Retour sur les estimations faites quant à la crise qui vient.
Le constat est désormais partagé par le FMI, la Banque Mondiale et l'Agence internationale de l'énergie :
- 13% pour le pétrole, -20% pour le gaz, - 40% pour les engrais, - 35% pour l'hélium, - 24% pour l'aluminium.
En fait, compte tenu des différences de qualité du pétrole, on est à -40% pour le pétrole qui convient à la chimie, ce qui explique que l'Urals (russe) soit désormais + cher que le BRENT.
Le FMI publie 2 scénarios qualifiés d'"adverse" et de "sévère". L'adverse estime une baisse de la croissance mondiale de -0,85%. Le sévère de -1,3%. Mes calculs, pour l'instant, convergent avec "l'adverse". Mais ils pourraient se réévaluer rapidement.
En effet, travaillant avec des experts basés au Moyen-Orient, à Houston et en Russie on commence à avoir une idée des dégâts faits aux puits par l'arrêt de la production depuis 2 mois. Ils sont importants.
Surtout, ils viennent s'ajouter aux dégâts causés aux installations de pompage, de raffinage et de chargement provoqués par les tirs iraniens ripostant aux bombardements américains et israéliens.
La conclusion est que si la paix était faite aujourd'hui, il faudrait néanmoins 2,5 ans (au mieux) pour retrouver 80% de la production de gaz et pétrole d'avant-guerre. Donc il manquerait toujours 20% soit 2,6% de la production mondiale.
Cela implique une crise de longue durée avec des baisses importantes de production et surtout une catastrophe agricole par pénurie d'engrais. Elle est déjà visible dans l'Océan Indien et aux USA. Les récoltes de fin d'été et d’automne seront désastreuses.
Pour la France, nous serons touchés entre fin août et mi-octobre, avec une contraction de la consommation du fait d'une forte inflation (les 4% seront probablement dépassés, une hausse de 5% à 6% est probable).
Par ailleurs, l'économie française sera frappée alors qu'elle est à l'arrêt (0% au 1T 2026) alors que j'envisageais avec mes collègues une croissance au 1er semestre de 0,6/0,8%.
Des crises particulières auront lieu du fait d'une pénurie spécifique de gasoil et de kérosène. Les annonces de réduction des vols (-25% à -35%) dans l'Océan Indien indiquent ce qui va se passer d'ici quelques semaines en Europe.
L'Europe est la région économique du monde qui est la plus mal placée pour faire face à cette crise, sauf peut-être les pays pauvres d'Asie (Bangladesh, Sri Lanka, Philippines) et d'Afrique orientale.
Tout ceci n'est pas un rêve ou un cauchemar. Ce sont les conclusions auxquelles nous arrivons tous, que l'on travaille au FMI, à la BM, ou dans des centres universitaires. Mais le refus d'anticiper de la part de nos gouvernements va empirer considérablement les choses.
Pour finir, nous ne sommes pas "pessimistes". Des estimations encore plus sombres circulent. Des experts Qatari parlent d'un délai de 5 ans pour un retour à la normale. Nos estimations restent encore "modérées".
Jacques Sapir.