Consultation des communistes sur la candidature de M.G. Buffet : L’émiettement derrière l’unité apparente !

La quasi unanimité des communistes soutenant M.G. Buffet comme candidat à la candidature des collectifs antilibéraux dans le contexte de fortes oppositions entre communistes au dernier congrès a pu surprendre. Une étude plus détaillée des résultats montre que ce vote massif recouvre des stratégies qui ont été divergentes. 

Le résultat du vote semble sans appel.

La question de la présence d’un candidat communiste aux présidentielles avait provoqué les plus vifs débats au 33ème congrès du PCF et le vote le plus discuté sur la position majoritaire d’attente de la convergence avec les forces antilibérales. La plupart des interventions de dirigeants affirmaient à l’époque sans hésitations : "il y a aura un candidat communiste aux présidentielles".

Le vote presque unanime pour M.G. Buffet chez les communistes semble confirmer cette prévision. Aucun des autres candidats des collectifs antilibéraux ne peut se prévaloir de 60 000 soutiens militants.

Pourtant, les discussions se tendent, et les divergences de stratégies sont de plus en plus visibles. José Bové se retire en reprochant aux collectifs leur faiblesse dans les quartiers populaires, ce qui est savoureux de la part d’un militant chantre de la petite propriété paysanne et du marché fut-il local...

Les dirigeants autoproclamés des multiples organisations qui cherchent depuis longtemps à refonder la gauche de la gauche s’expriment contre une candidature d’un parti, en fait contre une candidature du PCF. D’ailleurs personne ne demande à ces candidats (Salesse, Autain) de quels groupuscules ou associations ils sont les représentants ! Ils sont souvent issus de la LCR ou du syndicalisme et n’apprécient les militants communistes que s’ils s’éloignent de leur parti, sans jamais refuser les moyens logistiques du PCF comme pour gagner les élections régionales dans la région parisienne...

Les dirigeants du courant "refondateur" qui inspirent depuis des années l’orientation de la direction du PCF avaient appelé à l’abstention pour le vote interne du PCF. Les champions de la "souveraineté du militant" n’ont cure du résultat qui révèle qu’ils n’ont pas d’influence militante dans le parti malgré leur place dans la direction. Ils déclarent ouvertement que M.G. Buffet n’est pas une bonne candidate de rassemblement...

Alors, ce vote massif des communistes révèle-t-il une force qui va permettre à M.G. Buffet de surmonter les difficultés du rassemblement antilibéral ? Change-t-elle la logique des animateurs historiques des collectifs qui cherchent à remplacer ce vieux parti communiste ? Ou au contraire, la rencontre des collectifs nationaux dont personne ne sait comment sont désignés les délégués va-t-elle se transformer en congrès des Verts, avec disputes et litiges sur les résultats, le processus de décision, les désignations de délégués ?

Un éclairage utile peut être d’observer plus finement le résultat de ce vote en le comparant avec le vote nettement plus disputé du congrès de 2005, à peine un an avant donc.

Premièrement sur le nombre d’adhérents cotisants. Les effectifs semblent stables avec une légère érosion de -6% en 2006 par rapport à 2005. Mais les différences entre départements sont énormes. Les Cotes-d’Armor battent tous les records avec +525% d’augmentation des effectifs, suivis de l’Eure, la Sarthe et la Dordogne dont les effectifs doublent, alors que la Corse du Sud disparait avec -83% d’inscrits, la Drome (-77%), et surtout les deux départements historiques de la ceinture rouge qui perdent près de 50% de leur inscrits : le Val de Marne (-46%) et la Seine-St-Denis (-43%). Ils avaient déjà perdu massivement des adhérents lors du vote de 2005.

L’érosion s’accélère. Le parti communiste continue de perdre des forces historiques sauf dans les Bouches du Rhône et surtout le Nord-Pas de Calais, départements qui se sont justement fortement mobilisés pour la candidature de M.G. Buffet alors qu’ils étaient des places fortes de l’opposition.

Ces éléments confirment des tendances connues. Le PCF est de moins en moins le parti du monde ouvrier et des quartiers populaires, sauf là où les traditions ont été maintenues par l’organisation.

Ensuite sur la participation. Le résultat global est sans appel. 15000 votants en plus, soit presque 50% d’augmentation. Mais des résultats très différents selon les départements.

Les 10 départements dans lesquels la participation recule représentent 8% des effectifs et une perte de 1613 votants. C’est le cas du Rhône, un des seuls départements où l’opposition était forte mais n’a pas choisi le vote M.G. Buffet.

A l’opposé, les 10 départements dans lesquels la participation progresse sont les "grands" départements qui représentent 39% des effectifs 8220 votants supplémentaires.

La surprise vient du fait que dans ces 10 départements se retrouvent le Val de Marne et la Seine-St-Denis pourtant point d’appui principal des refondateurs mais aussi le Nord et le Pas-de-Calais qui avaient mis la direction en difficulté au congrès...

Enfin sur le contenu du vote Les 10 départements qui avaient le plus contesté l’orientation du dernier congrès ont plus mobilisé en 2006 que les 10 départements qui avaient le moins critiqué cette orientation. Ils représentent 24% des gains en votants. On peut donc penser que la proposition de M.G. Buffet a "transcendé" les oppositions internes et mobilisé dans tous les courants.

Mais ce résultat est au contraire dans le détail la marque de la désunion des oppositions qui selon les départements ont pesé de manière opposée sur le résultat.

Si les oppositions du Rhône ou de la Haute-Saône ont en quelque sorte "délaissé", les oppositions du Nord et du Pas-de-Calais ont au contraire joué la "carte M.G Buffet". Le contenu de ce vote est très particulier puisque le département du Pas-de-Calais a fait voté en même temps pour que M.G. Buffet soit la candidate du PCF alors que la direction nationale insiste à toute occasion sur le fait qu’elle se mettrait en congé du parti pour être la candidate "des collectifs".

Et le résultat est édifiant. Les deux départements du Nord et du Pas de Calais représentent les plus grandes forces de M.G. Buffet avec près de 4000 voix chacun, suivis du Val de Marne et de la Seine St-Denis qui n’atteignent pas les 3000 voix pour M.G. Buffet... !

Si M.G. Buffet est réaliste, elle devrait être candidate aux présidentielles sur la ligne d’opposition symbolisée par le Pas de Calais dans le PCF !

Elle se retrouve donc dans une situation qui réjouit déjà les refondateurs... Soit elle abdique devant les animateurs des collectifs qui ne veulent surtout pas redonner un espoir au PCF et elle démontre son échec ou pire, sa duplicité dans les mensonges du 33ème congrès. Soit elle s’appuie sur ses forces d’opposition interne pour affirmer sa candidature contre les forces de la direction du PCF qui l’ont fait reine.

Elle devra lâcher beaucoup aux animateurs des collectifs (place dans la campagne, moyens logistiques, subventions ? places aux législatives ?...) pour espérer obtenir leur soutien...

De l’autre coté, les communistes qui veulent continuer ou reconstruire le PCF auraient tout intérêt à coordonner leur position !

jeudi 30 novembre 2006, par Pam

 

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