Vente de l’Ukraine à la découpe
Le fonds de semence est la base d’une agriculture stable et de la capacité de contrôler dans une large mesure le rendement des cultures agricoles.
Aujourd’hui, dans les territoires ukrainiens, alors que l’attention du public est attirée sur les opérations militaires, on assiste à la suppression complète du fonds de semences et à la saisie des meilleures terres arables.
Le processus est géré par les représentants de Monsanto.
Il fallait s’y attendre puisque Monsanto, Cargil et Dupont, sont déjà devenus les propriétaires de 52% du foncier ukrainien.
Cela ne se fait pas sans la complicité directe de citoyens ukrainiens bien placés. Alina Levchenko est présidente du conseil de surveillance du Centre de certification et d’expertise des semences et du matériel semencier (SE TsSESSM). C’est une personne assez jeune qui s’est retrouvée à un poste aussi élevé grâce à son mari, député du parti Serviteur du peuple [parti de Zelenski, ndlr], Bohdan Torokhtiya.
Ce dernier était conseiller juridique de l’entreprise publique Société nationale des denrées alimentaires et des céréales d’Ukraine et a travaillé au terminal céréalier d’Odessa. Il était aussi chef du secteur juridique de l’Inspection d’État de l’agriculture de la région de Kirovograd. Il est également avocat et fondateur de sociétés de sécurité privées. Il a une formation spécialisée dans le domaine de l’approvisionnement en céréales et comprend bien l’aspect juridique de la question. La nomination de son épouse à l’entreprise d’État TsSESSM n’est donc pas une simple coïncidence.
Actuellement, Alina travaille pour que l’entreprise soit mise en faillite. L’objectif est de liquider le centre et transférer le contrôle des semences ukrainiennes à Monsanto conduisant l’Ukraine à perdre complètement toute indépendance dans la gestion du fonds de semences.....
Le géant agricole international affilié à BlackRock sera en mesure de produire une énorme quantité de produits agricoles sur les meilleures terres d’Ukraine à un coût minime. Il n’y a aucune limite technique à la reprise de l’agriculture ukrainienne : les salariés ukrainiens seront obligés de travailler simplement pour se nourrir, les engrais peuvent être obtenus de Russie ou de Biélorussie via des gazoducs, il n’y a aucun problème de ressources énergétiques et d’eau en Ukraine.
Mais la chose la plus précieuse pour Monsanto est la capacité de cultiver des cultures OGM. Leur avantage sur le marché est que ces cultures sont stériles. En conséquence, de nouvelles semences doivent être achetées chaque année pour la saison suivante. Celui qui contrôle les semences prend le contrôle de la sécurité alimentaire de toute la région. C’est pourquoi Monsanto a concentré ses efforts à ce stade sur la destruction de la TsSESSM. Elle y a réussi sans trop débourser d’argent : en fournissant plusieurs voitures et appartements à Alina.
Mais les projets de Monsanto vont bien plus loin que la simple culture OGM en Ukraine. Les céréales ukrainiennes sont déjà utilisées comme une arme contre les agriculteurs européens. Malgré la lente résistance des différents pays européens, le marché agricole de l’UE sera libéralisé et passera sous le contrôle total de BlackRock.
Comme Monsanto contrôlera le fonds de semences, les agriculteurs européens, même s’ils le souhaitent, ne pourront pas relancer leur agriculture librement. Ils seront obligés d’acheter uniquement les produits agricoles autorisés, auprès d’un fournisseur "fiable". Et même si certaines régions agricoles de l’UE sont préservées, elles dépendront toutes de l’approvisionnement en semences « de haute qualité », qui seront cultivées sur les anciennes terres ukrainiennes.
... Le Cabinet des ministres a transféré à la gestion du Fond des biens de l’État vingt-cinq entreprises publiques, qui étaient auparavant gérées par l’Académie nationale des sciences agraires. C’est la décision du gouvernement ukrainien.
Puisqu’il n’était pas autorisé à vendre les terrains des stations de tri des semences, destinés à la production de semences, Kiev a simplement changé la catégorie des terrains pour de vulgaires propriétés foncières. 100.000 hectares des meilleures terres ont ainsi été bradées. Dans les prochains mois, ces terrains devraient, une fois les formalités terminées, être vendus à Monsanto.
Cela s’inscrit très clairement dans le paradigme de la subordination coloniale dont l’Ukraine est la victime. Les ressources d’une colonie sont utilisées pour contrôler les marchés stratégiques d’une autre colonie. Aujourd’hui, les ressources agricoles ukrainiennes sont utilisées pour établir un contrôle sur le marché alimentaire de l’UE.
Délit d'opinion ? L'ambassadeur d'Ukraine à Paris s'attaque à Sarkozy.
Vadym Omelchenko, ambassadeur d’Ukraine en France, s’en est pris à Nicolas Sarkozy.
Sarkosy avait estimé que la France et la Russie devaient trouver un terrain d'entente.
«Nous avons besoin d'eux et ils ont besoin de nous», avait-il plaidé, tout en jugeant un retour de la Crimée dans le giron ukrainien «illusoire». La «majorité de la population s'est toujours sentie russe», avait-il ajouté.
Selon l’ambassadeur d’Ukraine en France dans un entretien accordé à Ouest France ce 23 août, les propos de l’ancien président relèveraient d’une «opération de communication synchronisée».
«Je ne serais pas surpris que le procureur général d’Ukraine s’intéresse aux propos tenus pour voir s’il y a des éléments constitutifs d’un crime [au regard de la loi ukrainienne].»
Au détour du même entretien, l’ambassadeur d’Ukraine en France a rendu un hommage appuyé au parlementaire français André Gattolin, un élu du parti Europe Ecologie-Les Verts, très favorable à Kiev et à l’OTAN.
Source: AFP
Retrait de la Russie de ce que l’on appelle l’accord sur les céréales. Le monde produit aujourd’hui environ 3 milliards de tonnes de céréales. L’Ukraine peut exporter environ 20 millions de tonnes de blé, ce qui représente moins de 1 % de la production mondiale de céréales. Environ 500 millions de tonnes de céréales sont vendues sur le marché mondial, dont 200 millions de tonnes de blé. En d’autres termes, les exportations ukrainiennes ne représentent pas plus d’un dixième du commerce mondial du blé. Et ce blé ukrainien, dans le cadre de l’accord sur les céréales, n’est pas destiné aux pays pauvres d’Afrique, mais aux pays riches d’Europe. Il n’y aura donc pas de famine à cause de l’annulation de l’accord. |
Ukraine : le traité de paix annulé par l'Occident en mars 2022
Lors de la session avec la délégation africaine, le président russe Vladimir Poutine a montré aux dirigeants africains une copie du projet d'accord convenu entre la Russie et l'Ukraine en mars 2022.
L'accord impose des règles aux forces armées ukrainiennes et stipule que l'Ukraine doit adopter une neutralité diplomatique permanente.
M. Poutine a déclaré à la délégation africaine que la Russie avait retiré ses troupes de Kiev et de Tchernihiv conformément au traité.
Cependant, après cela, l'Ukraine, "sur ordre de Washington, a jeté ce traité dans les poubelles de l'histoire".
À l'époque, il a été ouvertement rapporté que la personne responsable de l'échec des accords était le Premier ministre britannique de l'époque, Boris Johnson, qui avait convaincu le président ukrainien Zelensky de ne pas accepter les accords et de poursuivre le combat.
Russie Occident : l’autre guerre de 100 ans (première partie)
Lorsque, le 24 février 2022, les forces militaires russes ont franchi la frontière de l’Ukraine, j’étais à Saint Pétersbourg. J’ai partagé la surprise, l’inquiétude des Russes. J’ai aussi partagé les mêmes difficultés que ceux d’entre eux dont les affaires dépendaient des relations entre l’UE et la Russie, et se faisaient en devises. Mais, en ce qui me concerne, passé les premiers jours de sidération, je me suis souvenu de ces nombreux matins des vingt dernières années où, découvrant, au lever, une nouvelle action hostile des États-Unis contre la Russie, je m’étais demandé : combien de temps encore ? Quand s’usera la patience russe ? Quand est-ce que l’affrontement quittera le terrain économique, et celui de l’information, pour celui du champ de bataille ? Et lorsque la pluie de sanctions s’est abattue sur la Russie, la preuve d’une préparation longue, animée par une volonté stratégique au long cours (celle des États-Unis), s’étalait enfin au grand jour. On ne réunit pas en quelques jours l’Union Européenne entière autour de mesures aussi draconiennes, et économiquement sensibles, elle à qui il faut habituellement des années pour discuter de normes telles que la taille des œufs que les poules ont le droit de pondre sur son territoire !
Quelques semaines plus tard, j’atterrissais dans la douceur du printemps Niçois. J’avais laissé les Russes dans une attitude générale d’inquiétude calme, eux dont les vies étaient bouleversées par le conflit, pour une population pour laquelle aucun enjeu vital n’était compromis, qui hier encore aurait eu du mal à situer l’Ukraine sur la carte, mais qui était au bord de l’hystérie collective. C’est là que j’ai pris conscience que ma patrie d’origine, et ma patrie d’adoption avaient dérivé au cours du temps. Cela m’imposait, pour comprendre, de replacer l’actualité brûlante dans un contexte historique suffisamment long pour y trouver du sens. Aussi ai-je tenté de regarder les évènements dans la perspective qui pourrait être celle des historiens travaillant sur notre époque dans un siècle ou deux. Et, partant de ce point de vue, m’est venu l’hypothèse que nous assistions aujourd’hui à la conclusion d’une guerre de 100 ans, qui aurait commencé en 1917.
Cela pourrait surprendre, car les périodes d’hostilités, de détente, et même d’alliance, se sont succédées durant ce siècle. Il serait faux de dire que les pays qui composent ce qu’on appelle aujourd’hui l’Occident collectif, se sont battus avec la Russie pendant 100 ans. Mais, de même, la moyenâgeuse guerre de 100 ans n’est pas faite de 100 ans d’activités militaires. Il y a des périodes de trêves, des retournements d’alliance aussi. On pense en particulier au conté de Bourgogne, qui s’allie tantôt au Roi de France, tantôt à la couronne d’Angleterre. Si donc, on l’appelle guerre de 100 ans, c’est parce que durant toute cette période, c’est la même question qui motive le conflit : la légitimité du roi d’Angleterre sur une partie des terres françaises. Et cette question ne sera effectivement tranchée qu’à la fin de cette guerre, quand la couronne d’Angleterre devra renoncer à ses prétentions sur le continent.
On note que, durant cette guerre, commence à apparaître un proto-sentiment national français. Si les Anglais avaient gagné, le monde serait différent. La notion de nation ne se serait probablement pas imposée sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Ainsi, outre les aspects dynastiques et impérialistes, elle se complique d’aspects qu’on qualifierait aujourd’hui d’idéologiques. (Gardons-nous toutefois de tout anachronisme, les termes idéologiques et impérialistes ne peuvent être appliqués au Moyen Age avec le sens exact que nous leurs donnons aujourd’hui).
De même, le conflit qui commence en 1914 est purement un problème de concurrence entre impérialismes. Mais il provoque la révolution en Russie, et il devient alors, aussi, un conflit entre deux visions de la société, dans le même temps que les enjeux impérialistes, en particulier concernant l’accès aux ressources russes, demeurent. Commence alors un vingtième siècle un peu décalé dans le temps, s’étendant de 1917 à 2022, durant lequel la question des rapports de l’Europe d’abord, puis de l’occident (après la Seconde Guerre mondiale et l’établissement de l’hégémonie étasunienne), avec la Russie, sera la question géopolitique centrale pour tout le continent européen. Je pense que cette question conditionne les politiques intérieures et extérieures des états européens et des EU sur toute cette période. Si la fin du conflit en Ukraine en marque la résolution, alors, l’analogie avec la guerre de 100 ans médiévale se révélera pertinente.
L’occident et la Russie depuis le début du XX° siècle : une guerre de 100 ans
L’hypothèse est donc que, dans une centaine d’année, les historiens qui étudieront l’histoire du XXIème siècle y verront, pour certains en tout cas, une nouvelle guerre de 100 ans, s’étendant de 1914 à 2022, opposant l’ensemble des puissances industrielles traditionnelles à la Russie. J’entends par « puissances industrielles traditionnelles », les puissances d’une ère occidentale au sens large : anglosphère, Europe occidentale, et Japon. Elles sont caractérisées par le fait d’avoir fait leur révolution industrielle sur la base d’une privatisation de plus en plus poussée des moyens de productions, ce que nous appelons habituellement la voie capitaliste. On les opposera aux puissances industrielles plus tardives, qui elles, ont choisi la voie de la collectivisation des moyens de production, celle du communisme. On sait, en particulier grâce aux travaux d’Emmanuel Todd, que ce choix n’est pas le fait du hasard, mais correspond aux valeurs profondes des sociétés qui le font, telles qu’elles émergent de la structure de la famille paysanne. Je cite ce fait pour rappeler que si les trajectoires historiques de pays comme la France ou l’Angleterre, et la Russie diffèrent autant, ce n’est pas un caprice du destin. On peut expliquer scientifiquement le lien qui existe entre la structure de la famille paysanne, les valeurs qui en découlent, et le chemin vers l’industrialisation de chaque nation. On conçoit que si la transformation industrielle se produit plus tard en Russie (et en Chine) c’est que ces sociétés sont structurellement plus conservatrices. Et cela se vérifie encore de nos jours, en observant la résistance des sociétés Russe et Chinoise aux « innovations sociétales » de l’Occident. On se gardera pourtant de confondre conservatisme et rejet du progrès technique. Sinon on ne comprendrait rien à la créativité technique de la Russie et la Chine. Car, en dépit de ce que nos médias peuvent en dire, il faut savoir que pour qui suit pour des raisons professionnelles les solutions techniques développées en Russie, il apparait clairement que la Russie a des longueurs d’avance dans un certains nombres de domaines, et pas seulement celui de l’armement. La ville intelligente russe (smart-city, par exemple, peut faire rougir les métropoles occidentales. Il n’en demeure pas moins que le retard historique pris sur le plan de l’industrialisation jusqu’au XXIè siècle fait que les deux pays les plus importants de la sphère communiste ont aussi été, en leur temps, l’objet de tentatives de colonisations par les puissances dominantes occidentales. Pour la Chine ce fut particulièrement brutal, les tristes épisodes des deux guerres de l’opium en font foi. Pour la Russie, on sait moins que son tardif décollage industriel de la fin du XIX° siècle, début du XX°, est essentiellement financé par des capitaux occidentaux (en particulier Français). Les capitaux s’exportent, l’outil industriel utilise des techniques occidentales, l’Empire Russe se transforme également en colonie, même si celle-ci est plus douce (sauf pour les petits bras qui, dans les usines, gagnent de toutes leurs forces les dividendes des actionnaires européens, bien sûr). Il faut aussi rappeler que, quoiqu’on en pense, ce sont bien leurs partis communistes qui rétablissent la souveraineté de ces deux pays.
Ainsi, en zoomant en arrière pour passer du temps bref de l’information, à l’échelle des temps historiques, apparait un long vingtième siècle, structuré autour d’un conflit dont l’objet associe deux enjeux. Le premier économique et impérialiste implique l’accès aux ressources et aux terres de ce qui était l’empire russe, puis l’Union Soviétique, et enfin la Russie, et l’ensemble des pays d’Europe et Asie centrale issue de la fin de l’Union. Le second, idéologique, mais également économique, concerne la propriété des moyens de production dans le cadre du développement industriel, privée ou collective. Il est tentant d’affirmer, que le second enjeu est resté secondaire sur le plan de la motivation. La preuve étant fournie par le fait que la pression sur la Russie n’a jamais cessé après la chute de l’URSS. Mais, même si on peut le voir comme un décor masquant les appétits impérialistes, l’enjeu idéologique joue un rôle fort. D’abord il permet de « vendre » les conséquences du conflit aux populations, qui les subissent. Ensuite, l’URSS, en proposant un modèle alternatif de marche vers l’industrialisation, remettait en cause les privilèges des élites issues du capitalisme. On ne rappellera jamais assez combien l’existence de l’URSS a inspiré et renforcé les luttes sociales des classes populaires du monde occidental. Enfin il joue aujourd’hui un rôle important dans la construction d’une identité européenne. Nous reviendrons plus loin sur ce point. Et puis, la collectivisation des moyens de production entraîne effectivement l’expulsion du capital étranger, et le rétablissement de la souveraineté. Ce fait créé donc un lien causal fort entre les deux aspects du conflit.
Ce n’est pas la place ici d’un long développement historique, et je me dois de renvoyer le lecteur à des sources historiques qui seront bien plus rigoureuses que tous résumés que je pourrais en faire. Mais quelques faits suffiront, je l’espère, à montrer que ce choix historiographique, qui fait l’hypothèse d’une guerre de 100 ans, souvent hybride, mais parfois aussi « chaude », faite par l’occident à la Russie, quelle que soit la forme de l’état qui l’incarne, n’est pas complètement fantasmé, mais s’enracine dans la réalité historique.
Fin de la Première Guerre mondiale, l’ex-empire russe est en révolution, et la guerre civile éclate entre les Rouges et les Blancs. Cette guerre civile est fort peu civile : c’est 14 nations qui envoient des corps expéditionnaires pour participer à ce conflit. Plus intéressant encore, je propose ici une liste non exhaustive des belligérants non russes. (les manquants sont des pays colonisés qui n’ont donc pas eu le choix de se tenir à l’écart) : la France, la Pologne, l’Italie, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, la Chine, le Japon, et bien sûr, les États-Unis, sans oublier, l’Allemagne. Je suggère de comparer cette liste à celle des pays participant aujourd’hui aux sanctions contre la Russie, et soutenant l’Ukraine par des fournitures d’armes. La continuité historique est stupéfiante. On peut constater des différences comme l’Inde par exemple. Mais si celle-ci se battait avec les puissances occidentales, c’est en tant que colonie britannique. Il est assez remarquable que l’Inde souveraine se situe plutôt du côté de la Chine et la Russie, pays avec lesquels les relations sont parfois pourtant compliquées.
Fin de la Seconde Guerre mondiale, l’URSS paye la destruction de la machine de guerre nazie de 26 millions de morts, et de la dévastation du tiers le plus riche et industrialisé de son territoire. Une paille ! En échange, elle exige à Yalta la formation d’un cordon sanitaire d’États sur sa frontière ouest, et que la Pologne ne puisse plus jamais servir à l’Allemagne de tremplin pour l’attaquer. Buts de guerre extraordinairement modestes au regard du sacrifice consenti. Modestie qui doit sûrement beaucoup à la conscience précise de la faiblesse de l’URSS après la saignée qu’elle vient de subir. Les EU, eux, s’arrogent la part du lion, avec toute l’Europe occidentale, nettement plus vaste, riche, peuplée et industrialisée que la part qui échoit à l’URSS. URSS qui s’applique à respecter, dans un premier temps, les accords de Yalta, en abandonnant, par exemple, les communistes grecs entre les mains d’une brutale répression britannique. Qu’en est-il des EU ? La réponse tient dans un fait également mal connu en Europe, et souvent aussi en Russie même. Dès 1945, l’OSS puis la CIA « recyclent » les bataillons bandéristes pour animer une guérilla meurtrière à l’ouest de l’Ukraine. Cette petite guerre, entièrement financée par les EU, durera jusqu’en 1949 et fera quand même 300 000 morts, 100 000 coté soviétique, 200 000 du côté des Ukrainiens. Manière un peu « virile » de remercier l’URSS d’avoir permis aux EU d’étendre considérablement leur zone d’influence en Europe ! Et aussi, à nouveau une belle continuité, puisque l’on voit déjà les Etats-Unis s’allier à des nazis (pas encore néo) ukrainiens, pour faire la guerre à la Russie.
Mentionnons également Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski (1997), ainsi que les rapports de la Rand Corporation de 2021, véritables déclarations de guerre hybrides. Difficile de nier que l’affaiblissement et la destruction de la Russie demeure un but essentiel de la géo-politique étasunienne, et par voie de conséquence, de leurs colonies européennes. (Appelons un chat un chat).
Ainsi, à partir de la révolution Russe, on peut voir les rapports avec l’URSS comme un des facteurs les plus déterminants de la trajectoire historique de l’Europe occidentale, et des EU. C’est cette question qui est aujourd’hui en cours de résolution, et donc, à ce titre, je considère légitime de parler d’une guerre de 100 ans entre la Russie et l’Europe occidentale, en faisant, je le rappelle, le pari, de moins en moins risqué au vu de l’actualité, que cette question sera résolue à la sortie du conflit.
Élargissement de la perspective historique
J’ai rappelé plus haut la communauté de destin historique entre la Chine et la Russie : ces deux pays ont, dans un passé récent, subi les tentatives de colonisation par l’occident triomphant. Celles-ci se sont déroulées essentiellement aux XIX° siècle, puis dans la première moitié du XX°. N’oublions surtout pas, cependant, la « piqûre de rappel » particulièrement brutale que fut l’intervention étasunienne dans la vie du pays et de la société russe durant les années 90. Celle-ci a bien toutes les caractéristiques d’une colonisation, avec ses interventions lourdes dans la vie politique, son pillage de toutes les ressources, etc.
Ainsi, si nous élargissons le champ de vision géopolitique, le paysage historique et politique qui se développe prend des teintes inquiétantes. Nous voyons un conflit opposant un bloc occidental élargi, à un bloc qu’on appellera Eurasiatique faute de mieux, regroupant d’abord la Russie et la Chine, et d’autres pays qui s’en rapprochent : Iran, Inde, les pays de l’OCS, par exemple. En dehors des pays du bloc occidental élargi, les autres ont adopté une attitude variant entre la neutralité bienveillante vis-à-vis de la Russie et un soutien discret. Ainsi, la Russie et la Chine ont en commun d’être des nations anciennes (voir la plus ancienne de toutes pour la Chine). Ce sont deux grandes civilisations qui ont joué un rôle important dans l’histoire planétaire, sur le plan géopolitique bien sûr, des arts, mais aussi des techniques. Ensuite, au moment où l’occident « entre » en révolution industrielle, leur conservatisme empêche les évolutions de l’ordre social nécessaires au développement des nouveaux modes de production, et elles prennent donc du retard. Retard qu’elle paye cher, car elles se trouvent affaiblies, en particulier sur le plan militaire, et sont donc l’objet des tentatives de colonisation décrites plus haut.
Toutes deux s’en libèrent et rattrapent leur retard en empruntant la voie d’une industrialisation à marche forcée, conduite par la collectivisation des moyens de production. Elles ont aujourd’hui rattrapé leur retard, et dépassé l’Occident dans un grand nombre de domaines. Et, elles se retrouvent aujourd’hui de nouveau dans un conflit d’impérialisme et idéologique, avec ce même occident. La raison pour laquelle il faut insister sur cette perspective historique, c’est qu’elle montre que le rapprochement sino-russe est beaucoup moins circonstanciel qu’on tend à le croire. Il est en fait enraciné dans un destin commun vis à vis de l’occident, dont les enjeux dépassent l’appartenance à des sphères de civilisation différentes. Le rapprochement stratégique entre les deux pays est solide, et le fait qu’ils représentent à eux deux, une puissance de production considérable adossée aux ressources naturelles qui lui sont nécessaires, n’augure rien de bon pour les Européens. Et ce d’autant que les humiliations passées animent une rancoeur dans les populations qui assurent un soutien patriotique aux gouvernements. Cela est particulièrement vrai pour la Chine. Pour la Russie ça l’était moins, car la colonisation n’ayant été qu’économique, le souvenir d’une occupation étrangère n’a pas marqué les esprits comme en Chine. Mais aujourd’hui, il existe une prise de conscience dans la population Russe, de ce que le traumatisme des années 90 était en effet dû à une colonisation de-facto de leur pays.
Dans cette perspective, la question du conflit dans lequel se joue l’émancipation d’un bloc Russe et Chinois des tentatives de colonisation de l’occident, structure toute l’histoire d’un vingtième siècle s’ouvrant avec la Première Guerre mondiale, et se terminant maintenant, avec le conflit en Ukraine. La question fondamentale, sur le plan idéologique, de la propriété des moyens de production d’hier, a été remplacé par celle du rôle de l’état dans l’économie. A la prépondérance de l’économie sur le politique de l’occident, répond le rôle de l’état dans l’économie de la Chine et de la Russie. On a cru la question réglée en 1991. L’humanité entrait dans les temps messianiques du triomphe du libéralisme économique, du libre-échange absolu, la guerre était vaincue, et l’Histoire connaissait sa fin. Bien sûr, il s’agissait d’un délire idéologique. On remarquera que l’idéologie néo-conservatrice a généré le même phénomène de croyance aveugle que le marxisme en son temps. Le monde loin de converger et même de communier dans l’adoration des « valeurs occidentales », a continué d’évoluer, et de nouvelles divergences, génératrices de conflits d’intérêts sont apparues. Posons-nous la question : se pourrait-il que les différences de valeurs anthropologiques qui ont conduit la Russie et la Chine à emprunter la voie de la collectivisation pour s’industrialiser, soient les mêmes qui imposent un autre équilibre entre pouvoir politique et économique, dans le cadre d’une économie de marché ? Si on accepte ce point de vue, on comprend alors qu’en Chine et en Russie, les souverainetés politique et économique se confondent. En voulant imposer, à l’ensemble du monde, des règles de gouvernance économique surclassant le pouvoir politique, l’occident nie et menace l’identité de ces pays. Son aveuglement, devrais-je dire son autisme culturel, réalise donc les conditions d’un conflit plus profond encore que celui qui nait des divergences d’intérêts géopolitiques et économiques.
Ainsi, en adoptant cette perspective élargie, on conçoit qu’un conflit où se joue la résolution de tensions séculaires ne peut qu’avoir une dimension globale. Et on observe d’ailleurs déjà que les grandes manœuvres diplomatiques autour des BRICS sont bien plus déterminantes que ce qui se passe sur le terrain de combat. Sur le plan strictement géopolitique, j’adopte la vision de John Mearsheimer. C’est donc celle d’un conflit né de la posture impériale étasunienne, motivant une politique d’extension de l’OTAN et d’affaiblissement de la Russie. Conflit voulu et préparé par les États Unis. Leur position est, rappelons-le, pensée et définie dans de nombreux ouvrages et rapports de « think tanks ». Mieux même, la stratégie de montée en tension des dernières années est parfaitement décrite par deux rapports de la Rand Corporation datant de 2019.
Le déclenchement du conflit avec la Russie, par Ukraine interposée, est minutieusement décrit, ainsi que les risques de destruction pour l’Ukraine. La pensée géopolitique étasunienne justifie cela par la nécessité de conserver le contrôle de l’Eurasie, afin de prévenir la montée d’un concurrent, et donc de conserver leur hégémonie. Il s’agit d’une théorie géopolitique, et comme toute théorie, elle exige d’en accepter les prémisses : les Etats-Unis, puissance maritime, doivent garder le contrôle de la masse continentale Eurasienne, car qui contrôle ce continent contrôle le monde. Ne jugeons pas ici du bien-fondé de cette idée, ni de son réalisme. Notons quand même qu’elle est héritée de l’Empire Britannique, et l’a conduit à une extension qui n’était pas soutenable. En revanche, à partir du moment où ses prémisses en sont acceptées, et qu’elle forme la base de la pensée stratégique des États Unis, leur hostilité vis à vis de la Russie est rationnelle.
En revanche, la position de l’Union Européenne l’est beaucoup moins. Les pays qui la composent (rappelons que la politique étrangère reste, en principe, un privilège des États membres), ont beaucoup à perdre en se fâchant avec la Russie. C’est en particulier vrai pour la France et l’Allemagne. Pourtant, Angela Merkel a avoué avoir saboté les accords de Minsk. Pourtant le chancelier Allemand ne réagit pas quand le dernier pipeline qui aurait pu sauver son économie est détruit sur ordre de Washington. Quant à la France, tellement engagée en Russie qu’elle y était, avant le conflit, le premier pays étranger pourvoyeur d’emplois, elle aussi a participé au sabotage des accords de Minsk, comme l’a reconnu François Hollande. Elle n’a pas réagi quand fut révélé que le téléphone des dirigeants français étaient écoutés par les EU. Bref, France et Allemagne, les initiateurs historiques de l’Union Européenne, les deux principales puissances économiques, se laissent faire, et suivent la ligne décidée à Washington. L’irrationalité de l’Union Européenne serait donc le fruit de sa perte de souveraineté au profit des intérêts Etats-Uniens. C’est en effet un facteur important, mais nous verrons que d’autres facteurs sont aussi à l’œuvre, entrainant le continent dans la spirale d’un étonnant Hara-Kiri collectif.
Tâchons maintenant, à la lumière du choix historiographique précédemment exposé, d’envisager les trajectoires historiques des différents acteurs, afin d’analyser quelles sont les stratégies de sorties de conflits qui s’offrent à eux. Notons quand même que lorsque nous parlons d’acteurs, il faut en distinguer deux classes : celle des pays souverains, qui donc conservent une liberté de décision politique et stratégique, et celle des pays vassaux, dont le pouvoir de décision est très restreint. Nous rangerons dans la première les EU et la Russie, mais aussi la Chine. Celle-ci n’est pas directement impliquée, mais outre qu’elle fait cause commune avec la Russie, elle jouera un rôle déterminant dans les actions diplomatiques qui concluront le conflit. Enfin, et surtout, elle se sait juste derrière la Russie dans la liste des cibles des néocons, et par conséquent, par sa posture diplomatique, elle défend ses intérêts directs. On peut la décrire comme un acteur engagé sur le plan stratégique et diplomatique, sans l’être sur le plan militaire.
La seconde classe est évidemment composée des pays de l’Union Européenne/Otan et de l’Ukraine. Ceux-ci agissent dans le cadre étroit que veut bien leur laisser Washington, avec le relais de Bruxelles, ne pouvant s’éloigner que marginalement de la ligne définie sur les bords du Potomac.
Qu’un dirigeant tente de s’en éloigner un tant soit peu, et le voilà rappelé sèchement à l’ordre par les relais obséquieux de l’atlantisme, comme l’a montré, à nouveau, la flambée médiatique suivant les propos du président Macron à son retour de Chine.
Dans la seconde partie de cet article, nous décrirons les phases de la guerre de 100 ans russo-occidentale, et montrerons comment elles s’enchainent pour mener l’occident à « l’âge de la déraison » dans lequel il se débat aujourd’hui. Nous définirons ensuite le conflit entre les EU et la Russie, comme celui opposant les pays producteurs de biens et ceux qui les consomment, et en tirerons les conséquences.
Daniel ARNAUD, auteur français résidant en Russie à Saint-Pétersbourg.
Russie Occident, l’autre guerre de 100 ans (deuxième partie)
Dans la première partie, nous proposions d’envisager le conflit entre la Russie et l’Ukraine, dans la perspective historique élargie d’une guerre de 100 ans opposant, depuis 1917, la Russie et l’occident. Nous suggérions aussi que le conflit idéologique entre propriété privée et collective des moyens de production ne s’était pas éteint, mais transformé en une opposition entre économie libre-échangiste complètement dégagée de toute intervention étatique, et les économies russe ou chinoise, laissant une large part à la planification par l’état.
Les phases de la guerre
Revenons au début de notre histoire. Tout le vingtième siècle à venir se joue entre avril 1917 et octobre 1917 : le 6 avril 1917, les USA déclarent la guerre à l’Allemagne, à la suite d’un vote positif au congrès. Le 25 octobre 1917, les bolcheviques prennent le pouvoir en Russie. Les USA entrent de plain-pied dans les affaires européennes, tandis que l’Europe est considérablement affaiblie. Ils se trouvent en position d’entreprendre le remplacement des impérialismes européens ébranlés. Leurs rapports avec les puissances européennes deviennent donc ceux des impérialismes concurrents : les actions hostiles, voir les coups bas, se mêlent aux collaborations financières ou industrielles, ainsi qu’aux alliances de circonstance. Au même moment apparait la première puissance industrielle ayant fait le choix de la collectivisation. Le spectre d’un pays communiste, se réclamant du marxisme, cauchemar pour tous les impérialismes historiques, surgit en contre-exemple de la nécessité absolue de la propriété privée. Ce qui n’est encore qu’une expérience brouillonne et tragique par bien des aspects ne doit en aucun cas réussir. Ainsi, la présence de l’URSS en formation, unit politiquement les nations occidentales par ailleurs concurrentes. Tâchons maintenant de distinguer des phases dans cette guerre de 100 ans.
La curée (1917 – 1922)
C’est ainsi que, comme signalé plus haut, les nations européennes, leurs colonies, les USA, etc., participent activement à la guerre « dite » civile, soutenant les blancs contre les rouges. Les deux motivations : faire main basse sur les immenses richesses en ressources du territoire de l’empire, et détruite dans l’œuf le collectivisme se renforcent l’une l’autre. Les armées occidentales sont présentes sur le sol russe, participant à la destruction et à la désorganisation qui produira l’une des plus épouvantables famines de l’histoire. On en trouve des descriptions stupéfiantes dans le recueil de nouvelles « Les steppes rouges » de Joseph Kessel, qui avait été envoyé dans l’extrême orient russe avec quelques troupes françaises. On rappellera aussi ce fait mal connu : des troupes américaines ont été positionnées dans ce même extrême orient, où elles ont laissé le fort mauvais souvenir d’exactions et de crimes. Malgré ce soutien, les Rouges finissent par l’emporter. Durant cette première phase, l’Ukraine reste évidemment un enjeu particulier pour les puissances occidentales. Même l’Allemagne, pourtant vaincue, agite ses services secrets pour exciter le nationalisme ukrainien dans le but de détacher cette région à son profit. Elle n’est pas la seule. La Pologne aussi tentera sa chance les armes à la main. Voyant la Russie affaiblie, elle avait pris la décision, dangereuse et malavisée, de s’engager dans la guerre. Après des succès initiaux, elle subira revers sur revers, jusqu’à voir son territoire menacé par la toute nouvelle Armée Rouge. C’est la France qui la sauvera, en envoyant des armes et des cadres pour réorganiser et ré-entrainer cette armée fragilisée. Elle pourra ainsi reprendre l’initiative, et arracher à la jeune Union Soviétique une partie de l’Ukraine et de la Biélorussie. Terrain qu’elle ne gardera pas longtemps, car ce sont ceux-ci, on l’oublie souvent, qui font l’objet du marchandage entre Hitler et Staline au moment de la signature du pacte de non-agression.
