Comprendre les résultats des législatives, par PAM

Visiblement, les dirigeants de gauche, y compris du PCF, sont emportés par leur propre discours, "nous avons gagné", "nous allons gouverner"... Quand Jean-Luc Mélenchon déclamait en 2022, "je serai premier ministre", c’était des sourires embarrassés, ou des colères devant ce manque de respect pour les travailleurs, qui eux, savent bien qu’on ne fait pas céder des patrons en se partageant les plats à table avec eux...

Donc, la gauche se demande qui, quand, comment, et quoi, ou plutôt qu’est-ce qu’on garde de notre programme qui pourrait ne pas générer de motion de censure risquée... Tout ça pendant que Macron s’amuse avec ses conseillers pour voir qui acheter et avec quoi.

Même Ruffin nous culpabilise, "le peuple nous a demander de calmer le jeu, de trouver une solution", "c’est notre dernière chance"...

Et bien allez-y dans le grand jeu du crétinisme parlementaire ! Même le Front Populaire de 1936 avec des grèves massives n’a pas tenu face à la finance et à la guerre, la gauche unie de 1981 a cédé au bout d’un an, ne parlons pas de la gauche plurielle championne de la privatisation, ni de Hollande et la finance, et qui se demande comment l’insoumis Tsipras s’est fait retourner en quelques semaines par la Troika européenne ? Et il faut faire croire au peuple que la gauche rase gratis cette fois-ci ?

La direction du parti ferai oeuvre de salubrité publique de dire la vérité si elle veut bien que les bouches s’ouvrent pour analyser et comprendre.

En tout cas, les communistes vont tenter de sauver leur parti, de mobiliser les militants, leurs amis et collègues et tenter de faire vivre un Front Populaire qui ne soit pas celui du microcosme politique parisien, pour que des milliers de salariés, de jeunes, de familles réalisent que le rapport de forces n’est pas un mot médiatique, mais une dure réalité des luttes de classes et que personne ne leur fera de cadeau s’ils ne sont pas unis et organisés....

Pour cela, il faut d’abord étudier ce qui s’est passé les 30 juin et 7 juillet et se mettre d’accord pour comprendre vraiment "qui a gagné ?", et peut-être en déduire des conclusions sur les priorités militantes de l’été et de la rentrée prochaine...

Voici donc une animation graphique commentée qui aide à dire la vérité sur le rapport des forces politiques en France en juillet 2024...

https://video.pcf.fr/w/b8hnnMaxzcAstwphyypDyD

 

Contrairement à une légende répandue, c'est pas la chute de l'URSS qui a plombé le PCF.

En 1988, il fait 7% aux présidentielles. En 1995, 4 ans après la chute de l'URSS, il fait 9%. On ne s'est pas effondrés à ce moment là. C'est la "gauche plurielle" qui nous a plombés.

Entre 1997 et 2002, on a perdu 65% de nos électeurs et la moitié de nos militants. Précisément parce qu'on a participé au gouvernement ultra-libéral de Jospin, et qu'on a été associés à la trahison.

Il faudrait qu'on en tire les leçons un jour...

Rackham l'éternel @RackhamLeVrai

 

Pour l’avenir, se rassembler sans masquer les questions posées !

Les membres du Conseil National du PCF devaient ce jeudi 14 juin se prononcer quant à l’accord du nouveau Front populaire ! Cinq camarades se sont prononcés contre cet accord – j’en suis – 8 se sont abstenus. J’explique ici mes raisons en précisant que ce vote n’affaiblit pas mon engagement pour que le nouveau Front populaire batte l’extrême droite les 30 juin et 7 juillet.

L’accord du Nouveau Front Populaire comprend deux volets, la répartition des circonscriptions et le programme.

Concernant la répartition des circonscriptions, l’accord reprend pour le PCF l’essentiel de celui passé en 2022 avec la Nupes. C’était un accord très contraignant puisqu’il ne permettait au PCF de ne se présenter que dans 50 circonscriptions. En 2022, je ne l’avais pas approuvé d’autant que sur la la 14éme circonscription du Rhône, il attribuait la candidature à la France Insoumise. Cependant, après nous être battus le plus loin possible pour une candidature communiste (Michèle Picard),nous l’avions respecté sur la circonscription.

