N'aie pas peur, Jeanine ! On ne va pas te frapper jusqu'à t'arracher la peau du visage. On ne va pas te râper la tête jusqu'à te faire saigne le cuir chevelu , les mains attachées dans le dos.
On ne te traînera pas dans les rues après t'avoir peinte en rouge pour divertir tes ennemis et qu'ils se moquent de toi.
Les « polleras », ces métisses que tu méprises tant et que tu persécutes tant ne le permettront pas. N'aie pas peur, Jeanine ! Tu as été arrêtée et emprisonnée sans qu'on ait porté atteinte à tes droits de l'homme .
Tu as été conduite à une prison de femmes avec un accès à ta défense juridique et sous les yeux du monde, tu n'as pas été humiliée et terrorisée par une meute de machos enragés qui te détruiront et exhiberont ta peur et ta douleur comme un trophée.
N'aie pas peur, Jeanine !
Bien que tu aies renié ta qualité d'inca et te sois déclarée aryenne, blonde et supérieure à ces peaux sombres et à ces vieux yeux que tu demandes de chasser, n'aie pas peur.
Elles, nous, nous ne sommes pas comme vous !
Texte du mur de Cecilia Solá, destiné à Jeanine Añez, incarcérée pour avoir participé au coup d’État de 2919.
traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos
Les charges contre l’ex-président du Brésil Lula da Silva ont été annulées, il est libre et il a commencé à récupérer le terrain. Les péripéties judiciaires se poursuivront, les systèmes juridiques sont kafkaïens. Le tremblement de terre politique devient système avec les réalités d'autres pays frères d'Amérique du Sud et du nôtre. Il y a des variations, des couleurs locales importantes mais les grandes ressemblances démentent ceux qui refusent de voir l'offensive contre les présidents populaires de la région.
Lula a été persécuté par Sergio Moro, un juge partial et totalement incompétent. Il l'a fait juger et condamner par une juridiction illicite. Avec le temps, il a été révélé que Moro avait conspiré pour exclure Lula de la compétition politique. Ils l'ont mis en prison et interdit. Moro a été récompensé par le président actuel Jair Bolsonaro qui l'a nommé ministre.
La Bolivie
L'ex-président Evo Morales a été renversé par un coup d'Etat sanglant. Ils voulaient l'emprisonner et probablement attenter à sa vie. La solidarité active d'Alberto Fernández et du président mexicain Andrés Manuel López Obrador a empêché que cela ne se concrétise. La dictatrice Janine Áñez a proscrit Evo mais il y a eu des élections et le MAS s'est imposé avec son candidat Luis Arce.
L'Equateur
Contre l'ex-président de l’Equateur Rafael Correa, ils ont monté des affaires judiciaires, l'ont proscrit. Son parti s'est présenté aux élections avec Andrès Arauz comme candidat. Il est en tête du premier tour et on attend le second.
L'Argentine
Le péronisme a été battu lors d'élections par l'ex-président Mauricio Macri. La persécution judiciaire contre la vice-présidente Cristina Fernández de Kirchner organisée par la coalition du PRO, du radicalisme et de la Coalition Civique s'est aggravée et ne cesse pas. Le désir de la proscrire a augmenté à partir de 2017 et est soutenu par des membres de la Cour Suprême, des juges et des procureurs fédéraux et par les médias dominants. Ils n'ont pas réussi à briser la volonté de CFK: le péronisme uni est revenu à la Maison Rose en 2019.
Le retour de Lula, Evo, Cristina est la manifestation d'un reflux dont on ne peut pas encore prendre la mesure. En tout cas, un contrecoup salutaire pour la politique, la résilience des dirigeants, les militants, la défense obstinée devant les tribunaux en jouant sur un terrain boueux. Les désastres produits par les gouvernants de droite ont beaucoup et involontairement coopéré. Áñez et Lenin Moreno ont reçu une raclée dans les urnes.
Il y a un peu moins de 15 ans, au Sommet de Mar del Plata, Lula da Silva et le défunt président Néstor Kirchner étaient à la tête du Non à la ZELA avec leur homologue vénézuélien Hugo Chávez. Leurs collègues de l'Uruguay et du Paraguay les ont suivis. Le Mercosur s'exprimait pleinement.
Très peu de temps après, Lula et Kirchner ont libéré leurs pays respectifs de leur dette envers le Fonds Monétaire International (FMI)….
Alberto Fernández et le ministre de l'Economie Martín Guzmán veulent payer la dette mais pas au prix de l'avenir des Argentins. D'abord, il doit y avoir une croissance du PIB, une augmentation de la consommation qui la dynamise, une amélioration relative des revenus des travailleurs et non des bénéfices des entreprises.
Guzmán se rend à Washington avant la fin du mois. Les autorités du FMI l'attendent : certainement des fonctionnaires du Trésor étasunien. Une tâche essentielle, c'est pourquoi il s'est fait vacciner. La présence continue à peser en politique, le voyage du pape François en Irak le confirme…..
Le délai maximum de 10 ans pour ces accords de facilités étendues est court par rapport aux possibilités de l'Argentine. Changer cette règle dans ce cas particulier semble impossible. Qu'on recalcule de façon générale en tenant compte de l'urgence sanitaire mondiale est une petite lueur d'espoir. Nous soulignons le diminutif.
Les partenaires du Fonds, les plus riches à leur tête, décideront. La position du président étasunien Joe Biden, sera cruciale. Au parti au pouvoir, on n'est pas optimiste, on ne fait qu'un diagnostic simple : « Ça ne sera pas pire que Trump. » Fernández continuera à discuter avec ses homologues du monde en essayant d'obtenir un consensus global. Guzmán se rendra probablement dans d'autres pays importants….
La plainte contre les ex-membres du Gouvernement Macri, avec Mauricio à sa tête rend le menu plus complexes sans en être le plat principal. Un argument viendra s'ajouter pendant le bras de fer. Le Fonds a brisé ses règles pour en faire profiter Macri. Il pourrait et devrait les modifier de la même façon pour que l'Argentine paie sans en mourir…
La pandémie a accentué les inégalités dans le monde et en Argentine. Les magnats de la planète et de ce pays concentrent de plus en plus la richesse. Les pays le plus puissants accaparent les vaccins. Une poignée de ceux-ci peut décider du sort de l'Argentine au FMI.
Les catastrophes sanitaires au Brésil et au Paraguay menacent l'Argentine. D'éventuelles contagions pourraient avoir un impact sur sa croissance future. Les restrictions de transport sont une précaution raisonnable mais peut-être inefficace quand les frontières sont très longues…
Les luttes politiques continuent, l'air frais qui est arrivé d'Argentine, du Brésil, de la Bolivie et de l'Equateur à partir de 2019 peut se vicier. De toute façon, la réapparition de Lula, le tourneur d'humble naissance qui est arrivé à être président réélu d'une puissance régionale est un événement heureux. Digne d'être célébré dans un monde qui ne lui est pas propice, en général.
Mario Wainfeld, traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos