Les massacres du 7 octobre et leurs conséquences

Les troupes du Hamas au cours de leur sortie surprise de Gaza ont perpétré au moins trois massacres de masse dans le Sud du territoire israélien, le 7 octobre 2023 - qui ont tué de manière indiscriminée plus d'un millier de civils et de militaires, et ont capturé plus de 200 otages dont beaucoup ont été tué depuis.

Les victimes annoncées sont les habitants de deux kibboutz, les participants à une « rave party » à proximité de la frontière de Gaza et des familles de militaires israéliens. Certains semblent aussi avoir été victime de "tirs amis" indiscriminés causés par la réaction de panique de l'armée face à l'incursion.

Depuis, la propagande israélienne a fait circuler parmi les "décideurs" du monde entier (politiciens, journalistes, influenceurs, etc.) un film monté avec des "morceaux choisis" particulièrement atroces dans le but de justifier les massacres sans précédents de Palestiniens, tout aussi indiscriminés en cours en représailles - dont le nombre des victimes directes approche au bout d'un an les 55 000 tués et disparus, et le bilan total pourrait dépasser 300 000 morts.

Rappelons aux porte-paroles sionistes des médias, qui ont le verbe haut et l'amalgame facile que reprocher à quelqu'un qui condamne un massacre en cours de ne pas avoir condamné un autre massacre est une manière de soutenir ce massacre en cours.

En supposant que les faits soient correctement établis, ce qui semble être le cas en partie, pourquoi une armée – le Hamas en est une, quoi qu’on pense de lui , c’est pour l'essentiel celle des deux millions d’habitants enfermés et bombardés à Gaza depuis 20 ans - commettra-t-elles des massacres de civils, en dehors des crimes liés aux stratégies de contre-insurrection – que pratiquent toutes les armées régulières dans leurs « guerres asymétriques » sous un vernis de communication?

Dans notre monde seuls les événements atroces et les individus pervers suscitent l’intérêt et méritent la publicité et semblent faire de l’effet sur un public complètement anesthésié. Il y a donc dans les actions avérées d'une partie des combattants du Hamas, aussi bizarre que ça puisse paraître, une volonté de propagande et une recherche de prestige.

Mais le motif le plus évident et le plus fréquent de ces crimes de masse est de réunir à long terme les conditions d'une « épuration ethnique ». En procédant ainsi, en tuant plus d'un millier de civils israéliens, et en publicisant les images de ce massacre (dans le style dégoûtant de la culture postmoderne), on envoie un message clair : les juifs doivent partir de Palestine s’ils veulent sauver leur vie.

C’est l’écho lointain des massacres de Palestiniens perpétrés par l'Irgoun et par d’autres groupes armés juifs qui se fondirent ensuite dans l’armée et l’État sionistes, pendant la guerre d’indépendance israélienne, en 1948 et 1949, qui ont provoqué la « Nakba », l’exode général de la population palestinienne du territoire du nouvel État vers les camps de réfugiés de la périphérie comme ceux de Gaza.

L’épuration ethnique qui consiste à vider un territoire de sa population présente pour en implanter une autre, en général au nom de droits historiques plus ou moins établis et dans tous les cas abusifs a été une pratique courante au XXème siècle et la manière habituelle de faire passer la pilule auprès des masses de spectateurs abrutis par les médias consiste à englober les victimes dans une culpabilité collective inexpiable, et à persuader ceux qui commettent les tortures et les massacres et qui terrorisent les populations pour les faire fuir qu’ils ont affaire à des ennemis implacables et sans principes, des « animaux » comme disent maintenant les officiels israéliens en désignant les Palestiniens, qui ne méritent aucune pitié et qui feront pire à la première occasion. Un massacre est donc dénoncé afin d'en justifier un autre.

Toute épuration ethnique peut en effet sous l'escalade de la haine mutuelle instrumentalisée par les factions extrêmes se transformer en génocide, comme on a vu faire au Rwanda, et en Arménie.

Le calcul cynique du Hamas a donné des ailes aux partisans israéliens d’une seconde expulsion des Palestiniens de tous les territoires contrôlés par Israël, de Gaza et de Cisjordanie, à l’extrême-droite raciste assumée qui est parvenue au pouvoir en Israël avec Netanyahou. Une telle opération comporterait des risques incalculables pour la paix mondiale, et se retournerait contre ses auteurs, et contre l’ensemble du peuple juif. Il semble pourtant que c'est bien cela le plan qui est mis en application avec les bombardements aveugles et le blocus impitoyable de Gaza (eau, gaz, électricité, vivres, médicaments), les attaques contre les hôpitaux, les médias, les agences de l'ONU et les ordres d'évacuation de masse.

Toutes considérations morales mises à part, Il faudrait que les défenseurs inconditionnels d’Israël cessent de s'intoxiquer de leur propre récit de propagande et se rendent compte que l’expulsion de tous les juifs de Palestine est envisagée avec indifférence – ou pire - par sept des huit milliards d’habitants de ce monde.  Les Non-Occidentaux pensent pour la plupart qu’Israël n’est qu’une colonie de l’Occident, que les juifs qui en proviennent peuvent y retourner, comme les pieds-noirs algériens sont retournés en France, et qu’ils doivent restituer le territoire à ses occupants légitimes, les Palestiniens qui en ont été chassés pour la plus grande partie en 1948, et qui subissent l'occupation ou le blocus militaire pour le reste, Gaza et la Cisjordanie,  depuis 1967... Exactement comme en 1948 à la fondation de l'État israélien Golda Meir et les autres politiciens sionistes pensaient qu’il y avait bien assez de place pour les Palestiniens dans le reste du monde arabe - et ils le pensent toujours. Palestiniens qui d’ailleurs selon eux n’existaient même pas.

La logique de la confrontation ne peut amener les Israéliens qu’à gagner des batailles encore en encore, toujours plus coûteuses, pour finalement perdre la guerre, sauf à imaginer une confrontation nucléaire ; et même dans ce cas.

Le calcul politique sioniste qui a consisté à favoriser la montée du Hamas aux dépens de l’OLP, avec la complicité des pétromonarchies du Golfe, pour avoir en face de soi les adversaires les plus faciles à combattre militairement et politiquement se retourne en définitive contre le peuple juif. La seule chance de maintien d’une population juive au Proche-Orient, à long terme, était la création d’un État palestinien laïc judéo-arabe, celle qui est défendue par Rima Hassan, qui a suscité la haine hystérique qu'on sait. La solution à deux États pouvait être une étape dans cette direction, sachant qu’ils ne sont pas viables stratégiquement et qu'il n’y a jamais eu la place sur le territoire de l'ancien mandat palestinien pour deux États ennemis.

Mais le fait que les deux camps en présence soient maintenant contrôlés par des forces politico-religieuses aux caractéristiques fascistes a rendu cette solution presque impossible à envisager dans l’avenir prévisible.
Le risque d'une escalade internationale est évident et le pire est donc malheureusement probable.

La réaction israélienne aux massacres du 7 octobre n'a été rien d'autre qu'un massacre de représailles décuplées et une punition collective des Palestiniens, étendues aussi à la Cisjordanie dans la logique contre-insurrectionnelle des armées coloniales qui est de noyer toute rébellion dans le sang des civils, femmes, enfants, vieillards indistinctement et sans aucune stratégie politique à terme. Ce massacre outre qu'il ne sert à rien pour consolider la situation chancelante de l'État juif permet aussi au camp d'en face de faire l'économie d'une autocritique des moyens employés le 7 octobre.