Deux ans plus tard, alors que le Rassemblement National est aux portes du pouvoir, je ne m’attendais pas à autre chose que la reproduction à l’identique et je n’ai donc pas contesté l’accord sur ces questions.

C’est sur le programme que s’est donc décidé mon vote.

Il contient les mesures d’urgence essentielles, concernant l’abrogation de la réforme des retraites, de l’assurance chômage, le pouvoir d’achat…

S’il prévoit des mesures de taxation financières sur le capital et les grandes fortunes, il ne contient pas les propositions permettant de prendre le pouvoir sur le capital quant aux outils de production et financiers, en fait les leviers du pays.

Le programme laisse aussi de côté la question du maintien et développement du nucléaire, pour assurer un coût et une production garantissant l’égal accès à l’énergie et la réponse aux besoins de la population et de l’industrie qu’il faut développer dans des domaines à déterminer.

C’est une faiblesse, mais je peux considérer que ces questions se régleront par le développement et le renforcement du mouvement social, question qui doit mobiliser le PCF en permanence. Et s’il manque des propositions, le texte n’en interdit aucune à priori.
Ce qui a déterminé mon vote, c’est donc bien ce qui est écrit sur l’Ukraine, très tôt dans le document, que chacun peut lire ci-dessous

Défendre l’Ukraine et la paix sur le continent européen
Pour faire échec à la guerre d’agression de Vladimir Poutine, et qu’il réponde de ses crimes devant la justice internationale : défendre indéfectiblement la souveraineté et la liberté du peuple ukrainien ainsi que l’intégrité de ses frontières, par la livraison d’armes nécessaires, l’annulation de sa dette extérieure, la saisie des avoirs des oligarques qui contribuent à l’effort de guerre russe dans le cadre permis par le droit international, l’envoi de casques bleus pour sécuriser les centrales nucléaires, dans un contexte international de tensions et de guerre sur le continent européen et œuvrer au retour de la paix”

Il est déjà assez étrange de prôner la paix pour justifier la guerre.
Les mots ont un sens et ce paragraphe nous enferme dans une guerre de plus en plus terrible et meurtrière.

Le soutien est “indéfectible” donc à priori indiscutable ; “la livraison d’armes nécessaires” indique que ce soutien autorise toutes les livraison d’armes, sans distinction aucune entre offensives et défensives, sans limite quant à la nature des ces armes ; c’est donc toujours plus …qui peut s’imagine que de telles livraisons d’armes peut aller sans l’intervention de militaires français sur le terrain ? Enfin, la référence à l’intégrité des frontières de l’Ukraine rend pour encore de longs mois toute négociation impossible avec la Russie puisque cette formule indique que les accords de Minsk qui ouvraient la porte à l’autodétermination des républiques du Donbass. sont caducs.

Mais François Hollande et Angela Merkel n’avaient ils pas avoué que ces accord n’avaient été signés que pour permettre à l’Ukraine de se réarmer sous l’égide de l’OTAN !

Ce paragraphe est extrêmement dangereux, il autorise une escalade supplémentaire dans la guerre quelle que soit la nature du gouvernement, y compris un gouvernement de gauche. Il y a trop de similitudes dans ce moment avec les débuts de la guerre meurtrière de 1914, où malgré Jean Jaurès et avant la création des partis communistes en 1920, la gauche français se compromit dans le soutien à la guerre.

Le pain et la paix vont de pair car la guerre finit toujours par rapporter aux financiers et marchands d’armes, ce sont toujours les peuples qui la paient. Enfin, cette guerre se fait sous l’égide de l’OTAN, qui peut s’imaginer que l’OTAN, bras armé de l’impérialisme du dollar veut la paix, alors qu’elle entretient partout dans le monde des foyers de tension qui peuvent être sources de nouveaux conflits ?

Qui peut fermer les yeux sur la réalité, le capitalisme pour maintenir sa domination a besoin de l’extrême-droite comme de la guerre, la dissolution n’est pas un caprice de Macron mais un choix du capital qu’il est urgent de déjouer.

C’est ce passage, pour moi contre-sens historique,qui a motivé mon opposition à ce programme. C’est pour cela aussi que je me félicite qu’en même temps que la section de Vénissieux se bat pour faire élire un député “Front Populaire”, elle appelle à agir dans le cadre d’un” comité populaire contre le fascisme, pour la paix” et à renforcer le PCF. Le vote est un moment de la bataille pour changer la société, l’action et l’organisation sont le cœur et la permanence de cette bataille.

