Tribune libre de G. Alfonsi, membre du CN, parue dans l'Huma du 26 septembre
Impasse d’une candidature solitaire Douze secrétaires fédéraux du Parti communiste viennent de publier dans l’Humanité du 20 septembre 2006 : une contribution qui appelle plusieurs remarques. Ils font dire au Congrès de mars dernier qu’une « candidature issue du PCF est un atout indispensable au rassemblement pour battre la droite... » En réalité, le texte sur la stratégie adopté par les congressistes disait précisément ceci : « Nous mettons en débat notre conviction qu’une candidature communiste à l’élection présidentielle sera la plus efficace pour porter cette union en témoignant de sa diversité, de son ancrage populaire, de sa représentativité à gauche et dans le pays, du contenu précis d’un projet politique permettant une véritable rupture avec les logiques libérales. » Et il soulignait qu’« aucun parti ne peut prétendre rassembler la gauche autour de lui ou de son propre projet, en appelant ensuite les citoyens à le soutenir ». Autrement dit : le Congrès n’a jamais fait de la candidature communiste un préalable au rassemblement. Nos camarades motivent leur proposition d’entrer en campagne en décidant rapidement de sa candidature ainsi : un « parti doit confronter en toute clarté ses idées », « le PCF doit relever le niveau du débat », « le communisme ne peut se réduire à l’antilibéralisme », « la composante anticapitaliste de la gauche française n’est pas homogène ». Or, le débat actuel ne porte ni sur le fait que le Parti doive affirmer son projet et défendre ses propositions, ni sur le fait que le communisme ne se réduit pas à l’antilibéralisme : nous le pensons tous. Cependant, on peut vouloir confronter ses idées en toute clarté et être parfaitement inaudible ; on peut vouloir rassembler et se retrouver seuls ; les conditions dans lesquelles nous nous plaçons sont et seront déterminantes. La question est de savoir si nous pensons qu’il faut ou non un rassemblement antilibéral pour réorienter toute la gauche, et si nous pensons que bouleverser la donne est possible. Si nous le pensons, il faut désigner un candidat capable de rassembler le plus grand nombre de sensibilités antilibérales, tout en construisant une campagne collective en rupture avec le système présidentiel (au lieu de se contenter de prendre acte de son fonctionnement). La campagne du « non » a montré que nous sommes parfaitement capables d’être nous-mêmes dans un large rassemblement. Enfin, c’est le propre d’un rassemblement de comporter une diversité de points de vue : faisons de la diversité de la composante anticapitaliste un atout et non un handicap. Le plus significatif de l’approche de nos camarades est peut-être ce qu’ils n’abordent pas : pas un mot sur la victoire du 29 mai et sur l’idée qu’il s’agit maintenant de prolonger le « non » de gauche, par une construction politique ; pas un mot sur l’engagement des communistes dans les collectifs unitaires, au nombre de 400 à ce jour, alors qu’il s’agit de la mise en œuvre de notre orientation stratégique fondamentale ; pas une leçon tirée du score de 3,37 % obtenu par notre parti en 2002, comme si le résultat de cette campagne qu’on nous propose de lancer était indifférent ; rien, ou presque, sur le refus de réitérer la gauche plurielle. Enfin, rien sur l’enjeu de la motivation et de la mobilisation du Parti, qui n’est jamais mieux lui-même que lorsqu’il construit avec d’autres. Une soi-disant « mise en campagne rapide » ? C’est l’histoire du conducteur qui, face à un obstacle, accélère en klaxonnant.
Quelques commentaires : Beaucoup de remarques de G. Alfonsi sont justes. Ainsi les 12 secrétaires fédéraux travestissent la décision du 33 ème congrès concernant la candidature communiste aux présidentielles. Le 33ème congrès n’a pas décidé d’une candidature communiste : c’est une des raisons pour lesquelles des textes alternatifs ont vu le jour et que la majorité de notre Collectif PCF 17 s’est opposée au texte de la direction nationale. Le fait que cette question n’ait pas été à l’ordre du jour du congrès et donc tranchée en toute connaissance de cause par les adhérents a conduit à un désarroi des adhérents et au sentiment d’être privé de leur souveraineté. L’absence de critique sur la gauche plurielle et du bilan du gouvernement Jospin n’est pas fortuite. Dans notre fédé 17, le secrétaire départemental qui est un des 12 signataires a refusé que le débat ait lieu : ce refus de débattre a été la raison principale de la création de notre collectif PCF 17. L’absence de référence au 29 mai n’est, elle aussi, pas fortuite. Pendant la campagne, notre secrétaire départemental a assuré le service minimum d’un permanent : Ce n’est pas le développement de la campagne du NON qui l’a préoccupé. Lors de la proclamation des résultats à l’Oratoire à La Rochelle sa mine n’était pas très réjouie : Il avait compris que la victoire du Non poserait problème avec le PS ouiste. La candidature communiste qu’il soutient, ce n’est pas pour défendre des positions communistes pour le peuple mais pour « exister » avec une perfusion du PS pour avoir des places.En tout état de cause, nous continuerons notre action de clarification dans le Parti. C’est aux communistes de décider de leur stratégie. En laissant les communistes dans l’attente la direction nationale du PCF n’aide pas à répondre à leurs interrogations et à la mobilisation. |