De toute manière le nombre des victimes subies ou infligées ne change pas la justesse d'une cause contrairement à ce que tout le monde à l'air de croire et ceux qui se vengent d'un massacre par un autre loin d'avoir une excuse, sont doublement condamnables : non seulement ils tuent, mais ils le font avec une arrogante bonne conscience. A ceux qui demandent "que doit donc faire Israël face au terrorisme du Hamas" on peut répondre qu'il n'aurait peut-être pas dû pour commencer expulser les Palestiniens de leur propre pays. Le mal étant fait, il lui incombe maintenant de négocier une solution avec ceux qui se trouvent comme adversaires en face de lui - où de disparaître à moyen terme. Exterminer les cadres politiques et militaires du Hamas et du Hezbollah libanais, tuer les journalistes qui témoignent des crimes sur place, ensevelir Gaza  et maintenant Beyrouth sous les bombes est une démarche suicidaire, chaque bombe qui tombe ébranle et ruine l'État juif dans ses fondations.

En ce qui concerne l'accusation de génocide portée devant la justice internationale, les responsables israéliens pourront toujours ergoter sur le sens exact de ce terme, mais leurs arguments se résumeront à ceci : nous n'avons pour le moment tué que 1, ou 2, ou 10 % des habitants de la Bande de Gaza, les nazis ont tué 75 % des juifs d'Europe : vous voyez comme nous avons encore de la marge avant d'être comparables à eux !

Gilles Questiaux, 12 octobre 2023 - 5 octobre 2024

PS S’il avait été nécessaire de faire oublier de quelle manière plus de 200 manifestants non-violents palestiniens avaient été froidement assassinés par les militaires - et des civils - israéliens lors des Journées de la Terre sur la frontière de Gaza, en 2018, on n’aurait pas agi autrement. Mais ce n’était pas nécessaire, tout le monde semble les avoir oublié, y compris les défenseurs des Palestiniens.

 

Gaza : les experts en droits de l'homme condamnent le rôle de l'IA dans les destructions opérées par l'armée israélienne (UN)

 

Six mois après le début de l'offensive militaire, le pourcentage de logements et d'infrastructures civiles détruits à Gaza est plus élevé que lors de n'importe quel autre conflit", ont déclaré les experts, parmi lesquels Francesca Albanese, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967. 

Dans une déclaration, les experts ont estimé que 60 à 70 % de toutes les habitations de Gaza, et jusqu'à 84 % des habitations du nord de Gaza, avaient été soit entièrement détruites, soit partiellement endommagées. 

Le front de mer

Cette "destruction systématique et généralisée" est un crime contre l'humanité, ont insisté les experts - qui ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne sont pas rémunérés pour leur travail - avant de rappeler les "nombreux crimes de guerre et actes de génocide" allégués par Mme Albanese dans son rapport au Conseil des droits de l'homme. Avec des fonctionnaires israéliens qui se joignent aux appels lancés aux Palestiniens pour qu'ils quittent Gaza, pour qu'ils "reprennent Gaza" afin de construire à nouveau des colonies, et l'enthousiasme ostensible exprimé par d'éminents anciens fonctionnaires du gouvernement américain pour des propriétés en bord de mer à Gaza, il ne fait guère de doute que l'intention d'Israël va bien au-delà des objectifs de défaite militaire du Hamas", affirment les experts. 

Les dommages subis par la bande de Gaza sont estimés à 18,5 milliards de dollars, soit 97 % de l'économie totale de Gaza et de la Cisjordanie. Plus de 70 % de cette estimation correspond au remplacement des habitations, tandis que 19 % correspondent au coût des infrastructures civiles, notamment l'eau et l'assainissement, l'électricité et les routes. "Les maisons ont disparu, et avec elles, les souvenirs, les espoirs et les aspirations des Palestiniens, ainsi que leur capacité à réaliser d'autres droits, notamment leurs droits à la terre, à la nourriture, à l'eau, à l'assainissement, à la santé, à la sécurité et à la vie privée (en particulier pour les femmes et les filles), à l'éducation, au développement, à un environnement sain et à l'autodétermination", ont déclaré les experts en droits de l'homme. 

Retour au nord 

À l'intérieur de Gaza, le week-end dernier, des milliers de personnes auraient tenté de rentrer chez elles dans le nord de l'enclave. Des images en provenance de Gaza ont montré des personnes de tous âges se pressant le long de la route côtière vers le nord, la majorité à pied, d'autres sur des charrettes tirées par des ânes. Selon les médias, les chars israéliens ont bloqué la route, obligeant les Palestiniens à faire demi-tour.

D'autres rapports indiquent que les bombardements israéliens se sont poursuivis lundi dans l'enclave, le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de Gaza, ayant également été touché, faisant cinq morts et des dizaines de blessés.
Les dernières données des autorités sanitaires de Gaza indiquent que plus de 33 200 personnes ont été tuées dans l'enclave depuis le 7 octobre, en majorité des femmes et des enfants. Les attaques menées par le Hamas en Israël ont fait plus de 1 250 morts et plus de 250 otages.

Une bouée de sauvetage pour les boulangeries

Dans le même ordre d'idées, le Programme alimentaire mondial des Nations unies a annoncé dimanche qu'il avait contribué à relancer la production de pain dans la ville de Gaza, après avoir fourni du carburant et réparé les machines à pain d'une boulangerie.

Avant le début des bombardements israéliens constants en réponse aux attaques terroristes menées par le Hamas le 7 octobre en Israël, la bande de Gaza comptait environ 140 boulangeries industrielles.

Dans un tweet, le PAM a indiqué qu'il avait livré du carburant à une boulangerie fermée depuis des mois, contribuant ainsi à la situation humanitaire désespérée dans le nord de l'enclave, où les habitants de Gaza ont été "largement coupés" de l'aide.

"Le PAM continuera à fournir du blé et d'autres ressources pour que le pain soit disponible, mais cette quantité ne durera que quatre jours", a déclaré l'agence des Nations Unies, dans un nouvel appel à un "accès sûr, durable et élargi pour prévenir la famine".

L'incertitude de Rafah

Alors que l'incertitude persiste quant à une éventuelle attaque de Rafah par les forces israéliennes, le chef du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, a mis en garde contre la création d'une nouvelle crise de déplacement depuis la ville la plus méridionale de l'enclave vers l'Égypte voisine.

"Une autre crise de réfugiés de Gaza vers l'Égypte - je peux vous assurer que j'ai moi-même dirigé l'UNRWA - je parle en connaissance de cause - rendrait impossible la résolution de la question des réfugiés palestiniens et, par conséquent, du conflit israélo-palestinien", a déclaré M. Grandi, en faisant référence à l'agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens.

"Nous devons donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que cela ne se produise pas. C'est pourquoi nous avons toujours dit que la priorité était d'avoir accès à l'intérieur de Gaza, car c'est le seul moyen d'empêcher que cela ne se produise.

Traduction : Veille Stratégique, Source : https://news.un.org/en/story/2024/04/1148561

 

 

PALESTINE : Marwan Barghouti est en danger de mort !

Appel urgent à la communauté internationale : le traitement inhumain de Marwan Barghouthi et des prisonniers politiques palestiniens

Nous lançons un appel urgent à la communauté internationale, aux organisations de défense des droits humains, aux gouvernements et à toutes les entités concernées pour qu’ils agissent immédiatement en réponse aux rapports alarmants provenant de la prison de Majido concernant Marwan Barghouthi, éminente personnalité politique palestinienne. Nous avons appris que M. Barghouthi a fait l’objet d’une violente tentative d’assassinat alors qu’il était à l’isolement. Il a été rapporté que des unités spéciales sont entrées dans sa cellule à de multiples reprises et l’ont soumis à de violents passages à tabac, au point que ses yeux ont commencé à saigner. Il lui a aussi injustement été interdit de voir son avocat depuis octobre, ce qui constitue une violation de ses droits fondamentaux et l’isole encore davantage.

