Charles Hoareau, invité d’Actuchômage
A l’origine de la CGT-Chômeurs en 1988, Charles HOAREAU est une figure emblématique de la lutte des privés d’emploi & des précaires, et de la défense des plus démunis. Il suffit d’aller sur Google pour voir combien il est dangereusement célèbre ! Humaniste et engagé, ce Marseillais de 52 ans a choisi de consacrer son existence à la lutte contre l’injustice sociale. Actuchomage : Qui es-tu, Charles Hoareau ? Charles HOAREAU : J’ai bossé comme tout un chacun et j’ai connu, peut-être comme moins de gens de ma génération mais comme beaucoup de celle qui arrive maintenant, de nombreuses périodes de chômage. Ce qui a fait que très vite, venant d’un milieu ouvrier et côtoyant des intérimaires et des chômeurs, je me suis dit qu’il fallait que le syndicalisme tienne compte de cette population. Quand j’ai voulu me syndiquer pour la première fois, les copains du port de Marseille (où je travaillais en CDD dans une boîte de sous-traitance pour la CMR - Compagnie Marseillaise de Réparation, ndlr) craignaient qu’en me syndiquant je me fasse licencier. Il a fallu que je me pointe trois fois à la CGT pour savoir où m’adresser, et enfin adhérer. Aujourd’hui, c’est complètement différent : les relais existent et les précaires sont pris immédiatement en compte par les syndicats. Mais à mon époque, la précarité n’était pas aussi massive et on ne mesurait pas l’impact du chômage structurel, y compris dans la pensée des individus : actuellement, dans Marseille, le chômage conditionne la vie de quartiers entiers ! La CGT n’avait pas encore envisagé tout ça. On a créé le premier Comité de chômeurs en 1988 : les copains de l’Union départementale étaient visionnaires, et ils m’ont laissé faire. J’y suis allé tout seul, sans moyens ni expérience. C’est en 1989, à l’occasion de la lutte des chantiers navals de la Ciotat (qui a été un peu notre laboratoire social) que nous avons connu notre premier succès en réussissant à peser sur un conflit du travail et sur la ville en tant que chômeurs organisés : à l’appel du seul Comité de chômeurs-CGT, on a mobilisé jusqu’à 5.000 habitants sur 30.000 - les commerçants étaient même avec nous - alors que Le Pen y avait battu son record national aux élections précédentes en faisant 33% ! (D’ailleurs, aux élections suivantes en 1995, il a perdu 20% : comme quoi lutter tous ensemble remet certaines choses en place.) La CGT a donc pris conscience qu’il était possible d’organiser les chômeurs, et a fini par élargir officiellement au national son activité "chômeurs" en 1997. Il a fallu 10 ans : on y est allés par tâtonnements, et on a souvent loupé des virages. Actuchomage : Mais depuis, beaucoup de choses ont changé, n’est-ce pas ? Charles HOAREAU : On ne mesure pas à quel point la société s’est fragmentée : il y a de telles barrières entre les gens qu’ils ne savent plus se parler. Par exemple, encore récemment, lors de "la révolte des banlieues", j’ai été stupéfié de voir que tout le monde, y compris les syndicats et la classe politique, parlait "des banlieues" et non pas "aux banlieues" : entre l’ingénieur EDF et le jeune chômeur des cités, il y a tout un monde qui les sépare ! Si le syndicalisme ne prend pas en compte cet aspect des choses, la société va imploser. Le syndicalisme doit avoir la volonté de s’implanter, y compris dans le tissu associatif, et laisser les gens s’approprier leurs luttes, choisir leurs terrains de réflexion collective, pour travailler avec eux sans les phagocyter en ne cherchant que des adhésions. Je suis moi-même membre d’un tas d’associations de quartiers, et quand je pose ma moto les gens descendent me voir pour discuter. Il faut d’abord servir de repère, être une boussole pour les plus démunis afin de gagner en force de frappe commune et en organisation. (Ce qui explique peut-être le calme relatif qui a régné sur Marseille durant les émeutes de novembre 2005 ? - ndlr) Actuchomage : La "méthode Hoareau" est quand même malheureusement très minoritaire, peut-être pas sur le terrain, mais au niveau des