Marie-Christine Burricand


Le RN aux portes du pouvoir, le monde bouge, l’occident s’enfonce... et le parti communiste fait quoi ?

Oui, il y a urgence pour résister au mieux le 30 juin et 7 juillet, limiter le nombre de députés RN.

Comme le disait Fabien Roussel citant Aragon « Quand les blés sont sous la grêle/ Fou qui fait le délicat/ Fou qui songe à ses querelles/ Au cœur du commun combat ». Mais si le principe d’un accord électoral, et la référence au Front Populaire est un premier pas utile, nous savons tous que la crise de la gauche et notamment de ses liens avec le monde du travail et les quartiers populaires demandera des années de militantisme de terrain organisé, réfléchi, loin de la médiatisation qui domine toute la vie politique.

Il faut se méfier comme de la peste des bons mots, des slogans simplistes, de tout ce qui "sert la soupe" pour satisfaire les convaincus, mais qui n’aide jamais à parler aux autres, à l’immense majorité qui n’est engagée ni dans l’action sociale, ni dans l’action revendicative, ni dans l’action politique.

C’est essentiel dans la référence au "Front Populaire" qui fait appel à l’imaginaire populaire de fête, mais qui doit aussi faire appel à la réflexion sur ce qui a permis la création du Front Populaire, ses premières victoires, et... ce qui n’a pas permis d’empêcher la suite, le retour du pouvoir de la finance et la guerre.

Nous ne pouvons être surpris du rapport de forces politique suite aux élections européennes

Bien sûr, la dissolution brutale par Macron bouscule les agendas, mais les résultats sont conformes aux sondages, et surtout, à ce que tous les militants savent depuis des années. Le mouvement social, les forces de gauche, se heurtent à une sorte de "plafond de verre" de mobilisation, ne parvenant jamais à mettre en mouvement plus de 2 ou 3 millions de personnes pour les grandes dates, quand il y a 30 millions d’actifs, 9 millions de pauvres, 3 millions de Smicards, plus de 5 millions d’habitants de quartiers populaires, 6 Millions de mal logés, 10 millions de locataires HLM... S’ils ne "bougent" pas pendant des années, qu’attendre de leur acte politique un jour de vote ? L’élection est un thermomètre, une photo des rapports de force que la campagne électorale ne fait que révéler, sans pouvoir les changer... La gauche est scotchée à 30% des voix depuis des années.

En 1936, le monde du travail était partagé entre communistes et socialistes, et la célèbre manifestation unitaire qui a conduit à l’accord politique à gauche était portée par la masse des ouvriers, employés, des zones rurales comme urbaines. Aujourd’hui, le monde ouvrier est partagé entre abstentionnistes et extrême-droite, et partout la CGT doit faire un gros travail contre l’extrême-droite, tant elle constate que nombre de ses militants sont attirés par le RN...

Ce qui a été décisif en 1936, ce sont de larges grèves ouvrières avec occupation d’usines. Qui peut croire que ce serait possible aujourd’hui et qui peut décemment continuer à faire croire qu’on peut se contenter d’appels à manifester pour militants ?

Cela se traduit au plan électoral. La gauche ne progresse pas sur 2019, alors que la colère contre Macron est forte.
- LFI passe de 1,5 millions de voix en 2019 à 2,5 millions en 2024, mais reste très loin des 7,7 millions de voix Mélenchon en 2022 !
- Le PS progresse de plus d’un million de voix sur le total de ses deux listes de 2019, mais les écologistes perdent 1,7 millions de voix, et le centre macroniste qui avait hérité d’une part d’électorat socialiste en perd près de 1,5 millions.
- Le PCF gagne 20 000 voix à 600 000 voix, encore loin des 800 000 de Fabien Roussel aux présidentielles, et surtout continuant à reculer dans ses villes lâchées par la direction nationale dans les négociations de la NUPES en 2022, et partout, sans mordre sur l’abstention ni sur le vote RN populaire.
- Au total, la gauche en 2024 stagne en dessous de 32%, gagnant un demi million de voix à 7 millions de voix, 15% seulement des inscrits.