Ces événements bouleversants ont été révélés par des détenus libérés qui ont courageusement informé la famille de Marwan Barghouthi et le reste du monde de sa situation effroyable. L’agression de M. Barghouthi n’est pas un incident isolé, mais le reflet du mauvais traitement systémique plus large des détenus palestiniens dans le système pénitentiaire israélien.

Nous demandons instamment aux organismes internationaux et à toutes les parties prenantes de considérer le traitement de Marwan Barghouthi comme une violation flagrante des droits humains, notamment de la Convention des Nations-Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et des principes consacrés par le droit international humanitaire (DIH) concernant le traitement des détenus politiques. La préservation de la dignité humaine et le respect des droits des individus, indépendamment de leurs convictions ou actions politiques, sont des principes fondamentaux du droit international qui doivent être défendus à tout prix.

Le bien-être et la sécurité de Marwan Barghouthi et de tous les détenus politiques palestiniens relèvent de la responsabilité de la communauté internationale. Il est impératif que nous soyons unis pour exiger ce qui suit :

- La libération immédiate de Marwan Barghouthi et de tous les détenus politiques palestiniens : leur maintien en détention constitue une grave injustice et une violation flagrante des normes internationales en matière de droits humains.

- La fin de la torture et des mauvais traitements : les autorités israéliennes doivent garantir un traitement humain à tous les détenus, conformément aux obligations internationales en matière de droits humains, notamment en leur donnant accès à des soins médicaux, à une représentation juridique et en leur permettant de communiquer avec leur famille.

- Une enquête transparente et la responsabilité : une enquête immédiate, impartiale et transparente doit être menée sur les allégations de torture et de mauvais traitements infligés à Marwan Barghouthi et aux autres détenus. Les personnes jugées responsables doivent rendre des comptes conformément aux normes juridiques internationales.

Nous en appelons la conscience du monde pour se joindre à nous en condamnant ces actes inhumains, y compris la torture, et en réclamant la justice et le respect des droits humains pour Marwan Barghouthi et tous les détenus palestiniens. Le silence et l’inaction face à des abus aussi manifestes ne servent qu’à perpétuer la souffrance et l’injustice.

Élevons nos voix ensemble pour protéger les personnes vulnérables et défendre les principes d’humanité et de justice pour tous.

AFPS

 

 

Bonne nouvelle

La Cour d’Appel de Paris confirme la légalité de l’appel au boycott de produits en provenance d'Israël.

Par son arrêt du 11 juin 2020, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a statué de manière très claire sur le droit d’appeler au boycott : l’appel au boycott de produits issus d’un État relève de l’expression politique, protégée par l’article 10 de la Convention Européenne des droits de l’Homme, et ne peut pas, en lui-même, être qualifié comme un appel à la discrimination. La CEDH a ainsi donné raison aux 11 requérants qui l’avaient saisie pour contester leur condamnation par la justice française à la suite d’actions d’appel au boycott menées dans la région de Mulhouse en 2009 et 2010. La France a été condamnée par la CEDH, et a dû s’acquitter d’une « satisfaction équitable » versée à chacun des 11 requérants.

De par la « hiérarchie » des normes et des juridictions, l’arrêt de la CEDH s’impose à la France qui doit en tirer toutes les conséquences.

Pour les requérants, il restait nécessaire que l’arrêt de la cour d’Appel de Colmar qui les avait injustement condamnés en 2013 soit explicitement revu, et que les peines qui avaient été prononcées contre eux soient annulées par la justice française. C’est la raison pour laquelle ils et elles ont porté, devant la Cour de révision et de réexamen des condamnations pénales, une requête en réexamen de leurs condamnations, dans une démarche tout à fait habituelle dans ce type de situation.

Par son arrêt du 7 avril 2022, la Cour de révision, s’appuyant sur les termes de l’arrêt de la CEDH, a jugé recevable la demande des requérants. Elle a annulé les arrêts de la Cour d’Appel de Colmar qui les avaient condamnés, et renvoyé l’affaire devant la Cour d’appel de Paris.

L’audience s’est tenue les 4 et 5 octobre 2023, puis le 25 janvier 2024. Les parties civiles (Alliance France-Israël, Avocats Sans Frontières, LICRA, BNVCA, CCFI) avaient mis en avant leurs amalgames habituels, d’une manière particulièrement éhontée. L’Avocat Général avait requis la relaxe, en motivant sa décision par l’analyse des faits, et par des références détaillées à l’arrêt de la CEDH.

Par son arrêt du 14 mars 2024, la Cour d’Appel de Paris a confirmé, treize ans après, le jugement du tribunal de Mulhouse qui relaxait les prévenus.

Dans le contexte actuel de remise en cause des libertés, l’Association France Palestine Solidarité se félicite de cet arrêt de le Cour d’Appel de Paris, qui tire toutes les conséquences de l’arrêt de la CEDH.

Il est maintenant parfaitement clair que l’appel au boycott de produits en provenance d’Israël, pour protester contre la politique menée par cet État, est parfaitement légal, dès lors qu’il ne s’accompagne pas d’appels à la haine ou à la violence.

L’actualité impose d’intensifier nos actions contre l’impunité de l’État d’Israël, qui bafoue toutes les règles du droit international et mène une guerre génocidaire conte la population palestinienne de la Bande de Gaza. L’AFPS continuera, comme elle l’a toujours fait, à mener des campagnes de Boycott, Désinvestissement et Sanctions pour protester contre la politique de l’État d’Israël, et appelle chacune et chacun à se mobiliser dans ce sens.

Le Bureau national de l’AFPS, 14 mars 2024

 

 

La « démolition contrôlée » de l’État de la PALESTINE

Les démolitions contrôlées d’Israël rasent les quartiers de Gaza », titre le New York Times. Les forces terrestres israéliennes sapent et font exploser des écoles, des mosquées, des quartiers résidentiels, dans le cadre d’une démolition systématique des bâtiments et des infrastructures.

Cela confirme que l’objectif de la guerre est de rendre Gaza inhabitable, rendant inévitable la « relocalisation », c’est-à-dire la déportation, de la population palestinienne, avec pour conséquence l’anéantissement du territoire palestinien de Gaza et, en même temps, celui de la Cisjordanie, sabordant définitivement la possibilité pour les Palestiniens d’avoir leur propre État souverain, comme l’ont décidé les Nations unies il y a 77 ans.

Un rapport officiel des Nations unies, envoyé depuis Gaza, décrit la situation comme suit :

« Des milliers de personnes continuent d’arriver à Rafah dans des situations désespérées, en provenance de différentes parties de Gaza. Ils construisent des abris de fortune avec les matériaux qui leur tombent sous la main. J’ai vu des hommes et des enfants creuser pour trouver des briques afin de soutenir des tentes faites de sacs en plastique. Il s’agit d’une énorme catastrophe humanitaire. La coupure des communications s’est poursuivie pour le sixième jour consécutif, ajoutant à la confusion et à la peur. Certains Palestiniens libérés ont déclaré avoir été battus, humiliés, soumis à des mauvais traitements et à ce qui pourrait s’apparenter à de la torture. Certains hommes ont été libérés, mais seulement en sous-vêtements, sans rien d’autre pour les protéger du froid. Ce qu’ils racontent confirme les rapports que notre bureau a recueillis sur la détention à grande échelle de Palestiniens. Les familles des détenus – dont le nombre est estimé à plusieurs milliers – ne reçoivent aucune information sur le sort de leurs proches ou sur l’endroit où ils se trouvent. »

La guerre menée par Israël à Gaza a déjà coûté la vie à plus de 25 000 personnes, dont 70 % de femmes et d’enfants. Des milliers d’autres sont ensevelies sous les décombres. Plus de 60 000 personnes ont été blessées : la plupart d’entre elles meurent parce que les forces israéliennes détruisent les hôpitaux ou les privent d’électricité ou de médicaments. À cela s’ajoute un nombre non quantifié, mais certainement très élevé, de morts causées par la faim et le froid dans les camps de réfugiés.

