos. Une explosion des ventes en ligne au profit des géants du secteur traitant leur personnel comme des esclaves. Une secrétaire d'état conseillant de profiter du moment pour faire des bonnes affaires en bourse. Des « premiers de cordée » aux abonnés absents. Un état qui « redoute d'avoir des comptes à rendre ».

Un appel aux « profs qui ne travaillent pas » pour aller aux champs. Une porte-parole du gouvernement se livrant à un stand-up tragi-comique permanent. Des routiers privés d'accès aux toilettes d'autoroute. Des médiacrates critiquant « la pleurnicherie hospitalière ». Des Ehpad face à une véritable hécatombe. Des hôpitaux obligés de déprogrammer leurs activités médicales et chirurgicales dites non-urgentes, et dénonçant « bombe à retardement ».

Des centaines de milliers de contraventions pour des motifs parfois les plus stupides. Des dizaines de milliards d'argent magique débloqués en urgence. Des informations sans cesse contradictoires. Des soupçons de conflit d'intérêts au plus haut niveau. Des bénévoles, des maires, des élus locaux, des pharmaciens, des médecins, passant outre les consignes officielles et palliant l'incompétence de l'état. Un Conseil d’État saisi par plusieurs syndicats qui dit non à un dépistage massif. Une pluie de décrets massacrant le droit du travail et les libertés individuelles.

Un confinement qui montre de façon encore plus crue des inégalités sociales scandaleuses. Une spéculation sur les prix des denrées alimentaires. Des allocutions présidentielles surréalistes. Des actes de délation qui augmentent. Des hélicos surveillant les plages. Des rumeurs conspirationnistes. Des exilés fiscaux voulant rentrer en France pensant qu'ils y seront mieux soignés. Un effondrement des places boursières et de l'économie réelle. Un président qualifié de « présence thaumaturge » par son entourage.

Des menaces de faillites en cascade et d'explosion du chômage. Un refus gouvernemental systématique de nationaliser des entreprises stratégiques. Des poursuites judiciaires contre des ministres. Des appels à la désobéissance civique. Une UE multipliant les retards à l'allumage et plus divisée que jamais. Un MEDEF trépignant de rage pour remettre tout le monde au travail. Une dérive sécuritaire de plus en plus alarmante.

Des commandes de drones, de LBD, de lacrymos. Des milliards versés en douce à des multinationales polluantes sans contrepartie. Des pénuries qui s'accumulent et qui durent, masques, gants, gel, sur-blouses, oxygène, respirateurs, tests, lits, médicaments, houses mortuaires. Des médecins forcés de faire un tri entre patients à soigner ou pas. Des cendres de défunts dans des sacs plastique. Des milliers de familles endeuillées privées de funérailles.

Un appel à la création d'un nouveau Conseil National de résistance. Une ruée soudaine vers un McDo ré-ouvert. Des gens qui hier n'étaient « rien » devenus aujourd'hui des « héros ». Un pétrole à prix négatif. Une récession qui ressemble désormais à une « grande dépression » mondiale. Un dé-confinement prévu et une seconde vague de contagion prévisible.

 BOB SOLO

Ni pardon, ni oubli

L’exemple du 93 est éclairant, de voir combien une épidémie touche plus violemment les classes populaires, qui compte + 60 % de morts par rapport à la moyenne nationale.

Nous n’avons pas à pardonner des gens qui continuent à envahir les médias de leurs mensonges et de leur morgue. Technique classique de manipulation de l’opinion : le contre-feu… Le coupable accuse la victime, suffisamment pour créer le doute et rester à l’abri.

Il n’y a qu’à voir comment d’autres pays, avec une densité de population plus importante (Allemagne, Hong Kong) ou des moyens financiers moindres (Vietnam), ont moins de victimes qu’en France. C’est tellement plus simple d’accuser les habitants des quartiers populaires de ne pas respecter les mesures barrières que d’attaquer frontalement les politiques (et leurs financeurs) qui ont saboté patiemment la santé publique… Non, les coupables et leurs chiens de garde envahissent – sans aucune honte – les plateaux télé de leur crétinisme et de leur morgue. Sans doute qu’ils n’ont aucune idée de ce que c’est d’habiter un appartement surpeuplé, où parfois une famille en héberge une autre pour que celle-ci ne soit pas à la rue.

