Il faut parfois attendre que le tumulte se calme avant d’écrire tellement les mots sont piégés. Il est vrai que nous avons vécu ce dernières semaines des évènements tragiques qui nous ont tous bouleversés.
Cependant, je crois nécessaire de mesurer le glissement assumé de la droite française vers l’extrême droite, je dirais même la main tendue.
La manifestation parisienne du 12 novembre contre l’antisémitisme a provoqué plusieurs débats du fait de la participation du RN et de Reconquête.
Cela a conduit certains à n’y pas participer, d’autres ont maintenu leur présence. Certains ont essayé d’y rajouter ce qui manquait, l’antiracisme et la paix.
Beaucoup y ont participé naturellement parce que l’antisémitisme leur est odieux sans plus de questions. Il y a suffisamment de déchirures dans le camp des progressistes pour ne pas chercher à en rajouter.
Mais, nous ne pouvons passer à côté d’une question essentielle, celles du rôle que la droite et l’extrême droite font jouer à cette manifestation pour achever la "normalisation" du RN et liquider l’héritage politique du Conseil National de la Résistance, après d’ailleurs en avoir liquidé l’héritage social.
Personne ne niera que les actes antisémites augmentent dans le pays. Personne ne peut sous-estimer la montée du racisme anti musulman. Le conflit israélo/palestinien exacerbe les passions et les raccourcis.
Il faut quand même se poser une question : pourquoi les progressistes n’ont-ils pas été capables de prendre une ou des initiatives contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix interdisant aux représentants du RN et de Reconquête d’être présents, rassembleuses parce qu’englobant l’ensemble des préoccupations de la population ? La gauche pourrait-elle enfin songer à s’occuper d’autre chose que d’elle même ?
Les deux initiateurs de la manifestation du 12 novembre sont Gérard Larcher (Les Républicains) et Yaël Braun-Pivet (Renaissance), respectivement président et présidente du Sénat et de l’Assemblée nationale. Ces deux là ne sont pas des débutants en politique. Non seulement, ils ne pouvaient ignorer le risque que le RN et Reconquête seraient présents, mais en choisissant un intitulé qui se limite à l’antisémitisme, ils ont choisi de lui ouvrir la porte. Car, il était sans risque pour le RN de déclarer qu’il n’était plus antisémite, promesse qui n’engage que ceux qui y croient, puisque son fond de commerce du point de vue du racisme est dirigé contre les musulmans, plus globalement contre tous ceux qui ont à voir dans leur histoire avec le "sud" depuis le Maghreb jusqu’à l’Afrique en passant par le Moyen Orient.
L’antiracisme est un universalisme qui ne peut être tronqué.
Alors que des voix s’élevaient contre la présence du RN, il s’est trouvé certains pour se féliciter de « l’évolution positive » de ce parti ! Le RN a t-il cessé de porter des thèses xénophobes et racistes ? Non. Il ne peut donc avoir cessé d’être antisémite, simplement ce n’est plus son étendard. Historiquement, les partis d’extrême-droite sont toujours et partout xénophobes et racistes, le plus souvent antisémites mais n’en faisant pas toujours une question centrale, choisissant le bouc émissaire qui leur sera le plus utile dans la conquête et l’exercice du pouvoir. Enfin, je suis obligée de constater que l’homme qui dirige aujourd’hui Israël, Benjamin Netanyahou est un homme d’extrême droite que combattent les partisans de la paix dans son pays.
Au final, cet adoubement du RN, qui a permis à son appendice zemmourien de se glisser dans le tableau, efface l’héritage de la Résistance et du CNR qui avait marqué l’extrême droite d’illégitimité dans la représentation politique.
Enfin, Jean-Marie Le Pen n’a jamais condamné l’usage de la torture en Algérie et a toujours combattu le processus de décolonisation, Marine Le Pen a affirmé à plusieurs reprises que « la colonisation avait beaucoup apporté notamment à l’Algérie », chacun peut mesurer comment cette "normalisation" creuse les plaies françaises. Diviser toujours et encore le peuple pour mieux l’écraser, telle est la ligne directrice des forces représentatives du capital et de la grande bourgeoisie aujourd’hui ! La guerre ici et là-bas, l’extrême droite plutôt que la justice et le progrès pour tous, voilà la ligne tracée le 12 novembre par la Droite LR et Renaissance.
Je ne saurai terminer sur ce glissement de la droite française vers l’extrême droite sans aborder le tournant qu’est l’intervention de Gérald Darmanin, Ministre de L’intérieur, dans les jours qui suivent l’assassinat de Dominique Bernard sur lequel je reviendrai plus loin. Nous pourrions attendre d’un Ministre de l’Intérieur qu’il nous explique comment un jeune homme fiché pour radicalisation islamiste depuis plus de deux ans, signalé par deux fois par son lycée, ayant déjà agressé une professeur, a pu malgré tout commettre cet acte barbare. Mais le ministre de l’intérieur a d’autres choses à nous dire. Son souci est de mettre sur la sellette un footballeur célèbre, soutien à la Palestine, en l’accusant d’être en lien avec les « Frères musulmans ».
