L’Europe isolée entend trouver une défense commune,

mais elle devra au final se rallier à un accord accepté par Kiev sous pression américaine.

La résolution adoptée le 24 février 2025 par le Conseil de sécurité de l’ONU sur l’Ukraine, la première après trois ans de guerre, réclame la fin rapide du conflit en Ukraine sans faire la référence habituelle à l’intégrité territoriale de ce pays et sans demander le retrait par la Russie des territoires qu’elle occupe. Les Européens n’ont pas réussi à intégrer leurs amendements en ce sens.

Ce vote a illustré l’isolement de l’Europe : les 10 États qui ont approuvé le texte, dont les États-Unis, la Chine et la Russie, représentaient l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine, l’Amérique du Nord, seuls les Européens se sont abstenus, n’osant pas bloquer l’adoption d’un texte américain par un veto anglais ou français.

L’Europe, qui croyait isoler la Russie après sa tentative d’invasion de l’Ukraine, se retrouve ainsi isolée. L’entrevue orageuse entre les présidents Trump et Zelensky, le 28 février, dans le bureau Ovale a manifesté avec éclat que les Européens sont désormais les seuls à défendre vraiment l’Ukraine. Outre l’Ukraine dévastée, l’Europe a été jusqu’à présent la perdante de ce conflit.

Elle a montré son incapacité à faire appliquer les accords qu’elle avait négociés en février 2014 ou à Minsk en février 2015 pour éviter la guerre, elle a révélé la faiblesse de son outil militaire, incapable d’aider suffisamment l’Ukraine une fois la guerre déclenchée par les Russes, elle a abdiqué tout rôle diplomatique en accordant son soutien à l’Ukraine tant que celle-ci l’estimerait nécessaire.

Les Européens ont accepté de subir les conséquences économiques de leurs propres sanctions, frôlant la récession alors que la Russie, la Chine, les États-Unis présentent de bons taux de croissance. Les Européens cherchent maintenant à éviter la capitulation de l’Ukraine, inacceptable pour les Ukrainiens compte tenu de sacrifices endurés, dangereuse pour la stabilité du continent et considérée comme une prime « immorale » à l’agresseur.

Tandis que Trump discute du retour des États-Unis sur le marché russe et prend des gages sur les métaux rares de la région, l’UE décide un 16e paquet de sanctions et le Royaume-Uni réunit une « coalition » des soutiens à l’Ukraine, tout en proposant un plan de paix. Les Européens savent pourtant qu’un accord russo-américain accepté par Kiev sous pression américaine serait soutenu par le monde entier. L’Europe ne peut soutenir l’Ukraine dans la durée sans les États-Unis.

Les Européens, Starmer et Macron en tête en attendant Merz, auront donc tenté, sans rompre avec Washington, de sauvegarder la capacité de négociation de Kiev face aux Russes, d’accélérer leur propre progression vers une politique étrangère voire une défense commune indépendante et de mettre en œuvre leur réarmement.

Mais désireux de conserver leurs liens avec Washington, ils n’auront d’autre choix que de se rallier à un éventuel accord en obtenant dans le meilleur des cas quelques modifications et en jouant finalement le rôle qui leur a été assigné par Trump : accorder des garanties de sécurité et financer le relèvement économique de l’Ukraine.

Jean de Gliniasty, Ancien ambassadeur de France en Russie

 

Mais où est passée la 155ᵉ brigade ?

La 155ᵉ brigade ukrainienne, baptisée « Anne de Kiev », devait, selon Emmanuel Macron, être le symbole de la coopération militaire franco-ukrainienne et une illustration de la contribution de la France à la « victoire » de Zelenski sur Poutine.

Constituée en mars 2024, la 155ᵉ brigade regroupait, à l’origine, quelque 4 500 combattants, hommes de troupe et officiers. Sur ce total, 2 300 hommes ont été formés et équipés en France, dans une base du Grand-Est. Kiev et Paris voulurent faire un clin d’œil à l’histoire en baptisant la brigade « Anne de Kiev », au mépris de l’histoire, justement. Car si la fille de Iaroslav le Sage, grand-prince de Kiev, prince de Novgorod et prince de Rostov, a bien existé (XIe siècle) et épousa, le 19 mai 1051, le roi de France Henri Iᵉʳ, Kiev était alors la capitale de la Rus’, l’ancêtre commun à la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie actuelles. L’Ukraine, alors, n’existait pas et n’existera que neuf siècles plus tard.

Emmanuel Macron avait promis à Zelenski, en juin 2024, au moment des célébrations du débarquement, que l’armée française formerait cette brigade. Le 9 octobre dernier, il se rendit dans l’Est pour rencontrer cette troupe que les instructeurs formaient « dans les conditions de combat ». Sur place, il se fendit d’un de ses tweets triomphaux dont il a le secret : « J’en avais pris l’engagement : nos militaires forment actuellement 2 300 soldats ukrainiens dans le Grand Est, avec des équipements qu’ils utiliseront en mission  ».

Dès leur arrivée en France, une cinquantaine de soldats s’égaillèrent dans nos campagnes, ou en Allemagne, on ne sait pas au juste où ils sont passés. Mais le pire restait à venir. En ce début d’année, on a appris que de retour au pays, quelque 1 700 hommes, sur les 2 250 restants, avaient disparu, c’est-à-dire avaient tout bonnement déserté. Deux mois de formation pour rien et, accessoirement, 900 000 euros – de la poche des contribuables français – partis en fumée !

Les rescapés de la brigade ont été éparpillés à plusieurs endroits du front, notamment à Pokrovsk, dans l’Oblast de Donetsk, l’un des points les plus chauds. On ne sait, à cette heure, combien sont encore vivants.

Si les désertions sont légion dans les Forces armées ukrainiennes (FAU), Kiev en fait peu de cas. Mais la publicité faite à la 155ᵉ brigade « Anne de Kiev », grâce à Macron, fait que cette fois, le scandale a éclaté, dans la presse et même à la Rada (Parlement) où certains mettent en cause gabegie du commandement, jusqu’au plus haut gradé et Zelenski lui-même.

Alors que les Russes avancent partout, que les FAU sont désorganisées et épuisées, que Kiev attend dans l’angoisse l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, l’Affaire de la 155ᵉ brigade devient une affaire plus politique que militaire. C’est la première fois depuis février 2022 que la politique s’invite ainsi dans le débat. Il est probable que ce ne soit pas la dernière.

Bernard Frédérick. Libertéactus.

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