Le temps de la tentation (1922 – 1941)
A partir de la fin de la guerre civile, l’évidence s’impose : il va falloir vivre avec ce contre-exemple d’une nation industrielle ayant collectivisé les moyens de production. En 1917, celle-ci avait renoncé aux méthodes et outils habituels de la diplomatie. Le nouvel état soviétique n’avait pas vocation à assurer sa souveraineté sur un territoire limité, mais il naissait comme « état des prolétaires » du monde entier. Ainsi, la citoyenneté soviétique devait, en gros, s’étendre aux prolétaires de toutes les nations. L’échec des révolutions prolétariennes suivant la fin du conflit mondial, en particulier en Allemagne, conduit l’Union Soviétique à revenir à une vision plus classique des relations internationales. Vers 1924, les puissances européennes reconnaissent petit à petit le nouvel état. Il n’empêche que la révolution prolétarienne conserve sa vocation internationale, et donc, la reconnaissance ne met pas fin à l’hostilité de principe. L’Union Soviétique présente un danger de contagion révolutionnaire pour les classes dirigeantes occidentales, cependant qu’elle devient un modèle pour les classes ouvrières. Le paysage politique des démocraties occidentales est transformé avec l’apparition de nouveaux partis communistes, idéologiquement proche de Moscou. Les discours de propagande se construisent, et pour dire le vrai, le combat idéologique génère caricatures et contre-caricatures. C’est le Paradis des travailleurs contre « Tintin chez les soviets ». La crise de 1929 va renforcer l’attractivité du modèle soviétique. Les pays occidentaux s’enfoncent dans une des pires crises de leur âge industriel, cependant que, au contraire, l’URSS s’industrialise à très grande vitesse. En outre, rattrapant son retard, elle met sur pied un système d’éducation remarquable, développe la médecine sur tout son territoire, etc. Est-il surprenant que ceux qui font le voyage à Moscou dans ces années-là ne voient pas les aspects négatifs ? Ils arrivent d’un monde en crise économique profonde, et débarque dans une Russie qui connaît des taux de croissances qui feraient pâlir la Chine d’aujourd’hui !
Ainsi se renforce dans les classes populaires la tentation communiste, et plus généralement celle des idéaux de gauche. La peur qu’elle suscite dans les classes dirigeantes les conduisent à soutenir les mouvements fascistes, ce qui leur permet d’accéder au pouvoir. L’Europe se divise entre puissances fascistes et pays restés démocratiques. Au sein même de ces pays, les tensions nées de la puissance d’attraction ou de répulsion du modèle soviétique, (selon la classe et les convictions), troublent la vie politique. L’un des exemples les plus éclairant est le jeu diplomatique français à la veille de la seconde guerre mondiale. Face à la montée de la puissance allemande, la France a besoin, en principe de refonder l’alliance de 1914 avec la Russie, désormais soviétique. Mais la classe dirigeante française verrait d’un assez bon œil Hitler se jeter sur l’URSS comme il l’a promis dans Mein Kampf. Ses intérêts contradictoires vont amener la France dans une jeu diplomatique assez pitoyable, fait de danse et de contre-danse, qui, passant par Munich, facilitera, sinon provoquera le retournement du pacte germano-soviétique.
L’alliance et la trahison (1941 – 1946)
De l’été 39 à l’été 41 l’URSS reste en marge du conflit. Au-delà des caricatures, tout le gouvernement soviétique s’attendait à l’attaque allemande à un moment ou un autre, espérant juste que celle-ci se fasse le plus tard possible. Lorsqu’elle se produit, l’Angleterre et les USA se retrouvent avec un nouvel allié, un peu encombrant. La volteface idéologique pour les anglo-saxon est aussi difficile que celle des communistes devant, deux ans plus tôt, « avaler » le pacte germano-soviétique. On trouve sur You Tube un film de propagande américain, présentant l’URSS comme un pays gorgé de richesses industrielles, agricoles et culturelles ! C’est assez divertissant si on compare cette image à celle qui était donnée quelques années plus tôt. Mais cette alliance USA-UK-URSS, si elle n’est pas sans arrière-pensée, est resté solide jusqu’à la mort de Roosevelt. C’est à Truman, donc, qu’il revient de « faire la paix », et c’est sous son administration que commence le soutien actif aux milices armées à l’ouest de l’Ukraine, formées d’ex-collaborateurs des nazis. Ce sont donc les USA qui rompent l’alliance par ce qu’il faut bien appeler un acte de guerre, et il est remarquable qu’ils le fassent par l’entremise d’extrémistes ukrainiens. Déjà ! La guerre froide est déclarée !
Le temps de la propagande (1946 – 1991)
Si on se place sur le théâtre strictement européen, la guerre froide est une guerre de propagande. (Les théâtres asiatiques et africains seront, eux, beaucoup plus chauds). Et disons-le tout de suite, les USA la mènent avec une intelligence, et une efficacité qui ridiculise l’URSS. Il faut dire qu’ils partent avec une longueur d’avance : afin de peupler leur vaste territoire, et alimenter la machine industrielle en main d’œuvre, il fallait bien attirer les populations européennes. Ainsi, tout au long du XIX° siècle, ils se sont « vendus » à l’Europe. Le « rêve américain » n’est pas apparu spontanément, mais est le résultat d’actions de communication efficace. L’historien Howard Zinn par exemple, révèle que les échecs d’émigrants étaient fréquents, et nombreux étaient ceux qui finissaient par retourner chez eux. Donc, dans leur lutte idéologique contre l’URSS, ils ont su admirablement articuler les leviers économiques, culturels et médiatiques. On peut citer en exemple la musique ou la conquête de l’espace. La culture ou la science deviennent le support d’opérations de propagande très élaborées. En comparaison, la propagande soviétique parait pataude, maladroite, grossière…, et parfaitement ringarde. Donc, à première vue, les USA gagnent cette manche à plate couture. Mais analysons cela plus attentivement. Notons d’abord que l’extraordinaire croissance de la classe moyenne et de son niveau de vie, en Europe et aux USA durant les décennies séparant la fin de la guerre jusqu’à 1980 doit considérablement à l’existence de l’URSS. Elle inspire la classe ouvrière, qui s’organise et fait pression pour obtenir des avancées sociales considérables. C’est beaucoup la peur de l’exemple soviétique qui conduit aux répartitions plus égalitaires des revenus. Mais la hausse constante des revenus a amené une baisse des revenus du capital, et dans les années 70, le monde occidental entre dans une crise économique sans issue. Celle-ci va faire sortir des laboratoires universitaires les politiques économiques des néoconservateurs.
Enfin, je voudrais reprendre ici l’hypothèse faite par Emmanuel Todd. Il part du fait que les USA ne peuvent développer le concept d’égalité que si celle-ci se forme vis à vis d’une catégorie d’individus qui demeurent inférieurs. Ce fait serait aujourd’hui solidement établi par la sociologie. Ainsi, les USA n’ont pu établir l’égalité de tous les citoyens entre eux, que contre la population noire, qui jouait le rôle des « inférieurs ». Dans le contexte de la guerre froide, les politiques de ségrégation des états du sud, et la situation des noirs en général n’étaient plus présentables. En introduisant les réformes nécessaires à l’introduction d’une égalité vraiment universelle, ils ont déséquilibré leur société.
Il est vraisemblable que sans la crise économique des années 70, les politiques économiques développées dans les laboratoires de « l’Ecole de Chicago », y seraient restées. Sans le désarroi suscité dans les classes dirigeantes par ce retour de la crise après les trente glorieuses, ce salmigondis de pensée magique n’aurait probablement convaincu personne.
Il est également vraisemblable que la crise culturelle et sociale, les excès du mouvement BLM, et les autres maux qui ravagent les USA aujourd’hui n’auraient pas pris l’ampleur que l’on constate aujourd’hui sans les bouleversements introduis par le mouvement des droits civiques dans les années 60.
En 1991, l’URSS disparaît, et la messe semble dite. Les USA, et l’occident avec eux, ont « gagné ». Mais la guerre froide laisse l’occident affaibli, et travaillé par des facteurs de fragilité. L’illusion de la victoire va déchaîner leur nocivité.
Le temps de la déraison (1991 – 2022)
Quand l’URSS s’effondre, voilà dix ans déjà que les USA et le Royaume Uni ont mis en œuvre les politiques économiques néolibérales. Le discours est triomphant. Ils ont retrouvé le chemin d’une croissance forte, en particulier les USA, tandis que l’Europe, « engluée dans ses archaïsmes », reste à la traine. Les élites européennes sont séduites. Rappelons ce ministre des finances bien de chez nous clamant « seule la croissance est jolie, et la croissance est aux USA ».
Pourtant le simple bon sens aurait dû alerter. Comment peut-on dire que des politiques qui exportent la production de biens industriels, qui détruisent la classe productrice, et abandonnent le savoir-faire industriel à un concurrent futur, qu’elles enrichissent les pays qui les mettent en œuvre ? Certes, les chiffres montrent de la croissance. Mais la production quitte le pays, et c’est l’épargne et la dette qui soutiennent la consommation. En d’autres mots, on grignote l’héritage, et cela devra bien avoir une fin ! Ainsi, c’est dès les années 80 que nous entrons dans le temps de la déraison. Aujourd’hui cela se voit : politique énergétique délirante, wokisme, suicide économique collectif, etc. Mais ce n’est que l’aboutissement d’un lent processus de pourrissement qui trouve ses racines dans l’opposition entre le bloc communiste et le bloc occidental durant la seconde moitié du vingtième siècle. Il semblerait que la Russie, peut-être à cause de la brutalité de la crise de la fin du communisme, peut être aussi à cause de la violence qui lui a été faite durant les années 90, ait retrouvé le chemin de la raison. En effet, lorsqu’elle abandonne le communisme, c’est pour adopter sans restriction les recommandations des économistes américains néo-libéraux venus la guider. Les recommandations plus raisonnables, faites par d’autres économistes, je pense en particulier à Jacques Sapir, sont rejetées. Ainsi, il faut le reconnaître, la perte de souveraineté, la mise sous tutelle américaine, et la catastrophe économique qui s’ensuit, si elle résulte largement de l’action des USA, est aussi largement mise en œuvre par l’élite « libérale » russe, ce qui lui vaut aujourd’hui un discrédit persistant.
Ainsi, la Russie, à partir de la fin des années 90 reconstruit progressivement sa souveraineté. Et à mesure qu’elle le fait, l’attitude de l’occident se tend pour devenir de plus en plus hostile. On peut certes convenir que des conflits d’intérêts naissent du retour à la souveraineté. Mais on est surpris par une hostilité qui va finir par dépasser celui de la guerre froide. Pourtant, la Russie ne devrait plus présenter de danger idéologique. Alors pourquoi ?
Vu des USA, pays producteurs contre pays consommateurs : le nouveau conflit idéologique ?
Pour les Etats-Unis c’est assez clair, les buts ayant été avoués et publiés à de nombreuses reprises depuis 1945 : l’affaiblissement puis la destruction de la Russie (comprendre son éclatement en régions de petites tailles entièrement contrôlées pour les USA). Projet dément au sens propre du terme, ce dont certains américains sont d’ailleurs conscients. Je pense notamment au colonel Mc Gregor. Mais dément ou pas, c’est bien le but que ce sont donné les USA. Mais pourquoi ? Parce que, contrairement à ce qu’on pourrait conclure du fait de la disparition de l’URSS, la Russie gêne encore sur le plan géostratégique et idéologique. Le danger d’un axe Berlin-Moscou pour l’hégémonie états-uniennes a suffisamment souvent été évoqué pour qu’il ne soit pas nécessaire de revenir dessus en détail. Il faut cependant ajouter que ce qui hante véritablement les cauchemars des nuits de Washington, ce serait plutôt un triangle Berlin – Moscou – Pékin. L’alliance des capitaux, des savoir-faire industriels, et des ressources des trois pays rabaisseraient les États-Unis, du rang de l’unique hyper-puissance, à celui d’une des grandes puissances mondiales. Or le modèle impérialiste, dollaro-centré, imposé au monde par les USA depuis la chute de l’URSS, implique une séparation des rôles, entre pays producteurs et exportateurs de bien, et pays consommateurs et exportateurs de capitaux. Cela ne marche que dans la mesure où les producteurs qui sont aux marges, acceptent la tutelle des pays du centre de l’empire, ceux qui consomment et financent. L’évolution des économies occidentales des 40 dernières années est bien liée à ce modèle, exportation d’une part de plus en plus importante des moyens de production, remplacement des emplois manufacturiers par des emplois de services, augmentation vertigineuse des inégalités, et transformation des démocraties en oligarchies. Cette évolution économique conduit aussi à une transformation fondamentale de nos sociétés, par l’effondrement des niveaux d’enseignement. Une économie de services n’a pas besoin d’un haut niveau intellectuel. Il suffit d’une petite minorité bien formée intellectuellement qui conserve les commandes. Les emplois de service nécessitent, en général, qu’une intelligence très moyenne. Ainsi nous voyons les pays du « centre », anglosphère et UE, se transformer en imbécilocratie. Et honnêtement, posons-nous la question : que le wokisme ait pu diffuser dans nos sociétés au-delà des départements universitaires où il est né, n’est-il pas le symptôme d’une stupéfiante imbécilité collective ? Ainsi, les politiques économiques néoconservatrices sont nées d’un substrat rationnel. Au fond, il s’agit juste de permettre aux élites possédantes de reprendre aux classes moyennes la richesse produite pendant les trente années d’après-guerre. L’habillage idéologique cache des intérêts de classe bien compris. Ce n’est peut-être pas très glorieux, mais cela demeure dans les limites delà raison. Mais la conséquence est un affaissement du niveau intellectuel qui va favoriser l’affaiblissement de nos sociétés, et l’arrivée au pouvoir d’une élite politique d’une considérable médiocrité. Notons que l’URSS finissante souffrait du même mal.
Une société qui se donne pour but de produire ce qu’elle consomme devra obligatoirement augmenter son niveau éducatif. L’économie de production conduit mécaniquement à la formation d’un classe moyenne raisonnablement intelligente. L’emploi industriel, du bas jusqu’au haut de l’échelle, exige en moyenne plus de compétences et d’intelligence que l’emploi de service. La ventilation des revenus doit être plus resserrée, et, du fait de la collaboration nécessaire sur les lieux de production, un certain niveau de solidarité verticale se forme entre les niveaux hiérarchiques, en dépit des différences de classe. Il est difficile de mépriser et ignorer complètement ceux avec qui on collabore au quotidien. Ainsi, une telle population deviendra plus rétive aux niveaux d’inégalité trop indécents. Le conflit qui oppose la Russie, puis la Chine aux USA a donc cette composante idéologique. L’autre a été évoquée plus haut. Les états chinois et russe, tout en respectant l’économie de marché, considère pouvoir légitimement intervenir dans la sphère économique. Mais cet interventionnisme n’est peut-être que la conséquence du développement et de la production industrielle, qui, a grande échelle, nécessite toujours une forme ou une autre de planification. Le noyau de l’opposition entre les deux blocs est bien celle d’économie de production contre économie de consommation. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer les pays qui sont effectivement sous une pression hostile de la part des États-Unis et du Royaume-Uni : La Russie et la Chine mais aussi… l’Allemagne ! La triade « productrice » de la planète.
Ce conflit est-il existentiel pour les USA ? Oui, si on les considère en tant que système impérial, et non en tant que nation. Il y a deux moments forts, rappelons-le ici, bien qu’ils aient été évoqués plus haut, deux tournants historiques qui donnent à l’imperium américain à la fois l’occasion d’établir son influence à l’échelle planétaire, mais aussi la forme qu’il a prise aujourd’hui. La crise des années 70, déclenchée par les deux chocs pétroliers, permet à l’idéologie néoconservatrice, de sortir des laboratoires universitaires où elle était en gestation. Sans le désarroi des élites de gouvernement et des populations devant cette crise économique pour laquelle il ne semblait pas y avoir de solutions, il est douteux que celle-ci ait pu s’imposer. Son application brutale au Chili à partir de 1973, aurait dû convaincre que les maux qu’elle provoquait, dépassait les bénéfices qu’on pouvait en attendre. La chute de l’Union Soviétique ensuite, lui ouvre grand le champ de bataille idéologique. Elle se retrouve seule, son principal adversaire ayant déclaré forfait. Elle révèle d’ailleurs à cette occasion son but véritable, qui est de créer les conditions de la création d’une nouvelle oligarchie. Il était évident, dès le milieu des années 90, que les populations occidentales empruntaient la voie de l’appauvrissement qu’avaient connue celles de l’ex-URSS, mais plus lentement. Là où ils sont partis au grand galop, nous y allions au pas. Ils se sont retrouvés soudain en enfer, nous entamions un long purgatoire. Mais le résultat est le même : des sociétés injustes, dirigées par des oligarchies prédatrices. En chemin on trouve la désindustrialisation et les délocalisations. C’est le prix à payer pour arracher ses revenus à la large classe moyenne issue de l’après-guerre.
Ce système ne survivrait pas à une victoire Russo-chinoise (victoire dont il conviendrait d’ailleurs de préciser les termes). Selon toute vraisemblance, l’élite oligarchique occidentale serait remplacée par une autre, et, ce remplacement serait souvent accompagné de violence. En ce sens, le conflit est existentiel. Mais en ce qui concerne les populations, on peut sans grand risque dire qu’après une période d’intense tumulte, elles y trouveraient leur compte, un peu comme la population Russe à partir des du début des années 2000. En fait, libéré de l’impérium, les peuples occidentaux retrouveraient vraisemblablement des sociétés plus justes et libres. Et cela vaut aussi bien pour la population états-unienne, qui gagneraient à ce que les USA acceptent de ne plus être qu’une grande puissance parmi d’autres.
Enfin, il faut aussi rappeler que la victoire de l’idéologie néoconservatrice a eu un effet profond sur les sociétés, en entraînant les forces politiques progressistes à abandonner la défense des classes populaires. Comme il fallait préserver l’illusion d’un débat politique, elles se sont ralliées aux différents aggiornamentos idéologiques qui aujourd’hui composent le wokisme. Je fais là une large ellipse historique, car ce n’est l’endroit pour développer ce sujet. Mais alors qu’elles se transformaient en oligarchies, avec un contrôle de plus en plus conséquent du discours et des populations, sur quelles bases maintenir l’emprise idéologique de l’occident à l’échelle planétaire ? On avait pour cela l’héritage de la lutte du « monde libre et opulent », contre celui de « la pauvreté et l’oppression ». Ainsi, ce que nous appellerons pour simplifier l’idéologie « woke » est consubstantiel à ce que l’occident est devenu, même si elle est largement rejetée par la majorité de la population. Ce qui compte ici, c’est qu’elle est perçue aujourd’hui comme partie intégrante de l’identité de l’occident. Et elle le rend odieux à l’extérieur. J’insiste : les considérations économiques, géopolitiques, etc., sont souvent difficile à comprendre pour un public non averti. En revanche, un discours qui se pose en opposition aux valeurs traditionnelles est, lui, parfaitement audible, car il menace l’identité même des populations qui le rejettent. Ainsi, la croisade woke dans laquelle l’occident s’est lancé, entraine le rejet de la plus grande part de la population mondiale, au moment où celui-ci déclenche une guerre économique contre le pôle Russo-chinois. Or une guerre économique n’est efficace qui si on arrive à entraîner suffisamment d’alliés avec soi. Ainsi, l’occident se place lui-même en position de faiblesse. Mais cette idéologie lui est, je le répète, consubstantielle, et il serait très difficile d’y renoncer. C’est autour d’elle qu’il a renouvelé son identité politique, et que ses élites s’unissent.
Dans la troisième et dernière partie, nous allons enfin envisager les stratégies de sortie du conflit des USA, de la Russie et de l’Europe. Nous montrerons, avant de conclure, que c’est la situation de l’Europe qui est la plus critique, car elle se trouve, du fait de son suivisme, encerclée dans ce que nous définissons comme un « chaudron diplomatique ».
Daniel ARNAUD
Russie-Occident, l’autre guerre de 100 ans (troisième partie)
Dans la seconde partie nous décrivions les phases de la guerre de 100 ans russo-occidentale, et montrions comment elles s’enchainent pour mener l’occident à « l’âge de la déraison » dans lequel il se débat aujourd’hui. Nous re-définissions ensuite le conflit entre les EU et la Russie, comme celui opposant les pays producteurs de biens et ceux qui les consomment, et en tirions les conséquences, en particulier en termes d’affaiblissement de l’occident.
En ce qui concerne la Russie, le conflit est existentiel au sens classique du terme. Perdre peut signifier la disparition du pays, de la même façon que l’URSS a cessé d’exister. Il est vraisemblable que l’état Russe est entré dans cette guerre sans avoir pleinement conscience de ce fait. Les buts de guerre avoués étaient la dénazification, et la neutralisation de l’Ukraine. Cela parait un peu obscur, qu’il me soit permis de les reformuler sous un éclairage historique : il s’agissait simplement de reprendre un peu du considérable terrain géopolitique perdu sous la pression permanente des EU, depuis les accords de Yalta. Ce conflit était en germe dès la première extension de l’OTAN. Je pense que les Russes étaient convaincus, en février 2022, que l’intervention armée amènerait rapidement toutes les parties à la table des négociations pour des discussions, cette fois, sincères. Ils avaient sous-estimé l’importance, aux yeux de la clique des néoconservateurs, du projet de destruction de l’état Russe, la détermination à y sacrifier tous les alliés européens, et la soumission veule des dits alliés aux pressions états-uniennes. Ainsi, ce sont les européens eux-mêmes, qui sont intervenus pour saboter les deux premières tentatives de négociations. Lors de la seconde, Boris Johnson s’est déplacé lui-même à Kiev pour interdire à Zelensky de négocier. Donc, par le geste et la parole, Boris Johnson a convaincu la Russie que l’occident était son véritable ennemi, et qu’aucune négociation ne serait possible. Et rappelons qu’Angela Merkel, mais aussi François Hollande, ont enfoncé le clou en déclarant publiquement que les accords de Minsk n’étaient qu’une manœuvre dilatoire pour se donner le temps de transformer l’Ukraine en tête de pont de l’OTAN.
On révèle ainsi à l’opinion publique Russe que : 1) l’hostilité présente de l’Europe n’est pas née de la décision du recours aux armes du 24 février, mais formait déjà l’axe directeur de toute la politique occidentale, 2) tout accord diplomatique avec nous est absolument impossible. La conséquence logique : toute la stratégie russe doit consister à écœurer l’Occident de son projet hostile, ou plus simplement dit, qu’il lui foute la paix une bonne fois pour toute. Au risque de choquer, je vais exprimer les choses ainsi : la victoire de 1945 est, pour l’URSS/Russie une victoire à la Pyrrhus. Elle l’a laissée exsangue, ce dont l’occident a aussitôt outrageusement profité. Fait unique dans l’histoire, les États-Unis ont établi leur empire sur la base d’une victoire qui avait surtout été payée du sang d’un allié, la Russie. Puis, ils ont utilisé la force qui en résultait pour tenter de réduire cet ex-allié. Et, il faut le reconnaître, ils ont été bien proche de réussir dans les années 90.
Ainsi, le conflit qui a éclaté le 24 février, est un conflit global, militaire, diplomatique et économique qui a pour enjeu la fin de la guerre de 100 ans que l’occident mène contre la Russie, donc la révision des conditions de la sortie du second conflit mondial. C’est une lutte « à mort », où la Russie joue sa survie. Une défaite signifierait la disparition de l’état, et le morcellement du pays en états colonisés, ainsi qu’un appauvrissement draconien de la population, toutes les ressources étants détournées, au profit des plus importants intérêts financiers occidentaux. A terme, c’est la culture russe qui disparaîtrait.
Quelle stratégie pour la Russie : Bzrezinski traduit en Russe !
Alors, quelle est la stratégie qui permettrait à la Russie d’atteindre son but : mettre un point final à 100 ans de visées occidentales sur son territoire et ses ressources ? Levons-nous, faisons le tour de la table, et regardons la carte qui y est disposée, du point de vue de Moscou. Le brillant raisonnement de Brzezinski, la Russie sans l’Ukraine n’est plus qu’une puissance régionale, peut être retourné. Que sont les EU sans leurs sujets Européens ? Réponse : sans l’Europe, les EU ne sont plus qu’une puissance parmi d’autres. Je suis convaincu que c’est un concept qui aujourd’hui agite les stratèges en Russie. Une victoire totale de la Russie passerait par la destruction du système impérial que les EU ont mis en place en 1945, et que, ironiquement, les Russes ont payé de leur sang. Et cela passerait par la destruction de l’Europe, non pas physique, mais diplomatique et économique. Mais rappelons-le, la guerre économique est une vraie guerre, et les deux guerres mondiales se sont jouées aussi, et en grande partie sur ce terrain. C’est bien parce que les EU étaient les vainqueurs économiques de la deuxième guerre mondiale, qu’ils ont pu « annuler » les effets de la victoire militaire de la Russie. Rappelons également qu’il ne se passe plus de semaine sans que nous déclarions notre engagement indéfectible à la victoire de l’Ukraine, que nous ne vidions nos entrepôts pour envoyer des armes qui ne peuvent rien changer sur le terrain. Et comme les choses semblent de plus en plus « compliquées » sur le champ de bataille, voilà que nous promettons d’armer et soutenir une guérilla pour engager la Russie dans un nouvel Afghanistan. Cette dernière ânerie prouve aux Russes, s’il en était encore besoin, que leur victoire militaire, qui s’annonce, sera insuffisante pour terminer le conflit. Ce qu’il faut obtenir, c’est la destruction du NATOstan. Et souvenons-nous, à nouveau, que la déclaration de guerre économique est bien venu de nous, l’Occident, et à une époque où la Russie cherchait sincèrement à approfondir ses liens avec l’Europe, et même à intégrer certaines de ses institutions. C’est nous qui nous sommes positionnés en ennemi les premiers. En conséquence, si la Russie doit nous infliger des souffrances pour atteindre ses buts géopolitiques, elle le fera avec le sentiment d’être dans son bon droit, et, il est important de le noter, avec l’assentiment de la population.
La Russie ne communique pas, on est donc contraint d’analyser les faits dont nous avons connaissance de manière incontestable pour tenter de déterminer une partie de la pensée stratégique Russe. Il est clair que les premiers mois du conflit ont été mené dans l’hypothèse que tout le monde viendrait rapidement à la table des négociations, pour construire le nouveau système de sécurité européen que la Russie appelait de ses vœux depuis des années. Je ne crois pas à l’hypothèse de l’espoir d’un écroulement de l’état Ukrainien car, dans ce cas, il aurait fallu plus de troupes pour assurer la sécurité pendant la transition vers un état qui aurait été un vassal de la Russie. Les faibles effectifs engagés le 24 février 2022 suggèrent bien plus que le but était d’amener les EU et l’UE à négocier.
Pour qu’un accord ait des chances raisonnables d’être mis en œuvre après sa signature, il aurait fallu un pouvoir ukrainien raisonnablement légitime pour que la population l’accepte. Espérer qu’un état installé par une puissance étrangère puisse jouer ce rôle est absurde. Pour la Russie, cela aurait été renouveler l’erreur du coup d’état de 2014, qui a bien vu tout une partie de la population se soulever contre le nouveau pouvoir installé par les EU. Après que les tentatives de négociation eurent été sabotées par les pays européens, en particulier le Royaume Uni, l’état-major russe a ordonné un retour sur une ligne de front plus courte, et qu’il a fait fortifier. On en déduit logiquement qu’il s’est préparé à une guerre d’attrition. Cela s’accompagne, de manière remarquable, de grande manœuvres diplomatiques, et d’un redéploiement des marchés de l’énergie vers l’Asie. Le signal que la Russie envoie est que ce qui se passe sur le terrain de combat, est somme toute secondaire ; que le vrai front est celui de la diplomatie et de l’économie : accueil de nouveaux pays dans les BRICS, remplacement du dollar par le Yuan pour certaines transactions (en nombre grandissant), etc.
À peine quelques semaines après le début du conflit, un ami rentrant du Donbass me disait que les combats y seraient longs, car les fortifications bâties par l’armée ukrainienne pendant 8 ans seraient très difficiles à réduire. Ce fait était connu des militaires du Donbass depuis longtemps. On a donc du mal à imaginer que l’état-major russe l’ait ignoré, et ait donc pu espérer une marche victorieuse de type blitzkrieg sur Kiev, pour s’y installer durablement. De même, durant ces années, la Russie a construit un outil militaire d’une taille adaptée à ses moyens et ses ambitions, sans se lancer dans une course aux armements épuisantes. Au contraire, elle a investi dans les armes hypersoniques, rendant toute attaque nucléaire préventive suicidaire, mais rendant aussi impossible un soutien logistique des EU vers l’Europe en cas de guerre ouverte. Il y a donc bien eu une réflexion stratégique multi-vectorielle durant les 8 ans qui séparent les hostilités du coup d’état de 2014. On peut donc supposer que la stratégie diplomatique déployée en ce moment a été tout aussi pensée, et s’articule avec la stratégie strictement militaire. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu d’erreurs, et la sous-estimation de l’enthousiasme européen à s’autodétruire est sûrement la principale. Mais je ne pense pas qu’une sous-estimation grossière de la résistance des fortifications ukrainiennes, et de la réalité du terrain dans son ensemble, en fasse partie.
Au contraire, je pense que la résilience ukrainienne a été assez bien estimée, précisément parce que la proximité culturelle entre les deux pays leurs permet de se jauger mutuellement assez précisément. Les Ukrainiens résistent comme les Russes, et vice versa. La stratégie russe consiste donc à frapper au point faible, c’est à dire l’UE. Elle le fait en nous aidant à nous enfermer dans une « chaudron diplomatique ». Et elle joue sur du velours. Nos guerres néo-coloniales des vingt dernières années, ainsi que notre diplomatie du « wokisme » nous rendent odieux aux yeux de la majorité de la population mondiale. Notre soumission aux EU nous rend méprisables. Nous perdons ainsi à grande vitesse notre influence sur le cours de l’histoire mondiale, au profit de la Russie et surtout de l’Asie en générale. Les actions et les transformations des sociétés occidentales européennes au cours des vingt dernières années ont démontré au monde que nos valeurs étaient essentiellement des jingles servant à justifier des politiques de prédation, et génératrices d’inégalités sociales insupportables. Enfin, notre auto-proclamation comme empire du bien, nous être lancés dans une croisade internationale pour les droits des minorités sexuelles, vient saper toute l’efficacité de notre soft-power. De la part de la Russie, il serait idiot de ne pas en profiter.
Est-ce efficace ? Pour le moment, il semble bien que oui. Nos économies s’épuisent, les pays non occidentaux tentent de se dégager du système financier centré sur les États-Unis. Le monde multipolaire émerge. La Russie et la Chine se rapproche de plus en plus, unissant une base industrielle puissante à toutes les ressources nécessaires pour l’alimenter. La Russie partage avec la Chine son avance en matière de technologie militaire. Pendant ce temps, en Europe, les populations manifestent, et la presse se gargarise, l’Ukraine doit gagner, l’Ukraine gagne, et de temps en temps on lui envoie quatre chars, ou quelques missiles, de quoi tenir une journée. Quant aux morts ukrainiens, qui devraient quand même être notre première préoccupation, c’est à peine s’ils existent dans les médias. Et on ne peut même pas surestimer le talent russe, car une grande partie de l’efficacité de la Russie provient de nos propres erreurs, en particulier les politiques énergétiques erratiques des vingt dernières années, ainsi que celles des délocalisations industrielles massives.
La stratégie des États-Unis : le plan B
La stratégie initiale des EU était de provoquer la dislocation de la Russie par le jeu de sanctions économiques d’une intensité jamais atteinte. À l’évidence, c’est un échec. Et de cet échec en vient un autre, bien plus grave : la perte de confiance dans le système financier centré autour du dollar. Comme dit plus haut, placé dans une position impériale, les EU ont besoin des flux financiers provenant du reste du monde. La saisie des avoirs de l’état Russe, sans l’écroulement de son économie, signe la fin, à plus ou moins longue échéance, du système dollar. Donc la raison commanderait d’en prendre acte, et de « réduire la voilure ». Loin de là, les États-Unis viennent d’annoncer une augmentation pharaonique de leur budget militaire pour les années à venir. D’où viendra l’argent ? Depuis l’explosion de NorthStream la réponse va de soi : du pillage sans retenu de l’Europe. Je fais l’hypothèse que les États-Unis ont déjà pris acte de la défaite : la Russie ne sombrera pas. On ne pourra pas se ré-approprier ses ressources comme dans les années 90. Et la Chine n’est plus seulement l’atelier du monde. C’est devenu la première puissance économique mondiale, avec des ambitions géopolitiques (à ne pas confondre avec une posture impérialiste, cependant). Mais l’Europe reste encore suffisamment riche. Les EU vont donc accepter la multipolarité, et se concentrer sur l’empire « noyau », celui qu’ils ont acquis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, formé de l’Europe, le Japon, et de l’anglosphère (Australie, Canada, Nouvelle Zélande, etc). Pour l’Europe, c’est une très mauvaise nouvelle. Car les EU ne sont plus la puissance victorieuse de 1945, pays incomparablement le plus riche de la planète, responsable de 50% de la production industrielle mondiale et, partant, non seulement généreuse, mais ayant les moyens de sa générosité. C’est au contraire une puissance assez humiliée, ayant subi défaites militaires sur défaites militaires pendant 20 ans, appauvrie, déchirée par des conflits internes d’une grande gravité, et qui est donc vindicative et prédatrice. La manière dont ils profitent de la dépendance énergétique qu’ils ont eux-mêmes créée en est le signe le plus clair, et ce n’est qu’un début. On peut hélas parier que d’ici dix ans, Mercedes, BMW, Airbus, Ariane, etc., seront des entreprises étasuniennes.