Il est inédit en France qu’un ministre attaque ainsi en direct à la télé un citoyen, célèbre ou pas ; la justice a ses règles ! Une telle accusation passe par une plainte, une enquête...
Visiblement Gérald Darmanin n’est pas dans cette démarche, il est venu faire le "buzz", "buzz" dont vont se saisir la droite et l’extrême droite pour demander la déchéance de nationalité, le retrait du ballon d’or et autres. Dépassons l’écume des médias ! Darmanin a fait du Zemmour, il a ainsi réactivé la grande peur des français issus de l’immigration comme on dit, ceux qui nous faisaient part en 2020 de leur grande inquiétude devant cette menace de l’extrême droite : « Vous êtes français mais si vous ne vous tenez pas à carreau, nous pouvons vous retirer votre nationalité, vos droits… » creusant toujours plus la division encore une fois. Quoi de mieux que la peur pour pousser à la méfiance, au repli sur sa famille, sa communauté, sa religion. Je crois qu’on appelle cela les « pompiers incendiaires »…
Il s’est passé plusieurs semaines depuis l’assassinat par un terroriste islamique de Dominique Bernard, professeur de philosophie à Arras... Après l’émotion des premiers jours, c’est le même silence qu’après la mort de Samuel Paty. Quelles mesures ont été prise pour mieux protéger les enseignants, les soutenir quand ils affrontent difficultés et menaces dans leur mission, celle de former la jeunesse au débat, à une pensée libre, acceptant la contradiction comme une source de raison. Certains donnent des leçons de courage sur papier dans des déclarations enflammées. Je pense à toutes celles et ceux qui ont repris le chemin des collèges et des lycées, surmontant leur peur, s’efforçant de se comporter naturellement avec leurs élèves. Le courage n’est-il pas dans cette obstination à accomplir malgré tout sa tâche d’enseignant ?
Nous citoyens, parents, élus, autorités religieuses et politiques, comment pouvons nous au plus près des habitants aider à faire reculer cette faillite de la raison qu’est toujours l’intégrisme et la radicalisation religieuse ? Loin du buzz médiatique, cela ne mérite-t-il pas que nous y travaillions tous ensemble. C’est en construisant du commun que nous pouvons faire reculer les replis identitaires et l’obscurantisme.
Je serai présente dans les manifestations pour la paix, exigeant un cessez le feu pour Gaza, seule façon d’arrêter le génocide en cours. Des milliers de palestiniens, jusqu’aux bébés meurent. Ce n’est pas le Hamas qui sera détruit, le propre d’une organisation terroriste, c’est de ne pas avoir besoin de patrie et ses dirigeants les plus importants sont déjà à l’abri loin de Gaza. Ce sont les palestiniens qui sont massacrés, repoussés hors de leurs terres par la volonté de puissance de Benjamin Nettanayou et son gouvernement qui n’ont jamais accepté la reconnaissance des droits du peuple palestinien à une nation et rêvent d’un grand Israël mythique qui exigera de chasser ensuite les palestiniens de la Cisjordanie. Un tel projet enfermera cette partie du monde et les nations qui la composent dans la guerre et le terrorisme à perpétuité. Ce sera une insécurité sans fin pour tous, y compris pour le peuple israélien. La paix doit l’emporter, le Cessez le Feu est une urgence !
Aujourd’hui, un cap a été franchi dans le conflit en Ukraine. Écartant toute volonté de paix, de discussion et de sécurité collective, Emmanuel Macron fait le choix de livrer des « chars de combats légers » à l’Ukraine, des AMX-10 RC équipés de canons. Un cap a été franchi puisque c’est la première fois que des chars de conception occidentale sont fournis aux forces armées ukrainiennes.
Faisant le choix de rajouter de la guerre à la guerre, le Président pousse l’escalade de l’horreur jusqu’au point de non-retour. D’après l’Elysée, il s’agit d’affirmer le « soutien indéfectible » de la France « jusqu’à la victoire ».
Mais de quelle victoire parle-t-il ? La seule et unique victoire pour les peuples sera la paix. Celle qui sera le fruit de discussions et du respect des accords signés depuis deux décennies. Sur ce point, la diplomatie française ne peut que perdre de sa crédibilité, tant les propos d’Angela Merkel – loin d’être démentis par Hollande – sur le non-respect conscient, planifié et stratégique des accords de Minsk sont révélateurs.
Notre soumission à l’OTAN dans un monde multipolaire émergent est une plaie pour l’avenir de notre peuple. Rappelons qu’il y a quelques semaines à peine, le chef de la diplomatie européenne comparait l’Europe à un jardin et le « reste du monde à une jungle ». Voilà-donc le chemin de la paix ?
Les accords de Minsk n’ont pas été respectés. L’occident refuse un accord de sécurité global avec la Russie, la Russie refuse une Ukraine dans l’OTAN, le résultat est la guerre. Sortons de cette escalade.
Nous serons tôt ou tard rattrapés par le réel, et je crains que cela arrive plus tôt que prévu.
Hervé Poly, Premier Secrétaire de la Fédération PCF du Pas-de-Calais