instances dirigeantes. Charles HOAREAU : Effectivement, si elle est majoritaire dans mon département, elle est minoritaire ailleurs. C’est lié à des questions de stratégie nationale et à des questions politiques. Comme le capitalisme se durcit et donne de moins en moins d’os à ronger aux salariés, l’accumulation des richesses se fait entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint d’individus, ce qui fait qu’il reste de moins en moins de choses à négocier. Il n’est donc plus possible d’y aller à petits pas comme dans les Trente Glorieuses où il n’était pas nécessaire d’être jusqu’au-boutiste pour gagner sa petite place au soleil. Aujourd’hui, cette politique de la négociation que la CGT tente au plan national est vouée à l’échec car elle se coupe des gens. Le problème du syndicalisme maintenant - et celui de la CGT -, c’est que si on n’a pas une démarche qui soit à la hauteur de leur colère, on aura encore d’autres banlieues qui flambent et même pire, parce que les gens n’auront toujours pas trouvé une organisation qui leur ressemble et qui leur donne espoir de gagner des droits. Je voulais lancer ce cri d’alarme au Congrès confédéral, et on ne m’a même pas laissé la parole. Mais au contraire, à mon Congrès départemental, c’est ce discours-là qui est majoritaire. Actuchomage : Que fais-tu actuellement ? Charles HOAREAU : Avant, j’étais à mi-temps au Bureau national de la CGT-Chômeurs : au bout de dix ans et plus, il est normal que je passe la main pour faire autre chose. Les copains m’ont demandé de m’occuper à temps plein des salariés du nettoyage, qui sont un peu les cousins des chômeurs : des Arabes, des Noirs, des sans droits maintenus dans la précarité. C’est la commission exécutive de la CGT des Bouches-du-Rhône qui a pris la décision de renforcer notre organisation auprès de cette population. D’ailleurs, notre département a aussi l’originalité d’avoir monté un Comité de sans-papiers qui est un syndicat à part entière (car ils sont aussi des salariés), géré par les sans-papiers eux-mêmes alors qu’ailleurs on ne leur accorde ni droits ni responsabilités ni compte en banque. Sinon, je m’occupe également de l’Union locale du centre-ville de Marseille, où il y a fort à faire contre Gaudin (Jean Claude, maire UMP - ndlr) qui a pour projet de virer les Noirs, les Arabes et les pauvres du centre-ville, et vend par lots des centaines d’appartements à des fonds de pension américains. La bataille que nous avons engagée a fait l’objet d’un reportage de TF1... Actuchomage : ... OUI ! On l’a vu : c’était dans "Le droit de savoir" qui, pour une fois, a fait un remarquable travail d’investigation... Charles HOAREAU : D’ailleurs je pense qu’ils ont été un peu scotchés car ils me rappellent régulièrement depuis, et ils aimeraient bien revenir. Donc, au départ, des gens nous ont signalé qu’un immeuble avec jardin était vide depuis 8 ans rue du Sud derrière la Gare St Charles, au cœur de Marseille. Nous nous sommes renseignés, et nous avons découvert que cet immeuble comprenait 7 appartements vides et en bon état, qu’on pouvait retaper nous-mêmes. Nous avons donc été rencontrer les habitants du quartier pour les sensibiliser. Nous avons également appris qu’à quelques mètres de là un terrain appartenait jadis à une association religieuse, puis devenue laïque et influente, qui l’a vendu à prix d’or à la mairie de Marseille (elle en a fait un parking). Et plus tard, en échange de ce terrain, la mairie leur a revendu cet immeuble pour une poignée de figues soit 200.000 €... J’appelle ça du transfert de fonds publics, même : du pillage ! A l’origine, l’HMP (l’OPAC de la ville - ndlr) devait en faire des logements sociaux mais la mairie a estimé qu’ils en avaient suffisamment. Ils ont donc laissé l’immeuble vacant pendant dix ans... En février, date à laquelle sa vente devenait effective, l’association en question n’a pas osé le racheter de peur du scandale car nous l’occupions déjà à ce moment. Ils ont cru que nous étions particulièrement bien informés, alors que nous avions mis le doigt