Dans cette situation, où Israël est accusé de génocide devant la Cour internationale de justice de l’ONU, l’Italie, à la suite des Etats-Unis, a suspendu le financement de l’Agence de secours de l’ONU pour les Palestiniens de Gaza, accusée sans aucune preuve par les services secrets israéliens de complicité dans l’attentat du Hamas du 7 octobre.

Manlio Dinucci

 

Guerre de Gaza : il y a morts et morts…

Actuellement les informations sur la guerre de Gaza réservent une part prépondérante aux 24 soldats israéliens morts en une seule journée dans les combats au sol.

Remarque 1. Ces pertes, il est vrai, sont élevées... pour l’armée israélienne. En 2004, lors de l’opération Arc-en-ciel, les Israéliens n’ont eu aucune perte militaire. La même année, pour l’opération Jours de pénitence, ils ont eu deux soldats tués. En 2008-2009, pour trois semaines de guerre, ils ont eu 10 soldats tués. En 2012, pour une semaine de guerre, ils ont eu 2 soldats tués. En 2014, pour un peu moins de deux mois de guerre, ils ont eu 66 morts (pas de distinction entre morts civils et militaires). Depuis le début des opérations dans la bande de Gaza, l’armée israélienne a eu plus de 200 morts. On est donc dans une tout autre échelle.

Remarque 2. Ce qui est frappant, c’est la disproportion de temps accordée par les médias entre ces 24 morts israéliens, d’une part, et les plus de 25 000 morts civils palestiniens depuis le début de la guerre de Gaza. Le rapport est de plus de 1000 contre 1 ! Ce ratio est celui de toutes les guerres coloniales. A la bataille d’Omdurman, en 1898, les Anglais ont eu 47 tués, les Mahdistes (Soudanais) 11 000 morts. Lors du soulèvement de Sétif et Guelma, le 8 mai 1945, les Algériens ont tué 102 Européens. La répression a fait de 3000 à 30 000 morts. Lors de la guerre du Vietnam, les Américains ont eu 58 000 soldats tués, les soldats du FLN et du Nord-Vietnam 1 100 000 morts.

Remarque 3. La disproportion n’est pas seulement de temps, elle est aussi de présentation. Les soldats israéliens morts sont présentés avec leur nom, leur prénom, leur âge, leur profession, leur origine. Et on voit des funérailles en grande pompe, avec des soldats bien vêtus, des drapeaux, des allocutions. Pour les morts palestiniens, rien. Même pas une photo de leurs corps morts. L’association des morts à un nombre, et à un nombre à plusieurs chiffres tend à dépersonnaliser, à déshumaniser les victimes. 10 000, 20 000, 25 000, cela assimile les Palestiniens à des espèces animales invasives et nuisibles, à des frelons asiatiques, à des moustiques-tigres, à des tortues de Floride, à des chenilles processionnaires, etc., qu’on cherche à éradiquer, et dont on marque la disparition par des zones colorées en bleu, en vert ou en rose...

Philippe ARNAUD

 

 

Ils n’assassinent pas seulement les Palestinien.nes, ils tuent aussi le judaïsme !

 

En trois mois de guerre, il y a eu plus de 30 000 mort.es ou disparu.es à Gaza, soit 1,5 % de la population. C’est-à-dire en pourcentage autant que le nombre de Français.es tué.es en 5 ans pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

75 % des morts sont des femmes, des enfants, des vieillards. Le prétexte « d’éradiquer » le Hamas est grotesque, il s’agit clairement d’une guerre d’extermination de la population de Gaza.

La quasi-totalité des infrastructures ont été détruites, y compris les hôpitaux et les écoles. La population, massivement déplacée et bombardée, est sans abri et affamée.

En Israël, les barrières morales se sont écroulées.

Les déclarations des dirigeants israéliens sont sans ambiguïté : ce sont des paroles d’assassins qui se vantent de leurs crimes : « les Palestiniens sont des animaux humains », « nous avons renvoyé Gaza à l’âge de pierre », « larguer une bombe atomique sur Gaza, c’est une option », « si nous encourageons l’émigration, s’il y a 200 000 Arabes à Gaza et non plus 2 millions, le discours d’après sera complètement différent », « j’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie, je ne vois pas où est le problème » … la liste serait longue.

Ces déclarations d’assassins sont suivies d’actes : les images de quartiers pulvérisés, de milliers d’enfants massacrés, de familles entières annihilées, de l’exode sans fin d’une population délibérément affamée, d’hôpitaux détruits … sont visibles partout. Le déni de ce qui est à l’œuvre est impossible. Cette destruction de Gaza s’accompagne d’autres tueries à Jénine ou Huwara et d’une généralisation de la torture des prisonniers.

En Israël, une large partie de l’opinion est sortie de l’humanité comme ça s’est déjà passé dans d’autres sociétés. Ces crimes sont applaudis. Les médias s’amusent de la souffrance palestinienne. La vie de l’autre n’a aucune importance. Le suprématisme, l’inégalité des droits sont assumés.

Et les Juifs ?

L’État d’Israël se définit comme un État juif. Les colonies qui balafrent la Cisjordanie s’intitulent « colonies juives ». Les sionistes considèrent que tout Juif qui ne soutient pas Israël est un traître.

Ils tuent le judaïsme, qu’il soit laïque ou religieux. Comme minorité souvent opprimée, les Juifs se sont battus pour leur émancipation en la liant à celle de l’humanité. Ils ont souvent été porteurs de valeurs universelles. Pour les religieux, le peuple élu a le devoir de bien se conduire et il est interdit de porter atteinte à l’existence de son prochain.

Ce que l’État d’Israël inflige aux Palestiniens recopie sur bien des aspects ce que l’antisémitisme a infligé aux Juifs. Les dirigeants israéliens n’ont aucun droit de se réclamer de la mémoire des ghettos. Aujourd’hui Gaza est un ghetto. Ces même dirigeants n’ont aucun droit à se réclamer de la mémoire du génocide nazi. Les Juifs exterminés étaient des dominés. Ils étaient considérés comme une population « surnuméraire ». Ils ont été les victimes d’une idéologie d’extrême droite. Aujourd’hui les Palestiniens sont traités comme « surnuméraires »

En 1945, le régime nazi est tombé, mais pas ses idées. L’extrême droite raciste, colonialiste, suprémaciste, foulant aux pieds les droits fondamentaux est au pouvoir en Israël et elle est alliée à toutes les forces d’extrême droite dans le monde, y compris antisémites. Ils assassinent aussi la mémoire du génocide nazi.

Du crime au suicide

L’UJFP s’adresse aux Juifs, en Israël, en France ou ailleurs. Il y a un droit international, il y a des droits humains hors desquels c’est la barbarie généralisée. L’État d’Israël a quitté la route. Soutenir ce que fait cet État, être complice du génocide en cours à Gaza, ce n’est pas seulement immoral. C’est totalement suicidaire. Qui peut penser que les Israéliens pourront éternellement s’imposer par la violence extrême et la négation de l’autre ? Qui peut penser que l’appui inconditionnel aux assassins qui commettent des crimes réitérés ne met pas en danger les Juifs ?

Terminons par ce que deux Juifs illustres ont déclaré :

« l’occupation détruit la moralité de l’occupant » et au moment de Sabra et Chatila (1982), il parlera de mentalité « judéo-nazie ».

Yeshayahou Leibowitz

« être juif, c’est être toujours au côté des opprimés ».