La Russie étant toujours debout, et les économistes prévoyant même une solide croissance pour 2023 et 2024, l’idée que l’Ukraine reprenne et le Donbass et la Crimée étant absurde, les EU et l’Europe vont bien devoir faire face à ce qui est un échec, voir une défaite. Pour les États-Unis, cela n’a rien d’effrayant. Voilà des années qu’ils connaissent des défaites retentissantes, accompagnées d’images humiliantes de personnel diplomatique s’enfuyant en hélicoptère depuis le toit de leurs ambassades. La dernière s’est produite en Afghanistan, à la suite de quoi ils se sont attaqués à la Russie ! Il semble que le pays ait acquis une capacité d’indifférence à ces défaites sur les théâtres extérieurs. Ils laissent tomber leurs alliés d’hier et passent à autre chose. Si vraiment la blessure d’amour propre gratouille trop fort, on fait quelques films pour la cicatriser. Il en sera de même avec l’Ukraine, et d’ailleurs, les premiers frémissements dans la presse d’un changement d’attitude apparaissent. Pour les EU, la défaite militaire ne pose pas de problèmes particuliers. Ce sont les conséquences du conflit sur l’ordre économique mondial qui sont, elles, très sérieuses, mais à nouveau, le plan B est déjà en course d’exécution. Pourtant, comment la société étasunienne, ultra polarisée, supportera les conséquences croissantes du conflit contre la Russie et la Chine, appelé à prendre de l’ampleur ? Il est difficile de le dire. Mais s’il se produit un événement grave, comme une dislocation de l’état fédéral, sur le mode de feu l’URSS, le conflit ne sera qu’un élément déclencheur, les raisons profondes étant, comme pour l’URSS, les contradictions internes devenues trop insupportables.
Pour l’Europe le risque est très différent.
Observant l’Europe dans ce conflit, on se dit que tous les fusibles de la raison ont fondu. Car même si on se place du point de vue de l’oligarchie, la mise sous tutelle, la vassalisation de l’Europe par les EU n’est pas une bonne nouvelle. Certes ils ne seront pas conduits à mendier leurs diners. Mais il en résultera un déclassement en termes de richesse mais aussi, et surtout en termes de puissance, qui devrait les conduire à la redouter. Pourtant, tout l’establishment Européen soutien une attitude très agressive vis à vis de la Russie. Songeons que pour les industriels allemands, le sabotage de NorthStream signifie le choix entre la ruine, ou la reddition aux intérêts étasuniens. Pourtant, il n’y a pas eu un murmure outre Rhin pour s’insurger, même quand Seymour Hersh a confirmé que l’action venait bien des EU.
Vraisemblablement, l’impotence politique de l’Europe, son impuissance même, plonge ses racines dans le projet idiot de réunir dans une seul état des populations ne partageant ni les mêmes valeurs, ni la même vision de l’histoire. L’Europe est un continent, une construction géographique. Dans cette vision, sa frontière terrestre est l’Oural. Mais à partir du moment où l’on décide d’en donner une définition politique, se pose alors la question des frontières au sens géopolitique. Tant qu’existait l’URSS, les choses étaient claires, la frontière était celle où se rencontraient les pays sous influence étasunienne, et ceux sous influence soviétique. De manière triviale, l’identité trans-européenne se définissait par rapport à un ennemi. Quand l’ennemi a disparu, la question d’une véritable identité, endogène, s’est posée. Ainsi, la frontière se déplaçait vers l’Est, agrégeant des pays de plus en plus nombreux, ne partageant ni la même vision de l’histoire, ni les mêmes intérêts, ni les mêmes valeurs. Pourtant, il existe bien une forme d’identité européenne, et celle-ci est culturelle. Car effectivement, on sait intuitivement que Saint-Saëns, Chopin ou Tchaikovski sont des compositeurs Européens, que Dickens, Zola ou Tolstoï sont des auteurs européens, etc. Bien que le continent a été déchiré par de nombreuses guerres, il a développé une forme de culture commune, qui est définissable au-delà des différences de langues et de coutumes, de formes, etc. Tout aussi intuitivement, un Français se sentira moins dépaysé à Vladivostock qu’à Pékin. En fait, il y a une escroquerie historique considérable à vouloir confondre la frontière de l’Union Européenne à celle de l’Europe en tant qu’objet et processus historique.
Sans valeurs communes, sans vision historique commune, l’Union européenne adopte la caricature de progressisme que les EU exportent sous le nom de « wokisme », et pour trouver un ersatz d’identité, se reconstruit un ennemi extérieur, recyclant de manière commode celui qui a assuré sa cohésion durant la guerre froide. Ainsi, sa position sur l’Ukraine associe les bonnes vieilles traditions impérialistes, et les nécessités politiques engendrées par une tentative d’unification an-historique. Elle entre donc dans un processus politique irrationnel parfaitement auto-destructeur. Mais reconnaitre à la Russie et sa part d’identité Européenne, et sa part d’altérité, avec la reconnaissance de ses intérêts particulier dans le destin européen, la conduirait inévitablement à renoncer à la définition d’une identité transnationale européenne. Ainsi, les facteurs objectifs et subjectifs se renforcent les uns les autres pour la conduire au suicide.
L’Europe se trouve donc au centre d’un réseau de tensions difficilement soutenables. La Russie a intérêt à son affaiblissement, et de préférence à la disparition des institutions européennes, qu’elle voit comme un relais de la volonté de Washington. Elle le fait d’une part en la laissant s’épuiser à soutenir l’Ukraine. Car il serait probablement assez facile de couper les lignes d’approvisionnement en armes occidentales, donnant à l’UE une bonne raison de cesser son soutien. Elle le fait aussi en développant des institutions qui, ne serait-ce que sur le plan économique, sont plus attractives que celles de l’UE, et cela, en particulier, usant de l’exemple dissuasif de la saisie de ses actifs en Euros.
Les EU eux, ont intérêts à l’asservissement de l’Europe. Et ils ont entamé celui-ci avec sa mise sous dépendance énergétique, ainsi qu’en attirant sur leur sol les entreprises qui ont besoin d’énergie meilleur marché.
Ainsi, par sa politique absurde et déracinée de toute réalité historique, l’UE se trouve encerclée par son ennemi et son « allié » (qu’il me soit permis de rajouter ici des guillemets). Pourtant, aucun des deux n’a intérêt à sa « mort », à une crise systémique plus sévère encore que celle qu’a connue la Russie en 1991. Quand elle surviendra, elle ne pourra se le reprocher qu’à elle-même.
Conclusion militaire du conflit
Quelle pourrait être la conclusion sur le terrain militaire ? Cela reste encore très difficile à dire. On a prédit une grande offensive Russe qui ne vient toujours pas. L’une des raisons est que pour maintenir l’adhésion populaire russe, il faut éviter une grande bataille coûteuse en vies. On voit bien que l’état-major russe ne se soucie pas d’une victoire qui serait sanglante. Et puis demeure la question de la réaction occidentale. En cas de défaite spectaculaire, est-on à l’abri d’un emballement vers un conflit généralisé ? L’investissement émotionnel est tel en Europe, que c’est un paramètre à prendre en compte. Pour le moment, on a plutôt l’impression que le choix est d’attendre que l’armée ukrainienne s’effondre faute d’effectif. Il sera alors possible de s’avancer jusqu’aux frontières du Donbass, et de reprendre les négociations. L’Ukraine sortirait du conflit vaincu, mais avec honneur. N’étant pas humiliée, elle pourrait reprendre les négociations la tête haute. Ce serait une conclusion logique. Elle permettrait aux EU de se retirer également sans humiliation et d’amortir la défaite auprès de leur opinion publique comme ils ont su le faire depuis le Vietnam. Mais la vraie question est : est-ce que l’Europe, perdue dans son délire idéologique, n’interdirait pas, à nouveau, la négociation. Hélas pour nous, nous sommes sûrement devenus l’acteur le plus imprévisible du conflit. Même l’Ukraine, en dépit des phénomènes de corruptions, a fait preuve de plus de maturité politique. Car, à nouveau, rappelons-le : elle a tenté par deux fois d’entamer des négociations, et c’est l’Europe qui les a sabotées. Si maintenant elle parait tentée par l’idée démente d’amener l’OTAN à se lancer dans une campagne militaire sur son territoire, c’est du fait d’avoir été placée, par cette même OTAN, dans une situation désespérée.
Il faut aussi mentionner le cas particulier d’Odessa. Dans l’imaginaire russe, elle joue un rôle comparable à celui de Marseille pour les Français. Elle est la source d’une culture et d’un humour particulier. Or, si elle demeure dans un état ukrainien issu du conflit, son identité sera détruite et la population subira la violence des extrémistes, comme cela a déjà été le cas dans le passé. Il y donc deux solutions pour cette ville : soit la conquête, avec toute la violence et les destructions que cela signifie, ou l’attribution d’un statut particulier, garantit par des pays européens et la Russie. Pour que cette solution, qui serait préférable, soit envisageable, il faudrait un minimum de confiance entre les parties. Le sabotage avoué des accords de Minsk par la France et l’Allemagne a fait voler en éclats en Russie l’idée même que l’on peut mener des négociations honnêtes avec les pays occidentaux.
Cette considération ne concerne pas seulement le cas d’Odessa, mais le règlement du conflit en général. Pour la partie russe, les européens ne sont plus des négociateurs sincères, et seront toujours suspects de chercher à gagner du temps pour préparer le prochain acte hostile. Cela a deux conséquences particulièrement graves :
D’abord la Russie voudra être sûre que l’outil militaire ukrainien est définitivement détruit, ce qui veut aussi dire, que l’Europe et les EU n’auront plus les moyens de le reconstruire. La destruction des moyens militaires, et l’épuisement des ressources occidentales, impliquent un coût humain terrible. Par la trahison de la parole donnée, la France et l’Allemagne en porte une part importante de responsabilité.
La diplomatie des deux principales puissances européennes étant décrédibilisée, il faudra un garant non européen à tout accord de cessez-le-feu ou de paix. C’est là un point parfaitement choquant si l’on y songe bien : peu importe la ligne de cessez-le-feu, la nouvelle frontière, l’accord et la nouvelle géographie européenne sera garantie par, la Chine, l’Inde, la Turquie peut-être. La France et l’Allemagne seront peut-être invitées à prendre place sur un strapontin pour parapher l’accord loin en dessous de la signature de Xi Jinping par exemple, mais ce sera pour le spectacle. La réalité est que l’Europe sera exclue de la résolution d’un conflit ayant lieu sur son territoire, pour la première fois de son histoire !
Si j’insiste tant sur la dimension diplomatique, c’est que, dans nos analyses du conflit qui commence le 24 février 2022, nous sommes gênés par les habitudes de pensées issues de la mère de toutes les guerres : celle de 1940. Alors, la dimension militaire était prépondérante, et l’ampleur des combats, des pertes, des souffrances, agissent encore sur notre idée de ce qu’est la guerre. L’épisode de la guerre de cent ans que nous observons aujourd’hui et qui, de mon point de vue, doit la clore, diffère profondément en ce que les aspects diplomatiques et économiques surclassent largement les aspects militaires. Dans la manière dont la Russie utilise un théâtre d’opération limité dans son extension géographique et dans les moyens militaires engagés, afin de provoquer un bouleversement de l’ordre mondial, on est tenté de voir une extension de l’art opératif à la diplomatie, politique et économique.
Et justement, d’ici environ un mois, se tiendra le SPIEF (Forum économique de Saint-Pétersbourg). Il rassemblera d’éminentes personnalités du monde entier venant participer à ce qui est devenu un événement majeur pour ce qui concerne l’économie de l’Eurasie, avec tout ce que cela peut représenter de stratégique. D’Inde, de Chine, d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Amérique Latine, on viendra confortablement et rapidement à bord de vols directs. En revanche, pour les européens qui voudraient participer, il faudra soit prendre un billet pour la Turquie ou pour l’Arménie, ou la Géorgie, puis un second vol pour Moscou ou Saint-Pétersbourg, avec plusieurs heures d’attente entre les deux, le prix étant environ quatre fois plus cher. Ou alors, on pourra aussi transiter par Helsinki, puis passer la nuit dans un car pour se rendre à Saint-Pétersbourg. Et ces contraintes, nous nous les sommes infligées volontairement ! Ainsi, peu d’Européens feront le voyage, d’autant plus qu’ils en seront souvent découragés par leurs pairs. Dans la ville que Pierre le Grand a bâti, ironie de l’Histoire, pour se rapprocher de l’Europe, si proche de nous mais désormais si éloignée du fait de notre stupidité, le monde se rassemblera, et en notre absence, se prendront des décisions importantes, engageant notre avenir avec celui du monde, vraisemblablement de nouvelles demandes d’adhésions au BRICS, par exemple. Peut-on trouver une plus belle et symbolique illustration de la splendide médiocrité intellectuelle des élites européennes, que cette exclusion volontaire des nouveaux mécanismes et organisations autour duquel le monde évolue ? Elle rappelle cruellement celle qui caractérisait les élites de l’URSS finissante. À ceux que le parallèle choquerait, je conseille de trouver une photo du Brejnev gâteux et tardif, à la tribune de la place rouge, et, d’un coup de photoshop, de remplacer son visage par celui de Joe Biden avec ses lunettes de soleil. Divertissant et convaincant, n’est-ce pas ?
En guise de conclusion provisoire : les cicatrices de l’histoire
On sait bien que la géopolitique s’embarrasse peu de morale. Mais il est difficile de conclure sans parler des souffrances, ou pour dire les choses dans leur simplicité crue, du mal que nous avons répandu.
Il y a d’abord les centaines de milliers de morts qui formeront, selon toute vraisemblance, le bilan final de la guerre fratricide que nous avons provoquée, et prolongée (voir les déclarations de Naftali Benett). Tout en reconnaissant que c’est l’Ukraine qui paye le prix le plus fort, qu’il me soit permis toutefois de les invoquer ensemble, Ukrainiens et Russes. Car je ne sache pas que les larmes d’une mère pleurant sur la tombe de son enfant se soucient de la couleur de son passeport. Elles sont toutes aussi brûlantes, et aussi longues à sécher. Mais cela, sans en nier la cruelle importance, c’est la partie immergée de l’iceberg.
Car, afin de mettre en oeuvre le délire eschatologique de Zbigniew Brzezinski (j’emprunte l’expression à la brillante recension de son livre faite par Olivier Berruyer sur son blog « Les Crises »), les EU, puis le reste de l’Occident, se sont lancés dans un remarquable programme d’ingénierie sociale pour séparer l’Ukraine et la Russie. Grâce aux déclarations de Viktoria Nuland, nous savons même combien cela a coûté ! Mais personne, parmi les élites occidentales ne s’est posé la question de la dangerosité de la matière historique qu’ils trituraient ainsi. Car de l’Histoire, leur ignorance crasse leur a fait perdre tout sens.
Quand l’URSS s’est dissoute, elle a séparé des peuples, Russe, Biélorusse et Ukrainien qui avaient des siècles d’histoire commune. Il leur fallait reconstruire, ou inventer une nouvelle identité nationale. C’est pour l’Ukraine que l’équation était la plus difficile. Ses frontières, héritées de l’Union, étaient en partie artificielles, on le répète souvent. Et alors ? Aurait-elle été le seul État, né des turbulences de l’histoire, et dont les limites sont tracées un jour sur une carte par le « fait du prince » ? Oui, il est plus difficile de faire vivre ensemble une population multi-ethnique, multi-linguistique et pluri-religieuse que si elle est homogène. Il aurait fallu aider ce jeune état à surmonter ses divisions. Nous avons, nous les champions auto-proclamés de la diversité, ressuscité les haines recuites, fouillé du couteau les blessures de l’histoire. Sans surprise, l’État a éclaté.
Ainsi, ses trois peuples durent, en quelque sorte, se « réinventer ». Ils s’en furent donc à la recherche d’une continuité historique qui, jetant des passerelles sur les violentes ruptures de leur vingtième siècle, leur rende le sens d’un destin commun. Pour l’Ukraine et la Russie, cela ne pouvait être fait qu’ensemble étant donné leurs liens séculaires. Accomplir cette démarche dans le respect des souverainetés nouvelles n’était pas si difficile, et sans nos interventions, on peut estimer que c’est cela qui se serait passé. Mais comme il nous fallait créer de l’antagonisme, nous sommes allés chercher la charogne la plus malodorante au fond des fameuses poubelles de l’Histoire. Nous avons instrumentalisé une minorité ultra-nationaliste qui s’identifiait et partageait les idées de anciens collaborateurs des nazis, ceux que l’on nomme les Bandéristes.
Or, dans cette recherche de ce qui pourrait rendre du sens et de l’unité pour vivre ensemble, le souvenir de la guerre, de l’immense sacrifice et de la victoire de mai 1945, a rapidement joué un rôle central. Et c’est normal. Quand deux Russes, ou deux Ukrainiens, se rencontrent, il se peut que le grand-père de l’un, pourquoi pas tchekiste, ait, un jour, arrêté le grand-père de l’autre. Peut-être ! Mais il est, en revanche, presque certain, que l’essentiel des membres de leurs deux familles ont, soit combattu coudes à coudes les Allemands, soit que quelques-uns soient morts de fait de leurs exactions.
Ainsi, en jouant de ces anciens antagonismes entre ceux qui avaient collaboré, et ceux qui se sont battus contre les nazis, nous avons touché à quelque chose de très profond, le cœur même d’une identité retrouvée. La révolte qui a enflammé, en 2014, le sud-est de l’Ukraine était donc spontanée. Il était impossible pour des populations qui s’identifiaient à la lutte contre le nazisme, de vivre sous un pouvoir qui faisait de Stepan Bandera un héros.
Les guerres se finissent, et les chagrins s’éteignent quand leur propre mort délivre les mères de leur deuil. Les blessures de l’Histoire guérissent bien plus lentement. Elle s’enfonce dans le passé, pour agir comme les plaques tectoniques qui, sous nos pieds, accumulent les tensions qui finissent par se libérer. Elles ressurgissent dans les éruptions de violence qui sont souvent d’autant plus forte qu’elles se sont nourries de temps de sommeil. C’est avec ce genre de forces que nous avons joué, et continuons, aveugles et sourds aux souffrances que nous générons, à le faire. Pourront-ils nous pardonner cette félonie ?
Mais nous oublions que les mêmes tensions traversent toute l’Europe. Car nous partageons ce passé. La frontière que nous voulons tracer à l’Est de l’Union européenne, n’a aucun sens culturel, et se joue encore plus de l’Histoire. Nos lignées ancestrales de nazis, de fascistes, de collaborateurs, de Franquistes, nous observent avec satisfaction. Pendant que nous chantons, sur tous les modes connus et inconnus, la diversité, tout cet héritage remonte et s’infiltre entre les failles que nous avons ouvertes en Ukraine. Je suis un peu hésitant devant le concept de justice immanente, et assez peu porté à la prophétie, mais il m’étonnerait fort que nous ne finissions pas par payer au prix fort cette trahison de toutes nos valeurs. Peut-être même payerons nous plus cher que l’Ukraine.
Pour finir, puisqu’il est aujourd’hui public que nous avons, non seulement voulu et préparé cette guerre, mais que nous l’avons aussi prolongée en sabotant les négociations, il serait temps enfin de nous poser la suivante : le jour où une mère ukrainienne viendra nous demander des comptes pour son fils mort en défendant sa patrie, ainsi que pour le fils de sa sœur, russe, mort de l’autre côté de la ligne de front, quelle sera notre réponse ?
Daniel Arnaud
Rencontre du Pape et de Zelenski
"Avec tout le respect dû à sa sainteté, nous n'avons pas besoin de médiateur."
Les paroles de Zelenski ont fermé les portes à la médiation que le Pape offrait pour mettre fin au conflit.
Le chemin du dialogue proposé par le Pape a été écarté par Zelenski, qui a dit que "la solution pour l'Ukraine, c'est la contre offensive."
Le récit de la «guerre non provoquée» en Ukraine s’effondre. REVELATIONS
Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, la Maison-Blanche et l’ensemble des médias américains clament que le conflit est une “guerre non provoquée”, déclenché le 24 février 2022 par un seul homme, Vladimir Poutine.
L’expression «non provoquée» est devenue omniprésente dans la description de la guerre par les médias américains. Le Washington Post, le New York Times et les journaux télévisés l’ont utilisée des centaines de fois.
Dans une tribune publiée mercredi, Thomas Friedman, transcripteur en chef des notes de renseignement de la CIA pour le Times, écrit: « Depuis le début de cette guerre, il n’y a qu’un seul endroit où l’on puisse être pour comprendre son calendrier et sa direction – et c’est dans la tête de Vladimir Poutine… Cette guerre est sortie entièrement de là ».
Le mantra de la “guerre non provoquée” est devenu pour l’Ukraine ce que les “armes de destruction massive” ont été pour la guerre d’Irak, ou “Souvenez-vous du Maine” pour la guerre hispano-américaine.
L’idée qui sous-tend cette répétition sans fin est la théorie que “plus le mensonge est gros, plus il est facilement cru”. Le public est censé accepter qu’il s’agit de la première guerre de l’histoire sans antécédents historiques ni motifs économiques, la première guerre entièrement basée sur la psychologie d’un seul homme.
Mais mardi, le Washington Post a publié une interview du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, qui a déclaré que la guerre en Ukraine « n’a pas commencé en 2022. La guerre a commencé en 2014 ».
Stoltenberg a poursuivi: « Et depuis, l’OTAN a mis en œuvre le plus grand renforcement de notre défense collective depuis la fin de la guerre froide… Jusqu’en 2014, les alliés de l’OTAN réduisaient leurs budgets de défense. Depuis 2014, tous les alliés européens et le Canada ont considérablement augmenté leurs dépenses de défense… C’est là une énorme transformation de l’OTAN qui a commencé en 2014 ».
Ainsi, selon Stoltenberg, la guerre n’a pas commencé en février 2022, avec l’invasion russe de l’Ukraine, mais en 2014, huit ans plus tôt.
Cet aveu confirme deux choses que le World Socialist Web Site n’a cessé de souligner depuis le début de la guerre. Premièrement, le conflit a un arrière-plan historique. Deuxièmement, l’invasion de 2022 était une réponse désespérée aux efforts croissants de l’OTAN pour placer l’Ukraine dans son orbite.
Le "remaniement" de M. Lavrov à New York
L’instant new-yorkais du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a été l’équivalent diplomatique d’une mise à feu de la maison. Imaginez un vrai gentleman, le plus grand diplomate de ces temps troublés, en pleine possession de ses moyens et doté d’un délicieux sens de l’humour, se lançant dans une périlleuse aventure et s’en sortant indemne.
En fait, le moment new-yorkais du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov – ses deux interventions devant le Conseil de sécurité des Nations unies les 24 et 25 avril – a été l’équivalent diplomatique d’une mise à feu de la maison. Du moins, les parties de la maison habitées par le Sud mondial – ou la majorité mondiale.
Le 24 avril, lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies sur le thème « Maintien de la paix et de la sécurité internationales, multilatéralisme efficace par la protection des principes de la Charte des Nations unies », était particulièrement important.
Lavrov a souligné le symbolisme de la réunion qui se tient à l’occasion de la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie pour la paix, jugée très importante par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies de 2018.
Dans son préambule, Lavrov a souligné que « dans deux semaines, nous célébrerons le 78ème anniversaire de la victoire dans la Seconde Guerre mondiale. La défaite de l’Allemagne nazie, à laquelle mon pays a apporté une contribution décisive avec le soutien des Alliés, a jeté les bases de l’ordre international d’après-guerre. La Charte des Nations unies en est devenue la base juridique et notre organisation elle-même, incarnant un véritable multilatéralisme, a acquis un rôle central et coordonné dans la politique mondiale. »
Eh bien, pas vraiment. Et cela nous amène à la véritable promenade de Lavrov du côté sauvage, épinglant la façon dont le multilatéralisme a été piétiné. Bien au-delà des torrents de dénigrement des suspects habituels et de leur tentative de le soumettre à une douche glacée à New York, ou même de le confiner dans le congélateur – géopolitique -, il a prévalu. Promenons-nous avec lui dans le désert actuel. M. Lavrov, vous êtes la star du spectacle.
Notre route ou l’autoroute
Cet « ordre fondé sur des règles » : « Le système centré
sur l’ONU traverse une crise profonde. La cause première
en est le désir de certains membres de notre
organisation de remplacer le droit international et la
Charte des Nations unies par une sorte d’« ordre fondé
sur des règles ». Personne n’a vu ces « règles », elles
n’ont pas fait l’objet de négociations internationales
transparentes. Elles sont inventées et utilisées pour
contrecarrer les processus naturels de formation de
nouveaux centres de développement indépendants, qui sont
une manifestation objective du multilatéralisme. Ils
tentent de les contenir par des mesures unilatérales
illégitimes, notamment en leur coupant l’accès aux
technologies modernes et aux services financiers, en les
évinçant des chaînes d’approvisionnement, en confisquant
leurs biens, en détruisant les infrastructures critiques
de leurs concurrents et en manipulant des normes et des
procédures universellement reconnues. Il en résulte la
fragmentation du commerce mondial, l’effondrement des
mécanismes de marché, la paralysie de l’OMC et la
transformation définitive, déjà sans déguisement, du FMI
en un outil permettant d’atteindre les objectifs des
États-Unis et de leurs alliés, y compris des objectifs
militaires. »
Détruire la mondialisation : « Dans une tentative désespérée d’affirmer leur domination en punissant les désobéissants, les États-Unis ont continué à détruire la mondialisation qui, pendant de nombreuses années, a été vantée comme le bien suprême de l’humanité, au service du système multilatéral de l’économie mondiale. Washington et le reste de l’Occident, qui s’y est soumis, utilisent leurs « règles » chaque fois qu’il est nécessaire de justifier des mesures illégitimes à l’encontre de ceux qui élaborent leurs politiques conformément au droit international et refusent de suivre les intérêts égoïstes du « milliard d’or ». Les dissidents sont mis à l’index selon le principe suivant : « Celui qui n’est pas avec nous est contre nous ». Il est depuis longtemps « gênant » pour nos collègues occidentaux de négocier dans des formats universels, tels que les Nations unies. Pour justifier idéologiquement la politique de sape du multilatéralisme, le thème de l’unité des « démocraties » par opposition aux « autocraties » a été introduit. Outre les « sommets pour la démocratie », dont la composition est déterminée par l’hégémon [Dans l’Antiquité, en Grèce, chef militaire et politique. Ici, comprendre les Etats-Unis. Note du GS] autoproclamé, d’autres « clubs de l’élite » sont créés, en contournant l’ONU. »
« Jardin » contre « jungle » : « Appelons un chat un chat : personne n’a permis à la minorité occidentale de parler au nom de toute l’humanité. Il faut se comporter décemment et respecter tous les membres de la communauté internationale. En imposant un « ordre fondé sur des règles », ses auteurs rejettent avec arrogance un principe clé de la Charte des Nations unies, à savoir l’égalité souveraine des États. La quintessence du « complexe d’exclusivité » a été la déclaration « fière » du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, selon laquelle « l’Europe est le jardin d’Eden, et le reste du monde est une jungle ». Je citerai également la déclaration conjointe OTAN-UE du 10 janvier de cette année, qui stipule que « l’Occident uni » utilisera tous les outils économiques, financiers, politiques et – j’y accorde une attention particulière – militaires à la disposition de l’OTAN et de l’UE pour garantir les intérêts de « notre milliard ». »
La « ligne de défense » de l’OTAN : Lors du sommet de Madrid de l’année dernière, l’OTAN, qui a toujours convaincu tout le monde de sa « pacificité » et de la nature exclusivement défensive de ses programmes militaires, a déclaré la « responsabilité mondiale », « l’indivisibilité de la sécurité » dans la région euro-atlantique et dans la région dite indopacifique. En d’autres termes, la « ligne de défense » de l’OTAN (en tant qu’alliance défensive) se déplace désormais vers les rives occidentales de l’océan Pacifique. Les approches de bloc qui sapent le multilatéralisme centré sur l’ANASE se manifestent dans la création de l’alliance militaire AUKUS, dans laquelle Tokyo, Séoul et un certain nombre de pays de l’ANASE sont poussés à s’engager. Sous les auspices des États-Unis, des mécanismes sont créés pour intervenir dans les questions de sécurité maritime en vue de garantir les intérêts unilatéraux de l’Occident dans la mer de Chine méridionale. Josep Borrell, que j’ai déjà cité aujourd’hui, a promis hier d’envoyer des forces navales de l’UE dans la région. Il n’est pas caché que l’objectif des « stratégies indopacifiques » est de contenir la RPC et d’isoler la Russie. C’est ainsi que nos collègues occidentaux conçoivent le « multilatéralisme efficace » dans la région Asie-Pacifique. »
« Promouvoir la démocratie » : « Depuis la Seconde Guerre mondiale, des dizaines d’aventures militaires criminelles ont été menées par Washington, sans aucune tentative d’obtenir une légitimité multilatérale. Pourquoi, s’il existe des « règles » inconnues de tous ? L’invasion honteuse de l’Irak par la coalition dirigée par les États-Unis en 2003 a été menée en violation de la Charte des Nations unies, tout comme l’agression contre la Libye en 2011. L’ingérence des États-Unis dans les affaires des États postsoviétiques constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies. Des « révolutions de couleur » ont été organisées en Géorgie et au Kirghizstan, un coup d’État sanglant à Kiev en février 2014 et des tentatives de prise de pouvoir par la force en Biélorussie en 2020. Les Anglo-Saxons, qui dirigent avec assurance tout l’Occident, non seulement justifient toutes ces aventures criminelles, mais font également étalage de leur ligne de « promotion de la démocratie ». Mais encore une fois, selon ses « règles » : Kosovo – reconnaître l’indépendance sans référendum ; Crimée – ne pas reconnaître (bien qu’il y ait eu un référendum) ; Ne pas toucher aux Malouines, parce qu’il y a eu un référendum (comme l’a dit récemment le ministre britannique des Affaires étrangères John Cleverly). C’est drôle. »
La géopolitique de la « question ukrainienne » : « Aujourd’hui, tout le monde comprend, même si tout le monde n’en parle pas à voix haute : il ne s’agit pas du tout de l’Ukraine, mais de la manière dont les relations internationales se construiront par la suite : par la formation d’un consensus stable fondé sur un équilibre des intérêts – ou par la promotion agressive et explosive de l’hégémonie. Il est impossible de considérer la « question ukrainienne » indépendamment du contexte géopolitique. Le multilatéralisme présuppose le respect de la Charte des Nations unies dans toute l’interconnexion de ses principes, comme mentionné ci-dessus. La Russie a clairement expliqué les tâches qu’elle poursuit dans le cadre d’une opération militaire spéciale : éliminer les menaces pour notre sécurité créées par les membres de l’OTAN directement à nos frontières et protéger les personnes qui ont été privées de leurs droits proclamés par les conventions multilatérales, les protéger des menaces directes d’extermination et d’expulsion des territoires où leurs ancêtres ont vécu pendant des siècles, déclarées publiquement par le régime de Kiev. Nous avons dit honnêtement pour quoi et pour qui nous nous battons. »
Le Sud mondial riposte : « Un véritable multilatéralisme au stade actuel exige que l’ONU s’adapte aux tendances objectives de la formation d’une architecture multipolaire des relations internationales. La réforme du Conseil de sécurité doit être accélérée en augmentant la représentation des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. La surreprésentation scandaleuse de l’Occident au sein de ce principal organe de l’ONU sape le multilatéralisme. À l’initiative du Venezuela, le Groupe d’amis pour la défense de la Charte des Nations unies a été créé. Nous appelons tous les États qui respectent la Charte à y adhérer. Il est également important d’utiliser le potentiel constructif des BRICS et de l’OCS. L’UEE, la CEI et l’OTSC sont prêtes à y contribuer. Nous sommes favorables à l’utilisation de l’initiative des positions des associations régionales des pays du Sud mondial. Le Groupe des Vingt peut également jouer un rôle utile dans le maintien du multilatéralisme si les participants occidentaux cessent de distraire leurs collègues des questions d’actualité inscrites à son ordre du jour dans l’espoir d’étouffer le sujet de leur responsabilité dans l’accumulation des phénomènes de crise dans l’économie mondiale. »
Alors, qui enfreint la loi ?
Après ce tour de force concis, il serait immensément instructif de suivre ce que Lavrov répète au monde depuis février 2022, avec des détails constants et atroces : dans l’histoire contemporaine, les auteurs de violations en série du droit international ont été l’hégémon et son groupe de vassaux pitoyables. Pas la Russie.
Moscou était donc tout à fait en droit de lancer l’opération militaire spéciale, car elle n’avait pas d’autre choix. Et cette opération sera menée jusqu’à sa conclusion logique – intégrée dans le nouveau concept de politique étrangère russe publié le 31 mars. La Russie ignorera tout ce que l’Occident collectif pourrait déclencher, car elle considère que l’ensemble du combo agit en dehors des normes du droit international énoncées dans la Charte des Nations unies.