Donc, nous ne pardonnerons pas au nom de l’unité nationale, de l’union sacrée pour la reconstruction d’une planète ruinée par le capitalisme. Oui nous polémiquons dès maintenant, parce que nous voulons mettre en évidence les résultats concrets des différentes politiques capitalistes menées jusqu’à maintenant.

Quelques éléments chiffrés…

En 1980, la France possédait 11 lits d’hôpital (tous services confondus) pour 1000 habitants. Aujourd’hui nous en sommes à 6 lits pour 1000 habitants…

En 1970, aux États-Unis : 7,9 lits pour 1000 habitants. 2,8 en 2016…

En 1980 en Italie, 922 lits réservés pour les « cas sérieux » pour 100 000 habitants. 275 aujourd’hui…

Par rapport à la France, l’Allemagne possède 50 % de lits en plus et le double de lits de réanimation par habitant.

« La crise de l’épidémie de bronchiolite à l’automne 2019, pendant laquelle les réanimateurs pédiatriques durent transférer des nourrissons à plus de deux cents kilomètres de leur domicile parisien faute de lits et de personnel, annonçait la catastrophe. »

Nous n’oublierons pas non plus. Nous appelons tous nos lecteurs et lectrices à enregistrer toutes les horreurs que professent ces criminels, mais surtout toutes les décisions qu’ils ont prises pour détruire la santé publique et leur absence totale de compétence pour ralentir l’épidémie… Nous n’oublierons pas, parce c’est sur cela qu’ils comptent pour nous jurer la main sur le cœur (qu’ils n’ont pas) que cela va changer. Ce coup là, ils nous l’ont déjà fait après la crise des « subprimes »… D’ailleurs, ils sont déjà en train de préparer l’opinion.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a prévenu, vendredi 10 avril, que le redressement de la France serait « long » et qu’il passerait « par le désendettement du pays »« À la sortie de cette crise, il faudra faire des efforts », a-t-il affirmé.

Geoffroy Roux de Bezieux, président du Medef, estime qu’il faudra se poser la question « du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique, une fois l’épidémie du virus Covid-19 terminée. »

Que faire ?

Tout d’abord se rappeler que nous ne sommes pas dans un débat rationnel et argumenté entre « démocrates ». Non, les violences policières contre les manifestants en lutte contre les lois travail, contre les Gilets Jaunes, contre les manifestantes de la Santé ou celles des retraites… Les contrôles policiers dans les quartiers populaires… La géolocalisation numérique de la population. Les attaques contre les droits sociaux, au nom de la « guerre contre le virus »… Tout cela nous démontre que le gouvernement et le patronat se radicalisent. Si nous sommes en guerre, c’est une « guerre sociale ». La lutte des classes quoi !

Pour construire un autre monde d’après, un « Plus jamais cela », il faut se poser dès aujourd’hui la question de l’urgence sociale qui va arriver : hyper inflation, explosion du chômage etc. Très concrètement, « la France d’en bas », qui est en première ligne sur le front, va être la première à subir les conséquences du « capitalovirus ». Le très faible pouvoir d’achat, les difficultés pour payer les loyers, pour s’alimenter touchent déjà les classes sociales les plus pauvres… D’autres couches de salariés, d’autoentrepreneurs, d’artisans vont être pris dans la tourmente d’une crise sociale et économique comme nous n’en avons jamais connue.

Nous n’avons pas de baguette magique, mais l’auto-organisation doit aussi se poser dès que possible dans les quartiers, dans les villes :

  • Moratoire pour les loyers avec au besoin localement des grèves collectives de loyers.

  • Aides alimentaires massives. Soutien et développement des épiceries sociales et solidaires.

  • Transports en commun gratuits

  • Comités de chômeurs et de quartiers pour garantir que les milliards de la BCE soient utilisés à la relance d’une production industrielle, écologique et sociale répondant aux besoins sociaux…Là où des intersyndicales et comités de grève professionnels et interprofessionnels se sont créés contre la réforme des retraites, il y a matière à élargir les champs d’interventions. Soit en soutenant les initiatives locales existantes (amicales ou collectifs de locataires), soit en les aidant à se construire.