Par contre, l’extrême-droite mobilise fortement, plus de 9 millions en 2024 à peine moins que les 10,5 millions de 2022, et beaucoup plus que les 6 Millions de 2019...

Se méfier des références historiques trompeuses, et qui ne trompent personne...

Les résultats du 9 juin dernier sont le produit de décennies de crise d’une gauche qui avait pris le pouvoir il y a 40 ans pour "changer la vie", mais dont le bilan vécu est l’aggravation des inégalités, des injustices, des ségrégations, la désindustrialisation et la paupérisation de la France... Son bilan politique est l’installation durable des idées d’extrême-droite, l’affaiblissement des syndicats, des associations, des partis politiques [1].

Mélenchon a proposé une lecture critique de cette "gauche de pouvoir", mais reste fidèle à celui qui l’a représenté, François Mitterrand, et surtout à ce qui est au cœur de l’impasse qu’a représentée la gauche, l’électoralisme. Il continue à dire au monde du travail "votez pour moi, je vais changer la vie". Le monde du travail et les milieux populaires ne le croient pas... Le parti communiste n’arrive pas, malgré quelques tentatives, à en sortir.

C’est toute l’ambiguïté de la référence au Front Populaire. Car si la puissance des grèves ouvrières a permis une année de conquêtes sociales qui restent dans les mémoires : congés payés, semaine de 40h, conventions collectives, création de la SNCF, du CNRS… elle n’a pas empêché la suite, la défaite face au parti de la finance, la fuite en avant dans la colonisation, la non intervention en Espagne, puis la soumission au nazisme à Munich et l’interdiction du parti communiste...

Le Front Populaire s’est fracassé sur deux murs, la finance et la guerre.
- ceux qui tiennent la monnaie, les créanciers de la dette publique, les grandes banques et assurances, la grande bourgeoisie financiarisée ne peuvent laisser faire de telles conquêtes sociales. Si on veut leur tenir tête, il faut être capable de développer l’économie et l’emploi sur d’autres bases que le capitalisme mondialisé et financiarisé qui avait le vrai pouvoir à l’époque, et l’a encore plus fermement aujourd’hui ! Il ne suffit pas de dire "on recrée un ISF progressif pour financer les services publics". Il faut dire comment on l’impose à une partie très puissante de la société qui est représentée partout dans les structures de pouvoir, économique, financier, politique, militaire. Il faut dire ce que Mitterrand aurait du faire en 1983 plutôt que le "tournant de la rigueur", ce que Tsipras aurait du faire en 2015 pour résister à la "Troïka" et surtout aux armateurs et banquiers grecs... Et nous savons comment est mort un dirigeant socialiste comme Allende refusant de céder.
- et "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage", disait Jaurès. Aujourd’hui comme en 1936, la réponse du capitalisme mondialisé face à sa crise, c’est le chaos, la violence, la destruction, la guerre. En 1936, la gauche n’a pas su agir pour la paix, car elle ne pouvait penser des coopérations contre les forces de guerre et de domination coloniale. Elle a aggravé la colonisation en Algérie, refusé d’affronter le fascisme en Espagne, et de fait, préparé la soumission honteuse de Munich, refusant toute alliance avec l’URSS. Et aujourd’hui ? La gauche défend le narratif militariste de l’OTAN sur tous les sujets, de Palestine en Ukraine, du Congo au Soudan ou à Taiwan. Comment pourrait-elle agir pour la paix ? Toutes ses composantes demande d’envoyer plus d’armes à l’Ukraine, alors que bien évidemment, aucune ne dit qu’il faut armer les palestiniens ! Aucune ne fait le lien entre la guerre et la crise sociale, l’inflation, la pression contre le pouvoir d’achat...

La référence au fascisme est aussi trompeuse ! Car que peuvent dire ceux qui observent Meloni en Italie ? Son parti, avant d’arriver au pouvoir, était officiellement "néo-fasciste", mais elle est une dirigeante européenne reconnue, bonne gestionnaire du système, à l’aise dans les institutions ! Pas de chemises noires dans les rues de Rome ! Elle a bien fait au début quelques gesticulations contre les migrants à Lampedusa, mais elle régularise finalement des centaines de milliers de sans papiers, plus que Macron !