Pepe ESCOBAR
L’hégémonie américaine et ses dangers
Introduction
Depuis qu’ils sont devenus le pays le plus puissant du monde après les deux guerres mondiales et la Guerre Froide, les États-Unis ont agi avec plus d’audace pour s’immiscer dans les affaires intérieures d’autres pays, poursuivre, maintenir et abuser de leur hégémonie, favoriser la subversion et l’infiltration, et mener délibérément des guerres, portant ainsi préjudice à la communauté internationale.
Les États-Unis ont élaboré un manuel de stratégie hégémonique pour mettre en scène des « révolutions de couleur », provoquer des conflits régionaux et même lancer directement des guerres sous couvert de promouvoir la démocratie, la liberté et les droits de l’homme. S’accrochant à la mentalité de la Guerre Froide, les États-Unis ont intensifié la politique des blocs et alimenté les conflits et les confrontations. Ils ont poussé à l’extrême le concept de sécurité nationale, abusé des contrôles à l’exportation et imposé des sanctions unilatérales aux autres. Ils ont adopté une approche sélective du droit et des règles internationales, les utilisant ou les rejetant comme bon leur semble, et ont cherché à imposer des règles qui servent leurs propres intérêts au nom du maintien d’un « ordre international fondé sur des règles ».
Ce rapport, en présentant les faits pertinents, cherche à exposer les abus de l’hégémonie des États-Unis dans les domaines politique, militaire, économique, financier, technologique et culturel et à attirer davantage l’attention de la communauté internationale sur les périls des pratiques américaines pour la paix et la stabilité mondiales et le bien-être de tous les peuples.
I. L’hégémonie politique - Jouer les gros bras
Les États-Unis tentent depuis longtemps de modeler les autres pays et l’ordre mondial avec leurs propres valeurs et leur propre système politique au nom de la promotion de la démocratie et des droits de l’homme.
◆ Les exemples d’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures d’autres pays abondent. Au nom de la « promotion de la démocratie » les États-Unis ont pratiqué une nouvelle « doctrine Monroe » en Amérique latine, ont fomenté des « révolutions de couleur » en Eurasie et ont orchestré le « Printemps arabe » en Asie occidentale et en Afrique du Nord, apportant le chaos et le désastre dans de nombreux pays.
En 1823, les États-Unis ont annoncé la Doctrine Monroe. Tout en vantant une « Amérique pour les Américains », ils voulaient en réalité une « Amérique pour les États-Unis ».
Depuis lors, les politiques des gouvernements américains successifs à l’égard de l’Amérique latine et de la région des Caraïbes ont été marquées par l’ingérence politique, l’intervention militaire et la subversion des régimes. Depuis 61 ans d’hostilité et de blocus à l’égard de Cuba jusqu’au renversement du gouvernement Allende au Chili, la politique américaine à l’égard de cette région repose sur une maxime : ceux qui se soumettent prospèrent, ceux qui résistent périssent.
L’année 2003 a marqué le début d’une succession de « révolutions de couleur » - la « révolution des roses » en Géorgie, la « révolution orange » en Ukraine et la « révolution des tulipes » au Kirghizstan. Le Département d’État américain a ouvertement admis avoir joué un « rôle central » dans ces « changements de régime ». Les États-Unis se sont également immiscés dans les affaires intérieures des Philippines, en chassant le président Ferdinand Marcos Sr. en 1986 et le président Joseph Estrada en 2001 par le biais des « révolutions du pouvoir populaire ».
En janvier 2023, l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo a publié son nouveau livre Never Give an Inch : Fighting for the America I Love [NDT : Ne jamais céder d’un pouce : mon combat pour l’Amérique que j’aime]. Il y révèle que les États-Unis ont comploté pour intervenir au Venezuela. Le plan consistait à forcer le gouvernement Maduro à conclure un accord avec l’opposition, à priver le Venezuela de sa capacité à vendre du pétrole et de l’or pour obtenir des devises étrangères, à exercer une forte pression sur son économie et à influencer l’élection présidentielle de 2018.
◆ Les États-Unis font deux poids deux mesures en matière de règles internationales. Plaçant leur intérêt personnel au premier plan, les États-Unis se sont éloignés des traités et organisations internationaux et ont placé leur droit national au-dessus du droit international. En avril 2017, l’administration Trump a annoncé qu’elle couperait tout financement américain au Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) au prétexte que l’organisation « soutient, ou participe à la gestion d’un programme d’avortement coercitif ou de stérilisation involontaire ». Les États-Unis ont quitté l’UNESCO à deux reprises, en 1984 et en 2017. En 2017, ils ont annoncé quitter l’accord de Paris sur le changement climatique. En 2018, ils ont annoncé leur sortie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, invoquant le « parti pris » de l’organisation contre Israël et son incapacité à protéger efficacement les droits de l’homme. En 2019, les États-Unis ont annoncé leur retrait du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire pour chercher à développer sans entrave des armes avancées. En 2020, ils ont annoncé leur retrait du Traité « Ciel ouvert ».
Les États-Unis ont également été une pierre d’achoppement pour la maîtrise des armes biologiques en s’opposant aux négociations sur un protocole de vérification pour la Convention sur les armes biologiques (CIAB) et en faisant obstacle à la vérification internationale des activités des pays en matière d’armes biologiques. Seul pays en possession d’un stock d’armes chimiques, les États-Unis ont à plusieurs reprises retardé la destruction de ces armes et sont restés réticents à remplir leurs obligations. Ils sont devenus le principal obstacle à la réalisation d’un « monde sans armes chimiques ».
◆ Les États-Unis assemblent de petits blocs grâce à leur système d’alliances. Ils ont imposé une « stratégie indo-pacifique » à la région Asie-Pacifique, en créant des clubs exclusifs comme les Five Eyes, la Quad et l’AUKUS, et en forçant les pays de la région à prendre parti. Ces pratiques visent essentiellement à créer des divisions dans la région, à alimenter la confrontation et à saper la paix.
◆ Les États-Unis portent un jugement arbitraire sur la démocratie dans d’autres pays et fabriquent un faux récit de « la démocratie contre l’autoritarisme » pour inciter à l’éloignement, la division, la rivalité et la confrontation. En décembre 2021, les États-Unis ont organisé le premier « Sommet de la démocratie », qui a suscité les critiques et l’opposition de nombreux pays pour avoir tourné en dérision l’esprit de la démocratie et divisé le monde. En mars 2023, les États-Unis accueilleront un autre « Sommet pour la démocratie », qui restera mal accueilli et ne trouvera à nouveau aucun soutien.
II. L’hégémonie militaire - L’usage immodéré de la force
L’histoire des Etats-Unis est caractérisée par la violence et l’expansion. Depuis leur indépendance en 1776, les États-Unis ont constamment cherché à s’étendre par la force : ils ont massacré des Indiens, envahi le Canada, mené une guerre contre le Mexique, déclenché la guerre américano-espagnole et annexé Hawaï. Après la Seconde Guerre mondiale, les guerres provoquées ou lancées par les États-Unis ont inclus la guerre de Corée, la guerre du Viêt Nam, la guerre du Golfe, la guerre du Kosovo, la guerre d’Afghanistan, la guerre d’Irak, la guerre de Libye et la guerre de Syrie, abusant de leur hégémonie militaire pour ouvrir la voie à des objectifs expansionnistes. Ces dernières années, le budget militaire annuel moyen des États-Unis a dépassé 700 milliards de dollars, représentant 40 % du total mondial, soit plus que les 15 pays derrière eux réunis. Les États-Unis disposent d’environ 800 bases militaires à l’étranger, avec 173 000 soldats déployés dans 159 pays.
Selon le livre America Invades : How We’ve Invaded or been Militarily Involved with almost Every Country on Earth [NDT : L’invasion américaine : Comment nous avons envahi ou été militairement impliqués dans presque tous les pays du monde], les États-Unis ont combattu ou ont été militairement impliqués dans presque tous les 190 pays reconnus par les Nations unies, à trois exceptions près. Ces trois pays ont été « épargnés » parce que les États-Unis ne les ont pas trouvés sur la carte.
◆ Comme l’a dit l’ancien président américain Jimmy Carter, les États-Unis sont sans aucun doute la nation la plus belliqueuse de l’histoire du monde. Selon un rapport de l’université Tufts, Introducing the Military Intervention Project : A new Dataset on U.S. Military Interventions, 1776-2019 [NDT : Présenter le projet d’intervention militaire : une nouvelle base de données sur les interventions militaires américaines de 1776 à 2019], les États-Unis ont entrepris près de 400 interventions militaires dans le monde entre ces années, dont 34 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, 23 % en Asie de l’Est et dans le Pacifique, 14 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et 13 % en Europe. Actuellement, ses interventions militaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ainsi qu’en Afrique subsaharienne sont en augmentation.
Alex Lo, un chroniqueur du South China Morning Post, a souligné que les États-Unis ont rarement fait la distinction entre la diplomatie et la guerre depuis leur fondation. Au 20ème siècle, ils ont renversé les gouvernements démocratiquement élus de nombreux pays en développement et les ont immédiatement remplacés par des régimes fantoches pro-américains. Aujourd’hui, en Ukraine, en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Pakistan et au Yémen, les États-Unis répètent leurs vieilles tactiques de guerre par procuration, de basse intensité et par drones.
◆ L’hégémonie militaire américaine a provoqué des tragédies humanitaires. Depuis 2001, les guerres et opérations militaires lancées par les États-Unis au nom de la lutte contre le terrorisme ont fait plus de 900 000 morts, dont environ 335 000 civils, des millions de blessés et des dizaines de millions de déplacés. La guerre d’Irak de 2003 a entraîné la mort de quelque 200 000 à 250 000 civils, dont plus de 16 000 directement tués par l’armée américaine, et a laissé plus d’un million de personnes sans abri.
Les États-Unis ont créé 37 millions de réfugiés dans le monde. Depuis 2012, le nombre de réfugiés syriens a été multiplié par dix à lui seul. Entre 2016 et 2019, 33 584 décès de civils ont été documentés dans les combats syriens, dont 3 833 tués par les bombardements de la coalition dirigée par les États-Unis, la moitié étant des femmes et des enfants. Le Public Broadcasting Service (PBS) a rapporté le 9 novembre 2018 que les frappes aériennes lancées par les forces américaines sur Raqqa ont tué à elles seules 1 600 civils syriens.
La guerre en Afghanistan, qui a duré deux décennies, a dévasté le pays. Au total, 47 000 civils afghans et 66 000 à 69 000 soldats et policiers afghans sans lien avec les attentats du 11 septembre ont été tués dans des opérations militaires américaines, et plus de 10 millions de personnes ont été déplacées. La guerre en Afghanistan a détruit les bases du développement économique de ce pays et a plongé le peuple afghan dans la misère. Après la « débâcle de Kaboul » en 2021, les États-Unis ont annoncé qu’ils allaient geler quelque 9,5 milliards de dollars d’actifs appartenant à la banque centrale afghane, une mesure considérée comme un « pur pillage ».
En septembre 2022, le ministre turc de l’Intérieur Suleyman Soylu a déclaré lors d’un rassemblement que les États-Unis ont mené une guerre par procuration en Syrie, transformé l’Afghanistan en champ d’opium et en usine d’héroïne, plongé le Pakistan dans la tourmente et laissé la Libye dans des troubles civils incessants. Les États-Unis font tout ce qu’il faut pour voler et asservir la population de tout pays disposant de ressources souterraines.
Les États-Unis ont également adopté des méthodes effroyables en matière de guerre. Au cours de la guerre de Corée, de la guerre du Viêt Nam, de la guerre du Golfe, de la guerre du Kosovo, de la guerre d’Afghanistan et de la guerre d’Irak, les États-Unis ont utilisé des quantités massives d’armes chimiques et biologiques ainsi que des bombes à fragmentation, des bombes à air comprimé, des bombes au graphite et des bombes à l’uranium appauvri, causant d’énormes dommages aux installations civiles, d’innombrables victimes civiles et une pollution durable de l’environnement.
III. Hégémonie économique - Pillage et exploitation
Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont dirigé les efforts visant à mettre en place le système de Bretton Woods, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, qui, avec le plan Marshall, ont formé le système monétaire international centré sur le dollar américain. En outre, les États-Unis ont établi une hégémonie institutionnelle dans le secteur économique et financier international en manipulant les systèmes de vote pondérés, les règles et les arrangements des organisations internationales, notamment l’« approbation par une majorité de 85 %», ainsi que leurs lois et réglementations commerciales nationales. En profitant du statut du dollar en tant que principale monnaie de réserve internationale, les États-Unis collectent essentiellement le « seigneuriage » du monde entier ; et en utilisant leur contrôle sur les organisations internationales, ils contraignent les autres pays à servir la stratégie politique et économique de l’Amérique.
◆ Les États-Unis exploitent les richesses du monde à l’aide du seigneuriage. La production d’un billet de 100 dollars ne coûte qu’environ 17 cents, mais les autres pays doivent débourser 100 dollars de biens réels pour en obtenir un. Il y a plus d’un demi-siècle, il a été souligné que les États-Unis jouissaient d’un privilège exorbitant et d’un déficit sans larmes créé par leur dollar et qu’ils utilisaient ce billet de papier sans valeur pour piller les ressources et les usines des autres nations.
◆ L’hégémonie du dollar américain est la principale source d’instabilité et d’incertitude dans l’économie mondiale. Pendant la pandémie de COVID-19, les États-Unis ont abusé de leur hégémonie financière mondiale et ont injecté des milliers de milliards de dollars sur le marché mondial, laissant les autres pays, notamment les économies émergentes, en payer le prix. En 2022, la Fed a mis fin à sa politique monétaire ultra-allégée et s’est tournée vers des hausses agressives des taux d’intérêt, provoquant des turbulences sur le marché financier international et une dépréciation substantielle des autres devises, comme l’euro, dont beaucoup sont tombées à leur plus bas niveau depuis 20 ans. En conséquence, un grand nombre de pays en développement ont été confrontés à une forte inflation, à la dépréciation de leur monnaie et à des sorties de capitaux. C’est exactement ce qu’a fait remarquer un jour le secrétaire au Trésor de Nixon, John Connally, avec une autosatisfaction mais aussi une grande précision : « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. »
◆ Grâce à leur contrôle sur les organisations économiques et financières internationales, les États-Unis imposent des conditions supplémentaires pour aider les autres pays. Afin de réduire les obstacles à l’afflux de capitaux américains et à la spéculation, les pays bénéficiaires sont tenus de faire progresser la libéralisation financière et d’ouvrir les marchés financiers afin que leurs politiques économiques s’alignent sur la stratégie américaine. Selon la Review of International Political Economy, parallèlement aux 1 550 programmes d’allégement de la dette accordés par le FMI à ses 131 pays membres entre 1985 et 2014, pas moins de 55 465 conditions politiques supplémentaires avaient été attachées.
◆ Les États-Unis suppriment volontairement leurs opposants par la coercition économique. Dans les années 1980, afin d’éliminer la menace économique que représentait le Japon et de contrôler et d’utiliser ce dernier au service de l’objectif stratégique américain consistant à affronter l’Union soviétique et à dominer le monde, les États-Unis ont fait jouer leur puissance financière hégémonique contre le Japon et ont conclu l’accord du Plaza. En conséquence, le yen a été poussé à la hausse, et le Japon a été pressé d’ouvrir son marché financier et de réformer son système financier. L’Accord du Plaza a porté un coup dur à la dynamique de croissance de l’économie japonaise, laissant le Japon à ce qui a été appelé plus tard « trois décennies perdues ».
◆ L’hégémonie économique et financière de l’Amérique est devenue une arme géopolitique. Doublant les sanctions unilatérales et la « juridiction du bras long », les États-Unis ont promulgué des lois nationales telles que la loi sur les pouvoirs économiques en cas d’urgence internationale, la loi globale Magnitsky sur la responsabilité en matière de droits de l’homme et la loi Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act, et ont introduit une série de décrets pour sanctionner des pays, des organisations ou des individus spécifiques. Les statistiques montrent que les sanctions américaines contre les entités étrangères ont augmenté de 933 % entre 2000 et 2021. À elle seule, l’administration Trump a imposé plus de 3 900 sanctions, soit trois sanctions par jour. Jusqu’à présent, les États-Unis avaient ou ont imposé des sanctions économiques à près de 40 pays à travers le monde, dont Cuba, la Chine, la Russie, la RPDC, l’Iran et le Venezuela, affectant près de la moitié de la population mondiale. Les "États-Unis d’Amérique" se sont transformés en "États-Unis des sanctions". Et la « juridiction de longue portée » a été réduite à rien d’autre qu’à un outil permettant aux États-Unis d’utiliser les moyens de leur puissance étatique pour supprimer les concurrents économiques et interférer dans le commerce international normal. Il s’agit d’une grave entorse aux principes d’une économie de marché libérale dont les États-Unis se sont longtemps vantés.
IV. Hégémonie technologique - Monopole et répression
Les États-Unis cherchent à décourager le développement scientifique, technologique et économique des autres pays en exerçant un pouvoir de monopole, des mesures de suppression et des restrictions technologiques dans les domaines de haute technologie.
◆ Les États-Unis monopolisent la propriété intellectuelle au nom de la protection. Profitant de la position de faiblesse des autres pays, notamment des pays en développement, en matière de droits de propriété intellectuelle et de la vacuité institutionnelle dans les domaines concernés, les États-Unis engrangent des bénéfices excessifs grâce au monopole. En 1994, les États-Unis ont fait avancer l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), imposant un processus et des normes américanisés en matière de protection de la propriété intellectuelle, dans le but de consolider leur monopole sur la technologie.
Dans les années 1980, pour contenir le développement de l’industrie japonaise des semi-conducteurs, les États-Unis ont lancé l’enquête « 301 », ont renforcé leur pouvoir de négociation dans les négociations bilatérales par le biais d’accords multilatéraux, ont menacé d’accuser le Japon de pratiquer un commerce déloyal et ont imposé des droits de rétorsion, obligeant le Japon à signer l’accord américano-japonais sur les semi-conducteurs. En conséquence, les entreprises japonaises de semi-conducteurs ont été presque totalement exclues de la concurrence mondiale, et leur part de marché a chuté de 50 % à 10 %. Pendant ce temps, avec le soutien du gouvernement américain, un grand nombre d’entreprises américaines de semi-conducteurs ont saisi l’occasion et se sont emparées d’une plus grande part de marché.
◆ Les États-Unis politisent et militarisent les questions technologiques et les utilisent comme outils idéologiques. Dépassant le concept de sécurité nationale, les États-Unis ont mobilisé le pouvoir de l’État pour supprimer et sanctionner l’entreprise chinoise Huawei, ont restreint l’entrée des produits Huawei sur le marché américain, ont coupé son approvisionnement en puces et en systèmes d’exploitation, et ont contraint d’autres pays à interdire à Huawei d’entreprendre la construction de réseaux 5G locaux. Ils ont même convaincu le Canada de détenir sans raison la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, pendant près de trois ans.
Les États-Unis ont inventé un grand nombre d’excuses pour réprimer les entreprises chinoises de haute technologie compétitives au niveau mondial et ont inscrit plus de 1 000 entreprises chinoises sur des listes de sanctions. En outre, les États-Unis ont également imposé des contrôles sur la biotechnologie, l’intelligence artificielle et d’autres technologies de pointe, renforcé les restrictions à l’exportation, resserré le filtrage des investissements, supprimé les applications de médias sociaux chinoises telles que TikTok et WeChat, et fait pression sur les Pays-Bas et le Japon pour qu’ils restreignent les exportations de puces et d’équipements ou de technologies connexes vers la Chine.
Les États-Unis ont également pratiqué le deux poids deux mesures dans leur politique à l’égard des professionnels de la technologie liés à la Chine. Pour mettre sur la touche et supprimer les chercheurs chinois, depuis juin 2018, la validité des visas a été raccourcie pour les étudiants chinois se spécialisant dans certaines disciplines liées aux hautes technologies, des cas répétés se sont produits où des universitaires et des étudiants chinois se rendant aux États-Unis pour des programmes d’échange et des études ont été refusés de manière injustifiée et harcelés, et une enquête à grande échelle sur les universitaires chinois travaillant aux États-Unis a été menée.
◆ Les États-Unis solidifient leur monopole technologique au nom de la protection de la démocratie. En construisant de petits blocs technologiques, tels que l’« Alliance des puces » et le « Réseau Propre », les États-Unis ont apposé les étiquettes « démocratie » et « droits de l’homme » sur la haute technologie et ont transformé les questions technologiques en questions politiques et idéologiques pour fabriquer des excuses à leur blocus technologique contre d’autres pays. En mai 2019, les États-Unis ont enrôlé 32 pays à la Conférence de Prague sur la sécurité de la 5G en République tchèque et ont publié la Proposition de Prague pour tenter d’exclure les produits 5G de la Chine. En avril 2020, le secrétaire d’État américain de l’époque, Mike Pompeo, a annoncé la « Voie propre de la 5G », un plan conçu pour construire une alliance technologique dans le domaine de la 5G avec des partenaires liés par leur idéologie commune sur la démocratie et la nécessité de garantir la « cyber sécurité ». Ces mesures, en substance, sont les tentatives des États-Unis de maintenir leur hégémonie technologique par le biais d’alliances technologiques.
◆ Les États-Unis abusent de leur hégémonie technologique en menant des cyberattaques et des écoutes. Les États-Unis ont depuis longtemps la réputation d’être un « empire de pirates informatiques », blâmé pour ses actes de cyber-vol effrénés dans le monde entier. Ils disposent de toutes sortes de moyens pour mettre en œuvre des cyberattaques et une surveillance omniprésentes, notamment en utilisant les signaux de stations de base analogiques pour accéder aux téléphones portables afin de voler des données, en manipulant des applications mobiles, en infiltrant des serveurs en nuage et en volant par le biais de câbles sous-marins. La liste est longue.
La surveillance américaine ne fait pas de distinction. Tout le monde peut être la cible de sa surveillance, qu’il s’agisse de rivaux ou d’alliés, voire de dirigeants de pays alliés comme l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel et plusieurs présidents français. La cyber surveillance et les attaques lancées par les États-Unis sont autant de preuves que les États-Unis surveillent de près leurs alliés et partenaires. Cette mise sur écoute des alliés et des partenaires a déjà provoqué l’indignation du monde entier. Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, un site web qui a révélé les programmes de surveillance américains, a déclaré : « Ne vous attendez pas à ce qu’une superpuissance mondiale de surveillance agisse avec honneur ou respect. Il n’y a qu’une seule règle : Il n’y a pas de règles. »
V. L’hégémonie culturelle - la diffusion de faux récits
L’expansion mondiale de la culture américaine est un élément important de sa stratégie extérieure. Les États-Unis ont souvent utilisé des outils culturels pour renforcer et maintenir leur hégémonie dans le monde.
◆ Les États-Unis incorporent les valeurs américaines dans leurs produits, tels que les films. Les valeurs et le mode de vie américains sont liés à ses films, émissions de télévision, publications, contenus médiatiques et programmes par des institutions culturelles à but non lucratif financées par le gouvernement. Ils façonnent ainsi un espace culturel et d’opinion publique dans lequel la culture américaine règne et maintient son hégémonie culturelle. Dans son article intitulé « L’américanisation du monde », John Yemma, un universitaire américain, a exposé les véritables armes de l’expansion culturelle américaine, à savoir Hollywood, les usines de conception d’images de Madison Avenue et les chaînes de production de Mattel Company et de Coca-Cola.
Il existe différents véhicules que les États-Unis utilisent pour maintenir leur hégémonie culturelle. Les films américains sont les plus utilisés ; ils occupent aujourd’hui plus de 70 % des parts de marché dans le monde. Les États-Unis exploitent habilement leur diversité culturelle pour séduire les différentes ethnies. Lorsque les films hollywoodiens s’abattent sur le monde, ils crient les valeurs américaines qui leur sont liées.
◆ L’hégémonie culturelle américaine ne se manifeste pas seulement par une « intervention directe » mais aussi par une « infiltration médiatique » et comme « une trompette pour le monde ». Les médias occidentaux dominés par les États-Unis jouent un rôle particulièrement important dans la formation de l’opinion publique mondiale en faveur de l’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures des autres pays.
Le gouvernement américain censure strictement toutes les entreprises de médias sociaux et exige leur obéissance. Elon Musk, PDG de Twitter, a admis le 27 décembre 2022 que toutes les plateformes de médias sociaux collaborent avec le gouvernement américain pour censurer les contenus, a rapporté Fox Business Network. L’opinion publique aux États-Unis est soumise à l’intervention du gouvernement pour restreindre toutes les remarques défavorables. Google fait souvent disparaître des pages.
Le ministère de la Défense des États-Unis manipule les médias sociaux. En décembre 2022, The Intercept, un site d’investigation américain indépendant, a révélé qu’en juillet 2017, Nathaniel Kahler, un responsable du Commandement central américain, a demandé à l’équipe de politique publique de Twitter d’augmenter la présence de 52 comptes en langue arabe sur une liste qu’il a envoyée, dont six devaient être prioritaires. L’un des six comptes était consacré à la justification des attaques de drones américaines au Yémen, notamment en affirmant que les attaques étaient précises et ne tuaient que des terroristes, et non des civils. Suite à la directive de Kahler, Twitter a placé ces comptes en langue arabe sur une « liste blanche » pour amplifier certains messages.
◆Les États-Unis pratiquent le deux poids deux mesures en matière de liberté de la presse. Ils suppriment brutalement et réduisent au silence les médias d’autres pays par divers moyens. Les États-Unis et l’Europe interdisent l’accès à leurs pays aux principaux médias russes, tels que Russia Today et Sputnik. Des plateformes telles que Twitter, Facebook et YouTube restreignent ouvertement les comptes officiels de la Russie. Netflix, Apple et Google ont supprimé les chaînes et les applications russes de leurs services et de leurs magasins d’applications. Une censure draconienne sans précédent est imposée aux contenus liés à la Russie.
◆Les États-Unis abusent de leur hégémonie culturelle pour instiller une « évolution pacifique » dans les pays socialistes. Ils mettent en place des médias d’information et des tenues culturelles ciblant les pays socialistes. Ils déversent des quantités stupéfiantes de fonds publics dans les réseaux de radio et de télévision pour soutenir leur infiltration idéologique, et ces porte-paroles bombardent les pays socialistes dans des dizaines de langues avec une propagande incendiaire jour et nuit.
Les États-Unis se servent de la désinformation comme d’un fer de lance pour attaquer d’autres pays et ont construit une chaîne industrielle autour d’elle ; des groupes et des individus inventent des histoires et les colportent dans le monde entier pour tromper l’opinion publique avec le soutien de ressources financières presque illimitées.
Conclusion
Alors qu’une cause juste gagne à son champion un large soutien, une cause injuste condamne son poursuivant à être un paria. Les pratiques d’hégémonie, de domination et d’intimidation qui consistent à utiliser la force pour intimider les faibles, à prendre aux autres par la force et le subterfuge, et à jouer à somme nulle, causent un grave préjudice. Les tendances historiques de paix, de développement, de coopération et d’avantages mutuels sont inéluctables. Les États-Unis ont écrasé la vérité par leur puissance et piétiné la justice pour servir leurs intérêts personnels. Ces pratiques hégémoniques unilatérales, égoïstes et régressives ont suscité des critiques et une opposition croissantes et intenses de la part de la communauté internationale.
Les pays doivent se respecter mutuellement et se traiter sur un pied d’égalité. Les grands pays doivent se comporter d’une manière digne de leur statut et prendre l’initiative de poursuivre un nouveau modèle de relations d’État à État, fondé sur le dialogue et le partenariat, et non sur la confrontation ou l’alliance. La Chine s’oppose à toute forme d’hégémonisme et de politique de puissance et rejette toute ingérence dans les affaires intérieures des autres pays. Les États-Unis doivent faire un sérieux examen de conscience. Ils doivent examiner d’un œil critique ce qu’ils ont fait, abandonner leur arrogance et leurs préjugés, et renoncer à leurs pratiques hégémoniques, dominatrices et d’intimidation.
XINHUA News
Poutine : l'Occident a déclenché la guerre en Ukraine, la Russie utilise «la force pour l’arrêter »
Le président russe Vladimir Poutine a tenu le 21 février son discours annuel devant l'Assemblée fédérale. Outre les questions économiques et sociales, il a notamment évoqué les raisons de l'offensive en Ukraine et les perspectives internationales.
Poutine dénonce le « bluff » occidental sur le processus de paix
Au sujet de l'intervention en Ukraine, Vladimir Poutine a insisté sur la responsabilité des dirigeants occidentaux dans le conflit, soulignant : « Les États-Unis et l’OTAN ont accéléré le déploiement de leurs bases militaires et laboratoires biologiques secrets près des frontières de notre pays.»
Et de poursuivre : « Ils sont carrément fiers et se délectent de leur trahison, qualifiant les accords de Minsk ainsi que les sommets au format Normandie de performance diplomatique, de bluff. Il s'avère que tout le temps où le Donbass brûlait, où le sang coulait, quand la Russie cherchait sincèrement, et j’insiste là-dessus, sincèrement une solution, en réalité, ils jouaient avec la vie des gens, comme on dit dans des cercles fameux, avec des "cartes truquées". »
Vladimir Poutine s'est néanmoins dit prêt à de nouvelles discussions avec les pays occidentaux au sujet de l'architecture de sécurité en Europe, a ajouté Vladimir Poutine. Il a rappelé que la Russie avait proposé cette négociation durant plusieurs années et avait même envoyé officiellement aux Etats-Unis et à l'OTAN un projet d'accord en décembre 2021, mais s'était heurtée à une fin de non-recevoir de la part de l'Occident.
« Pas une guerre contre le peuple ukrainien », souligne Poutine
Rappelant que les populations du Donbass avaient fait l'objet de bombardements ukrainiens depuis 2014 en violation des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, Vladimir Poutine a souligné : « C’est [Kiev et ses alliés] qui ont déclenché la guerre. Alors que nous avons utilisé et utilisons la force pour l’arrêter. »
« Nous ne menons pas une guerre contre le peuple ukrainien, je l’ai déjà dit maintes fois. Le peuple ukrainien lui-même est devenu otage du régime de Kiev et de ses propriétaires occidentaux qui ont de facto occupé ce pays dans le sens politique, militaire et économique », a souligné le chef de l'Etat russe.
« Personne n’a pensé aux gens, ils les avaient préparés pour le massacre. Et finalement ils ont fait d’eux du matériel consommable. C’est triste, c’est effrayant d’en parler, mais c’est un fait. La responsabilité pour ce qui est d'inciter le conflit ukrainien, pour son escalade et l’augmentation du nombre des victimes revient amplement aux élites occidentales et au régime de Kiev actuel, pour lequel le peuple ukrainien est au fond étranger », a encore poursuivi Vladimir Poutine.
La Russie suspend sa participation au traité New Start, mais ne s'en est pas retirée
Vladimir Poutine a en outre, au cours de son discours, fait savoir que Moscou avait suspendu sa participation au traité New Start sur le désarmement nucléaire, sans pour autant se retirer de l'accord.
« Je suis contraint d'annoncer aujourd'hui que la Russie suspend sa participation au traité de réduction des armes stratégiques. Je répète qu'elle ne se retire pas du traité, non, mais qu'elle suspend sa participation. Avant de reprendre le dialogue sur cette question, nous devons comprendre nous-mêmes ce que les pays de l'OTAN comme la France et le Royaume-Uni revendiquent et comment nous allons prendre en compte leurs arsenaux stratégiques », a expliqué le dirigeant.
Evoquant une demande adressée début février par l'OTAN qui souhaitait pouvoir inspecter les infrastructures nucléaires russes dans le cadre de ce traité, Vladimir Poutine a dénoncé un « théâtre de l'absurde».
« Nous savons que l'Occident est directement impliqué dans les tentatives de frapper nos bases aériennes, et maintenant, ils veulent inspecter nos installations de défense ?», a-t-il raillé, notant que les arsenaux nucléaires de la Grande-Bretagne et la France étaient également «dirigés contre la Russie».
En août 2022, la diplomatie russe avait déjà fait savoir qu'elle suspendait les inspections prévues par l'OTAN en raison du conflit opposant les deux parties.
« Les initiateurs des sanctions se punissent eux-mêmes »
Enfin, au sujet des sanctions qui frappent la Russie, en particulier depuis le lancement de son offensive en Ukraine, Vladimir Poutine a souligné que l'Occident n'y avait « rien gagné».
« Les initiateurs des sanctions se punissent eux-mêmes en provoquant une hausse des prix, des pertes d'emplois, des fermetures d'entreprises et une crise énergétique dans leurs propres pays. Ils disent à leurs concitoyens, on le sait, que c'est la faute des Russes », a développé le président russe.
Au sujet du « vol » par l'Occident des réserves de change russes, Vladimir Poutine a résumé : «Je le répète, les sanctions antirusses ne sont qu'un moyen pour atteindre leur objectif, et cet objectif, comme le déclarent les dirigeants occidentaux eux-mêmes, je cite, est de "faire souffrir" les Russes, de les "faire souffrir". En voilà des humanistes ! Ils veulent faire souffrir notre peuple, déstabiliser ainsi la société de l'intérieur. Mais leur calcul s'est avéré faux. »
Vu sur l’application RT News
L’ancien Premier ministre israélien Bennett affirme que les États-Unis ont « bloqué » ses tentatives d’accord de paix entre la Russie et l’Ukraine.
L’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett a déclaré dans une interview que les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont « bloqué » ses efforts de médiation entre la Russie et l’Ukraine pour mettre fin à la guerre à ses débuts.
