Fabien Roussel : “Le capitalisme n’a pas changé, eh bien, les communistes non plus !”

Le Parti communiste français, né à Tours fin décembre 1920, a dû célébrer son centenaire en catimini. Nous n’avons clairement pas pu engager ce que nous avions envisagé. Mais nous ne pouvions pas laisser passer cet anniversaire dont l’intérêt dépasse les rangs du Parti et de la gauche sans rien faire. Nous avons donc pris… le parti (sourire) de démultiplier l’événement en organisant des expositions et des rencontres thématiques locales. Il s’agit de rendez-vous en petits comités et sous strict contrôle sanitaire. Notre siège, place du Colonel-Fabien, a accueilli dans ce cadre une belle expo revenant sur un siècle d’affiches. Un film en fait la synthèse. Mais l’histoire du Parti c’est aussi l’engagement des artistes à ses côtés et non les moindres. Nous avons consacré une exposition à ce compagnonnage en réunissant quelques-unes des œuvres qui lui ont été offertes. Elles illustrent des périodes, des moments et des combats. Pour des motifs techniques liés à leur conservation, elles sont en dépôt dans de grands musées, mais elles demeurent la propriété collective du Parti. Je pense par exemple à la Joconde de Marcel Duchamp (1919), exposée à Beaubourg. C’est un cadeau d’Aragon. 

Cent ans, c’est un fardeau ou une chance ? C’est une richesse, incontestablement. Et une promesse aussi. On nous oppose notre grand âge, il ne nous a pas rendus sages face au monde qui nous entoure. Changez de logiciel, nous enjoignent quelques-uns, adaptez-vous, il est grand temps ! Je retourne la proposition. Le monde a-t-il changé en mieux ? L’économie s’est-elle adaptée et ajustée au bonheur des hommes ? C’est tout le contraire. Le choc du capital contre le travail n’a jamais été plus violent qu’aujourd’hui. Voyez Michelin qui, d’un clic, efface 2.300 emplois en France sur les trois prochaines années. Objectif ? Rentabilité ! Le même Michelin poursuit ses investissements en Asie et en Chine où la main-d’œuvre est moins chère. C’est le capitalisme à la papa, il n’a pas varié depuis un siècle. Eh bien nous non plus ! 

La pandémie a accéléré la redistribution des cartes. Elle a bon dos. En réalité, elle n’a pas été préjudiciable au manufacturier français. Cette décision, dans ce contexte si particulier, est un crime social. On ne saigne pas son pays ainsi. J’ajoute que cette course au profit est une atteinte inexcusable à la planète. Vous vous représentez le bilan carbone d’un pneu Michelin chinois arrivé par cargo à Rotterdam ? Chômage plus trous dans la couche d’ozone : bravo ! Je considère que ce monde-là est derrière nous. Il est vieux, dépassé par les exigences climatiques et sociales. Le chômage annoncé n’est pas une fatalité et nous pensons au contraire que le rapatriement de la production en France est une voie incontournable. ...

« L’argent magique n’existe pas » et c’est un communiste qui vous l’assure. Fabien Roussel cautionne sur le principe, bien entendu, le soutien apporté aux secteurs en difficultés depuis le début de la crise sanitaire. Mais l’élu s’inquiète du volume des capitaux engagés. « Trop d’argent public sur la table. C’est le nôtre, celui des Français. Pendant ce temps, les grandes fortunes poursuivent leur enrichissement, tranquillement. Elles pèsent aujourd’hui, pour le groupe de tête, 700 milliards d’euros. Le chiffre double tous les dix ans. » L’ennemi reste et demeure la finance et ses auxiliaires. Les banques et les sociétés d’assurance ont déserté le champ de bataille, observe le député du Nord. « Les maires de ma circonscription ne peuvent plus souscrire d’emprunts, ils se font éconduire. La première mesure à prendre serait de taxer les 20 milliards de capitalisation de l’assurance. Même Sarkozy l’a fait. Mais le courage politique manque. »

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