sur cette affaire tout à fait par hasard ! Les cas de ce genre ne manquent pas : tous les jours, on m’arrête dans la rue pour m’en signaler, et on a quelques coups fumants en réserve. Actuchomage : Toutes ces actions doivent parfois t’attirer des ennuis ? Charles HOAREAU : Oui, ils cherchent. C’est pour ça que je suis très prudent. Je me sers le moins possible du téléphone, j’évite Internet. A Marseille, il y a un mec qui est payé rien que pour me suivre : j’ai créé un emploi dans la police ! (rires) Et quand la gauche était au pouvoir, c’était pareil. Des histoires sur les agissement de la police à mon égard, j’en ai tellement à raconter que c’en est hallucinant ! Un matin, j’étais allé voir le Comité-chômeurs d’Alès et je devais ensuite me rendre à Perpignan pour une manifestation. Comme en train c’était très compliqué, j’ai loué une voiture, et j’ai oublié de signaler où je me rendais au secrétariat du Comité-chômeurs à Marseille. Je me suis trompé en sortant d’Alès et au lieu de prendre l’autoroute, j’ai galéré par des routes de campagne où le portable ne passait même pas. Arrivé à Perpignan, je cherche les copains et je les attends devant le Palais de Justice où la manif devait arriver vers 14H. Je reçois un coup de fil du fameux mec payé pour me surveiller qui me sort : "Alors, il fait beau à Perpignan ?". Je lui demande comment il sait que je suis à Perpignan, et il me répond que ce sont mes collègues qui lui ont dit. Pourtant, je n’avais pas pu téléphoner à la copine du Comité, je n’ai croisé aucun flic, et mes collègues de la manif n’étaient pas avertis de ma venue, ils étaient même surpris de m’y voir... Je ne sais pas comment ce type a fait pour savoir où j’étais. Et même si je changeais de portable, il pourrait continuer à m’appeler : pour eux ce n’est pas un problème ! Actuchomage : Ton engagement militant ne te rapporte rien sur le plan financier, il t’apporte même plutôt des ennuis... Des satisfactions, certes. Qu’est-ce qui te motive ? D’où ça te vient ? Dans l’apathie générale, comment trouves-tu le courage de prendre ces risques ? Charles HOAREAU : Je ne sais pas si c’est du courage ou de l’inconscience. Je pense qu’il y a des choses qui ne comptent pas dans ma tête : les risques, le fric... Au-delà de la satisfaction, pour moi ce qui compte ce sont les gens, et je ne peux pas me résoudre à voir qu’il y a en autant dans la galère. Ce sont les gens qui me motivent. Je ne supporte pas qu’on leur supprime toujours plus de droits, je ne peux pas laisser faire ça. Et c’est avec eux que je vis de grands moments. Actuchomage : Quels sont tes plus grandes victoires, tes plus grandes joies ? Charles HOAREAU : Tout dépend si on parle en terme de portée politique dans le pays, ou si on parle en terme de relations humaines. En terme de portée politique, l’affaire des Recalculés en 2003/2004, c’était énorme. Son impact juridique a été tel qu’il arrive même que le sujet soit étudié en cours de droit dans des grandes écoles. C’est une bataille très importante car - c’est bizarre - ils se sont aperçus qu’on avait un cerveau ! Parce qu’avant, ils se disaient : "Les pauvres, ils gueulent pour avoir à manger, peuchère... ils sont bien braves" et là, on les a battus sur leur terrain, collectivement. Je n’oublierai jamais cette avocate qui défendait les Recalculés de Paris, Valérie Thiébault : elle avait 8 mois de barreau et n’avait plaidé que des petites affaires, des accidents, des chiens écrasés. Là, c’était son premier procès d’envergure et elle se caguait dessus. Avant l’audience, on s’est tous préparés ensemble et on connaît la suite : une grande victoire ! (Après les décisions favorables aux chômeurs prononcées par les tribunaux de grande instance de Marseille et de Paris, l’État a été contraint de réintégrer plus d’un million de Recalculés dans leurs droits et de débloquer 2 milliards d’euros - ndlr) D’un point de vue humain, ce qui nous a aussi marqués, c’est la prime de Noël. Comme pour les Recalculés, c’était le pot de terre contre le pot de fer. Cette prime, ce