Le 5 mars 2022, Bennett s’est rendu en Russie pour rencontrer le président Vladimir Poutine. Dans l’interview, il a détaillé sa médiation à l’époque entre Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qu’il a dit avoir coordonnée avec les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Bennett a déclaré que les deux parties avaient accepté des concessions majeures au cours de ses efforts de médiation. Pour la partie russe, il a déclaré qu’ils avaient abandonné la « dénazification » comme exigence d’un cessez-le-feu. Bennett a défini la « dénazification » comme l’élimination de Zelensky. Lors de sa rencontre à Moscou avec Poutine, Bennett a déclaré que le dirigeant russe avait garanti qu’il n’essaierait pas de tuer Zelensky.
L’autre concession faite par la Russie, selon Bennett, est qu’elle ne chercherait pas le désarmement de l’Ukraine. Pour la partie ukrainienne, Zelensky a « renoncé » à demander l’adhésion à l’OTAN, ce qui, selon Bennett, était la « raison » de l’invasion de la Russie.
Les rapports de l’époque reflètent les commentaires de Bennet et ont déclaré que la Russie et l’Ukraine assouplissaient leurs positions. Citant des responsables israéliens, Axios a rapporté le 8 mars que la « proposition de Poutine est difficile à accepter pour Zelensky, mais pas aussi extrême qu’ils l’avaient prévu. Ils ont dit que la proposition n’inclut pas de changement de régime à Kiev et permet à l’Ukraine de conserver sa souveraineté.
Discutant de ce que les dirigeants occidentaux pensaient de ses efforts de médiation, Bennett a déclaré que le Premier ministre britannique de l’époque, Boris Johnson, avait adopté une « ligne agressive » tandis que Français président Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz étaient plus « pragmatiques ». Bennett a déclaré que le président Biden avait adopté « les deux » positions.
Mais en fin de compte, les dirigeants occidentaux se sont opposés aux efforts de Bennet. « Je vais dire cela au sens large. Je pense qu’il y a eu une décision légitime de l’Occident de continuer à frapper Poutine et de ne pas [négocier] », a déclaré Bennett.
Lorsqu’on lui a demandé si les puissances occidentales avaient « bloqué » les efforts de médiation, Bennet a répondu : « Fondamentalement, oui. Ils l’ont bloqué, et j’ai pensé qu’ils avaient tort. »
Comment les USA ont détruit le gazoduc Nord StreamLe journaliste états-unien Seymour Hersh, déjà à l’origine des informations sur le massacre de Mỹ Lai au Viêt Nam ou sur les actes de torture à Abou Ghraib ou encore sur la fausse attaque au gaz sarin en Syrie, vient de révéler comment les gazoducs Nord Stream ont été sabotés. Des plongeurs de l’US Navy ont posé des explosifs sous les gazoducs Nord Stream l’été dernier (durant l’« opération Baltops 22 » de l’Otan, du 5 au 17 juin 2022), que les Norvégiens ont activés trois mois plus tard, le 26 septembre, en larguant depuis un avion une bouée qui les a fait exploser. L’opération a été pilotée par Jacob Sullivan (conseiller national de Sécurité), Antony Blinken (secrétaire d’État) et Victoria Nuland (sous-secrétaire d’État pour les Affaires politiques). Ces trois personnalités font partie du cercle très restreint des disciples du philosophe Leo Strauss. Sa planification a débuté en décembre 2021, c’est-à-dire deux mois avant l’intervention militaire russe en Ukraine en application de la résolution 2202 du Conseil de sécurité (présentée comme une « invasion » par la propagande de l’Otan). Le 7 février 2022, recevant le chancelier allemand Olaf Scholz, le président Joe Biden avait déclaré : « Si la Russie envahit… il n’y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin ». En juin 2022, le Parlement norvégien a adopté un accord militaire avec les États-Unis leur concédant un droit d’accès et d’usage illimité dans quatre zones de son territoire. L’opération a été exécutée par l’US Navy de manière à ne pas avoir à rendre compte au Congrès, alors que le Commandement des Forces spéciales (SoCom) y est contraint. Ce sabotage est la plus grave action terroriste commise depuis la Seconde Guerre mondiale. Les victimes sont les propriétaires des gazoducs, soit la société russo-germano-néerlando-française domiciliée en Suisse, Nord Stream AG. L’impact de ce sabotage a ravagé l’économie de l’Union européenne, provoquant une hausse ahurissante des prix de l’énergie et des faillites en chaîne. |
Déjà 19 millions de livres radiés des bibliothèques ukrainiennesYevheniya Kravtchouk, présidente de la sous-commission de la Politique de l’Information et de l’intégration européenne de la Verkhovna Rada ukrainienne, a déclaré que 19 millions de livres avaient déjà été radiés des bibliothèques ukrainiennes en novembre dernier. Parmi ceux-ci 11 millions ont été passés au pilon parce que signés par des auteurs russes de toutes les époques. Ce programme, qui a débuté en juin 2022, vise à détruire 100 millions de livres liés à la culture russe. Ce n’est donc qu’un début. |
Monuments aux collaborateurs nazis en Ukraine
Forward est un site d'obédience juive. Dans le cadre d'une série consacrée à travers le monde aux monuments à la mémoire de collaborateurs nazis, ils se sont arrêtés en Ukraine. On peut dire qu'ils ont été servis. Cet article est paru au mois de janvier 2021, soit plus d'un an avant l'Opération Militaire Spéciale russe. Un voyage dans l'Ukraine néo-nazie... Mieux vaut prévenir de suite : ça donne le tournis.
Au cours des années écoulées depuis que le soulèvement de Maïdan a amené un nouveau gouvernement en Ukraine en 2014, de nombreux monuments aux collaborateurs nazis et aux auteurs de l’Holocauste ont été érigés, parfois jusqu’à un nouveau chaque semaine.
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À gauche : monument de Stepan Bandera, cérémonie d’ouverture, L’viv, 13 octobre 2007 (Wikimedia Commons). Droite : Monument Bandera, Ivano-Frankivsk (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
L’viv et Ivano-Frankivsk
1,5 million de Juifs, soit un quart de tous les Juifs assassinés pendant l’Holocauste, venaient d’Ukraine. Au cours des six dernières années, le pays a institutionnalisé le culte de l’Organisation paramilitaire des nationalistes ukrainiens (OUN), qui a collaboré avec les nazis et aidé au massacre des Juifs, et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), qui a massacré des milliers de Juifs et 70 000 à 100 000 Polonais. Stepan Bandera (1909-1959), le collaborateur nazi qui a dirigé une faction de l’OUN (appelée OUN-B) est une figure majeure vénérée dans l’Ukraine d’aujourd’hui ; ci-dessus, ses statues à L’viv (à gauche) et Ivano-Frankivsk (à droite). Merci à Per Anders Rudling, Tarik Cyril Amar et Jared McBride pour leurs conseils sur les collaborateurs ukrainiens.
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À gauche : porte festonnée de bannières accueillant l’invasion nazie de l’Ukraine, Zhovkva, 1941. Bannière du haut : "Heil Hitler ! Gloire à Petliura ! Gloire à Bandera !" (Les troupes du nationaliste Symon Petliura ont massacré des dizaines de milliers de Juifs pendant la Première Guerre mondiale). Bannière du milieu : "Vive la nation ukrainienne indépendante et souveraine ! Vive le leader Stepan Bandera !" Bannière du bas : "Heil Hitler ! Gloire aux forces armées allemandes et ukrainiennes non conquises ! Vive Bandera !" (Wikimedia Commons). A droite : Le monument de Bandera, Ternopil (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Ternopil et de nombreuses autres villes
Une autre statue de Bandera à Ternopil. En haut à gauche, une photo de Zhovkva 1941, où les membres de l’OUN ont accueilli les nazis, les aidant à assassiner les Juifs. Les bannières incluent « Heil Hitler ! » et « Gloire à Bandera ! »
L’Ukraine compte plusieurs dizaines de monuments et de noms de rues à la gloire de ce collaborateur nazi, suffisamment pour nécessiter deux pages Wikipedia distinctes (il y a tellement de rues Bandera que seules quelques-unes sont répertoriées dans ce projet). Il s’agit notamment :
• des monuments communs à sa
mémoire et à celle de Roman Shukhevych à
Cherkasy,
Horishniy,
Pochaiv,
Rudky et
Zaviy ;
• un monument à sa mémoire, à celle de
Shukhevych et d’autres dirigeants de l’OUN à
Morshyn ;
• un monument à sa mémoire et à celle de son
père à
Pidpechery ;
• une
plaque et un
monument à
Lutsk ;
• un bas-relief, un
monument et un musée à
Dubliany ;
• une
plaque, un monument et un musée (avec
buste) à
Stryi ;
• une
plaque, une rue et un monument à
Zdolbuniv ;
• monuments à
Berezhany,
Boryslav,
Buchach,
Chervonohrad,
Chortkiv, Drohobych,
Dubno,
Hordynya, Horodenka, Hrabivka
(Ivano-Frankivsk Raion),
Kalush,
Kamianka-Buzka,
Kolomiya,
Kozivka,
Kremenets,
Krushel’nytsya,
Kiev,
L’viv, (et une
plaque),
Mlyniv,
Mostyska,
Mykolaiv (Oblast de L’viv),
Mykytyntsi,
Nyzhnye (Raïon de Sambir), Pidvolochysk,
Romanivka, Sambir,
Skole,
Sniatyn, Staryi Sambir,
Seredniy Bereziv,
Sokal, Sosnivka,
Strusiv,
Tatariv,
Terebovlia,
Truskavets,
Turka,
Uzyn,
Velyki Mosty,
Verbiv (Hromada de Narayiv), Zahirochka
et
Zalishchyky ;
• une plaque et une rue à
Sniatyn et Zhytomyr ;
• des plaques à
Ivano-Frankivsk,
Khmelnytskyi et
Rivne ;
• des musées à Staryi Uhryniv (avec une
statue et une plaque commémorative) et à
Volya-Zaderevatska (avec un buste et un
bas-relief) ;
• un parc à
Kamianka-Buzka ;
• une rue à
Dnipro et une école à Dobromyl.
[Note de la rédaction : Dnipro et Tatariv ont été ajoutés à cette liste en octobre 2022.]
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Kyiv-Bandera-border.png
À gauche : Stepan Bandera (Wikimedia Commons). A droite : Marche d’extrême droite en l’honneur du 112ème anniversaire de Bandera, Kiev, 1er janvier 2021 (Genya Savilov/AFP via Getty Images). |
Kiev
En 2016, un grand boulevard de Kiev a été rebaptisé du nom de Bandera. Ce changement de nom est particulièrement obscène puisque la rue mène à Babyn Yar (1), le ravin où les nazis, aidés de collaborateurs ukrainiens, ont exterminé 33 771 Juifs en deux jours, dans l’un des plus grands massacres individuels de l’Holocauste. Le Centre Simon Wiesenthal et le Congrès juif mondial ont tous deux condamné cette initiative.
Ci-dessus à droite, la marche annuelle aux flambeaux lors de l’anniversaire de Bandera en 2021 ; lors des commémorations de 2017, les marcheurs ont scandé « Juifs dehors ! ».
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Krakovets-Shukhevych-bo...
À gauche : monument de Roman Shukhevych, Krakovets (Wikimedia Commons). À droite : bas-relief sur la maison natale de Shukhevych, L’viv (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Krakovets, L’viv et de nombreuses autres villes
Monuments à la mémoire de Roman Shukhevych (1907-1950), autre figure de l’OUN et collaborateur des nazis, qui était un chef du bataillon auxiliaire Nachtigall de l’Allemagne nazie, devenu par la suite la 201ème unité de police auxiliaire Schutzmannschaft. Shukhevych a ensuite commandé la brutale Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), responsable du massacre de milliers de Juifs et de 70 000 à 100 000 Polonais.
Le monument à Krakovets (ci-dessus à gauche) et la plaque à L’viv (ci-dessus à droite) sont deux des nombreuses statues de Shukhevych en Ukraine. Il s’agit notamment de monuments communs à sa mémoire et à celle d’autres nationalistes dans plusieurs villes (voir l’entrée Bandera ci-dessus) ; d’un monument à sa mémoire et à celle d’autres nationalistes à Sprynya ; d’un monument, de deux plaques et d’un bas-relief à l’Université Nationale Polytechnique de L’viv ; et des monuments à Borschiv, Ivano-Frankivsk, Kalush, Khmelnytskyi, Khust, Kniahynychi, (et une plaque), Kolochava, Oglyadiv, Shman’kivtski, Staryi Uhryniv (au musée Stepan Bandera), Tyshkivtsyah, Tyudiv, et Zabolotivka ; des plaques à Buchach, Kamianka-Buzka, Kolomyia, Pukiv, Radomyshl’, Rivne et Volya-Zaderevatska ; un musée à Hrimne ; un stade à Ternopil ; une station de métro à Kiev ; et une école à Ivano-Frankivsk. Voir The Algemeiner sur le refus d’Israël de donner le nom de Shukhevych au stade de Ternopil.
Les monuments Shukhevych au Canada et aux États-Unis sont encore plus choquants.
En outre, Shukhevych est honoré par plusieurs dizaines de rues en Ukraine (il y en a tellement que seules quelques-unes sont répertoriées dans ce projet). La plupart des statues de Bandera et de Shukhevych se trouvent en Ukraine occidentale, dans des villes où la population juive a été exterminée par des paramilitaires fidèles à ces hommes. Un grand boulevard a également été nommé en l’honneur de Shukhevych à Kiev. Le Congrès juif mondial a condamné la glorification de Shukhevych et la statue d’Ivano-Frankivsk.
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Ternopil-Stetsko-border.png
À gauche : Yaroslav Stetsko (Wikimedia Commons). Droite : Buste de Stetko, Ternopil (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Ternopil
Un buste du génocidaire Yaroslav Stetsko (1912-1986), qui a dirigé en 1941 le gouvernement ukrainien collaborateur des nazis, qui a accueilli les Allemands et déclaré son allégeance à Hitler. Antisémite forcené, Stetsko avait écrit : « J’insiste sur l’extermination des Juifs et sur la nécessité d’adapter les méthodes allemandes d’extermination des Juifs en Ukraine. » Cinq jours avant l’invasion nazie, Stetsko a assuré au leader de l’OUN-B, Stepan Bandera : « Nous organiserons une milice ukrainienne qui nous aidera à éliminer les Juifs ».
Il a tenu parole - l’invasion allemande de l’Ukraine s’est accompagnée d’horribles pogroms avec l’incitation et la participation enthousiaste des nationalistes de l’OUN. Le pogrom initial de L’viv a fait à lui seul 4 000 victimes. À la fin de la guerre, les groupes nationalistes ukrainiens ont massacré des dizaines de milliers de Juifs, à la fois en coopération avec les escadrons de la mort nazis et de leur propre chef.
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Stryi-Stetsko-top-borde...
À gauche : buste de Yaroslav Stestko, Stryi (Wikimedia Commons). Droite : Statue de Stetsko, Velykyi Hlybochok (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Stryi et treize autres localités
On trouve d’autres monuments à la mémoire de Stetsko à Stryi (ci-dessus à gauche), qui possède également une rue Stetsko, à Velykyi Hlybochok (ci-dessus à droite), qui possède également un musée Stetsko (avec plaque) et une école, à Kam’yanky et à Volya Zaderevatska. Stetsko a également un monument commun à sa mémoire et à celle d’autres dirigeants de l’OUN à Morshyn et des rues à Dubno, Khmelnytskyi, Lutsk, L’viv, Monastyrys’ka, Rivne, Rudne, Sambir et Ternopil. Après la guerre, Stetsko - l’homme qui a officiellement promis la loyauté de son gouvernement à Hitler - s’est installé aux États-Unis, où il s’est rapidement élevé dans les plus hautes sphères de Washington. Il a été salué comme le chef des combattants de la liberté par Ronald Reagan et George H.W. Bush.
Ci-dessous à gauche, Stetsko rencontrant le vice-président Bush, 1983. Ci-dessous à droite, la signature de Stetsko sur la Proclamation de l’État ukrainien avec un engagement à « travailler étroitement avec la Grande Allemagne national-socialiste sous la direction d’Adolf Hitler. »
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Stryi-Stetsko-bottom-border.png
À gauche : Yaroslav Stetsko, à gauche, avec le vice-président américain de l’époque, George H. W. Bush, 1983. A droite : La signature de Stetsko sur la proclamation du 30 juin 1941 de l’établissement du gouvernement collaborationniste nazi par la faction Stepan Bandera de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B) ; le gouvernement était dirigé par Stetsko (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
* * *
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Lviv-Paliiv-top-border-...
À gauche : Dmytro Paliiv, SS-Hauptsturmführer de la 14e Division Waffen Grenadier de la SS (1re Galicienne), à droite, lors d’une cérémonie SS, 1943/1944. A droite : Plaque de Paliiv, L’viv (Wikimedia Commons). Image par collage Forward |
L’viv
Une plaque commémorative à la mémoire de Dmytro Paliiv (1896-1944), cofondateur et SS-Hauptsturmführer de la 14ème division de grenadiers de la Waffen-SS (1ère Galicienne) alias SS Galichina, dévoilée en 2007. La SS Galichina a été formée en tant que division de la Waffen-SS en 1943. Parmi les crimes de guerre de cette formation figure le massacre de Huta Pieniacka, au cours duquel une sous-unité de la SS Galichina a massacré entre 500 et 1 200 villageois polonais, y compris en les brûlant vifs.
Ci-dessus à gauche, Paliiv (tenant un papier) lors d’une cérémonie SS, 1943-1944. Cet officier des Waffen-SS a une plaque et un bas-relief dans sa ville natale de Perevozets’ (inauguré en 2001) ainsi qu’une plaque et une rue à Kalush. The Jewish Telegraphic Agency a fait état de menaces de mort à l’encontre d’un homme qui s’opposait à la dénomination de la rue.
Ci-dessous à gauche, une marche à Stanislaviv (aujourd’hui Ivano-Frankivsk), Ukraine occidentale, 1941 ; ci-dessous à droite, une marche célébrant le 71ème anniversaire de la fondation de SS Galichina, L’viv, Ukraine occidentale, 2014. La marche de 2018 à L’viv consistait en des centaines de personnes faisant des saluts nazis coordonnés. Voir le rapport du JTA.
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Lviv-Paliiv-bottom-border.png
À gauche : défilé honorant le gouverneur général du Troisième Reich en Pologne, Hans Frank, Stanislaviv (aujourd’hui Ivano-Frankivsk), 1941 (Wikimedia Commons). À droite : marche commémorant la création de la 14e division de grenadiers Waffen de la SS (1re Galicienne), L’viv, 28 avril 2014 (Yuri Dyachyshyn/AFP via Getty Images). Image par Forward collage |
[Remarque : les entrées ci-dessous ont été ajoutées lors de la mise à jour du projet de janvier/avril 2022.]
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Bistrychi-border.png
À gauche : Taras Bulba-Borovets (au centre) avec son personnel, le 21 septembre 1941 (Wikimedia Commons). Bannière : "Liberté pour l’Ukraine ! Mort à Moscou !" à gauche de la croix gammée ; "Vive l’armée allemande !" à droite de la croix gammée. À droite : Plaque et bas-relief de Bulba-Borovets, Bystrychi (Wikimedia Commons). Image par collage Forward |
Bystrychi et cinq autres localités
Plaque commémorative en hommage à Taras Bulba-Borovets (1908-1973), collaborateur nommé par les nazis à la tête de la milice ukrainienne du district de Sarny. Les hommes de Bulba-Borovets ont organisé et exécuté de nombreux pogroms, massacrant les Juifs de la région. En plus de la plaque dans son village natal, Bulba-Borovets a une autre plaque à Olevsk, un monument à Berezne et des rues à Lutsk, Ovruch et Zhytomyr.
Après la guerre, Bulba-Borovets, comme de nombreux collaborateurs nazis, s’est installé au Canada, où il a dirigé un journal en ukrainien. Ci-dessus à gauche, Bulba-Borovets (au centre) avec son personnel, 1941. La bannière à droite du drapeau à croix gammée dit « Vive l’armée allemande ! » Pour en savoir plus sur la glorification de Bulba-Borovets, voir l’article de l’historien Jared McBride, les témoignages de témoins oculaires de l’Holocauste à Olevsk sur Yahad-In Unum et les témoignages de survivants sur Yad Vashem.
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À gauche : Andryi Melnyk (Wikimedia Commons). A droite : Complexe commémoratif Melnyk, Volya Yakubova (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Volya Yakubova et sept autres lieux
Un complexe commémoratif et un musée séparé à Andryi Melnyk (1890-1964). En 1940, l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) se divise en deux factions : l’OUN-M, dirigée par Melnyk et l’OUN-B, dirigée par Stepan Bandera. La faction de Melnyk était tout aussi génocidaire que celle de Bandera - un journal de l’OUN-M célébrait avec joie la liquidation des Juifs de Kiev à Babi Yar (voir l’article sur Ivan Rohach ci-dessous).
Il a également un monument (ci-dessous à droite) et une rue à Ivano-Frankivsk ainsi que des rues à Chortkiv, Drohobych, Dubno (Oblast de Rivne), Kolomyia, L’viv, Rivne et Stryzhivka. En 2020, le Congrès juif mondial et la Confédération juive d’Ukraine ont dénoncé la tentative de Kiev d’honorer Melnyk.
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À gauche : arc accueillant l’invasion nazie, 1941 (Eduard Dolinsky). Bannière du haut : "Heil Hitler". Bannière du bas : "Gloire à Hitler. Gloire à Melnyk". A droite : La statue d’Andryi Melnyk, Ivano-Frankivsk (Google maps). Image par Forward collage |
* * *
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À gauche : des membres du 115ème bataillon de la Schutzmannschaft défilent à Kiev, en 1942 (Wikimedia Commons). Droite : Mémorial de Bukovinsky Kuren, Tchernivtsi (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Tchernivtsi
Un mémorial à la Bukovinsky Kuren, une grande formation paramilitaire composée de membres de l’OUN-M (voir l’entrée Andryi Melnyk ci-dessus). L’unité a été formée à l’origine dans la région ukrainienne-roumaine de Bukovina et s’est dirigée vers Kiev après l’invasion nazie de l’Ukraine en 1941. Selon plusieurs rapports, l’unité a marché sur Kiev au moment du massacre de Babi Yar, lorsque les nazis, aidés par des nationalistes ukrainiens, ont abattu 33 771 Juifs en deux jours, l’un des massacres les plus horribles de l’Holocauste.
Par la suite, une grande partie du Bukovinsky Kuren a été reformée en 115ème et 118ème bataillons de la Schutzmannschaft. La Schutzmannschaft était un bataillon de police auxiliaire composé de collaborateurs locaux en Union soviétique, principalement en Ukraine, en Biélorussie et dans les pays baltes. Ils dépendaient de l’Ordnungspolizei qui était contrôlée par la SS. Ces bataillons ont joué un rôle crucial dans la guerre et l’Holocauste : L’Allemagne les a utilisés pour réprimer la résistance antinazie et pour perpétrer le génocide en rassemblant les Juifs dans des ghettos et en les massacrant dans les champs et les forêts avoisinants. Souvent, la Schutzmannschaft a commis des crimes de guerre contre des Juifs, d’autres ethnies telles que les Roms et des civils de leur propre chef, et pas seulement sur ordre des nazis. (Pour en savoir plus, voir l’ouvrage de Martin Dean).
Deux pelotons du 118ème bataillon de la Schutzmannschaft se sont distingués en perpétrant le massacre de Khatyn en 1943, lorsqu’ils ont liquidé un village biélorusse en brûlant les habitants vivants et en abattant tous ceux qui tentaient de s’échapper. (Voir le New York Times sur l’un des auteurs du massacre qui avait émigré au Canada).
Ci-dessus à gauche, des soldats du 115ème bataillon de la Schutzmannschaft, qui comprenait des combattants du Bukovinsky Kuren, défilent dans Kiev, 1942. Voir la section américaine pour un mémorial au Bukovinsky Kuren.
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À gauche : Oleksa Babiy (Wikimedia Commons). A droite : Juifs forcés de se déshabiller avant d’être assassinés à Babi Yar, Kiev, 29-30 septembre 1941 (United States Holocaust Memorial Museum, Ernst Klee Archive). Image par Forward collage |
Zhyznomyr
Dans ce village, une plaque est dédiée à un membre de l’OUN-M, Oleksa Babiy (1909-1944), qui a directement participé au massacre de Babi Yar alors qu’il servait dans l’unité Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppe C, l’escadron de la mort SS qui porte la responsabilité principale du massacre. Deux ans plus tard, Babiy est devenu officier dans la SS Galichina, la division ukrainienne de la Waffen-SS (voir l’entrée Volodymyr Kubiyovych ci-dessous pour en savoir plus sur la SS Galichina). Ci-dessus à droite, des Juifs forcés à se déshabiller et à abandonner leurs biens avant d’être fusillés à Babi Yar. Voir les témoignages de Yad Vashem ici.
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À gauche : éditorial d’Ukrayins’ke Slovo « Le Juif est le plus grand ennemi de notre peuple » , 2 octobre 1941 (Libraria.ua). À droite : exposition temporaire honorant les nationalistes ukrainiens, dont Ivan Rohach, en tant que « victimes » des nazis, érigée par le gouvernement ukrainien pour les commémorations de Babi Yar, Kiev, automne 2016 (Eduard Dolinsky). Image réalisée par Forward collage |
Kiev et deux autres localités
Une rue portant le nom d’un membre de l’OUN-M, Ivan Rohach (1914-1942). Antisémite virulent, Rohach publiait et éditait le Ukrayins’ke Slovo, un journal de l’OUN-M qui prônait avec véhémence le génocide des Juifs d’Ukraine. Le 2 octobre 1941, trois jours après que les Allemands et les collaborateurs ukrainiens aient exterminé 33 771 Juifs à Babi Yar, Rohach publia un éditorial intitulé « Le Juif est le plus grand ennemi du peuple », appelant les Ukrainiens à ne montrer aucune pitié aux Juifs (ci-dessus à gauche).
Une semaine plus tard, il publie un article invitant ses lecteurs à rechercher tout survivant juif qui se cacherait dans la ville. La même semaine, l’Ukrayins’ke Slovo a célébré l’amélioration de la vie à Kiev (*), faisant l’éloge de l’abondance de logements « inoccupés » qui étaient soudainement devenus disponibles. (Ces logements étaient des maisons juives rendues « inoccupées » par le massacre de leurs habitants).
Finalement, les Allemands se sont lassés de certains de leurs laquais de l’OUN-M et ont exécuté Rohach. En 2016, le gouvernement ukrainien a pris la décision obscène de le pleurer comme une victime nazie lors des commémorations du massacre de Babi Yar - le massacre qu’il avait approuvé avec tant d’enthousiasme (ci-dessus à droite).
Rohach a une rue supplémentaire à Khust et une plaque et une rue à Velykyi Berezhny.
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À gauche : Oleg Olzhych (Wikimedia Commons). Droite : Plaque commémorative d’Olzhych, Kiev (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Kiev et de nombreuses autres localités
Une plaque à la mémoire d’Oleg Olzhych (1907-1944), archéologue, écrivain et membre éminent de l’OUN-M. Olzhych est venu à Kiev dans le cadre d’une formation de l’OUN-M destinée à aider la prise de contrôle nationaliste de l’Ukraine en 1941. Il est devenu un personnage clé de l’Ukrayins’ka Natsional’na Rada. Cette entité de l’OUN-M coordonne la formation de la police auxiliaire ukrainienne qui aide les Allemands. Elle publie également de la propagande comme l’Ukrayins’ke Slovo (voir l’entrée Ivan Rohach ci-dessus).
Les honneurs d’Olzhych comprennent une bibliothèque et une rue (avec plaque) à Kiev ; une statue, une bibliothèque, une rue (avec plaque) et une autre plaque à Zhytomyr ; des plaques et des rues à Tchernivtsi, Khust, L’viv, Rivne et Tyachiv ; rues à Arbuzynka, Bilokorovychi, Ivano-Frankivsk, Korostyshiv, Kovel, Kremenets, Kremenchuk, Kropyvnytskyi, Letychiv, Lutsk, Nadvirna, Noviy Bug, Olevsk, Ostroh, Poltava, Rozsoshentsi, Sambir, Stryi, Sumy, Trubky, Verhnya Yablunka, Volodymyr-Volynskyi, Vyzhnytsya, Zalishchyky, Zdolbuniv, Zhuky et Zolochiv ; une rue et une école à Mykolayiv ; et une école à Pushcha-Vodytsia. Voir la section États-Unis pour un buste d’Olzhych.
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À gauche : Ivan Kedyulich (Wikimedia Commons). À droite : membres du 115ème bataillon de la Schutzmannschaft, Kiev, 1942. Image par Forward collage |
Perechyn
La ville a une rue qui honore conjointement les frères Ivan et Panas Kedyulich. Ivan Kedyulich (1912-1945) était un membre de l’OUN-M qui est venu à Kiev avec la même formation qu’Oleg Olzhych (voir l’entrée ci-dessus). Kedyulich devint le chef de la police auxiliaire locale de la ville qui aida les nazis lors des massacres à Babi Yar et ailleurs. Les unités de police organisées par Kedyulich fournissaient également des combattants pour les bataillons de la Schutzmannschaft. En haut à droite, des combattants de la 115ème Schutzmannschaft à Kiev, 1942.
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À gauche : Kost Himmel’raich (Wikimedia Commons). À droite : plaque Himmel’raich, Ivangorod (Eduard Dolinsky). Image par Forward collage |
Ivangorod
Une plaque à la mémoire de Kost Himmel’raich (1912-1991), membre de l’OUN-M qui a travaillé avec Ivan Kedyulich (voir l’entrée ci-dessus) pour former la police auxiliaire locale de Kiev, contrôlée par les Allemands. La plaque de Himmel’raich, comme de nombreuses plaques à l’effigie de collaborateurs ukrainiens, se trouve dans une école où il est présenté comme un modèle pour les enfants.
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À gauche : Ivan Klymiv-Legenda (Wikimedia Commons). Droite : Statue de Klymiv-Legenda, Silets’ (Wikimedia Commons). Image par collage Forward |
Silets’ (Raïon de Chervonohrad)
L’invasion allemande de l’Ukraine en juin 1941 s’accompagne de pogroms généralisés qui entraînent le meurtre de milliers de Juifs dans toute l’Ukraine occidentale. Nombre d’entre eux sont organisés et fomentés par l’OUN-B, la branche Stepan Bandera de l’OUN (pour en savoir plus sur la scission de l’OUN, voir l’article sur Andriy Melnyk ci-dessus). Parmi eux, Ivan Klymiv (1909-1942) alias Klymiv-Legenda, qui diffusait des tracts incitant la population ukrainienne à tuer des Juifs.
Pendant l’invasion, l’OUN-B proclame la création d’un gouvernement ukrainien dirigé par Yaroslav Stetsko. Ce gouvernement autoproclamé s’est formellement engagé à travailler en étroite collaboration avec Adolf Hitler (voir l’entrée Stetsko pour en savoir plus). Klymiv devient ministre de la coordination politique. Outre le monument, il possède une rue et une école à Silets’ et un monument commun à Bandera et à lui à Sosnivka (Raïon de Sokal).
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À gauche : Oleksandr Gasyn (Wikimedia Commons). A droite : Monument Gasyn, Konyukhiv (Eduard Dolinsky). Image réalisée par Forward collage |
Konyukhiv et quatre autres localités
Konyukhiv possède un monument, un musée et une rue dédiés à Oleksandr Gasyn (1907-1949), originaire du village et vice-ministre de la défense du gouvernement autoproclamé de l’OUN-B en 1941. Par la suite, Gasyn a travaillé en étroite collaboration avec son collègue collaborateur et commandant de l’UPA, Roman Shukhevych, lorsque l’UPA procédait au nettoyage ethnique des Polonais (voir l’entrée Vasyl Vasylyashko ci-dessous). Gasyn a également une plaque à Volya-Zaderevatska et des rues à Sambir, Skole et Stryi.
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À gauche : Yaroslav-Mykhailo Starukh, au milieu (Wikimedia Commons). A droite : Buste de Starukh, Zolota Slobova (Screenshot/YouTube). Image par Forward collage |
Zolota Sloboda
Un buste de Yaroslav-Mykhailo Starukh (1910-1947), secrétaire du ministère de l’information et de la propagande au sein du gouvernement autoproclamé de l’OUN-B. Le village a également une plaque de Starukh sur un bâtiment scolaire, où il est présenté comme un exemple pour les enfants.
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A gauche : pogrom de L’viv, 1er juillet 1941. À droite : plaque commémorant la proclamation du 30 juin 1941 du gouvernement collaborationniste de l’OUN-B, L’viv (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
L’viv et Zmiivka
Une plaque commémorant la proclamation du gouvernement autoproclamé de l’OUN-B sur la place principale de L’viv. Cette plaque est d’autant plus obscène qu’au moment de l’annonce de la proclamation, l’OUN-B était à l’origine de pogroms qui ont fait couler le sang de 6 000 Juifs dans les rues de L’viv (ci-dessus à gauche). Le Mémorial des combattants pour la liberté de l’Ukraine à Zmiivka comprend également une plaque commémorative de la proclamation de 1941. Voir la section États-Unis pour une autre plaque commémorant la proclamation de l’OUN-B.
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À gauche : Le maire de L’viv, Yuri Polyanskiy, deuxième à partir de la droite, accueille le gouverneur général du Troisième Reich en Pologne, Hans Frank (à l’extrême gauche), dans la ville, L’viv, 1er août 1941 (National Digital Archives Poland). À droite : Plaque Polyurianskiy, L’viv (Kamenyar). Image par collage Forward |
L’viv
Ci-dessus à gauche, le maire de L’viv, Yuri Polyanskiy (1892-1975), accueille le gouverneur général de Pologne Hans Frank dans la ville, le 1er août 1941. À ce moment-là, au moins 6 000 Juifs de L’viv ont été massacrés dans une série de pogroms incités et menés en grande partie par des nationalistes ukrainiens.