Marek Edelman, commandant en second de l’insurrection du ghetto de Varsovie

La Coordination nationale de l’UJFP, le 6 janvier 2024

 

 

Des français·es sont engagé·es dans l'armée israélienne qui commet des crimes de guerre à Gaza

La présence de citoyens et citoyennes français et de binationaux (franco-israéliens) dans l’armée israélienne d’occupation est une réalité avérée depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, le nombre de soldats de nationalité française mobilisés sur le front à Gaza est estimé à 4 185, d’après une enquête effectuée par Europe 1 en Israël. Après celui des États-Unis, il s’agit du deuxième contingent de soldats étrangers opérant dans l’armée israélienne….

Rappelons que pour les Françaises et les Français, il existe deux manières de servir dans l'armée israélienne :

- Celles et ceux qui ont émigré en Israël, en tant que juifs ou juives, - en obtenant de ce fait la nationalité israélienne, tout en conservant leur nationalité française - doivent effectuer un service militaire obligatoire d'une durée de 3 ans pour les garçons et de deux ans pour les filles. Ce sont les binationaux.

- Les Françaises et les Français résidant en France - qu'ils se reconnaissent ou non  comme juifs ou juives - peuvent s'engager dans l'armée israélienne en tant que volontaires, tout en ne résidant pas en Israël et en n'ayant pas la nationalité israélienne.

Rappelons également que l’armée israélienne consacre de gros moyens pour le recrutement de volontaires venus du monde entier. En France cela passe, entre autres, par l’organisation de stages et de camps d’été en Israël avec une immersion dans l’armée. Ces stages proposés à des jeunes, y compris des mineurs de 16 ans sont organisés par des associations basées en France qui font, en même temps, des appels aux dons à destination de l’armée d’occupation. C’est, parmi d’autres, le cas de l’association Moreshet basée à Paris.

Au moment où l’armée israélienne est engagée dans un génocide en cours à Gaza, cette présence de nombreux français et françaises dans cette armée est révoltante. L’Association France Palestine Solidarité tient à la dénoncer et à exiger qu’il y soit mis fin. L'AFPS demande aussi que les personnes de nationalité française (y compris les  binationaux) impliquées dans des crimes de guerre soient traduites devant la justice française.

La question se pose également pour les colons de nationalité française. La colonisation étant un crime de guerre, la France devrait s’interroger sur la responsabilité de ses ressortissants dans ce crime de guerre. La violence des colons contre la population palestinienne est un fait de notoriété publique, s’il s’avère que des Français ont pris part à leurs exactions, il faut qu’ils rendent des comptes.

Le Bureau national de l’AFPS

 

Israël et les États-Unis envisagent une déportation totale de Gaza

Déporter tous les habitants de Gaza, tel est le plan commun des États-Unis et d'Israël. Selon ce plan, les Palestiniens seront "relocalisés" en Égypte, en Irak, en Turquie et au Yémen. Ce nettoyage ethnique à grande échelle est cyniquement présenté comme un plan d'aide "moral et humanitaire".

Dans l’histoire récente des guerres, rarement un massacre de civils et d’enfants a été aussi intense et massif qu’à Gaza, l’un des endroits les plus densément peuplés du monde. La destruction du nord de Gaza en moins de sept semaines se rapproche de la dévastation causée par les années de bombardements massifs des villes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, un enfant est tué toutes les dix minutes.
Plus de la moitié de la ville de Gaza a été détruite, y compris des écoles et des mosquées. Les hôpitaux ne fonctionnent plus. Les boulangeries sont fermées et il n’y a presque plus d’eau potable. La destruction et le massacre se produisent à l’échelle industrielle, avec l’aide de l’intelligence artificielle.
Les gens ont d’abord été chassés du nord, mais c’est maintenant au tour du sud avec de lourds bombardements et une offensive terrestre contre la ville de Khan Younis. Selon un haut responsable de l’Agence d’aide humanitaire des Nations Unies, les conditions y sont désormais apocalyptiques.
Aucun enfant n’a un accès illimité aux soins, à la nourriture ou à l’eau. La famine menace. Et comme les égouts ne fonctionnent plus, il y aura des épidémies massives.

Les Gazaouis sont désormais invités à partir vers Rafah, le point le plus au sud de Gaza, où se trouve également le poste frontière avec l’Égypte.
Officiellement, l’objectif d’Israël est d’éliminer le Hamas. Mais la férocité et la cruauté avec lesquelles l’armée israélienne agit révèlent qu’il s’agit là d’un prétexte pour un autre objectif : l’expulsion complète de la population de Palestine, en commençant par Gaza.
Selon le philosophe juif Moshé Machover, ce projet existe depuis longtemps : « Nous attendons en réalité le moment où ils pourront être définitivement expulsés vers les pays voisins. Cela ne sera possible que lors d’une guerre à grande échelle et je crains qu’Israël ne soit prêt à la provoquer. »

Israël veut augmenter le niveau d’inhumanité à un point tel que les habitants de Gaza n’auront finalement d’autre choix que de partir. Cela semble être le plan caché, même s’il l’est de moins en moins.
Un plan avait déjà fuité fin octobre auprès du ministère israélien du Renseignement. Ce plan prévoyait une déportation permanente de la population de la bande de Gaza vers le désert du Sinaï en Égypte. Le Caire rejeta complètement ce plan.
Mais Israël est déterminé à poursuivre ce nettoyage ethnique à grande échelle. Dans un récent article d’opinion paru dans le Wall Street Journal, deux membres israéliens de la Knesset ont appelé les pays occidentaux à accepter les réfugiés palestiniens. Gila Gamliel, ministre du renseignement, a écrit un opinion similaire dans le Jérusalem Post, dans lequel elle suggère la “réinstallation volontaire” des Palestiniens de Gaza dans d’autres pays du monde.
Aujourd’hui, un nouveau plan est apparu. Il s’agit d’un programme conjoint des États-Unis et d’Israël dans lequel ils veulent déporter la population de Gaza vers quatre pays : la Turquie, l’Égypte, l’Irak et le Yémen. L’Égypte ne devrait donc plus supporter seule ce fardeau.
Les chiffres par pays sont également déjà connus : un million de Palestiniens iraient en Égypte, un demi-million en Turquie, 250 000 en Irak et 250 000 autres au Yémen.
Les quatre pays en question bénéficient déjà d’un soutien généreux de la part de Washington. Le plan précise que ce soutien sera lié à la volonté d’accueillir les Gazaouis. En d’autres termes, les quatre pays seront soumis à de sérieuses pressions financières et peut-être aussi diplomatiques pour « accueillir » les Gazaouis.
Le pays clé est l’Egypte, qui doit ouvrir sa frontière. Joe Wilson, ancien député républicain et l’un des initiateurs de ce plan, est très clair à ce sujet. Selon lui, “la seule façon morale [de résoudre le problème de Gaza] est de s’assurer que l’Égypte ouvre ses frontières”.
“Israël tente de minimiser les pertes civiles dans la bande de Gaza, mais le Hamas ne permet pas aux réfugiés de partir et l’Égypte n’est pas disposée à ouvrir ses frontières”, écrivent les auteurs du plan dans le premier paragraphe. Pendant ce temps, six enfants sont massacrés toutes les heures.
Le plan se réfère à d’autres zones de conflit récentes pour expliquer les déplacements de population envisagés. “Ce ne serait pas la première fois que d’autres pays acceptent des réfugiés”, indique le plan. Les auteurs font ici référence aux six millions d’Ukrainiens qui ont fui leur pays pour se réfugier en Pologne, en Allemagne et en République tchèque, entre autres. Près de cinq millions de Syriens se sont également “déplacés” en Turquie, au Liban et en Jordanie, tandis que d’autres pays du Moyen-Orient et d’Europe en ont accueilli des centaines de milliers.