Rien ne se fera sans un rapport de force plus favorable au salariat et au peuple travailleur. Si nous voulons changer le monde d’après (santé, éducation, services publics, socialisations des moyens de production), cela ne peut se faire que si la « France des Gilets Jaunes », du Peuple travailleur sont les moteurs… Et pour cela les syndicats, les associations, les organisations politiques et les collectivités territoriales doivent se colleter aux urgences sociales, tout en donnant une grille d’analyse contre le « capitalovirus »… Repolitiser le quotidien pour pouvoir le changer…

Philippe Barre

 

Le coronavirus n'arrête pas la lutte des classes, il l’aiguise

Entre les 5% les plus riches et les 5% le plus pauvres ici, en France, il y a 13 ans d'espérance de vie en moins.

Avec ou sans épidémie, l'organisation sociale, telle quelle est, tue. Le capitalisme tue.

Le taux de mortalité en Seine Saint Denis a connu une hausse de 63% depuis l'épidémie. Est-ce un hasard ? Est-ce dû à une cause génétique ? Evidemment non. La taille des logements, la promiscuité que les cités induisent, la malnutrition et son cortège d'obésité et de diabète en sont les causes.  Chacun comprend que le confinement ne sera pas vécu de la même façon dans une maison avec jardin et dans un logement surpeuplé du 14e étage d'une barre. Ainsi dans les quartiers populaires on constate que le taux de personnes frappées par le  diabète est plus élevé de 27% à 102% que la moyenne. On notera aussi, par exemple, que deux familles sur cinq ont un logement surpeuplé aux Minguettes. Les médias peuvent alors stigmatiser ces quartiers où le confinement est ou serait moins bien respecté.

Que dire du désert médical qu'est ce département, sous doté en toute chose. L'accès aux soins est pourtant essentiel pour protéger les personnes dans des situations normales et donc encore plus dans des situations de crise épidémique.  Or l'accès aux soins est aléatoire, du fait de la situation économique, salariale, des milieux populaires. L'accès aux soins, la prévention des maladies, sont déterminés par le niveau de revenu.

Que dire du stress qui est considéré comme un facteur déterminant par les médecins. Le stress qui aggrave la réponse inflammatoire de l'organisme. Le stress qui frappe massivement les plus pauvres par le cumul de difficultés quotidiennes au long cours.

Bref il n'est donc pas étonnant que les quartiers populaires présentent le bilan le plus lourd face au coronavirus. Autre facteur, c'est dans ces quartiers populaires que vivent les femmes et les hommes qui sont en première ligne face au virus : éboueurs, infirmières, aides-soignantes, caissières, personnels d'entretien ou de sécurité....Non seulement les milieux populaires cumulent les facteurs à risque mais ils sont laissés sans masques, sans liquide hydroalcoolique et ils sont en plus menacés d'être frappés par la crise économique du capitalisme aggravée par la pandémie. Sans toutefois oublier 1- que la crise du capitalisme n'est pas provoquée par l'épidémie mais par le capitalisme lui-même, et 2- que l'épidémie elle-même est gravement amplifiée par les inégalités produites par le capitalisme.

Ailleurs qu'en France le constat est le même. Un seul exemple : les Noirs étasuniens sont deux fois plus frappés par le coronavirus que les blancs et comptent trois fois plus de morts. La mortalité des Noirs est de 67% à Chicago alors qu'ils représentent 32% de la population. Cela est du évidement à la pauvreté qui frappe les Afro-américains mais aussi qui est directement lié au système de santé assurantiel, privé, auquel 30 millions de citoyens des Etats-Unis, blancs et noirs, n'ont pas accès du fait de son coût. Sans parler de l'aggravation de la situation par Trump qui a démoli le très timide Medicare d'Obama.

Et pendant ce temps-là, l'Île de Ré connaissait une augmentation de sa fréquentation de 30%, 1,2 millions de Franciliens ont pu se réfugier dans leurs maisons de campagne et les CSP+ peuvent envisager le confinement comme un exercice de yoga et se demander sérieusement si cette situation ne va pas traumatiser le petit dernier privé de ses cours d'équitation.

Le coronavirus n'arrête pas la lutte des classes, il l'aiguise.

Antoine Manessis.

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