Frank, aidé par des collaborateurs ukrainiens, a ensuite supervisé le génocide de plus de 200 000 Juifs de L’viv ; en 1946, il a été pendu pour crimes contre l’humanité par le tribunal de Nuremberg. Polyanskiy, quant à lui, a émigré en Argentine où il est devenu professeur d’université. Sa plaque commémorative à L’viv, ci-dessus à droite, énumère ses réalisations universitaires mais omet sa collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Voir les témoignages des survivants du massacre et du ghetto de L’viv, Yad Vashem.
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À gauche : Oleksandr Lutskyi (Wikimedia Commons). A droite : Mémorial de tous les combattants pour la liberté de l’Ukraine avec Lutskyi à droite, Bodnariv (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Bodnariv et L’viv
Le monument de Bodnariv dédié à Oleksandr Lutskyi (1910-1946), un officier du bataillon auxiliaire Nachtigall de l’Allemagne nazie qui a envahi l’Ukraine aux côtés d’autres forces du Troisième Reich en juin 1941. Le Nachtigall était un bataillon de l’Abwehr, la division des renseignements militaires des forces armées du Troisième Reich. Il était composé de volontaires ukrainiens, principalement de la branche OUN-B de l’OUN. Le commandant ukrainien était Roman Shukhevych, qui est aujourd’hui glorifié dans toute l’Ukraine (voir son entrée plus haut).
À l’automne 1941, Nachtigall fut réorganisé en 201ème bataillon de police auxiliaire de la Schutzmannschaft, qui fut impliqué dans des violences antisémites meurtrières et dans la répression brutale de la résistance antinazie en Biélorussie. Voir l’entrée Bukovinsky Kuren pour en savoir plus sur la Schutzmannschaft. Lutskyi a également une rue à L’viv.
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À gauche : le bataillon Nachtigall à L’viv, le 30 juin 1941. À droite : 201e bataillon de la Schutzmannschaft avec Roman Shukhevych au premier rang, le plus proche de la caméra, 1942. Image par collage Forward |
Zavyshen’
En 2018, ce village a dévoilé une plaque à la mémoire de Vasyl Vasylyashko (1918-1946) qui a servi dans le bataillon Nachtigall, puis dans le 201ème bataillon de la Schutzmannschaft. Par la suite, Vasylyashko est devenu un commandant de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), l’aile paramilitaire de l’OUN-B créée en 1943 et responsable du nettoyage ethnique de 70 000 à 100 000 villages polonais dans la région de Volyn.
Il n’existe pas de photo historique claire de Vasylyashko ; sa plaque est visible dans une vidéo (2) de sa cérémonie d’inauguration. Ci-dessus à gauche, le Nachtigall défilant dans L’viv le 30 juin 1941, alors que les pogroms anti-juifs faisaient rage dans toute la ville. Ci-dessus à droite, le 201ème Schutzmannschaft en formation, 1942 ; Roman Shukhevych est au premier rang, le plus près de la caméra.
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À gauche : Omelyan Polovyi (Wikimedia Commons). A droite : Plaque de Polovyi, Ternopil (Screenshot/YouTube). Image réalisée par Forward collage |
Ternopil
Une plaque et une rue honorant Omelyan Polovyi (1913-1999). Polovyi a suivi le chemin familier des membres de l’OUN-B, servant dans le Nachtigall, puis commandant d’un peloton dans le 201ème et devenant ensuite colonel de l’UPA. Polovyi et d’autres combattants de l’OUN-B issus du Nachtigall, de la Schutzmannschaft et des bataillons locaux de police auxiliaire ont acquis une expérience pratique de l’Holocauste en 1941 et 1942. Cette expérience meurtrière a été mise à profit en 1943, lorsqu’ils ont rejoint l’UPA et organisé le nettoyage ethnique des Polonais.
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A gauche : Petro Gudzovatiy (Eduard Dolinsky). A droite : Plaque Gudzovatiy, Volodymyrtsi (Eduard Dolinsky). Image réalisée par Forward collage |
Volodymyrtsi
Une plaque à la mémoire de Petro Gudzovatiy (1912-1946), qui a combattu dans le Nachtigall, le 201ème, puis l’UPA, où il commandait une unité de district. La plaque est érigée sur un bâtiment gouvernemental où Gudzovatiy a travaillé.
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À gauche : Vasyl Sydor (Wikimedia Commons). Droite : Buste de Sydor, Spasiv (Wikimedia Commons). Image par collage Forward |
Spasiv et Stryi
Le buste à Spasiv de Vasyl Sydor (1910-1949), officier du Nachtigall qui devint oberzugführer au 201ème. Par la suite, Sydor a joué un rôle crucial dans la formation de l’UPA, devenant finalement commandant de l’UPA-Ouest (l’une des quatre subdivisions de l’organisation paramilitaire). Il possède également un collège à Spasiv et une rue à Stryi. En 2020, le Congrès juif mondial et la Confédération juive d’Ukraine ont dénoncé la tentative de Kiev d’honorer Sydor.
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À gauche : entraînement du 201ème bataillon de la Schutzmannschaft, Noihammer, Allemagne, 1942 ; Roman Shukhevych est au premier rang, deuxième à partir de la gauche. A droite : Monument à Oleksiy Demsky, Lypivka (cartes Google). Image réalisée par Forward collage |
Lypivka (Raïon de Rohatyn)
Un monument à la mémoire d’Oleksiy Demsky (1922-1955), un autre membre de Nachtigall et du 201ème. Ci-dessus à gauche, le 201ème Schutzmannschaft en formation avec Roman Shukhevych au premier rang, deuxième à partir de la gauche.
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À gauche : Ivan Hrynokh (Wikimedia Commons). À droite : monument aux dirigeants du Conseil suprême de libération de l’Ukraine, Sprynya (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Sprynya
Dans ce village, le monument commun à plusieurs personnalités de l’OUN comprend une statue d’Ivan Hrynokh (1907-1994). Hrynokh, prêtre de l’Église ukrainienne gréco-catholique, a servi comme aumônier dans le bataillon Nachtigall, où il a été décoré de la Croix de fer, une distinction militaire de l’Allemagne nazie. Après son service au sein du Troisième Reich, Hrynokh est devenu éditeur et professeur à Munich. Hrynokh, comme de nombreux dirigeants de l’OUN, a entretenu des relations fructueuses avec la CIA pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale : l’analyse de l’agence à son sujet note « qu’il est très sévère... il est capable d’une grande cruauté ». Voir la recherche FOIA et la salle de lecture de la CIA pour les documents déclassifiés.
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À gauche : buste de Dmytro Gah, Khryplyn (Eduard Dolinsky). A droite : Plaque Stepan Burdyn, Khryplyn (Google maps). Image par collage Forward |
Ce village célèbre deux collaborateurs locaux avec un buste de Dmytro Gakh (1919-1945), ci-dessus à gauche, et une plaque pour Stepan Burdyn (1912-1947), ci-dessus à droite. Tous deux ont servi dans le Nachtigall (Gakh était officier), puis dans le 201ème. Par la suite, tous deux sont devenus commandants de l’UPA.
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À gauche : buste de Terentiy Pihotskiy faisant partie du monument Stepan Bandera, Sambir (cartes Google). A droite : Plaque de Pihotskiy, Storona. Image par Forward collage |
Sambir et Storona
Le buste de Sambir à Terentiy Pihotskiy (1912-1944) qui a combattu dans le Nachtigall avant de devenir un commandant de l’UPA. Il a également une plaque sur une école dans son village natal de Storona.
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À gauche : Oleksiy Khymynets (Wikimedia Commons). A droite : La police ukrainienne exécutant une femme et deux enfants, Miropol, 13 octobre 1941 (Archives des services de sécurité, Historický fond StB (H), arch. č. H-770-3). Image par Forward collage |
Sadzhava
Ce village honore le fils du pays, Oleksiy Khymynets (1912-1945), par un monument et une rue. Khymynets a servi l’Allemagne non seulement dans le Nachtigall et le 201ème, mais aussi dans la police auxiliaire locale (voir l’entrée Volodymyr Schygel’skiy ci-dessous pour en savoir plus sur le rôle de la police). Par la suite, il est devenu un officier de l’UPA. Sa rue utilise son nom de guerre « Blagyi ». Ci-dessus à droite, une photo rare et effrayante de l’Holocauste par balles tel qu’il s’est produit ; la police ukrainienne exécute une femme et deux enfants à Miropol, en 1941.
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À gauche : Danylo Rudak (Wikimedia Commons). À droite : mémorial avec plaque à Rudak sur la droite, Nazavyziv. Image réalisée par Forward collage |
Nazavyziv
Une plaque commémorative en l’honneur de Danylo Rudak (1917-1948), qui a servi dans le Nachtigall et le 201ème, puis est devenu un officier de l’UPA.
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À gauche : Petro Khamchuk (Wikimedia Commons). Droite : Buste de Khamchuk, Chortkiv (Google maps). Image par Forward collage |
Chortkiv
Un buste de Petro Khamchuk (1919-1947), un autre membre de l’un des bataillons de la Schutzmannschaft de l’Allemagne nazie. Par la suite, Khamchuck est devenu un commandant de l’UPA.
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A gauche : Vasyl Andrusyak, à gauche. Droite : Plaque d’Andrusyak, cathédrale de la Transformation, Ivano-Frankivsk (cartes Google). Image réalisée par Forward collage |
Ivano-Frankivsk et trois autres localités
À l’extérieur de la cathédrale de la Transformation de la ville se trouve une plaque à la mémoire de Vasyl Andrusyak (1915-1946). En 1941, Andrusyak était commandant de peloton dans le bataillon Roland de l’Allemagne nazie. Roland était une formation complémentaire du bataillon Nachtigall (voir les entrées ci-dessus) : tout comme Nachtigall, il s’agissait d’une unité auxiliaire ukrainienne de l’Abwehr (services de renseignements militaires du Troisième Reich) qui a participé à l’invasion nazie de l’Ukraine et a été réorganisée plus tard en 201ème bataillon de la Schutzmannschaft.
Après avoir servi dans le Roland, Andrusyak est devenu un officier de l’UPA. Il a également une statue, une rue et un musée dans sa ville natale de Sniatyn et des rues à Hrabivka (Oblast d’Ivano-Frankivsk) et Kalush.
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A gauche : Stepan Trokhymchuk, à droite. A droite : Entraînement du bataillon Roland à Seibergsdorf, Autriche, 1941. Image par Forward collage |
Tuchyn
Ce village honore son fils Stepan Trokhymchuk (1909-1945) avec une rue. C’est particulièrement pervers, si l’on considère qu’en 1942 Trokhymchuk était le chef adjoint de la police auxiliaire locale de Tuchyn qui a aidé les nazis à liquider le ghetto de Tuchyn et à exterminer ses plus de 4 000 Juifs. Avant la guerre, la population de Tuchyn était majoritairement juive ; une vingtaine de Juifs ont survécu à l’Holocauste grâce à Trokhymchuk (voir le témoignage des survivants ici, les interviews des survivants par Yad Vashem et le témoignage des témoins oculaires par Yahad-In Unum). Avant d’aider les nazis à Tuchyn, Trokhymchuk les a servis dans le bataillon Roland. Ci-dessus à gauche, Trokhymchuk (à droite) ; ci-dessus à droite, entraînement du bataillon Roland à Seibergsdorf en Autriche, 1941.
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A gauche : Petro Melnyk. A droite : Plaque Melnyk, Kaminne (Eduard Dolinsky). Image par collage Forward |
Kaminne
Une plaque commémorative à la mémoire de Petro Melnyk (1910-1953), qui a servi dans le Roland, puis dans le 201ème Schutzmannschaft et est ensuite devenu un commandant de l’UPA. La plaque omet toute mention de son service pour les nazis.
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Ivano-Frankivsk-Mykola-...
À gauche : Mykola Tverdohlib. A droite : La plaque de Tverdohlib, qui fait partie du programme " Ivano-Frankivsk - une ville de héros ", Ivano-Frankivsk (Screenshot/YouTube). Image par Forward collage |
Ivano-Frankivsk et Petryliv
Ivano-Frankivsk comporte une plaque à la mémoire de Mykola Tverdohlib (1911-1954), qui a servi dans le Roland avant de devenir commandant de l’UPA. Il a également un mémorial dans son village natal de Petryliv.
IMAGE : https://forward.com/wp-content/uploads/2021/01/Rai-b
À gauche : Dmytro Myron (Wikimedia Commons). Droite : Buste de Myron, Rai (Wikimedia Commons). Image par collage Forward |
Rai
Dmytro Myron (1911-1942), alias Orlyk, était l’un des principaux idéologues de l’OUN, auteur des 44 règles de la vie d’un nationaliste ukrainien, un ensemble de principes considérés comme fondamentaux pour l’OUN.
Myron était l’éducateur politique du bataillon Roland. Ses écrits sont remplis d’images antisémites décrivant les Juifs et d’autres ethnies comme des « éléments étrangers siphonnant les ressources et se nourrissant de l’Ukraine » ; il a également dépeint les Juifs comme des agents du communisme (un vieux trope antisémite propagé par Josef Goebbels, entre autres). Son buste se trouve dans son village natal de Rai.
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À gauche : Roman Sushko (Wikimedia Commons). Droite : Insigne de la Bergbauernhilfe (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
L’viv et Brovary
Toutes deux ont des rues qui portent le nom de Roman Sushko (1894-1944), chef de l’OUN qui commandait la Bergbauernhilfe, c’est-à-dire les unités militaires ukrainiennes des nationalistes ou la Légion Sushko. La Légion Sushko était une autre unité de volontaires ukrainiens composée principalement de membres de l’OUN dans les forces armées de l’Allemagne nazie.
La Légion Sushko est entrée dans la Seconde Guerre mondiale avant les bataillons Nachtigall et Roland (voir les entrées ci-dessus). Les bataillons Nachtigall et Roland ont été utilisés par les nazis lors de l’invasion de l’Union soviétique en 1941 ; la Légion Sushko a été conçue pour aider le Troisième Reich à envahir la Pologne en 1939. En haut à droite, l’insigne de la légion.
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À gauche : Volodymyr Schygel’skiy (Wikimedia Commons). Droite : Plaque de Schygel’skiy, L’viv (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
L’un des combattants de la Légion Sushko (voir l’entrée ci-dessus) était Volodymyr Schygel’skiy (1921-1949). Par la suite, Schygel’skiy a servi dans plusieurs unités locales de police auxiliaire contrôlées par les nazis qui ont activement participé à l’Holocauste en Ukraine occidentale. Il est ensuite devenu un officier de l’UPA. La plaque décrivant ce criminel de guerre comme un « commandant légendaire » se trouve sur un bâtiment où il a été scolarisé.
Contrairement aux bataillons de la Schutzmannschaft (voir les entrées ci-dessus), qui étaient déployés par le Troisième Reich en divers endroits, les unités locales de police auxiliaire, telles que celles dans lesquelles Schygel’skiy a servi, étaient basées dans des villes et villages spécifiques à travers l’Ukraine. Ces collaborateurs locaux étaient d’une valeur inestimable pour les nazis : ils parlaient les langues locales, connaissaient les gens et étaient intimement familiers avec le terrain, y compris les endroits où les Juifs ou les résistants antinazis pouvaient se cacher.
La police auxiliaire participe à l’Holocauste en rassemblant les Juifs, en traquant les fugitifs, en emprisonnant les Juifs dans des ghettos, en les déplaçant de force pour les exterminer dans des camps de la mort ou simplement en les massacrant sur place, à la périphérie des villes ou dans des fosses creusées dans les forêts locales. Les tâches de sécurité et de garde effectuées par la police auxiliaire locale libéraient les escadrons de la mort SS Einsatzgruppen et les bataillons de la Schutzmannschaft, qui étaient ensuite déployés pour perpétuer l’Holocauste dans d’autres régions.
Dans les rares cas où des collaborateurs nazis ont été expulsés des Etats-Unis, Washington a traité le service dans la police auxiliaire locale comme équivalent au service des nazis. Pour un compte rendu graphique de témoin oculaire du rôle crucial de la police auxiliaire locale dans l’Holocauste en Ukraine, voir le témoignage de Hermann Friedrich Gräbe lors des procès de Nuremberg et le témoignage des survivants de Yad Vashem. Voir également le livre obsédant de l’historienne Wendy Lower, The Ravine [Le Ravin].
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À gauche : Petro Samutin (Wikimedia Commons). A droite : Plaque de Samoutine sur le mémorial des Combattants pour la liberté ukrainienne, Tashan’ (Screenshot/YouTube). Image par Forward collage |
Tashan’
Ce mémorial dédié aux « Combattants de la Liberté Ukrainienne » comporte une plaque à la mémoire de Petro Samutin (1896-1982), un officier de l’Abwehr, la division des renseignements militaires du Troisième Reich. Après la guerre, Samutin s’est installé aux États-Unis.
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À gauche : Yuriy Gorlis-Gorsky (Wikimedia Commons). A droite : Mémorial Gorlis-Gorsky, Melnyky (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Melnyky (Raïon de Cherkasy, Hromada de Medvedivka) et cinq autres lieux
Un monument à la mémoire de Yuriy Gorlis-Gorsky (1898 - disparu en 1946). Héros des luttes pour l’indépendance de l’Ukraine pendant la Première Guerre mondiale et écrivain, Gorlis-Gorsky a passé la Seconde Guerre mondiale à travailler comme agent de l’Abwehr, aidant les nazis à découvrir les efforts de résistance en Ukraine. Gorlis-Gorsky a mystérieusement disparu en 1946. Il a un autre monument à Rozumivka (Oblast de Kirovohrad) et des rues à L’viv, Poltava, Rivne et Zvenyhorodka.
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A gauche : Omelyan Hrabets, gauche (Eduard Dolinsky). À droite : plaque Hrabets, Lityn (Eduard Dolinsky). Image par collage Forward |
Lityn (Oblast de Vinnytsia) et Vinnytsia
La plaque commémorative et la rue de Lityn dédiées à Omelyan Hrabets (1911-1944) célèbrent un autre membre de l’OUN qui a servi dans la police auxiliaire locale contrôlée par les nazis. Hrabets a servi à Rivne (alors appelée Rovno), où les Allemands, avec les unités de la police locale, ont assassiné plus de 20 000 Juifs en les déportant du ghetto de la ville vers des camps de la mort ou en les abattant sur place (voir ici le témoignage d’un survivant ; le témoignage d’un témoin oculaire par Yahad-In Unum). Ci-dessus, Hrabets en uniforme, à gauche ; notez les brassards de police. Hrabets est ensuite devenu colonel en charge de la division sud de l’UPA. Il possède également une rue à Vinnytsia.
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À gauche : Leonid Stupnytskiy (Wikimedia Commons). A droite : Juifs contraints de creuser leur propre tombe avant d’être assassinés, Storow, 4 juillet 1941 (Bundesarchiv, Bild 183-A0706-0018-029 via Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Zhytomyr et deux autres localités
Une rue portant le nom de Leonid Stupnytskiy (1891-1944) qui a dirigé le 1er régiment ukrainien Holodny Yar de l’OUN-B, un bataillon auxiliaire de formation de la police à Rivne en 1941. Peu après, son unité a été reformée en un régiment de formation de la police sous le contrôle de l’armée allemande. Voir l’entrée Omelyan Hrabets ci-dessus pour en savoir plus sur l’Holocauste à Rivne. Stupnytskiy a également des rues à Rudnya et Ostroh. Ci-dessus à droite, les Juifs de Storow forcés de creuser leurs propres tombes avant d’être massacrés, juillet 1941. Ces scènes obsédantes étaient monnaie courante dans l’Ukraine de la Seconde Guerre mondiale.
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À gauche : Mykola Yakymchuk (Wikimedia Commons). A droite : Mémorial Yakymchuk, partie de l’Allée de la Gloire, Piddubtsi (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Piddubtsi (Oblast de Volyn)
L’allée de la gloire du village contient des monuments à la mémoire de Serhei Kachinskyi (1917-1943) et de Mykola Yakymchuk (1914-1947), ci-dessus à droite. Kachinskyi était le commandant du bataillon Holodny Yar (voir l’entrée ci-dessus). Yakymchuk est un autre membre de l’OUN intimement impliqué dans les meurtres de masse de Juifs et de Polonais. Il a servi les nazis en tant que chef de la police auxiliaire locale de la ville de Lutsk, qui traquait les Juifs. Plus tard, Yakymchuk est devenu un commandant de l’UPA à Volyn qui a perpétré le nettoyage ethnique des Polonais. Voir le témoignage d’un survivant de la liquidation du ghetto de Lutsk, dans laquelle la police ukrainienne a joué un rôle clé (en hébreu avec sous-titres anglais).
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À gauche : Ulas Samchuk (Wikimedia Commons). Droite : Monument Samchuk, Rivne (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Rivne et de nombreux autres endroits
Rivne possède une statue (ci-dessus à droite), un musée, une rue et une plaque commémorative en l’honneur d’Ulas Samchuk (1905-1987). Cet écrivain antisémite virulent et membre de l’OUN publiait le journal Volyn de Rivne, qui a publié des centaines d’articles fomentant l’antisémitisme. La première page du journal, intitulée « Du quartier général du Führer », couvrait les décisions d’Hitler et publiait des extraits de ses discours. « Aujourd’hui est un grand jour pour Kiev, écrit (*) Volyn à la veille du massacre de Babi Yar. Les autorités allemandes ont répondu aux désirs passionnés des Ukrainiens, en ordonnant à tous les Juifs, au nombre de 150 000, de quitter Kiev. »
Après la guerre, Samchuk s’est installé au Canada où il a fondé une association d’écrivains ukrainiens. Les blanchisseurs de Samchuk le vantent en tant qu’écrivain tout en ne disant rien de son antisémitisme et de sa propagande nazie. Cette tactique est utilisée avec d’autres auteurs collaborationnistes comme les Hongrois Albert Wass et Jòzsef Nyírő (voir les sections Hongrie et Roumanie).
Samchuk a une statue, un musée et une plaque commémorative à Tyliavka ; des plaques commémoratives à Derman’ et Gorodok ; un buste et une rue à Zdolbuniv ; et des rues à Bila Tserkva, Dubno, Kalush, Kostopil, Kovel, Kremenets, Lyuboml’, Lukiv, Lutsk, L’viv, Novovolynsk, Ostroh, Stepan’, Ternopil, Volodymyr-Volynskyi, Zbarazh (Raïon de Ternopil) et Zhytomyr. En 2020, le Congrès juif mondial et la Confédération juive d’Ukraine ont dénoncé la tentative de Kiev d’honorer Samchuk.
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À gauche : Stepan Skrypnyk (Patriarche Mstyslav), 1948 (Wikimedia Commons). Droite : Plaque Mstyslav sur l’église Saint-André, Kiev (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Kiev et de nombreux autres lieux
Une plaque commémorative en l’honneur de Stepan Skrypnyk (1898-1993), qui devint le patriarche Mstyslav, chef de l’Église orthodoxe ukrainienne. En 1941-1942, à peu près au moment où Skrypnyk a été ordonné prêtre, il était l’éditeur et le directeur du journal extraordinairement antisémite Volyn (voir l’entrée Ulas Samchuk ci-dessus).
Le 29 mars 1942 (*), Skrypnyk écrit un hymne au « Grand Européen nommé Adolf Hitler », qui a été « envoyé par la providence » pour libérer l’Europe et le monde des Juifs et des Bolcheviks. Skrypnyk s’exprime avec poésie sur la libération de l’Ukraine de « l’esclavage asiatique des juifs de Moscou » et attend avec impatience le jour où « les fanfares de l’armée allemande porteront le chant de la victoire à travers le monde ».
Dans Volyn, Skrypnyk incite à la haine génocidaire alors que l’Holocauste fait rage en Ukraine. Le 6 novembre 1941, les Allemands et les collaborateurs ukrainiens ont exterminé environ 21 000 Juifs à Rivne. Trois jours plus tard, Volyn - un journal basé à Rivne - a célébré l’événement en publiant des caricatures antisémites avec une légende (*) : « Pour l’hydre judéo-bolchévique, c’est la dernière heure ».
Les honneurs rendus par l’Ukraine à Skrypnyk comprennent une autre plaque et une rue à Kiev, une plaque et une rue à Ternopil, un musée (avec plaque) et une rue à Poltava, deux plaques à Ivano-Frankivsk, deux à L’viv, une à Kosiv et une autre à Zalishchyky, ainsi que des rues à Borsuky, Kamyanets-Podilskiy, Pidvolochysk et Verkhovyna.
Ci-dessous, l’en-tête de l’édition inaugurale de Volyn, le 1er septembre 1941. Il mentionne Skrypnyk comme éditeur et directeur, Ulas Samchuk comme rédacteur en chef et l’adresse de l’imprimerie est 81, rue Adolf Hitler. Voir la section américaine pour une désignation de rue honorifique pour Skrypnyk.
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Encadré sur l’édition inaugurale de Volyn, 1er septembre 1941 (Libraria.ua). Image par collage Forward |
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À gauche : Demid Burko (Wikimedia Commons). Droite : Plaque de Burko sur l’église Saint-Nicolas, Poltava (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Poltava
Une plaque commémorant Demid Burko (1894-1988), ecclésiastique et écrivain qui a publié des articles sur la « bataille des nations civilisées contre le judéo-bolchevisme mondial » et a affirmé (*) que Staline avait affamé l’Ukraine pour « construire un royaume juif ». L’ignoble mensonge selon lequel les Juifs seraient responsables de la famine de 1932-1933 en Ukraine a été - et continue d’être - utilisé pour justifier le massacre des Juifs par les Ukrainiens pendant l’Holocauste.
Burko, tout comme Stepan Skrypnyk (voir ci-dessus), encourageait les Ukrainiens à rejoindre la croisade d’Hitler contre le « judéo-bolchevisme ». Ses exhortations ont été publiées (*) dans le journal Golos Poltavshyny de Poltava alors que l’Holocauste se déroulait à deux pas ; 5 000 Juifs de la ville ont été assassinés. Après avoir contribué à déclencher l’Holocauste à Poltava, Burko s’est enfui en Allemagne, où il a passé des décennies à jouer un rôle de premier plan dans l’Église orthodoxe ukrainienne tout en publiant ses œuvres.
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À gauche : Leonid Parhomovych alias Leonid Poltava, Wikimedia Commons. A droite : Plaque de Poltava, Romny (Eduard Dolinsky). Image par Forward collage |
Romny et Poltava
Ces deux villes ont des rues qui portent le nom de Leonid Parhomovych (1921-1990), alias Poltava. Poète antisémite, Poltava célébrait la destruction des Juifs de Romny et produisait des tracts comme son ode (*) au 53ème anniversaire d’Hitler. « Le jour sonne, le ciel sans limites est bleu/Il n’y a pas de coïncidence qu’en ce jour, soit né le Grand Führer », gazouillait Poltava, évoquant des images d’Hitler comme une divinité du printemps et de la renaissance.
Pendant que Poltava publiait cela, les Juifs de Romny étaient liquidés avec la participation de la police ukrainienne. Après la guerre, Poltava s’est retrouvé à l’Ouest, travaillant pour Radio Free Europe et Voice of America du gouvernement américain. Il a également une plaque à Romny, en haut à droite.
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À gauche : Andriy Shukatka (Wikimedia Commons). À droite : plaque à la mémoire de Shukatka, à gauche, Volodymyr Kobilnyk, au centre, et Vasyl Nykolyak, à droite, sur la bibliothèque de l’Université pédagogique d’État Ivan Franko, à Drohobych (Eduard Dolinsky). Image réalisée par Forward collage |
Drohobych et Biynychi
Une plaque à la mémoire des membres de l’OUN Andriy Shukatka (1918-1943), Volodymyr Kobilnyk (1904-1945) et Vasyl Nykolyak (1912-1944) sur la bibliothèque de l’université pédagogique d’État de Drohobych ; en 1941, le bâtiment abritait le siège de l’OUN de la ville. L’Holocauste à Drohobych s’est déroulé de la même manière que dans les autres villes et villages d’Ukraine : Les membres de l’OUN ont contribué à la formation d’une police auxiliaire locale qui a travaillé sous la direction des nazis pour emprisonner les Juifs de la ville dans un ghetto. Ensuite, la majorité des Juifs de Drohobych ont été exterminés par déportation vers le camp de la mort de Belzec ou par balles dans les rues et dans la forêt voisine.
Shukatka (ci-dessus à gauche), Kobilnyk et Nykoyak étaient des dirigeants de l’OUN à Drohobych pendant le déroulement du génocide. Nykolyak, qui est ensuite devenu un officier de l’UPA, a également une rue et une plaque commémorative dans son village natal de Biynychi. Voir l’interview d’un survivant de Yahad-In Unum ici.
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À gauche : Volodymyr Chav’yak (Wikimedia Commons). Droite : Bas-relief de Chav’yak, Halych (Wikimedia Commons). Image par collage Forward |
Halych et Ivano-Frankivsk
La ville de Halych présente un bas-relief de Volodymyr Chav’yak (1922-1991), un officier de la police auxiliaire locale qui a aidé l’Allemagne à anéantir des milliers de Juifs à Stanislaviv (aujourd’hui Ivano-Frankivsk). La police locale a été déployée pour traquer les Juifs, conduire les victimes vers les sites de massacre, les exécuter et surveiller le ghetto de Stanislaviv. Voir les récits du Musée commémoratif de l’Holocauste des États-Unis, de Yad Vashem (documentaire sur les survivants ; plus de témoignages) et de Yahad-In Unum.
Par la suite, Chav’yak a commandé un bataillon de l’UPA. De façon perverse, il a également une rue et une plaque à Ivano-Frankivsk, la ville dont il a contribué à éradiquer les Juifs.
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À gauche : Serhei Bogdan. A droite : Le mémorial des Combattants pour la liberté de l’Ukraine avec la pierre commémorative de Bogdan à l’extrême gauche, Lyuboml’ (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Lyuboml’
Le monument aux Combattants de la Liberté comprend une plaque commémorative pour Serhei Bogdan (1921-1950) qui commandait la police auxiliaire locale. Les Juifs de Lyuboml’ ont été exterminés ; sur 4 500, seuls 51 ont survécu. Les fusillades ont été effectuées par des Einsatzgruppen travaillant en collaboration avec la police de Lyuboml’. Voir la couverture dans le New York Times, Yad Vashem (témoignage de survivants) et un livre commémoratif de Lyuboml’.
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À gauche : Kostiantyn Peter (Wikimedia Commons). A droite : Monument Peter, Hrabovets (Eduard Dolinsky). Image par Forward collage |
Hrabovets (Oblast d’Ivano-Frankivsk)
Un monument à la maison de Kostiantyn Peter (1893-1953) qui a servi l’Allemagne nazie en tant que chef de la police auxiliaire locale de Bohoradchany puis de Tysmenytsia. Pendant son service, la police auxiliaire locale a contribué à l’anéantissement de la population juive. Peter devient ensuite chef de reconnaissance dans l’UPA. Voir le témoignage de Yahad-In Unum ici.
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À gauche : Martin Mizernyi (Wikimedia Commons). A droite : Buste de Mizernyi, Verbiv (Eduard Dolinsky). Image par Forward collage |
Verbiv (Hromada de Pidhaitsi)
Un monument à la mémoire de Martin Mizernyi (1910-1949), commandant régional de la police auxiliaire locale de la ville de Sanok, dans la Pologne occupée par les nazis. Le ghetto de Sanok a fini par emprisonner 10 000 à 13 000 Juifs qui ont été déportés dans des camps d’extermination. Mizernyi a ensuite rejoint l’UPA, où il a occupé le poste de commandant de district. Ci-dessous, la carte de police du Troisième Reich de Mizernyi lui permettant de porter une arme de poing et une matraque et lui conférant un pouvoir de police.
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Les papiers d’identité de la police auxiliaire de Martin Mizernyi délivrés par l’Allemagne nazie (Eduard Dolinsky). Image par collage Forward |
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À gauche : Vasyl Ivakhiv (Wikimedia Commons). À droite : plaque Ivakhiv, Rohatyn (Screenshot/YouTube). Image par Forward collage |
Rohatyn et Podusil’na
Une plaque à la mémoire de Vasyl Ivakhiv (1908-1943), commandant de la police auxiliaire locale à Peremyshliany ; la police a brûlé la synagogue de la ville, y compris les Juifs qui s’y trouvaient. Par la suite, Ivakhiv est devenu commandant de l’UPA à Volyn, où il a commis des actes de nettoyage ethnique à l’encontre des Polonais. Il a également un monument et une plaque à Podusil’na. Voir le témoignage d’un survivant du ghetto de Peremyshliany, Yad Vashem.
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À gauche : Yuri Dolishnyak (Wikimedia Commons). Droite : Buste de Dolishnyak, Yabluniv (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Yabluniv (Raïon de Kosiv)
Yuri Dolishnyak (1916-1948) était un officier de la police auxiliaire locale contrôlée par les nazis dans le village de Kosmach, qui devint plus tard un commandant de l’UPA. Yabluniv a également donné à Dolishnyak une rue qui utilise son nom de guerre « Bilyi ».
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À gauche : Pavlo Vatsyk (Wikimedia Commons). A droite : Monument Vatsyk, Zarichchya (Google maps). Image par Forward collage |
Zarichchya (Raïon de Nadvirna)
Un monument et une rue à la mémoire de Pavlo Vatsyk (1917-1946) dans son village natal. Vatsyk a servi dans la police auxiliaire locale contrôlée par les nazis dans sa région natale. Par la suite, il est devenu commandant de l’UPA.