Le plan a été soumis à des personnalités clés de la Chambre des représentants et du Congrès américain et bénéficie du soutien des démocrates et des républicains. Le nettoyage ethnique à grande échelle prévu est cyniquement présenté comme un plan d’aide « morale et humanitaire » :
« Ses frontières voisines sont fermées depuis trop longtemps, mais il est désormais clair que pour libérer la population de Gaza de l’oppression tyrannique du Hamas et lui permettre de vivre sans guerre ni effusion de sang, Israël doit encourager la communauté internationale à trouver des solutions. les moyens corrects, moraux et humains pour la réinstallation (sic) de la population de Gaza.
Un bel exemple de novlangue!

Le plan porte également un coup dur à l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés qui se concentre sur l’aide et le développement des réfugiés palestiniens au Moyen-Orient…
Ils accusent l’agence de « propager le récit des réfugiés » et de « retarder la réhabilitation des réfugiés palestiniens pendant plus de soixante-dix ans et, en fait, d’aggraver la crise des réfugiés ». C’est pourquoi ils veulent que l’agence soit fermée.

Nous sommes peut-être à la veille d’une déportation massive de Palestiniens, d’une seconde Nakba (l’expulsion massive de Palestiniens de Palestine lors de la création de l’État juif en 1948).
Si les pays occidentaux veulent conserver une once de crédibilité, ils doivent agir immédiatement. Ils doivent imposer des sanctions économiques et diplomatiques contre Israël et également convoquer le Conseil de sécurité pour condamner et contrecarrer le sinistre plan des États-Unis et d’Israël. Dans le cas contraire, ils se rendent complices de ce désastre humanitaire annoncé.

 

Gaza, Cisjordanie, qui a osé éteindre les lumières ? …

 

Les Etats-Unis ont opposé leur veto le vendredi 8 décembre à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies appelant à un cessez-le-feu humanitaire immédiat dans le conflit entre Israël et le Hamas. Treize membres du Conseil de sécurité ont voté en faveur de cette résolution, présentée à l’initiative des Emirats arabes unis, tandis que le Royaume-Uni s’est abstenu.

“Ce n’est pas une question d’isolement. C’est une question qui concerne ce que nous pensons qu’il vaut mieux essayer pour mettre fin à ce conflit dès que possible, et aussi pour aider à faciliter l’aide humanitaire entrant à Gaza”, a déclaré l’ambassadeur adjoint des Etats-Unis auprès de l’Onu, Robert Wood, avant le vote. “Nous ne pouvons pas arrêter le conflit d’un claquement de doigt. La situation est très, très difficile”, a-t-il dit.

Les Etats-Unis et Israël s’opposent à un cessez-le-feu, estimant que cela profiterait au Hamas. Washington soutient à la place la mise en place de pauses dans les combats afin de protéger les civils et de permettre la libération des otages détenus par le Hamas depuis l’attaque du 7 octobre.

GAZA

Les quelques informations et images qui nous parviennent de la bande de Gaza sont monstrueuses. Ce sont celles de la vengeance qui n’est que le prétexte et la justification d’un génocide perpétré à l’encontre du peuple palestinien.

Les journalistes indépendants ne peuvent se rendre dans le territoire. Ceux des journalistes Palestiniens qui n’ont pas voulu ou pas réussi à fuir sont méthodiquement éliminés. Pas de trace ! C’est le propre d’un génocide.

Les enfants, la jeunesse, avenir de ce peuple sont massacrés, mutilés, prétendument victimes collatérales.

Les poètes, les artistes, pourvoyeurs de la culture de ce peuple et vecteurs d’ouverture sont éliminés, froidement, comme l’ont été en d’autre temps Victor Jara, assassiné par les fascistes chiliens de Pinochet, Federico Garcia Lorca, exécuté par les milices de Franco, Max Jacob, poète Juif, assassiné en 1944 par les milices fascistes françaises…

Netanyahou ne veut pas éradiquer sa création, le Hamas. Il prend prétexte des massacres de cette organisation fasciste pour organiser un des plus grand génocides de l’histoire.
Près de 20 000 morts, dont 80% sont des femmes et des enfants. Bilan qui n’est que provisoire puisque les milliers de blessés n’ont pas accès aux soins et que beaucoup ne survivrons pas. Que deviendront ces milliers d’estropiés, de mutilés, de traumatisés par la terreur des bombardement ? Que deviendrons ceux qui ne seront pas mort de faim ou de soif ?

Le monstre créé par les américains soutenu par une majorité de la prétendue “communauté internationale” pour garantir les intérêts occidentaux au Moyen Orient s’est émancipé de son créateur. Comme l’ont fait avant lui les Talibans créés pour enrayer l’émancipation de l’Afghanistan et des peuples de cette partie du monde du joug capitaliste.

Dans les années qui viennent, ce génocide n’aura pas pu être empêché, alors nous déposerons des bougies en mémoire des victimes, jusqu’au prochain.

Si nous ne voulons pas de ce scénario du pire, il serait temps qu’émerge un nouvel ordre mondial, qui ne soit plus dominé par la recherche et la sauvegarde des profits des grands groupes financiers privés

Que ceux qui roulent pour ces intérêts soient bannis à leur tour pour s’être rendu complice de ce nouveau génocide.

Il nous revient de l’exiger.

Yvan Donnat

 

Rayer Gaza et ses habitants de la carte : une option « civilisée »?

La France, en abandonnant ses ressortissants présents à Gaza et en interdisant toute expression d’empathie et de soutien au peuple palestinien se déconsidère et alimente l’antisémitisme en France.

Nous, Français.s.es Juifs et Juives sommes effaré.e.s et catastrophé.e.s  par l’ampleur sans précédent de ce massacre, commis avec l’accord des puissances occidentales, et par ses conséquences  prévisibles. 

Nous sommes effaré.es et catastrophé.e.s mais pas surpris.e.s.

L’actuel gouvernement français de droite fait ce que la droite fait.

  • Il s’empare du sujet pour en faire un conflit de civilisation,

  • Il instrumentalise le vécu des Juifs et Juives et notamment leur rapport à la destruction des juifs d’Europe à des fins islamophobes ; et c’est particulièrement ignoble.

  • Il soutient Israël « inconditionnellement » dans la ligne directe de son passé colonial.

  • Il favorise et entretient l’antisémitisme : en censurant les manifestations de soutien à un peuple en danger, en ne reprenant sur les événements que le récit israélien et en définissant comme antisémites la critique du sionisme ou la campagne BDS, en particulier quand cette critique vient de supposés musulmans et non de l’extrême droite.

Il s’agit d’une guerre contre un peuple désarmé, déplacé du nord vers le sud où soi-disant, il serait en « sécurité » alors qu’Israël bombarde de manière indiscriminée la totalité de la bande de Gaza !

Cela s’appelle un crime contre l’humanité 1. Ce sont des Juifs et des Juives qui le martèlent dans le monde entier, y compris en Israël. Comme l’ont souligné les centaines de manifestants juifs et leurs alliés qui ont rempli le Capitole à Washington ainsi que la gare centrale de New York à l’appel de Jewish Voice for Peace, la semaine dernière pour protester contre la guerre de Gaza, « plus jamais ça » signifie « plus jamais ça » pour personne. L’UJFP le répète inlassablement depuis des années.

Mais comme l’a rappelé Gideon Levy, « derrière tout cela se cache l’arrogance israélienne ; l’idée que nous pouvons faire ce que nous voulons, que nous n’en paierons jamais le prix et ne serons jamais punis pour cela. Nous continuerons sans être dérangés. »

Et Israël, forte de ses soutiens occidentaux inconditionnels :

  • Risque de programmer l’extermination de la population gazaouie et de parquer sans doute dans le Sinaï, comme annoncé, ceux qui auront échappé aux massacres, pour rendre Gaza vide de Palestiniens.