Par contre, elle a été très efficace dans les attaques contre le droit du travail ou les aides sociales. Oui, une bonne gestionnaire libérale. Est-ce le fascisme dont parle la gauche ? Qui peut croire que cela va freiner les votes Rassemblement National ?

La situation du parti communiste était elle aussi prévisible

Après trois campagnes électorales qu’on peut dire "techniquement réussie" avec un candidat qui percute dans les médias, le PCF ne décolle pas. Mais il faut dire qu’il reste entre deux eaux, après une mutation qui aurait du le dissoudre dans un mouvement, une "cosa" avait dit les italiens, une métamorphose disait Marie-Georges Buffet. Pendant vingt ans, il a organisé la confusion dans les têtes en effaçant ses repères historiques, théoriques, cherchant dans une "gauche" rêvée la solution à ses problèmes d’identité, coupant tous ses liens avec le mouvement communiste du monde, s’enfermant de plus en plus dans la confusion avec Mélenchon. Pendant 20 ans, il a dit à ses électeurs que voter communiste ou insoumis, c’était la même chose, que voter insoumis n’était pas opposé au vote communiste. Quand un électeur communiste a pris l’habitude de voter insoumis en pensant voter communiste, comment lui expliquer au moment d’une campagne qu’il y a une différence ? Et surtout que la différence principale n’est pas dans le candidat ni même dans le programme, effectivement très différents, mais dans l’effet sur l’unité et l’action du mouvement populaire ?

Le vote insoumis renouvelle l’illusion ancienne "une seule solution, la révolution, un seul chemin, le programme commun", alors que l’histoire nous a montré que c’était une impasse. L’utilité du vote communiste ne peut être que de faire grandir la conscience des raisons de cet échec historique de la gauche et donc de porter cette affirmation du manifeste du parti communiste : « L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Tant qu’il persiste à se présenter comme un électoralisme concurrent de celui de Mélenchon, il ne peut progresser dans le monde du travail, il ne peut faire reculer l’abstention ni le vote RN dans le monde ouvrier.

Léon Deffontaines a eu raison avec ses arguments répétés sur le vote des députés RN, sur cette idée que le RN a la même politique économique que Macron. Mais il ne pouvait être entendu en s’inscrivant dans l’histoire d’une gauche électoraliste, en ne reconnaissant pas que le monde ouvrier a de très bonnes raisons d’avoir quitté la gauche, la plus importante étant que la gauche l’a quitté !

Depuis deux congrès, le PCF a décidé de sortir de la mutation et cherche à reconstruire. Il n’est plus temps de rester entre deux eaux, il faut aller au bout de la démarche engagée avec le manifeste, reconstruire le parti communiste du XXIème siècle dont notre parti a besoin. Pour cela, il faut cesser de courir derrière l’actualité médiatique électorale et inscrire l’action du parti dans le temps long d’une stratégie de reconquête du monde du travail et des milieux populaires, reconquête militante pour unir et organiser, les batailles médiatiques ou électorales n’étant que des moments de cette reconquête qui se joue d’abord dans les relations de proximité, les actions au quotidien des quartiers et des lieux de travail.

Les communistes ont besoin d’une direction communiste qui tire les leçons de l’échec de la gauche !

Sur de nombreux sujets, des milliers de militants communistes peuvent être mécontents. Partout en France, depuis des décennies, ils se battent pour la solidarité internationale, avec Cuba, le Nicaragua, le Chili, avec le Vietnam, l’Afrique, l’Algérie... et avec la Palestine. Depuis 9 mois, partout en France, ils manifestent contre le génocide, contre l’apartheid. Aucun antisémitisme, aucune confusion avec l’islamisme, aucune ambiguïté sur la reconnaissance de l’existence d’Israël, ou la nécessité d’une paix juste pour tous les peuples, donc aussi pour les juifs.

Mais la direction du parti a pour des raisons politiciennes, électoralistes, créé la confusion avec les défenseurs du pouvoir israélien d’extrême-droite ! Comment a-t-elle pu laisser la place à LFI dans les médias sur la solidarité avec les palestiniens ? Quel est le responsable des questions internationales qui a pu se permettre de décider à la place des palestiniens sur qui faisait partie de la résistance palestinienne ? Fabien Roussel réalise-t-il que Marwan Barghouthi qu’il soutient, appelle lui, à l’unité de toutes les forces palestiniennes, y compris le Hamas ?