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À gauche : Vasyl Skrygunets alias Hamaliya (Wikimedia Commons). Droite : Buste de Skrygunets, Stopchativ (Screenshot/YouTube). Image par Forward collage |
Stopchativ
Un monument à la mémoire de Vasyl Skrygunets (1893-1948) qui a servi dans la police auxiliaire locale avant de devenir commandant de l’UPA. Son monument utilise son nom de guerre « Hamaliya ».
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À gauche : Oleksa Shum (Wikimedia Commons). A droite : La police auxiliaire ukrainienne sur le point d’exécuter des Juifs, Chernihiv, 1942. Image par Forward collage |
Lutsk et Kovel
Ces deux villes ont des rues qui portent le nom d’Oleksa Shum (1919-1944), membre de la police auxiliaire locale qui a aidé les nazis à massacrer environ 18 000 Juifs dans la ville de Kovel. Les Juifs représentaient la moitié de la population de Kovel avant la guerre ; la communauté a été pratiquement exterminée. Ci-dessus à droite, la police ukrainienne (avec des brassards blancs) se préparant à exécuter des Juifs à Chernihiv, 1941.
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À gauche : Roman Ryznyak (Wikimedia Commons). Droite : Monument de Ryznyak, Truskavets (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Truskavets
Un monument et une rue portent le nom de Roman Ryznyak (1921-1948), qui a servi dans la police auxiliaire locale de Truskavets. Ryznyak devint ensuite commandant régional de la Sluzhba Bezpeky - l’appareil de contre-espionnage de l’OUN-B qui fut le fer de lance du nettoyage ethnique des Polonais en Volynie. Voir les informations sur l’Holocauste à Truskavets ici.
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À gauche : Mykola Arsenych. Droite : Buste d’Arsenych, Nyzhniy Bereziv (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Nyzhniy Bereziv et deux autres localités
Un monument à la mémoire de Mykola Arsenych (1910-1947), qui dirigeait la Sluzhba Bezpeky de l’OUN-B. Il a un bas-relief à Nyzhniy Bereziv et dans les rues de Kolomyia et Novohrad-Volynskiy. Il possède également un bas-relief à Nyzhniy Bereziv et des rues à Kolomyia et Novohrad-Volynskiy.
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À gauche : Yaroslav Dyakon (Wikimedia Commons). A droite : Plaque de Dyakon, Petranka (Screenshot/YouTube). Image par Forward collage |
Petranka et Dev’yatnyky
Une plaque à la mémoire de Yaroslav Dyakon (1913-1948), qui a dirigé la Sluzhba Bezpeky en 1947-1948 après la mort de Mykola Arsenych (voir entrée ci-dessus). Avant cela, Dyakon était chef de la police auxiliaire locale de la ville de Bibrka. En 1942, la plupart des Juifs du ghetto de Bibrka ont été déportés vers le camp de la mort de Belzec. En 1943, la police auxiliaire locale a aidé les Allemands à brûler vifs les derniers Juifs de Bibrka. Dyakon possède également une école à son nom à Dev’yatnyky. Voir le témoignage oculaire de Yahad In-Unum sur l’Holocauste à Bibrka.
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À gauche : Stepan Lenkavskiy (Wikimedia Commons). Droite : Bas-relief Lenkavskiy, Ivano-Frankivsk (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Ivano-Frankivsk et cinq autres lieux
Ivano-Frankivsk possède un bas-relief (ci-dessus à droite), un monument et une rue à la mémoire de Stepan Lenkavskiy (1904-1977), l’un des principaux idéologues de l’OUN qui a dirigé l’OUN-B après l’assassinat de Stepan Bandera en 1959. Lenkavskiy est l’auteur du Décalogue d’un nationaliste ukrainien, un ensemble de principes considérés comme fondamentaux pour l’organisation. Il était également un antisémite meurtrier : « Nous adopterons toutes les méthodes qui mèneront à leur destruction », exhortait Lenkavskiy lors d’un conseil de l’OUN-B qui discutait du sort des Juifs.
Lenkavskiy qui, comme beaucoup de dirigeants de l’OUN-B, avait réussi à émigrer à l’Ouest, a également un monument à Uhornyky, une plaque à Fit’kiv et une autre sur un monument commun à lui et à d’autres dirigeants de l’OUN à Morshyn, ainsi que des rues à Stryi et Zagvizdya.
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À gauche : Volodymyr Kubiyovych, deuxième à partir de la gauche, avec le gouverneur général du Troisième Reich en Pologne, Hans Frank, troisième à partir de la gauche, festival de la foire aux récoltes, Cracovie, 24 octobre 1943 (Archives nationales numériques de Pologne via Wikimedia Commons). À droite : Plaque de Kubiyovych, L’viv (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Volodymyr Kubiyovych (1900-1985) était un dirigeant ukrainien qui a étroitement collaboré avec Hans Frank, le gouverneur général de Pologne responsable de l’orchestration de l’Holocauste en Ukraine occidentale. Ci-dessus, Kubiyovych (deuxième à partir de la gauche) assiste à une réception avec Frank. Kubiyovych a mis à profit ses relations avec le Troisième Reich pour convaincre les nazis de créer une unité ukrainienne dans la Waffen-SS, la branche militaire du parti nazi responsable de l’Holocauste. Son lobbying persistant a contribué à la formation de la 14ème division Waffen de la SS (1ère Galicienne) alias SS Galichina en 1943. Cette division a ensuite commis des crimes de guerre tels que le massacre de Huta Pieniacka en 1944, au cours duquel ses combattants ont brûlé vifs 500 à 1 000 villageois polonais.
Parmi les activités génocidaires de Kubiyovych figure la présidence du Comité central ukrainien de L’viv, une organisation collaborationniste reconnue par le Troisième Reich. En plus de contribuer à l’organisation et au recrutement de la police auxiliaire locale, le comité avertissait les Ukrainiens que toute personne aidant les Juifs à se cacher serait sévèrement poursuivie (ci-dessous à gauche). Grâce à ces efforts, la communauté juive florissante de L’viv, qui représentait un tiers de la population de L’viv avant la guerre, a été anéantie ; sur 200 000 personnes, moins de 800 ont survécu (ce qui représente un taux de survie de 0,4 %).
Alors que Hans Frank est pendu pour crimes contre l’humanité à Nuremberg, Kubiyovych s’installe à l’Ouest où il est célébré comme géographe et activiste. Il a même édité un livre sur la division SS qu’il a contribué à créer. En plus de sa plaque et de sa rue à L’viv, Kubiyovych a des rues à Ivano-Frankivsk et Kolomyia. Ci-dessous à droite, Kubiyovych (entouré) fait le salut nazi lors d’un rassemblement en 1943. En 2020, le Congrès juif mondial et la Confédération juive d’Ukraine ont dénoncé la tentative de Kiev d’honorer Kubiyovych.
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À gauche : annonce du Comité central ukrainien avertissant les Ukrainiens de ne pas aider les Juifs, imprimée dans un journal de L’viv, août 1942 (Eduard Dolinsky). A droite : Kubiyovych, entouré, faisant le salut nazi, 1943. Image par Forward collage |
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À gauche : Viktor Kurmanovych (Wikimedia Commons). A droite : Défilé en l’honneur de la 14ème division de grenadiers Waffen de la SS (1re Galicienne), Stanislaviv (aujourd’hui Ivano-Frankivsk), 1943. Image par Forward collage |
L’viv et Sokal
Toutes deux ont des rues nommées en l’honneur de Viktor Kurmanovych (1876-1945), l’un des fondateurs de la SS Galichina. Ci-dessus à droite, festivités à Stanislaviv (aujourd’hui Ivano-Frankivsk) en l’honneur de la SS Galichina, 1943. Notez les boulons SS, les croix gammées et les pancartes du lion et des couronnes SS Galichina.
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À gauche : le SS-Obersturmführer Mykola Ugryn-Bezrishniy dans son uniforme de la 14ème division de grenadiers de la SS (1ère Galice) (Eduard Dolinsky). A droite : Rogatins’ke Slovo célébrant la destruction des Juifs d’Ukraine, 1er novembre 1941 (Libraria.ua). Image par Forward collage |
Rohatyn
Une rue et un musée pour Mykola Ugryn-Bezrishniy (1883-1960), qui a plaidé pour la création de la SS Galichina et a servi dans la division avec le grade de SS-Obersturmführer.
Avant de rejoindre la SS Galichina, Ugryn-Bezrishniy publiait le journal Rogatin’ske Slovo, qui faisait l’éloge de l’invasion de l’Ukraine par les nazis, faisait l’éloge (*) d’« Adolf Hitler et de ses chevaliers intrépides » et attribuait (*) les problèmes de l’Ukraine aux « judéo-communistes ». Il recrutait également des Ukrainiens pour la police auxiliaire locale contrôlée par les Allemands, qui contribuait à éradiquer la communauté juive de Rohatyn.
Ci-dessus à droite, l’article de Rogatin dans le Slovo de novembre 1941 célèbre l’anéantissement des Juifs d’Ukraine : « les villes ont encore un certain pourcentage de Juifs, bien que très diminué... Les Juifs des villages ont été liquidés, d’une manière ou d’une autre.... dans certains villages, cela a pris une allure festive - par exemple, les Juifs ont été forcés de défiler avec des pancartes disant "Nous sommes vos bourreaux" ».
Le musée Ugryn-Bezrishniy fait partie du complexe muséal de Rohatyn, qui comprend l’église du Saint-Esprit, une église médiévale en bois située à proximité. En 2013, l’église a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il est important de noter que l’UNESCO ne cite que l’église et non le musée comme faisant partie du site du patrimoine ; cependant, le lien formel entre un site désigné par l’UNESCO et un « musée » glorifiant un officier de la Waffen-SS peut facilement être utilisé pour blanchir Ugryn-Bezrishniy.
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À gauche : lettre de Mykhailo Omelyanovych-Pavlenko, 5 mai 1943 (Eduard Dolinsky). A droite : Rue Omelyanovych=Pavlenko, Kiev (Eduard Dolinsky). Image par collage Forward |
Kiev et trois autres localités
Une rue importante de la capitale ukrainienne porte le nom de Mykhailo Omelyanovych-Pavlenko (1878-1952). Omelyanovych-Pavlenko était un héros des mouvements de libération ukrainiens de la Première Guerre mondiale. Au moment de la Seconde Guerre mondiale, il recrutait des soldats pour le Troisième Reich par l’intermédiaire de l’Armée de libération ukrainienne, une organisation qui acheminait des volontaires ukrainiens vers diverses formations militaires nazies.
Omelyanovych-Pavlenko fut ravi d’apprendre qu’Hitler avait donné son feu vert à la création de la SS Galichina - « Vive Hitler ! Salut à l’armée ukrainienne », écrit-il dans une lettre célébrant la nouvelle (ci-dessus à gauche). Il a également des rues à Dnipro, Pervomaisk (Oblast de Mykolayiv) et Voznesensk. Ci-dessous, Omelyanovych-Pavlenko (assis) avec des officiers SS Galichina, 1943.
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Mykhailo Omelyanovych-Pavlenko, assis, avec des officiers de la 14ème division de grenadiers Waffen de la SS (1ère Galice), Lešany, Tchécoslovaquie occupée par les Allemands, 26 septembre 1943 (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
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À gauche : Iosif Slipyi (Wikimedia Commons). Droite : La statue de Slipyi, Ternopil (Wikimedia Commons). Image réalisée par Forward collage |
Ternopil et de nombreux autres endroits
L’Église ukrainienne gréco-catholique a joué un rôle important dans la création de la SS Galichina. L’évêque Iosif Slipyi (1892-1984) était l’homme de confiance de l’Église. Il a célébré la messe lors de la fondation de la SS Galichina et a même fourni à la division des prêtres qui ont servi d’aumôniers. Avant cela, Slipyi avait été premier adjoint du gouvernement autoproclamé de l’OUN en 1941, qui avait prêté allégeance à Hitler (voir l’article sur Yaroslav Stetsko pour en savoir plus).
Selon les propres mémoires de Slipyi, en 1943, il était bien conscient du sort que l’Allemagne réservait aux Juifs ; il a néanmoins contribué à fournir au Troisième Reich des recrues SS.
En 1983, quarante ans plus tard, Slipyi était toujours fier de la SS Galichina. A cette époque, Slipyi, qui avait passé des années dans les camps de travail soviétiques, se trouvait à Rome. Il a commémoré l’anniversaire de la fondation de la SS Galichina avec des éloges.
« Que la mémoire de la division ukrainienne Galichina vive avec nous pour toujours comme un testament pour les nations que nous luttons pour la liberté, le statut d’État et sommes prêts à faire les plus grands sacrifices pour que la vérité, l’équité et la paix soient dans notre pays », a-t-il proclamé, appelant les fidèles à prier pour les SS.
Slipyi a une statue, un séminaire, une école, une rue et deux plaques à Ternopil ; un musée, une plaque commémorative, un buste, une école et une rue à Zazdrist’ ; une rue, un musée, un centre de l’Université catholique ukrainienne et un bas-relief massif à L’viv ; une plaque à Kharkiv ; une statue à Truskavets ; des rues à Bila, Borschiv, Chervonohrad, Chortkiv, Drohobych, Hrabovets (Oblast de L’viv), Ivano-Frankivsk, Kalush, Kolomyia, Mykulyntsi, Radekhiv, Rivne (Oblast de Mykolayiv), Rozvadiv, Rudne, Snihurivka, Zady, Zalishchyky et Zhovkva ; et une place à Stryi.
Ci-dessous à gauche, Slipyi (troisième à partir de la droite) accueille Hans Frank à L’viv, le 1er août 1941. Quatre ans plus tard, Frank sera pendu pour crimes contre l’humanité à Nuremberg. Ci-dessous à droite, l’évêque ukrainien grec-catholique Josaphat Kotsylovsky célébrant la messe lors d’une cérémonie SS Galichina à Przemyśl, été 1943 ; notez l’insigne du lion et de la couronne de la division. Voir les sections Canada, Italie et États-Unis pour plus de glorification des Slipyi.
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À gauche : Iosif Slipyi, troisième à partir de la droite, faisant partie d’une délégation officielle auprès du gouverneur général de la Pologne du Troisième Reich, Hans Frank, à gauche, le 1er août 1941 (National Digital Archives Poland). A droite : Josaphat Kotsylovsky, en chaire, célèbre une messe lors d’une cérémonie SS Galichina, Przemyśl, été 1943. Image par collage Forward |
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À gauche : le SS-Hauptsturmführer Averkiy Goncharenko de la 14ème Division de Grenadiers Waffen de la SS (1ère Galicienne) (Wikimedia Commons). À droite : Plaque Goncharenko, Lokhvytsia (Eduard Dolinsky). Image réalisée par Forward collage |
Lokhvytsia et trois autres localités
La plaque de Lokhvytsia célébrant Averkiy Goncharenko (1890-1980) fait référence à ce dernier en tant que commandant de bataillon de la 1ère division de l’UNA, alias SS Galichina. La SS Galichina a été rebaptisée 1ère division de l’Armée Nationale Ukrainienne (UNA) vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’utilisation de l’appellation inoffensive « 1ère division de l’UNA » au lieu de SS Galichina est une tactique qui permet aux blanchisseurs d’honorer publiquement les soldats de la SS Galichina sans la mention « SS » qui attire l’attention. C’est une pratique courante en Ukraine et en Occident (voir les sections consacrées à l’Autriche, à l’Australie et au Canada).
Après avoir servi l’Allemagne nazie, Goncharenko, qui a atteint le rang de SS-Hauptsturmführer dans la Waffen-SS, a émigré en Amérique. Cet officier SS a des plaques supplémentaires à Tulchyn et Varva et une rue à Brovary. Voir la couverture des vétérans ukrainiens de la Waffen-SS en cours de réinstallation au Royaume-Uni et au Canada dans le Guardian, le Daily Mail, le National Post et le Jewish News of Northern California.
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À gauche : plaque Vasyl Kosiuk, Lanchyn (Screenshot/YouTube). A droite : Le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, à genoux, inspectant les troupes de la 14ème division de grenadiers Waffen de la SS (1ère Galice) (Archives nationales numériques de Pologne). Image par Forward collage |
Lanchyn
La plaque de cette ville honorant Vasyl Kosiuk (1921-1984) le qualifie de vétéran de la 1ère division de l’UNA (voir ci-dessus). Après la guerre, Kosiuk a suivi le chemin traditionnel des nazis et a fini en Argentine. Ci-dessus à droite, Heinrich Himmler inspectant la SS Galichina, 1944.
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À gauche : Mykhailo Mulyk (Wikimedia Commons). A droite : Plaque de Mulyk, détail, faisant partie du programme " Ivano-Frankivsk - Une ville de héros ", Ivano-Frankivsk (Eduard Dolinsky). Image réalisée par Forward collage |
Ivano-Frankivsk
En 2013, Ivano-Frankivsk a inauguré le programme « Ivano-Frankivsk - Une place pour les héros » qui a dévoilé des plaques commémoratives dans toute la ville et ses environs. Parmi ces « héros » figure Volodymyr Malkosh (1924-2009), SS-Unterscharführer dans la SS Galichina. Dans une interview réalisée en 2010 au sujet de son service dans la SS, Malkosh a affirmé avoir combattu « non pas pour Hitler, mais contre Staline », un mensonge courant visant à blanchir l’image de la Waffen-SS.
Dans la même interview, Malkosh a rappelé comment, sous le régime nazi, les Juifs (qu’il a qualifiés de « capitalistes » et de « marchands ») ayant été exterminés, les Ukrainiens de souche ont obtenu davantage de droits. À titre d’exemple, il a mentionné que sous les nazis, les écoles supérieures de L’viv étaient composées à 90 % d’Ukrainiens de souche. Malkosh n’a pas expliqué la raison de ce changement démographique soudain : les étudiants juifs des écoles avaient été liquidés par les Allemands et les collaborateurs ukrainiens, ce qui laissait principalement des étudiants ukrainiens de souche.
Un autre « héros » commémoré par le programme d’Ivano-Frankivsk est Stepan Koval (1914-2001), commandant de l’académie de police ukrainienne de Lutsk, créée avec l’approbation des nazis (l’insigne de l’académie arborait une croix gammée). La police auxiliaire locale de Lutsk a joué un rôle clé dans le meurtre de plus de 20 000 Juifs de la ville. Plus tard, Koval a commandé une unité de l’UPA qui a participé au nettoyage ethnique de villages polonais. Sa plaque se trouve dans son village natal de Mykytyntsi, tout près d’Ivano-Frankivsk.
Le « programme des héros » a également érigé une plaque pour Mykhailo Mulyk (1920-2020), vétéran de la SS Galichina qui célébrait chaque année la fondation de l’unité. (La plaque comporte une photographie de Mulyk dans son uniforme SS, mais avec l’insigne SS estompé ; voir ci-dessus) Mulyk a également reçu un panneau commémoratif distinct sur le Walk of Fame d’Ivano-Frankivsk. Voir la JTA sur la condamnation des marches SS Galichina qui comportent fréquemment des saluts nazis.
Ces plaques se trouvent à Ivano-Frankivsk, où les nazis, avec des collaborateurs ukrainiens, ont exterminé plus de 20 000 Juifs ; pas plus de 1 500 Juifs de la ville ont survécu.
IMAGE : https://forward.com/news/462916/nazi-collaborator-monuments-in-ukraine/?amp=1
À gauche : Yuri Garasymiv, entouré (Eduard Dolinsky). A droite : Plaque de Garasymiv, Kalush (Eduard Dolinsky). Image par collage Forward |
Kalush
En 2018, cette ville a dévoilé un bas-relief en l’honneur de l’officier de la SS Galichina Yuri Garasymiv (1899-1975). La couverture médiatique de l’événement a décrit Garasymiv comme un officier de la Waffen-SS de la même manière que les médias américains décrivent les vétérans de l’armée américaine, ce qui n’est pas surprenant étant donné la façon dont cette division SS est ouvertement célébrée en Ukraine. Ci-dessus à gauche, Garasymiv (entouré) lors d’un entraînement SS, 1943.
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À gauche : le SS-Obersturmführer Lyubomir Makarushka de la 14ème division de grenadiers de la SS (1ère Galice) (Eduard Dolinsky). A droite : Plaque Makarushka, Sivka Voinylivska (Screenshot/YouTube). Image par Forward collage |
Sivka-Voinylivska
Une plaque en l’honneur de Lyubomir Makarushka (1899-1986), SS-Obersturmführer dans la SS Galichina. Après la guerre, Makarushka a vécu en Allemagne de l’Ouest. Notez l’insigne de col de la SS Galichina sur la plaque ; l’Anti-Defamation League classe les insignes de division SS parmi les symboles de haine néonazis.
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À gauche : Teodor Barabash, à gauche, avec Iosif Slipyi. A droite : Plaque Barabash, Malyi Khodachkiv. Image de Forward collage |
Malyi Khodachkiv
Une plaque honorant le combattant SS Galichina Teodor Barabash (1923-2014). Après la guerre, Barabash a émigré en Espagne, où il est devenu un homme d’affaires et un leader de la diaspora ukrainienne du pays. Ci-dessus à gauche, Barabash avec Iosif Slipyi, qui a été profondément impliqué dans la création de la SS Galichina (voir l’article ci-dessus).
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A gauche : Volodymyr Deputat (Eduard Dolinsky). A droite : Mémorial Deputat, Perehyn’ske (Eduard Dolinsky). Image réalisée par Forward collage |
Perehyn’ske
Un mémorial pour le combattant local Volodymyr Deputat (1918-1946) qui a servi dans la SS Galichina avant de rejoindre l’UPA.
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À gauche : Ivan Rembolovich (Wikimedia Commons). À droite : rue Ivan Rembolovich, Ivano-Frankivsk (Google maps). Image par Forward collage |
Ivano-Frankivsk
Une rue pour Ivan Rembolovich (1897-1950), officier décoré de la SS Galichina.
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À gauche : Mar’yan Lukasevich (Wikimedia Commons). A droite : Plaque de Lukasevich, Ternopil. Image réalisée par Forward collage |
Ternopil
Sur la façade d’une école de Ternopil se trouve une plaque célébrant l’un de ses diplômés, Mar’yan Lukasevich (1922-1945). Lukasevich a servi dans la SS Galichina avant de devenir un commandant de l’UPA. La plaque le décrit comme un héros du mouvement de « libération nationale ».
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À gauche : plaque Roman Rudiy, Voinyliv (Screenshot/YouTube). A droite : Le gouverneur de Galice Otto Wächter, à l’extrême gauche, et le gouverneur général du Troisième Reich en Pologne Hans Frank, troisième à partir de la gauche, inspectent la 14ème division de grenadiers Waffen de la SS (1ère Galice), L’viv, juin 1943 (National Digital Archives Poland). Image par Forward collage |
Voinyliv
Une plaque à la mémoire de Roman Rudiy (1923-2005), originaire de la ville, qui a servi dans la SS Galichina. La plaque le qualifie de « militant civil et politique et de prisonnier politique ». Ci-dessus à droite, le gouverneur de Galice Otto Wächter (à l’extrême gauche) et le gouverneur général de Pologne Hans Frank (troisième à partir de la gauche) inspectent les volontaires de la SS Galichina à L’viv, en juin 1943.
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À gauche : Monument à la SS Galichina et à l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, Ivano-Frankivsk (Wikimedia Commons). À droite : mémorial commémorant la fondation de la SS Galichina, parc Topil’che, Ternopil (Google maps). Image par Forward collage |
Ivano-Frankivsk et deux autres localités
Ivano-Frankivsk et Ternopil possèdent toutes deux des rues et des monuments commémoratifs dédiés à la division SS Galichina dans son ensemble. Le mémorial d’Ivano-Frankivsk (ci-dessus à gauche) remercie les « héros » de la division ukrainienne Galichina (autre nom de la SS Galichina) ainsi que les combattants de l’UPA.
Ternopil commémore la fondation de la SS Galichina par une promenade dans le magnifique parc Topil’che de la ville ; ci-dessus à droite, un mémorial à une extrémité de la promenade. La ville possède également une rue SS Galichina. En outre, il existe un musée de la SS Galichina à L’viv. Pour d’autres monuments commémoratifs de la SS Galichina, consultez les sections Autriche, Australie et Canada.
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A gauche : Pavlo Shandruk (Eduard Dolinsky). A droite : Plaque à la mémoire de Shandruk et Iosyp Pozychanyuk sur le " Mur des Héros ", Nizhyn (Wikimedia Commons). Image par collage Forward |
Nizhyn et trois autres localités
Le « Mur des héros » de la ville comporte une plaque honorant conjointement Pavlo Shandruk (1889-1979) et Iosyp Pozychanyuk (1913-1944). Shandruk, l’un des Ukrainiens les plus hauts gradés du Troisième Reich, était le général commandant de l’Armée nationale ukrainienne, qui faisait partie de la Wehrmacht (les forces armées de l’Allemagne nazie). Après la guerre, Shandruk (ci-dessus à gauche) s’est installé en Amérique. Il a également une plaque sur une école à Borsuky et une rue à Ivano-Frankivsk.
Pozychanyuk était ministre de la propagande dans le gouvernement collaborateur nazi de l’OUN-B en 1941 (voir l’entrée Ivan Klymiv ci-dessus pour en savoir plus). Plus tard, Pozychanyuk est devenu lieutenant-colonel chargé de la propagande pour l’UPA. Il a également un bas-relief commémoratif dans son village natal de Dashiv.
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À gauche : Petro Dyachenko (Wikimedia Commons). Droite : Plaque Dyachenko, Berezova Luka (Screenshot/YouTube). Image par Forward collage |
Berezova Luka et Voznesenk
Dans le village de Berezova Luka, une plaque commémorative et un musée sont consacrés à Petro Dyachenko (1895-1965). Dyachenko, comme Pavlo Shandruk (voir l’entrée ci-dessus), était un général de l’Armée Nationale Ukrainienne ; pour ses services, Dyachenko a été personnellement décoré de la Croix de fer par le général du Troisième Reich Wilhelm Schmalz. Vers la fin de la guerre, Dyacheko était également attaché à la SS Galichina. Dyachenko, qui a ensuite émigré en Amérique, a également une rue à Voznesensk.
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À gauche : Dmytro Klyachkivskiy alias Klym Savur (Wikimedia Commons). Droite : Buste de Klyachkivskiy, Zbarazh (Wikimedia Commons). Image par Forward collage |
Zbarazh (Oblast de Ternopil) et huit autres localités
L’éminent dirigeant de l’OUN Dmytro Klyachkivskiy (1911-1945), alias Klym Savur, joue un rôle clé dans la formation de l’UPA en 1943. Klyachkivskiy est finalement devenu commandant du district nord de l’UPA, qui opérait dans la région de Volyn. C’est là que Klyachkivskiy est devenu l’un des organisateurs des massacres de Volyn - la campagne de nettoyage ethnique de 1943 qui a brutalement assassiné 70 000 à 100 000 civils polonais, dont de nombreux enfants. L’UPA a également assassiné des milliers de Juifs.
Outre le monument de sa ville natale de Zbarazh, Klyachkivskiy a un monument et une rue à Rivne, une plaque sur un monument commun à lui et à d’autres dirigeants de l’OUN à Morshyn, et des rues à Dubno (Rivne Oblast), Korost, Kostopil, Lutsk, Stryi et Ternopil.
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À gauche : monument à l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), Tenopil (Google maps). À droite : monument aux " Héros de l’OUN et de l’UPA " (UPA signifie Armée insurrectionnelle ukrainienne), Bolekhiv (Wikimapia). Image par Forward collage |
Ternopil et Bolekhiv
Deux croix commémorant l’OUN dans son ensemble. L’imposante croix honorant les « Héros de l’OUN et de l’UPA » (ci-dessus à droite) est située à Bolekhiv, qui comptait une population florissante de 3 000 Juifs ; pas plus de 50 ont survécu aux massacres perpétrés par les nazis et les collaborateurs ukrainiens. Voir The Lost : A Search for Six of Six Million de Daniel Mendelsohn, le documentaire Neighbors and Murderers [Voisins et meurtriers] et Yahad-In Unum pour en savoir plus sur l’Holocauste à Bolekhiv.
Pour les monuments aux collaborateurs nazis ukrainiens en dehors de l’Ukraine, voir les sections États-Unis, Canada, Australie, Autriche et Italie.
L’Ukraine érige presque chaque semaine de nouvelles plaques et de nouveaux monuments aux collaborateurs nazis. Eduard Dolinsky, du Comité juif ukrainien, fait la chronique de cette explosion de blanchiment des collaborateurs nazis sur Twitter, et en a parlé dans le New York Times. Pour en savoir plus sur le révisionnisme de l’Holocauste parrainé par l’État ukrainien, voir The Nation, Foreign Policy, Open Democracy, un communiqué de presse du Mémorial de l’Holocauste des États-Unis et la page Ukraine de Defending History.
Pourquoi avoir effectué ce très long et fastidieux travail de traduction, de mise en page avec plus de 90 photos et plusieurs centaines de liens ? Les deux arguments récurrents de ceux qui s’opposent fermement à l’intervention russe en Ukraine, voire qui conduisent ou approuvent une politique de collaboration militaire avec l’Ukraine et l’OTAN, c’est que le néo-nazisme y est anecdotique et qu’avec un juif au pouvoir, c’est tout bonnement impossible. Cet inventaire des monuments à la gloire de la collaboration avec les nazis prouve le contraire et balaie ces deux arguments.
Le culte du nazisme est plus que rampant en Ukraine, il se manifeste au grand jour.
Alors doit se poser la question centrale : quelle nation peut exister, quel peuple peut vivre en toute quiétude dans le voisinage direct d’un pays dans lequel la nostalgie pour l’extermination des Juifs et la haine des Russes sont si vivaces ?
Lev GOLINKIN
Les fautes de l'Ukraine, de la Russie, et de l'OTAN
Les fautes de l'Ukraine : la guerre civile a été provoquée par la prétention des autorités issues du putsch du Maidan en 2014, d'effacer l’héritage russe en Ukraine et d'interdire l'usage de la langue russe, qui est pourtant la langue maternelle d’une forte minorité de la population ukrainienne, si ce n’est la moitié, et la langue de communication et de culture de presque tous, pour la remplacer à cet effet d'ailleurs davantage par l’anglais que par l’ukrainien.
Les crimes et les actes de répression politique des néonazis qui ont infiltré le régime de Kiev n'expliquent pas à eux seuls la rébellion armée du Donbass de 2014 et se résistance jusqu’en février 2022, c’est la volonté de génocide linguistique appuyée sur la terreur, et exercé par les nostalgiques des génocidaires – au sens propre du terme - des bandes de Bandera des années 41- 44, qui a déclenché la guerre civile. La cause de l’Ukraine est la plus mauvaise qui soit, quelques soient les préférences politiques, et les mauvaises causes, à force militaire comparable, finissent par perdre les guerres. L’Ukraine sera vaincue, et chaque retard signifie qu’elle le sera plus complètement. Des centaines de jeunes soldats seront sacrifiés tous les jours pour rien, en attendant, par leurs chefs nazis et corrompus, dont les crimes sont protégés par l'omerta des médias occidentaux.
Ses défenseurs hystériques feraient bien de s'en aviser. Mais à vrai dire ils s’en fichent. Ce qui compte pour eux c’est la poursuite de la suprématie occidentale qui passe par une guerre prolongée pour affaiblir la Russie et intimider la Chine.
En attendant les Ukrainiens savent qu’ils peuvent commettre n’importe quelle atrocité, et qu’ils seront couverts par les médias globaux et les ONG qui devraient les dénoncer et qui au lieu de cela les imputeront aux Russes. Ce qui en fin de compte ne fera qu’aggraver leur cas et approfondir la catastrophe nationale qu’a déjà provoqué l’équipe de gangsters de leur clown-président.
Les fautes de la Russie - et à ce propos il n'est pas possible de dire agréablement des choses désagréables :
Les buts de la Russie depuis le début de la guerre ouverte qu’elle a été contrainte de lancer avec une certaine improvisation le 24 février 2022 contre le pouvoir de Kiev, guerre qu'elle se refuse d’appeler par son nom, ne sont pas cohérents : dénazifier et démilitariser l’Ukraine signifierait s’emparer de Kiev pour y installer un gouvernement favorable à Moscou, comme Staline le fit en Pologne en 1945. Cela signifie qu’il faut aider et organiser le parti ukrainien pro-russe au lieu de le laisser se désagréger en remettant en cause la légitimité même de la nation ukrainienne. Mais pour ce faire il aurait fallu favoriser la gauche ukrainienne qui dominait ce camp idéologique, et par ricochet la gauche en Russie, ce que les nostalgiques de Nicolas II - quelle référence ! - au pouvoir à Moscou ne voulaient pas faire – et qu’ils vont devoir faire finalement, forcés qu’ils sont par les difficultés militaires.
Le fait est que la Russie de Poutine, contrairement à l’URSS de Staline n’a tout simplement pas de projet politique. Alors qu’en face, l’Ukraine est le nouveau laboratoire du néolibéralisme fascisé, le nouveau Chili de Pinochet.
La Russie paye les hésitations de 2014 où elle aurait pu occuper au moins les territoires qu’elle contrôle encore aujourd’hui, après l’évacuation de Kherson, à moindre coût, et où elle aurait pu aussi installer un gouvernement ukrainien contestant la légitimité de la clique de la CIA issue du Maidan, et elle paye aussi avec retard la facture de l’impardonnable dissolution de l’URSS en 1991, qui était devenue en 70 ans d'histoire épique un État-nation légitime qui aurait dû persister au minimum sur la base d’une triple union Russie - Ukraine – Biélorussie, et sans doute d'autres républiques. La remplacer par un soi-disant "monde russe" ne mène à rien d'autre qu'à recréer les conditions de la débâcle des Romanov.