  • Autorise les colons de Cisjordanie, – armés jusqu’aux dents par le gouvernement israélien-, à tirer à bout portant sur des civils palestiniens, car encouragés et couverts par le ministre de la Défense Yoav Galant qui ose affirmer que les Palestiniens seraient des ‘animaux humains’.

La communauté internationale doit se réveiller, exiger un cessez-le feu immédiat, la levée du blocus et des négociations. Après cette guerre, personne ne pourra rentrer chez soi et se donner rendez-vous au prochain massacre !

Une solution politique juste est nécessaire et urgente.

 

La CGT : Stopper immédiatement le bain de sang à GAZA !

 Depuis 10 jours, la population de Gaza subit des frappes terribles en représailles des actes de terreur perpétrés par le Hamas le 7 octobre dernier. La CGT a condamné sans ambiguïté cette politique du pire qui dessert la cause palestinienne. Elle ne s’étonne pas de ce que le Hamas fasse ce type de choix, lui qui viole les droits des femmes et multiplie les arrestations arbitraires depuis près de 20 ans à Gaza, imposant une double peine à l’enclave, maintenue sous un blocus scandaleux par Israël depuis 2007.

Mais, la réponse ne peut en aucun cas être celle de la punition collective du peuple palestinien. D’autant que le gouvernement israélien porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle. Rappelons les inacceptables propos de Benyamin Netanyahou devant les parlementaires du Likoud en mars 2019, pour justifier son autorisation de transferts de fonds Qataris vers Gaza : « Quiconque est opposé à un État palestinien devrait être favorable (à ces transferts). » Une « stratégie », comme le confesse alors le Premier ministre israélien, qui vise à affaiblir l’autorité palestinienne, en soutenant de facto le Hamas.

En une dizaine de jours, à Gaza, plus de 3000 civils dont près de 1000 enfants ont payé de leur vie cet escalade de la violence aveugle. On annonce, désormais, comme inéluctable une catastrophe humanitaire majeure sur fond de déplacement d’un million de personnes sur un territoire de 40 kilomètres de long ceint par un mur et des miradors atteignant 10 mètres de haut sur trois côtés et par la mer sur le quatrième. Les réserves d’eau et de nourriture ne permettent à cette population de tenir désormais que quelques jours. L’accès aux soins et à l’électricité est presque impossible aujourd’hui. De nombreuses voix s’élèvent pour exiger que l’aide humanitaire rejoigne sans délai la bande de Gaza mais Israël ne semble pas vouloir les entendre. Une fois encore, dans cette région du monde, le droit humanitaire le plus élémentaire se trouve bafoué.

La CGT exige de la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, qu’elle mobilise sans délai les ressources de sa diplomatie pour obtenir un cessez-le-feu immédiat et pour que l’anéantissement annoncé du nord de Gaza, par une offensive terrestre, maritime et aérienne de grande ampleur, ne se produise pas. Elle exige, aussi, que tout soit mis en œuvre pour venir en aide aux populations civiles. La générosité et les dispositions exceptionnelles (de protection temporaire notamment) mises en œuvre avec raison dans l’accueil aux populations ukrainiennes fuyant la guerre doivent également s’activer en direction des populations palestiniennes !

La CGT exige, enfin, que cesse immédiatement la criminalisation de l’expression d’un soutien au peuple palestinien victime des bombardements. L’interdiction des rassemblements de solidarité avec les populations civiles meurtries par le conflit est inacceptable !

La CGT adresse, une fois encore, tout son soutien aux milliers de victimes israéliennes et palestiniennes et à leur famille et exige la libération de tous les otages et personnes injustement détenus. Elle continuera à agir pour la paix et pour la reconnaissance pleine et entière de l’État de Palestine et œuvrera, en ce sens, avec ses partenaires syndicaux sur place et au plan international, dans le cadre de la CES et de la CSI. La CGT travaille actuellement à la construction d’un arc de forces le plus large possible en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et d’une paix juste et durable pour cette région du monde.

 

Déclaration de Benyamin Netanyahou en mars 2019

"Quiconque veut contrecarrer l'établissement d'un état Palestinien doit soutenir

 le renforcement du Hamas et le transfert d'argent au Hamas.

 Cela fait partie de notre stratégie."

 

Ofer Cassif, député communiste israélien : « En finir avec l’occupation pour qu’Israéliens et Palestiniens vivent en paix »

« Rien, absolument rien ne peut justifier les crimes de guerre que le Hamas a commis dans le sud d’Israël. J’ai vu beaucoup de vidéos, de photos, j’ai parlé avec des amis et malheureusement l’une d’entre elles a été tuée avec son mari quelques heures après m’avoir écrit. C’est l’horreur !

Dans le même temps, bien sûr, ce qui se passe dans les territoires palestiniens occupés est aussi horrible. Ce qui s’y passe relève également de crimes de guerre, spécialement à Gaza depuis des années et des années. Je condamne totalement et sans réserve tout assaut sur des civils innocents. Mais contrairement à ce gouvernement israélien hypocrite et à ceux qui le soutiennent, je ne condamne pas seulement les morts civils israéliens, mais également palestiniens.

Nous devons tout regarder dans son contexte. La seule façon d’en finir avec ce bain de sang est d’en finir avec l’occupation. Ce que nous avons vu dans le sud d’Israël, qu’encore une fois je condamne et auquel je m’oppose totalement, est la conséquence d’une occupation létale en cours dans la bande de Gaza, qui est assiégée, en Cisjordanie, où quotidiennement des pogroms sont organisés par des colons fascistes sous les auspices des forces d’occupation et avec le soutien et les encouragements du gouvernement israélien.

S’agissant de Jérusalem-Est, nous assistons, par exemple dans le quartier de Cheikh Jarrah et dans d’autres lieux, à l’éviction des Palestiniens pour installer des colons, à un nettoyage ethnique. Mais c’est aussi ce qui se passe en Cisjordanie.

Il faut savoir tout ça pour comprendre la rage des Palestiniens. C’est un sentiment naturel dans de telles circonstances mais ce n’est pas une solution. Ce mode d’action ne peut pas être considéré comme une plateforme politique. Ce n’en est pas une. Ce n’est pas davantage, à mes yeux, une façon politique d’affronter la réalité pour essayer de la changer.

Or la réalité doit être changée. J’espère que c’est désormais évident pour tout le monde. Cette réalité doit être changée pour le mieux, pour les deux peuples. Qu’ils puissent vivre sur ces terres : Israël et Palestine. Pour cela, il n’y a qu’une solution. Il faut en finir avec l’occupation. Encore une fois, et au risque de me répéter, c’est la seule voie pour que les Israéliens et les Palestiniens aient la chance et le droit de vivre dans la prospérité, la paix et la sécurité.

Je le redis, rien ne justifie les crimes et les massacres commis aujourd’hui dans le sud d’Israël. Mais c’était écrit sur le mur, comme je l’ai souvent et depuis longtemps répété : nous paierons un lourd tribut pour les crimes de l’occupation, le siège de Gaza et l’arrogance du gouvernement kahaniste (raciste). Il n’y a pas de solution militaire, seulement politique – la fin de l’occupation et l’avènement de l’indépendance palestinienne. »

 

DÉCLARATION DE FABIEN ROUSSEL

 CESSEZ LE FEU -ARRÊT DU BLOCUS DE GAZA - FIN DE L'OCCUPATION- SEULE ISSUE AU CONFLIT !