n’était pas grand-chose, mais ce qui compte c’est d’avoir gagné contre les puissants. Les histoires liées au logement sont aussi très touchantes. Je me souviens de trois familles - une arabe, une française et une comorienne - avec 5 ou 6 enfants, à la rue. Pendant trois semaines, on a occupé une mairie de secteur où l’on savait qu’il était difficile pour eux de nous expulser. On savait aussi que l’Office municipal de la ville de Marseille avait muré des appartements pas loin de cette mairie. Le but du jeu à chaque fois, c’est de travailler l’opinion - dont les voisins - et les médias tout en marquant des points juridiques. On a réussi à mobiliser la CGT, le Parti communiste, etc, et on les a démurés. Les gens se serraient dans les bras, il fallait voir les yeux de cette femme comorienne quand elle est entrée dans l’appartement... Ce sont des moments très forts qui ne s’oublient pas. Actuchomage : Et combien de gens avez-vous (re)logés comme ça ? Charles HOAREAU : On a pris un peu plus de 400 appartements, et on n’a eu que deux échecs : disons un semi échec, plus un échec sur une famille expulsée de son logement et sans solution au bout de six mois. Sinon, tous les autres sont restés et ont décroché un bail. Actuchomage : Et tu n’as jamais songé à te présenter en tant que candidat à des élections locales ? Charles HOAREAU : Je me suis présenté. C’était aux dernières législatives en 2002 pour notre association Rouge Vif. Arlette Laguiller, à côté de moi, elle était réformiste ! Je fais partie des gens qui pensent que tout le système politique et sa forme organisationnelle sont à revoir, et les élections de 2002 me l’ont malheureusement confirmé. Pendant des années, on a eu en France un Parti communiste qui avait ses qualités et ses défauts, mais qui incarnait la classe ouvrière. Maintenant il a dérivé, n’en parlons plus... La dérive a commencé dans les années 50, quand il n’a pas mesuré que la modification des institutions allait soit l’entraîner malgré lui sur le terrain du Parti socialiste, soit l’obliger à se situer autrement. Ils ont eu l’illusion du communisme municipal dans les années 70, mais ils n’ont pas pu garder leurs villes car ils se sont retrouvés à la gestion locale d’un système qui leur échappait complètement. Ils n’ont pas appréhendé les contraintes de gestion de façon assez révolutionnaire, et ils se sont retrouvés complètement bouffés. Avec quelques-uns, on s’est dit qu’il fallait tout reconstruire ; mais c’est un discours qui fait peur. Il faut vraiment tout repenser : non seulement le système économique mais aussi la forme d’organisation, la délégation du pouvoir... Par exemple à la CGT (qui n’est pas la pire, et peut-être même la moins mauvaise), quand on est 9 sur 10 à penser "blanc" contre le Secrétaire général, il suffit qu’il parle une fois, deux fois, trois fois et qu’il envoie sa garde rapprochée pour qu’au moment du choix 80% votent finalement "noir". C’est dans la nature humaine et il faut lutter contre ça, cette auto-reconduction de directions sortantes. Et quand on est dirigeant, il faut savoir s’effacer, s’incliner devant l’avis des autres même s’ils ont tort : au moins, on se plante ensemble et on recommence, c’est ça la démocratie. Quand je me suis présenté aux élections, j’étais dans les Quartiers Nord face à une milliardaire socialiste... Dans les Quartiers Nord (c’est-à-dire les plus pauvres - ndlr) ! À la fin de sa campagne électorale, elle avait acheté un blue-jean aux Puces pour passer mieux... Il faut savoir que dans cette circonscription, il y a 200.000 habitants dont seulement 52.000 sont enregistrés sur les listes électorales : la plupart des autres n’a pas oublié mais refuse de s’inscrire. Et sur ces 52.000, seulement la moitié vote ! Quand tu réfléchis bien, les 36% de voix en faveur de la candidate "socialiste" au premier tour correspondent à 9% des habitants du quartier. Résultat : 80% des gens la détestent, comme ils te le disent quand tu discutes avec eux dans la rue. Nous, on a fait 5%, et nous étions non seulement décalés mais sans