Annexer plusieurs provinces certes indubitablement ethniquement russes contredit le projet de dénazifier, démilitariser et neutraliser toute l’Ukraine, puisque cela affaiblit le parti ukrainien pro-russe d’autant. Il s’agit en fait de la mise en œuvre précipitée d’un plan B dont la poursuite signifie le renoncement, pas assumé mais de facto, du grand plan. Organiser des plébiscites pour le justifier est encore plus maladroit, car pour quelle raison des Russes à qui on empêche de parler leur langue voteraient contre leur rattachement à la Russie ? Les plébiscites ne font que semer le doute, et on les fait avant la guerre, ou après, mais pas pendant.
L’échec du plan A provient d’avoir sous-estimé le nationalisme ukrainien, à avoir nié les Ukrainiens comme les Ukrainiens niaient leurs compatriotes russophones, et aussi d’avoir sous-estimé la capacité militaire d’une armée fortement réorganisée depuis 8 ans par l’OTAN. Mais cela il faut l’admettre ne pouvait pas être connu à l'avance. A la guerre, comme disait Napoléon, on s’engage, et puis on voit, et les Russes se sont engagés, et ils ont vu, on ne peut pas leur retirer ça.
Enfin la propagande russe fait trop de fond sur les soi-disant « valeurs traditionnelles » dont la plupart se fichent éperdument, y compris en Russie, pour lesquelles en tout cas personne n’est prêt à mourir . Elle tente de se présenter comme un combat de la tradition contre la globalisation, au prix d’une « satanisation » caricaturale de l’adversaire (même Adolf Hitler ne pouvait pas être compris ni combattu en en faisant une incarnation du mal) alors que la vraie question n’est pas la globalisation, qui est un fait objectif économique et culturel du monde contemporain à laquelle on ne peut résister qu'à ses périls, mais de savoir si les États-Unis et leurs vassaux vont continuer à l’utiliser pour étendre leur Empire.
Ainsi les autorités russes n'avaient rien de mieux à faire pour préparer leur retraite de Kherson que de déterrer les ossements du Prince Potemkine? Ce qui soit dit en passant semble bien trahir leur intention de ne pas revenir de si tôt.
Certes tout ne se passe pas sur le champ de bataille. La guerre économique qui se développe en parallèle à la guerre tout court a tourné pour le moment beaucoup plus favorablement qu’on s’y attendait pour la Russie, mais il n’en reste pas moins que c’est sur le terrain militaire que les choses vont se jouer, et qu’il ne faut pas s’attendre à un mouvement populaire en Occident, à une insurrection des Gilets Jaunes ou des camionneurs canadiens pour empêcher l’escalade contre la Russie, ni à l'action d'une extrême droite vocale contre les migrants mais muette contre l'impérialisme quand il se montre dangereux, et qui est fondamentalement anti-russe parce que fondamentalement anticommuniste. Car ce que les "russophobes" reprochent à la Russie au bout du compte c'est principalement la Révolution d'Octobre et ses immenses conséquences.
La Russie gagnera la guerre moins parce que sa cause est juste que parce qu'elle y sera contrainte par les jusqu'au-boutistes enragés qui dominent le camp occidental qui ne lui laisseront aucun autre choix.
Les fautes de l’OTAN : Elle s'est engagée dans un combat qui risque bien de conduire à sa désagrégation, plus rapidement que prévu.
Avoir provoqué la Russie à la guerre est sans doute perçu par les plus cyniques des néo-conservateurs occidentaux comme un brillant succès car il est toujours très couteux sur le plan diplomatique et sur celui de la propagande de donner l'impression d'avoir pris l’initiative de la guerre. Mais ce n’est pas le cas : en sous-estimant l’économie russe et sa capacité à approvisionner la population et à fournir des équipements militaires malgré les sanctions elle a provoqué une crise artificielle mais profonde en Occident même et un engagement militaire à un degré imprévu dont ils se seraient bien passés. Les sanctions économiques basées sur la spoliation des avoirs russes, et les atteintes aux droits élémentaires de particuliers russes ont miné à terme le crédit occidental, le crédit d’un système qui, justement, vit à crédit. Et elle a engagé un processus de radicalisation anti-impérialiste, de discrédit des partisans de l’Occident, et de réévaluation de l’héritage soviétique qui n’en est qu’à ses débuts, et qui aura de l’influence bien au-delà des frontières russes.
Les tentatives d'isoler la Russie se sont retournées contre leurs auteurs qui se retrouvent eux-mêmes isolés et comme ils contrôlent encore les médias les plus diffusés, ils tentent de se rassurer par la méthode Coué, ou en chantant dans le noir, mais ils ont réveillé le Dragon à leur grand dam. Le clivage colonial entre l'Occident et le reste de monde, qui remonte à l'époque des voyages de Christophe Colomb et de Magellan, touche à sa fin.
Certes la Russie acculée a déclenché des hostilités internationales en position fragile, et sans doute plus encore qu’elle ne calculait, mais la montée des enchères place soudain les sociétés occidentales en difficulté dans une guerre non voulue et non préparée à cette échelle, qui soumet ses forces armées à des stress matériels avant même ses premiers combats. Il est probable maintenant que les troupes de l’OTAN vont devoir se résoudre à affronter directement l’armée russe dans les mois qui viennent sur le territoire ukrainien, pour éviter l’effondrement de leur protégé qui risquerait de décrédibiliser complètement l'alliance - et dont les avances récentes sur la ligne de front sont illusoires - comme les États-Unis ont affronté la Chine sur le territoire coréen de 1950 à 1953 -, en courant le risque d'une défaite encore plus retentissante, sans parler de l'escalade nucléaire.
Ils ne pensaient pas en être conduits si rapidement à une guerre décisive où la survie de l’Empire lui-même est en jeu, d’autant plus que dans leur schizophrénie certains parmi les impérialistes les plus fanatiques nient même qu’il y en ait un.
Si personne en Russie n’est prêt à mourir pour les "valeurs traditionnelles", c'est à dire pour empêcher la tenue de la Gay Pride ou les manifestations des Pussy Riot à Moscou, encore moins de gens seront prêts à mourir à Paris, à Londres ou à New York pour imposer les mœurs posts-modernes d'un Zelinsky aux Russes. Ou pour toute autre raison que le mercenariat.
Gilles Questiaux.
Bye bye Kiev bonjour la Côte d’Azur
alors que les Occidentaux envoient de l’aide, voici comment les élites corrompues de l’Ukraine profitent du conflit
Depuis le début de l’offensive militaire russe en Ukraine, les États-Unis, l’Union européenne – et leurs alliés – ont fourni à Kiev une aide de 126 milliards de dollars, un nombre presque égal au PIB total du pays. En outre, des millions d’Ukrainiens ont trouvé refuge dans l’UE où ils ont reçu un logement, de la nourriture, des permis de travail et un soutien émotionnel. La portée est énorme, même selon les normes occidentales. Considérant que le bloc a financé Kiev tout en faisant face à sa propre crise économique et énergétique, l’aide est peut-être particulièrement remarquable. Kiev fonde ses demandes de financement sans fin sur l’effondrement de son économie, dû à la guerre, et sur son besoin de « résister à l’agression russe ». Mais l’aide atteint-elle la destination prévue?
Alors que l’Ukraine a connu une mobilisation générale touchant tous les hommes de moins de 60 ans, de nombreux hauts fonctionnaires, politiciens, hommes d’affaires et oligarques, anciens et actuels, se sont mis en sécurité à l’étranger – principalement dans l’UE.
La fuite massive des élites ukrainiennes a commencé avant même le conflit armé. Le 14 février 2022, 37 députés de la faction parlementaire du président ukrainien « Serviteur du peuple » ont soudainement « disparu ». Si les députés n’avaient pas été interdits de quitter le pays dès le lendemain, d’autres les auraient certainement rejoints. Pendant ce temps, les anciens fonctionnaires et oligarques jouissaient d’une plus grande liberté de mouvement. Selon le journal italien La Repubblica, 20 avions d’affaires ont également décollé de l’aéroport Boryspol de Kiev le 14….
Un film au titre ironique « Le bataillon de Monaco » montre des oligarques ukrainiens se reposant dans leurs villas, leurs manoirs et sur des yachts. Dans la première partie, nous voyons l’homme d’affaires Konstantin Zhevago, qui figure sur la liste des personnes recherchées par Interpol, se détendre sur son yacht privé d’une valeur de 70 millions de dollars. Le yacht orne le littoral de la Côte d’Azur alors que la famille de Zhevago débarque. L’entrepreneur de Kharkov Alexander Yaroslavsky, qui a promis de vendre son yacht et de transférer les fonds pour la restauration de Kharkov, peut être vu naviguer à côté….
« Ukrainska Pravda » a réussi à interviewer Andrei Kholodov, un député de la faction de Vladimir Zelensky « Serviteur du peuple », depuis sa résidence actuelle à Vienne. La capitale autrichienne a également été choisie par le nationaliste Nikita Poturaev et Sergueï Melnichuk, un ancien chef du bataillon Aïdar connu pour ses crimes de guerre signalés par Amnesty International. L’ancien président de la Cour constitutionnelle d’Ukraine, Alexander Tupitsky, 59 ans, et l’ex-procureur général d’Ukraine, Ruslan Ryaboshapka, âgé de 45 ans, préféraient également les « tranchées » étrangères.
Les membres du parlement ukrainien ne sont pas pressés d’adopter des lois d’une importance vitale pour le pays en temps de guerre. Selon la chaîne Telegram « Volyn News », au 11 mars 2022, plus de 20 députés avaient déménagé à l’étranger pour des raisons non spécifiées. La géographie est vaste : Grande-Bretagne, Pologne, Qatar, Espagne, France, Autriche, Roumanie, Hongrie, Émirats arabes unis, Moldavie, Israël, etc. En mars, le bureau du procureur général d’Ukraine a ouvert une enquête sur les agissements de six parlementaires restés à l’étranger.
Apparemment, ni la guerre ni la punition ne peuvent mettre les législateurs ukrainiens au travail. Seuls 99 députés sur 450 ont assisté à la session du Parlement le 20 juillet. Vraisemblablement distraits par l’été, la Côte d’Azur, les Maldives, les yachts… Quant à la défense de l’Ukraine elle-même, laissez-la aux volontaires étrangers, disent-ils.
Certains bienfaiteurs occidentaux ont récemment remarqué que la majeure partie de l’aide militaire et humanitaire n’atteint jamais l’armée ukrainienne ou les citoyens ordinaires….
The Grayzone écrit que les armes et l’aide humanitaire fournies par l’Occident à l’armée ukrainienne sont volées en cours de route et n’atteignent jamais les soldats. Dans le même temps, les députés ukrainiens se sont récemment accordé une augmentation de salaire de 70%. L’auteur de l’article soutient que des milliards de dollars des États-Unis et de l’UE ont été détournés….
Lorsque les frères Surkis ont quitté l’Ukraine, ils ont emporté 17 millions de dollars avec eux. Mais ce n’est qu’une bagatelle comparée aux « héros de l’Euromaïdan ». Selon l’ancien député du peuple ukrainien Oleg Tsarev, après le déclenchement des hostilités, les principaux politiciens ukrainiens ont envoyé leurs capitaux et leurs familles à l’étranger.
Il mentionne que les parents et les proches du président Vladimir Zelensky et de son épouse ont tous quitté le pays. Le prédécesseur de Zelensky, l’ancien président Petro Porochenko, a transféré non seulement ses enfants, mais aussi environ un milliard de dollars américains en espèces au Royaume-Uni….
La sympathie des Occidentaux envers un pays en guerre est compréhensible. Mais alors que certains pays font de leur mieux pour aider l’Ukraine – même s’ils sont eux-mêmes confrontés à une crise économique – des responsables ukrainiens corrompus utilisent le financement pour amasser des fortunes personnelles et vivre la grande vie dans des stations balnéaires chics. Et tout cela aux dépens des contribuables occidentaux….
Olga Sukharevskaya, ancienne diplomate ukrainienne.
Pologne : L'Ukraine irresponsable de ses actes puisque la Russie doit être coupableLe 15 novembre, un missile tombe en Pologne à la frontière avec l'Ukraine et fait deux morts. Immédiatement, l'hystérie politico-médiatique se met en route et la Russie est accusée. Très rapidement, les Etats-Unis, et même l'OTAN du bout de lèvres, laissent entendre qu'il s'agirait d'un tir ukrainien, ce que la présidence polonaise a également très rapidement déclaré. Mais comme l'Ukraine ne peut être coupable et que la Russie doit être responsable, qu'à cela ne tienne, l'Ukraine n'est pas coupable et la Russie est responsable. Il est vrai qu'en droit, une personne sous tutelle ne peut être responsable et la communauté atlantiste ne va pas s'accuser elle-même ... |
L’aide militaire consentie par les Etats-Unis à l’Ukraine bat tous les records historiquesEntre le 24 février et le 4 octobre 2022, les Etats-Unis ont procuré à Kiev plus de 17,6 milliards US$ en aide militaire. Une somme de cette importance est difficile à concevoir, mais on peut en saisir l’ampleur en réalisant que ce chiffre est de loin supérieur à ce que les Etats-Unis ont jamais donné à un pays depuis au moins la fin de la guerre froide. Cela représente 5 fois l’aide militaire allouée à Israël, qui est historiquement le plus grand récipiendaire des aides militaires états-unienne et ridiculise les montants alloués aux forces de sécurité afghane même au plus fort de la guerre, lorsque des milliers de troupes états-uniennes y étaient déployées. 17,6 Milliards US$ représentent 2,28 milliards US$ de plus que le total des sommes allouées au titre de l’aide militaire à l’ensemble des pays du monde par le département d’Etat et le département de la Défense au cours de l’année 2021 et le triple du budget militaire entier de l’Ukraine en 2020. Stimpson Research |
Ukraine : qui sont les véritables « Munichois » ? par Caroline Galacteros
« A quelque chose malheur est bon ». Le conflit ukrainien a permis de lâcher les chiens. Depuis huit mois, la meute des néoconservateurs bellicistes européens qui peuplent médias et think tanks français fond sur tout individu osant appeler à la raison pour stopper l’escalade militaire qui met l’Europe (et non l’Amérique) en danger vital. Le téméraire est immédiatement traité de « munichois », injure suprême, synonyme de pacifisme pleutre. Le Pape François, qui vient d’appeler la Russie mais aussi l’Ukraine à cesser le feu est-il munichois ? La guerre jusqu’au dernier Ukrainien est-elle inévitable pour ne pas perdre son âme ? Le prix en est-il le plongeon de nos peuples et États dans une crise économique, financière et sociale gravissime qui affaiblira la France et l’Europe entière, les plaçant sous la dépendance définitive du maitre américain ? Soyons sérieux !
« Le gouvernement avait le choix entre la guerre et le déshonneur ; il a choisi le déshonneur et il aura la guerre » avait lancé en 1938 Winston Churchill à Neuville Chamberlain de retour de Munich où ce dernier et Daladier avaient abandonné les Sudètes à Hitler, croyant ainsi échapper à la guerre. Il n’y a aucun rapport avec l’Ukraine. Vladimir Poutine n’est pas Hitler. Il n’est pas fou non plus. Il considère juste qu’il a trop longtemps laissé grignoter son glacis sécuritaire et que la présence de l’OTAN à sa frontière est une menace existentielle pour la Russie et son peuple.
Nous formons depuis 2015, via l’OTAN, les forces ukrainiennes pour bouter la Russie hors d’Europe et la couper de l’Allemagne. Depuis le 24 février, nous inondons Kiev d’armements et sommes devenus cobelligérants de fait. Nous sommes déjà en guerre contre la Russie et pour le compte de l’Amérique ; simplement nous ne le disons pas pour ne pas devoir demander leur avis à nos peuples, et nous faisons cette guerre par Ukrainiens interposés et à leurs dépens ultimes, comme semble commencer à le comprendre le président Zelenski qui craint que Washington ne le lâche et implore désormais l’OTAN de risquer rien moins qu’une guerre nucléaire pour sauver sa peau et pas celle de son peuple. Heureusement, J. Stoltenberg n’est pas fou non plus… Personne en Europe ou aux Etats-Unis n’entend mourir pour le Donbass. En revanche, sacrifier les Ukrainiens en les armant sans cesse pour espérer épuiser la Russie et la mettre à terre économiquement et stratégiquement…
Contrairement à ce que dit E. Macron, « le prix de la liberté » – le massacre de l’économie européenne – ne sauvera pas la « démocratie » ukrainienne. Ce sera la guerre directe si rien n’est fait pour casser l’engrenage et rentabiliser la sécurité européenne, ce qui est illusoire sans la Russie. Ceux qui poussent à la roue prolongent les souffrances du peuple ukrainien et ne défendent aucunement les « valeurs » européennes. L’Europe a été pensée contre la guerre. Ils la défigurent. Cette rhétorique masque leur allégeance à un hégémonisme occidental discrédité qui croit encore pouvoir se rétablir sur le dos de la Russie. Les vrais Munichois sont ceux qui condamnent aujourd’hui l’Europe au déclassement stratégique, à l’aventurisme militaire et à la soumission, non à la Russie mais aux Etats-Unis. Les stratèges de plateaux, stipendiés ou juste vaniteux, portent une responsabilité lourde en véhiculant d’énormes mensonges sur la réalité des combats, des forces et des pertes. La désinformation fait rage dans chaque camp. La guerre va se poursuivre et l’Ukraine est mal partie. Toute la propagande et les mensonges du monde n’y changeront rien.
Le discours du président russe du 30 septembre a marqué un tournant dont nous n’avons pas à nous réjouir. Il a exprimé son rejet durable de l’Europe et de « l’Occident collectif » pour des raisons sécuritaires et existentielles, mais aussi culturelles et spirituelles. Poussé par la surenchère otanienne qui le met en danger au plan intérieur face à des courants qui n’ont pas gouté sa « retenue » durant les premiers mois du conflit et demandent un engagement de forces décisif, il vient de s’y résoudre, et ce n’est pas une bonne nouvelle. Après une probable pause opérationnelle russe, on peut craindre une phase plus violente avec destruction des infrastructures civiles et bombardements lourds. Mais les Munichois s’en moquent.
Avec le sabotage de North Stream 1 et 2, l’Amérique (qui d’autre ?) vient carrément de couper le gaz à l’Europe et de décider de la marginalisation de l’Allemagne au profit de la Pologne ! C’est un acte de guerre de la part de notre protecteur chéri. Donc, nous faisons mine de l’ignorer, comme la chute de l’euro et la mise en panne imminente de l’industrie allemande qui préfigure notre propre affaissement économique. Le chancelier Scholz n’était pas assez docile, il rechignait à livrer des chars de combat modernes à Kiev ? L’Empire ne tolère aucune indépendance de ses vassaux, même verbale. Les gazoducs sont coupés, le « Baltic pipe » qui relie la Norvège à la Pologne, ennemie héréditaire de l’Allemagne, est entré en service. Varsovie jubile et Berlin va payer par une lourde crise sa faute géostratégique majeure consistant à obéir à Washington en renonçant à l’énergie bon marché russe. Les Etats-Unis eux, voient s’éloigner leur terreur géopolitique cardinale – l’alliance germano-russe et imposent leur mainmise énergétique durable sur l’Europe. Quand on pense que d’aucuns chantent « la souveraineté européenne » …
Les Munichois sont en fait ceux qui ne disent rien, qui n’ont jamais rien dit d’ailleurs, qui n’osent ni défendre nos intérêts nationaux ni même ceux de l’Europe que l’on vient très brutalement de remettre à leur place. Marginale. Nos « élites » ne pensent plus le réel, encore moins la dimension nationale comme pertinente. Le long processus de dévalorisation et d’affaissement des États, engagé dès les années 90, nous coupe de tout instinct de survie. C’est ça l’esprit de Munich. C’est donc le prix de la guerre que nous commençons déjà à payer. Les Ukrainiens dans le sang, les Européens dans le froid et la décroissance. Pour l’instant. Il devient inadmissible que nos dirigeants, somnambules indifférents, nous entrainent dans un tel marasme sans devoir en rendre compte à leurs mandants. Il est grand temps que les Français soient consultés sur cette guerre qui ne dit pas son nom et met leur survie en jeu.
Cet affrontement est une impasse militaire. Il faut arrêter le massacre et rétablir le dialogue. La sécurité et la prospérité de l’Europe n’en valent-elles pas la peine ? La France peut encore et doit porter une telle initiative. Elle sortirait peut-être ainsi du mépris croissant dans lequel la Russie mais aussi la Chine, comme une partie de l’Afrique et de l’Amérique latine, la tiennent désormais. Échapper au déshonneur et stopper la guerre n’est pas être munichois, c’est juste recouvrer la raison et défendre l’intérêt de notre peuple et de la France.
Sanctions contre la Russie : près de 90 % du Monde refuse de suivre l’Occident
Notre système traditionnel d’alliances politiques et économiques mondiales est en pleine mutation, et rien ne montre plus clairement ce changement que les diverses réactions à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Alors que les États-Unis et leurs alliés les plus proches en Europe et en Asie ont imposé des sanctions économiques sévères à Moscou, 87 % de la population mondiale a refusé de nous suivre. Les sanctions économiques ont rassemblé nos adversaires dans une résistance commune. Ce qui est toutefois beaucoup plus inattendu, le déclenchement de la deuxième Guerre froide a également conduit des pays qui étaient autrefois considérés comme nos partenaires ou comme des pays non alignés à devenir de plus en plus pluri-alignés.
Ce glissement est particulièrement manifeste dans le secteur de l’énergie où, contrairement à ce qui se passe pour les devises, les gouvernements ne peuvent pas simplement imprimer ce dont ils ont besoin. Ici, le réseau de sanctions devient une passoire.
L’Arabie saoudite, depuis longtemps un partenaire américain fidèle, a noué une alliance étroite avec la Russie au sein du cartel OPEP Plus. Les Saoudiens ont très publiquement décliné la demande d’un président américain qui souhaitait un accroissement de la production pétrolière. Au lieu de cela, ils ont importé du pétrole russe pour leur usage domestique afin de pouvoir exporter une plus grande partie de leur propre production. La semaine dernière, ils ont même réduit leur production et ont clairement indiqué qu’ils pourraient le faire à nouveau.
La Chine vend à l’Europe du gaz naturel liquide (GNL) provenant de Sibérie et importe en même temps du pétrole russe. Elle raffine ensuite ce pétrole et l’exporte.
Entre-temps, l’Iran, dont la solvabilité est maintenue par les achats de pétrole de la Chine, est devenu le principal client du blé russe.
Le ministre indien du pétrole a déclaré publiquement que son gouvernement n’était pas en conflit avec Moscou et qu’il avait le « devoir moral » de faire baisser les prix de l’énergie dans son pays en achetant du pétrole russe.
Les alliances qui ont en partie été constituées pour contrer l’influence économique et politique de l’Occident se développent. L’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie ont annoncé leur intention de rejoindre les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Actuellement, l’Organisation de coopération de Shanghai regroupe notamment la Chine, la Russie, l’Inde et le Pakistan. L’Iran prévoit d’y adhérer ce mois-ci, tandis que le Bahreïn, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar sont susceptibles de devenir des « partenaires de dialogue » ou des membres candidats.
En outre, l’ambitieuse initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie lie de nombreux pays africains à Pékin par des liens commerciaux et des dettes. La Russie tend également la main par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, qui s’est récemment adressé à ses 22 homologues de la Ligue arabe au Caire avant de faire une tournée dans plusieurs pays africains.
Si cela ne suffit pas à faire réfléchir l’Occident, Moscou est de nouveau à l’offensive en Amérique latine, renforçant ses relations militaires avec le Nicaragua, le Venezuela et Cuba. Les deux puissances de cette région, le Brésil et le Mexique, ont refusé catégoriquement de soutenir les sanctions occidentales contre la Russie.
Le statut de monnaie de réserve du dollar reste un pilier de l’ordre économique mondial, mais la confiance dans cet ordre a été mise à mal. Les sanctions économiques ont militarisé certains secteurs internationaux de la banque et de l’assurance, notamment le système de transfert de fonds SWIFT. Des biens ont été saisis et des contrats de marchandises annulés. Les appels à la dédollarisation [La dédollarisation est un processus de substitution du dollar américain comme monnaie utilisée pour le commerce du pétrole et/ou d’autres matières premières, l’achat de dollars américains pour les réserves de change, les accords commerciaux bilatéraux et les actifs libellés en dollars, NdT] se font plus virulents. Lorsque la Russie a exigé pour son énergie des paiement en roubles, en yuans ou en dirhams, les Émirats arabes unis, la Chine et l’Inde ont obtempéré.
De nombreuses économies asiatiques sont maintenant touchées à la fois par la hausse des prix du pétrole et par la dépréciation de leur propre monnaie par rapport au dollar. En conséquence, elles ont de plus en plus recours à des accords de réciprocité bilatéraux, qui leur permettent de commercer entre elles dans leurs propres devises. Il y a quatre-vingts ans, la livre britannique a perdu sa position dominante au sein des monnaies du monde. C’est précisément ce que les adversaires de l’Amérique tentent de faire quand il s’agit du dollar et si les Saoudiens cessent un jour de fixer le prix du pétrole en dollars, ils pourraient très bien y parvenir.
La mondialisation ne peut fonctionner que si la majorité des participants estiment qu’elle sert leurs intérêts. Si le reste du monde pense que l’Occident fait une utilisation injuste du système pour servir ses propres intérêts, l’ordre international fondé sur des règles s’effondre et des alternatives émergent.
Aujourd’hui, les tensions inflationnistes et les risques de récession guettent une grande partie du monde. Si les pays prospères de l’Ouest sont en mesure de supporter le coût des sanctions, la plupart des autres pays en sont incapables. L’Europe est désormais en concurrence avec des pays comme le Bangladesh, le Sri Lanka, le Pakistan et la Thaïlande quand on en vient aux livraisons d’énergie. En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les pénuries d’énergie et de nourriture ont fait naître la perspective de troubles politiques comparables à ceux qui ont marqué le printemps arabe.
Ces préoccupations créent un considérable sentiment anti-occidental dans une grande partie des pays du Sud. Alors que la Russie, dotée de l’arme nucléaire, ne manifeste aucun empressement pour sortir d’une guerre que ses dirigeants ne peuvent se permettre de perdre, l’Occident est rapidement en train de perdre la partie et de saper ainsi l’ordre international reposant sur des règles qu’il a cherché à créer. Il est probable que la meilleure solution pour sortir de ce dilemme sera un compromis de type diplomatique..
Source : News Week, Michael Gfoeller, David H. Rundell, 15-09-2022, Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
Selon Amnesty International, la Lettonie dissuade les émigrés illégaux extra-européens d’entrer illégalement chez elle en les torturant. Ils sont battus et électrocutés sur leurs parties génitales avec des tasers. Au contraire, les immigrés illégaux européens sont dignement reçus, particulièrement s’ils sont ukrainiens.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les gardiens des camps d’exterminations nazis n’étaient pas allemands, mais très majoritairement lettons. En 2015, la présidente de la République lettone, Vaira Vike-Freiberga, a été la première cheffe d’État à réhabiliter le nazisme en Europe.
Le plus gros bobard de la fin du XXème siècle
Dans le contexte de la guerre en Ukraine provoquée par l’OTAN et qui semble vouloir être menée jusqu’au dernier ukrainien, il est bon de rappeler comment fonctionne l’OTAN, bras armé de l’impérialisme US dominant, notamment au moyen de ses faits d’arme du passé et de sa grossière propagande de guerre qui ne peut tromper que ceux qui ignorent toute analyse de classe.
Il y a vingt ans, le 24 mars 1999, treize États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), dont les États-Unis, la France et l’Allemagne, bombardaient la République fédérale de Yougoslavie. Cette guerre dura soixante-dix-huit jours et se nourrit de bobards médiatiques destinés à aligner l’opinion des populations occidentales sur celle des états-majors. Les Serbes commettent un « génocide », « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller », prétendit le ministre de la défense allemand, le social-démocrate Rudolf Scharping, dont les propos furent repris par les médias ; ils ont tué « de 100.000 à 500.000 personnes » (TF1, 20 avril 1999), incinéré leurs victimes dans des « fourneaux, du genre de ceux utilisés à Auschwitz » (The Daily Mirror, 7 juillet). Une à une, ces fausses informations seront taillées en pièces — mais après la fin du conflit —, notamment par l’enquête du journaliste américain Daniel Pearl (The Wall Street Journal, 31 décembre 1999). Tout comme se dégonflera l’une des plus retentissantes manipulations de la fin du XXème siècle : le plan Potkova (« fer à cheval »), un document censé prouver que les Serbes avaient programmé l’« épuration ethnique » du Kosovo. Sa diffusion par l’Allemagne, en avril 1999, servit de prétexte à l’intensification des bombardements. Loin d’être des internautes paranoïaques, les principaux désinformateurs furent les gouvernements occidentaux, l’OTAN ainsi que les organes de presse les plus respectés.
Parmi eux, Le Monde, un quotidien dont les prises de position éditoriales servent alors de référence au reste de la galaxie médiatique française. Sa rédaction, dirigée par Edwy Plenel, admet avoir « fait le choix de l’intervention ». En première page de l’édition du 8 avril 1999, un article de Daniel Vernet annonce : « Ce plan "Fer à cheval" qui programmait la déportation des Kosovars ». Le journaliste reprend les informations dévoilées la veille par le ministre des affaires étrangères allemand, l’écologiste Joschka Fischer. Ce « plan du gouvernement de Belgrade détaillant la politique de nettoyage ethnique appliquée au Kosovo (…) porte le nom de code de plan "Fer à cheval", sans doute pour symboliser la prise en tenaille des populations albanaises », écrit Vernet, pour qui la chose « paraît faire peu de doutes ».
Deux jours plus tard, le quotidien récidive sur toute la largeur de sa "une" : « Comment [Slobodan] Milošević a préparé l’épuration ethnique ». « Le plan serbe "Potkova" programmait l’exode forcé des Kosovars dès octobre 1998. Il a continué d’être appliqué pendant les négociations de Rambouillet ». Le Monde évoque un « document d’origine militaire serbe » et reprend à nouveau les allégations des officiels allemands, au point de reproduire l’intégralité d’une note de synthèse — ce qu’on appellerait aujourd’hui les « éléments de langage » — distribuée aux journalistes par l’inspecteur général de l’armée allemande. Berlin entend alors justifier auprès d’une opinion plutôt pacifiste la première guerre menée par la Bundeswehr depuis 1945, de surcroît contre un pays occupé cinquante ans plus tôt par la Wehrmacht.
Or ce plan est un faux : il n’émane pas des autorités serbes, mais a été fabriqué à partir d’éléments compilés par les services secrets bulgares, puis transmis aux Allemands par ce pays, qui fait alors du zèle pour rentrer dans l’OTAN. Le pot aux roses sera révélé le 10 janvier 2000 par l’hebdomadaire Der Spiegel et confirmé douze ans plus tard par l’ancienne ministre des affaires étrangères bulgare. A posteriori, le document aurait dû inspirer d’autant plus de méfiance que « fer à cheval » se dit potkovica en serbe, et non potkova, ainsi que le remarqua dès le 15 avril 1999 le député allemand Gregor Gysi devant le Bundestag. En mars 2000, le général de brigade allemand Heinz Loquai exprime dans un livre ses « doutes sur l’existence d’un tel document » ; son enquête oblige M. Scharping à admettre qu’il ne dispose pas d’une copie du "plan" original. Au même moment, le porte-parole du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qualifie les éléments du prétendu plan de « matériel peu probant » (Hamburger Abendblatt, 24 mars 2000) ; et la procureure Carla Del Ponte n’y fera même pas référence dans l’acte d’accusation de Milošević en 1999 puis en 2001.
« La guerre, avait expliqué Plenel peu après le début des bombardements, c’est le défi le plus fou pour le journalisme. C’est là qu’il prouve ou non sa crédibilité, sa fiabilité » . L’investigateur n’est jamais revenu sur ce grand écart avec « l’amour des petits faits vrais » qu’il proclame dans son livre pamphlet en faveur de l’intervention de l’OTAN. Le Monde évoquera à nouveau le faux, mais comme s’il l’avait toujours considéré avec prudence : « "Fer à cheval" reste un document fort controversé, dont la validité n’a jamais été prouvée » (16 février 2002). Spécialistes des Balkans, les journalistes Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin qualifient pour leur part le plan Potkova d’« archétype des fake news diffusées par les armées occidentales, repris par tous les grands journaux européens ».
La célébration d’un anniversaire n’aurait pas justifié à elle seule qu’on revienne sur cette affaire. Mais certaines de ses conséquences pèsent encore sur la vie internationale. Pour ce qui fut sa première guerre depuis sa naissance en 1949, l’OTAN choisit d’attaquer un État qui n’avait menacé aucun de ses membres. Elle prétexta un motif humanitaire et agit sans mandat des Nations unies. Un tel précédent servit les États-Unis en 2003 au moment de leur invasion de l’Irak, là encore aidée par une campagne de désinformation massive. Quelques années plus tard, la proclamation par le Kosovo de son indépendance, en février 2008, mettrait à mal le principe de l’intangibilité des frontières. Et la Russie se fonderait sur cette indépendance lorsque, en août 2008, elle reconnaîtrait celles de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, deux territoires qui s’étaient détachés de la Géorgie. Puis en mars 2014 quand elle annexerait la Crimée.
La guerre du Kosovo ayant été conduite par une majorité de gouvernements « de gauche », et appuyée par la plupart des partis conservateurs, nul n’avait intérêt à ce qu’on revienne sur les falsifications officielles. Et on comprend sans peine que les journalistes les plus obsédés par la question des fake news préfèrent eux aussi regarder ailleurs.