 Le Hamas a lancé cette nuit une attaque massive de plusieurs milliers de roquettes contre l’Etat d’Israël, qui s’accompagnent d’incursions armées. Nous condamnons fermement ces attaques qui s’en prennent directement à la population civile israélienne. Elles sont inacceptables et injustifiables. Elles doivent cesser le plus rapidement possible. Le danger d’une traînée de poudre régionale est majeur. Les civils en seront toujours les premières victimes.

Nous appelons aussi à se défaire d’une indignation sélective. Ces attaques ont lieu dans le contexte de raids de terreur multiples que l’armée de l’Etat d’Israël et les colons mènent depuis plusieurs mois dans les territoires occupés qui ont fait plus de 200 morts palestiniens depuis le début de l’année.

Le gouvernement d’extrême-droite de B. Netanyahou et sa politique violente ont donc aussi lourdement contribué à cet engrenage en bafouant le droit international et en organisant l’annexion de la Cisjordanie occupée. C’est également la conséquence de l’inaction internationale, parmi laquelle figure la France, qui lui a laissé les mains libres et qui est incapable de faire respecter les résolutions de l’ONU.

Le PCF appelle donc à une action résolue de la France et de l’Europe pour une solution politique et pour la paix, en faisant respecter les résolutions de l’ONU. Cela implique en premier lieu la reconnaissance de l’Etat de Palestine et la levée du blocus contre Gaza en place depuis 2007. Les réactions du gouvernement Netanyahou contre l’ensemble de la population palestinienne peuvent être terribles. Les deux peuples israéliens et palestiniens ont droit à la sécurité et à la paix !

Il appartient aux Nations unies de décider l’envoi immédiat, sur le terrain, d’une force de protection des populations.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

 

PALESTINE ISRAEL : la première violence est celle de l’occupation !

L'attaque du Hamas se produit alors que l’occupation et la colonisation se poursuivent et que les Palestiniens ne se sont jamais retrouvés aussi seuls au moment où Israël entame une normalisation de ses relations avec l’Arabie saoudite. Les territoires s’embrasent car l’espoir de voir la création d’un Etat palestinien n’existe plus, que la communauté internationale parle mais n’agit pas. La bande de Gaza est sous blocus israélien depuis 17 ans.

L’attaque menée par des commandos du Hamas par terre, mer et même air par l’utilisation d’ULM, a pris tout le monde de court, à commencer par les Israéliens eux-mêmes, en premier lieu ceux vivant à proximité de la bande de Gaza. Les combattants palestiniens sont entrés dans plusieurs villages, y compris sur des sites militaires comme on peut le voir sur les multiples vidéos postées sur les réseaux sociaux. Certains ont été emmenés en territoire palestinien, d’autres tués dans les affrontements. Au total, plus de 40 Israéliens auraient ainsi été tués et 700 blessés. 35 soldats israéliens auraient été fait prisonniers, une information difficile à confirmer. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a déclaré: « Nous sommes en guerre, il ne s’agit pas d’une (simple) opération (…). L’ennemi paiera un prix sans précédent. Nous sommes en guerre et nous allons gagner ». Il a immédiatement fait donner son aviation qui a frapper Gaza pendant plusieurs heures. En début d’après-midi, samedi, au moins 160 Palestiniens auraient trouvés la mort et 900 blessés.

“Un message à la communauté internationale”

Dans les heures qui viennent, la riposte israélienne risque d’être terrible et sans retenue. Elle pourrait embraser la région. Le Hezbollah libanais a fait savoir qu’il est « en contact direct avec le commandement de la résistance palestinienne aux plans local et international, pour une évaluation continue du déroulement de l’opération ». Le mouvement chiite explique également que l’opération du Hamas « constitue notamment un message au monde arabe et islamique ainsi qu’à la communauté internationale et plus particulièrement à ceux qui oeuvrent pour une normalisation avec l’ennemi, pour leur dire que la cause palestinienne restera vivante ». En Iran, le général des Gardiens de la révolution Yahya RahimSafavi, conseiller militaire du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a salué « cette fière opération « déluge d’Al-Aqsa »», ajoutant: « nous sommes sûrs que le front de la résistance la soutient également ». Le « front de la résistance » étant le terme employé à Téhéran pour évoquer les mouvements palestiniens, libanais, syriens et autres, proches de l’Iran et opposés à Israël.
La date choisie ne doit sans doute rien au hasard. L’attaque se produit cinquante ans après la guerre d’octobre (de kippour pour les Israéliens) considérée comme une défaite pour Tel Aviv. De la même manière qu’en 1973, d’ailleurs, les services de renseignements israéliens n’ont rien vu venir. Reste les motifs de cette opération sans précédent de la part d’une organisation palestinienne. Elle a été minutieusement préparée, visiblement dans le plus grand secret, alors qu’elle implique des centaines de combattants. Le communiqué du Hezbollah indique sans détour qu’il s’agit d’empêcher la normalisation en cours des relations entre Israël et l’Arabie saoudite, qui se fait au détriment des Palestiniens, totalement ignorés.

Blocus imposé à Gaza depuis 2007

Le numéro 2 du Hamas, Salah al-Arouri, qui se trouve à Beyrouth, a expliqué à la chaîne qatarie Al Jazeera que, selon leurs informations, l’armée israélienne se préparait à attaquer Gaza et Jenine après la fin des fêtes religieuses de Soukkot qui se terminait le 6 octobre. « Nous ouvrons une bataille qui s’élargira, s’intensifiera et s’approfondira et n’aura qu’un seul objectif : la liberté et la sainteté de notre peuple, pas pour des demandes ici et là. » Il a affirmé que son mouvement était prêt à tout, y compris opération terrestre israélienne dans la bande de Gaza. « Ce serait le meilleur scénario de résistance », a-t-il ajouté.
« La violence est une impasse », peut bien déclarer la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna alors que Emmanuel Macron « condamne fermement les attaques terroristes qui frappent actuellement Israël ». Pourtant, la première violence est celle de l’occupation qui se traduit en Cisjordanie par la mise en place d’un apartheid, d’une colonisation grandissante et de raids de colons armés dans les villages palestiniens ou d’interventions de l’armée israélienne, comme à Jénine où l’intrusion d’orthodoxes venus prier sur l’esplanade des mosquées au mépris des accords de statu quo. Sans parler des destructions de maisons dans cette même partie orientale de Jérusalem occupée et annexée, qui jettent des centaines de familles à la rue. La violence, c’est également le blocus inhumain appliqué contre la bande de Gaza. Celle-ci a été désignée par Israël comme une « entité hostile » et les droits humains fondamentaux sont violés depuis. Les habitants subissent des restrictions sévères sur l’entrée de carburant et de biens essentiels, ils ne peuvent se déplacer librement, y compris les malades. Il est établi que le blocus a entraîné une hausse du taux de mortalité par cancer à Gaza par rapport à la moyenne mondiale.

Destruction des infrastructures industrielles et agricoles

En 2008-2009, 2012, 2014 et 2022 Tel Aviv a mené cinq offensives militaires sans parler des opérations sporadiques. Israël a non seulement tué des milliers de Palestiniens de façon indiscriminée, le plus souvent dans des zones civils, mais a délibérément détruit les infrastructures industrielles et agricoles de la bande de Gaza, a établi une zone tampon dans le territoire palestinien, et l’a finalement clôturé, la transformant en prison à ciel ouvert.
Les Palestiniens n’en peuvent plus. Les accords d’Oslo n’existent plus, il apparait clairement qu’Israël ne veut pas entendre parler d’un Etat palestinien et la « communauté internationale » parle mais n’agit pas. Elle devrait pourtant entendre le cri de cette jeunesse palestinienne qui cherche un avenir. Elle l’avait déjà exprimé en avril 2022. Depuis, la situation s’est aggravée. Que reste-t-il quand on ferme les portes de l’espoir?

Pierre Barbancey, L'Humanité du 07 octobre 2023

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