moyens (la sono, le micro, les affiches...). On s’en foutait du score : l’important était de commencer à faire passer nos idées. Et j’ai ensuite éprouvé le besoin de continuer à militer sur le plan politique, car syndicalement ce n’est pas suffisant. A la CGT la tendance est au réformisme, pas au révolutionnaire. Je ne dis pas ça de façon péjorative : je constate simplement que l’absence d’exigences fortes nous éloigne des gens et tue l’espoir, ce qui est néfaste. Actuchomage : Justement : qu’est-ce que tu penses aujourd’hui de ce qu’il se passe dans la gauche "rouge" ? Aucune union autour du Non ne semble possible. Il ne se passe rien. Pourtant, cette union à la gauche de la gauche serait nécessaire afin de peser contre le PS, l’UMP, et même le FN. Charles HOAREAU : Le problème, c’est qu’on n’est pas sortis des appareils et des idéologies. Aujourd’hui, le PC survit grâce à ses élus, donc grâce au Parti socialiste. Il est ligoté tout en ayant une base qui, elle, se dit qu’il ne faut pas refaire ce qu’on a fait... mais ce n’est pas elle qui dirige. Sur le terrain, il y a aussi des gens sincères mais inorganisés, et qui ne pèsent pas. Il y a la LCR, qui est parfois un peu "gauchiste" dans le mauvais sens du terme (pour moi sont "gauchistes" ceux qui mettent l’accent sur tout ce qui divise, alors qu’au contraire un "communiste" au sens originel du terme est quelqu’un qui fait en sorte de rassembler sur l’essentiel, comme Evo Morales en Bolivie ou Hugo Chavez au Venezuela). Le vote du 29 mai a rassemblé une majorité de gens qui savaient ce qu’ils ne voulaient pas, et avaient quelques traits communs de ce qu’ils voulaient. Il y avait là les ferments d’un vrai front populaire. Moi, j’aurais très bien vu le PCF impulser ça et en faire un laboratoire d’idées au quotidien, même avec Bové ou Fabius. Mais leurs intérêts, trop différents, ne le permettent pas. D’ailleurs, ils sont tous gênés aux entournures car souvent eux-mêmes font le contraire de ce qu’ils prônent : même les élus de gauche privatisent. Alors, certains vous sortent des gadgets, comme le Smic à 1.500 €... A Marseille, la gauche de la gauche ne s’engage même plus sur des actions concrètes et populaires comme le logement, le RMA ou les transports : sur la privatisation du tramway ou notre histoire de la rue du Sud, il n’y avait personne. Actuchomage : On va donc se retrouver dans la même configuration qu’en 2002 ? Tout est balayé du revers de la main ? Charles HOAREAU : Aujourd’hui, il n’y a pas de volonté que le résultat du 29 mai se retraduise ni en candidat ni en terme de programme ni en dynamique. Côté individus, les élections présidentielles leur montent à la tête et le jeu des institutions contribue à flatter les ego. Peut-être que je me trompe mais je crois que le FN reste un vrai danger : il va encore progresser et dans cinq ans, je ne sais pas ce qui l’empêchera de prendre le pouvoir. C’est pour ça qu’il est urgent de reconstruire. Cela se fera à taille humaine, par en bas, et dans une logique toute autre. Actuchomage : Où en est-on aujourd’hui avec le mouvement des chômeurs ? Charles HOAREAU : C’est un mouvement qui est forcément friable, avec ses hauts et ses bas. Mais pour être rassurant, je peux affirmer qu’on est bien plus haut que ce qu’on a été il y a dix ans. Le Comité-chômeurs CGT (la CGT étant le seul syndicat a avoir une section "chômeurs"... en Europe ! - ndlr) compte maintenant 6.000 adhérents, dont un millier dans les Bouches-du-Rhône. Maintenant, on a une histoire : on a acquis des savoir-faire et de la crédibilité. Et sur Marseille, on a une cote d’amour terrible. Alors, est-ce qu’on peut gagner ? Pour être efficaces, il faudrait vraiment qu’on consolide nos liens, on en a encore plus besoin : renforcer les liens avec ceux qui existent - AC !, APEIS, MNCP - et ceux à venir, pour sortir en force et continuer à s’enrichir - même si on s’engueule - car la diversité est une chance et non une plaie. Il faut aller vers ce qui unit, pas ce qui divise.
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