De même, toute l’histoire militante communiste s’est construite dans la solidarité avec les peuples contre le colonialisme, contre l’impérialisme, contre l’OTAN, contre la défense européenne, pour la souveraineté et l’indépendance de la France. Depuis 2014, un peu partout en France, des communistes font connaitre la guerre menée par Kiev contre le Donbass, le crime d’Odessa de mai 2014. A Vénissieux, nous avons reçu un député communiste Ukrainien, les mères d’Odessa pleurant leurs fils assassinés par des nazis dans la maison des syndicats. Les médias français les ont boycottés. Comment la direction du PCF peut-elle les ignorer et accepter de les effacer pour s’inscrire dans le discours occidental sur le méchant Poutine qui serait la seule raison de cette guerre horrible ? Oublié le capitalisme qui porte en lui la guerre comme la nuée l’orage ? Oublié toute l’expérience des guerres françaises en Afrique, des guerres US en Irak, en Libye, en Afghanistan, en Amérique Latine, des bombardements de l’OTAN contre la Serbie ? Comment un dirigeant communiste peut-il faire croire que les guerres sont le résultat de décisions de dirigeants fous ? Comment peut-il oublier les enjeux géopolitiques d’accès aux ressources, aux énergies, aux routes terrestres et maritimes, comme les milliards des guerres qu’il faudra faire payer aux salariés ?

Les communistes sont désuets s’ils ne s’inscrivent pas dans un monde en pleine transformation

Cette question de la paix est identitaire pour de nombreux communistes qui n’ont pas mené campagne et ont même parfois décidé de ne pas voter, parce-qu’ils avaient entendu le candidat dire qu’il fallait envoyer des armes, alors même que nous diffusions souvent, conformément aux décisions de notre dernier congrès, des tracts locaux sur le thème "cessez-le-feu", "Stop aux livraisons d’armes". Mais dans notre monde médiatique, aucune action militante ne peut faire oublier une déclaration télé...

Si la paix est une question fondamentale pour les communistes, c’est qu’ils sont des internationalistes, héritier de cette maxime de Lénine "occupe-toi d’abord de ta propre bourgeoisie". Il y a la génération de la résistance, des enfants de résistants, de la guerre du Vietnam, de la guerre d’Algérie, d’Angela Davis, de Mandela... et de Salah Hamouri plus récemment. Mais Marie-Georges Buffet est restée au gouvernement qui envoyait les avions français bombarder la Serbie, rompant pour la première fois la longue histoire internationaliste des communistes.

C’est pourquoi les communistes doivent parler du monde en pleine transformation, rompre avec ce point de vue occidental d’un occident référent des droits de l’homme et de la démocratie face au reste du monde décrit comme une jungle dangereuse remplie de dictateurs et de pays arriérés. Non, le danger pour le monde, c’est l’occident militariste prêt à tout, même à la guerre nucléaire, pour sauver le dollar ! Car dans dix ans au rythme actuel, le poids des BRICS+ dédollarisés rendra impossible pour les USA de faire payer le dollar à la planète.

Les communistes doivent en urgence sortir du consensus atlantiste et apparaitre en France comme ceux qui proposent la rupture avec la domination US et la coopération avec toute la planète. La Chine n’est pas notre ennemi, mais notre partenaire essentiel pour la réindustrialisation ! Nous avons besoin de coopérer pour reconstruire des filières technologiques et industrielles entières, de l’accès aux ressources à la recherche pour inventer une industrie décarbonée, propre, sécurisée, une performance économique qui repose sur les qualifications et l’efficacité collective pour une nouvelle réduction historique du temps de travail.

Fabien doit quitter les plateaux télé et faire une tournée mondiale pour parler au communistes du monde entier, comme aux forces nationales qui cherchent leur indépendance pour un autre développement, comme à cette "assemblée internationale des peuples" qui organise la coopération des mouvements sociaux du Sud, après l’échec des forums sociaux dominés par les ONG occidentales.

Après l’urgence des 30 juin et 7 juillet, il restera l’essentiel, la reconstruction du parti communiste pour une nouvelle période historique de rassemblement populaire tirant les leçons de l’échec de la gauche.

PAM

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