Un armateur sud-coréen a payé 5,3 millions de
dollars pour doubler la file d’attente au Panama. Le prix
d’un passage prioritaire a été multiplié par cent en six
mois. Derrière la flambée, une réserve d’eau douce qui
s’épuise et deux détroits stratégiques sous tension au même
moment.
Le 26 août, la compagnie SK Gas a remporté une
enchère à 5,3 millions de dollars pour faire passer son
méthanier G. Spirit en tête de file, le 1er septembre. Quelques
semaines plus tôt, un autre armateur sud-coréen, SK Shipping,
avait déjà déboursé 4,6 millions pour le même privilège. Entre
octobre 2025 et février 2026, la même enchère coûtait en moyenne
55 000 dollars. Le prix d’un raccourci a été multiplié par cent
en six mois.
Le canal manque d’eau, pas de clients
Le canal de Panama fonctionne à l’eau douce,
puisée dans les lacs artificiels de Gatún et d’Alhajuela, qui
remplissent les écluses à chaque passage. Or leur niveau baisse.
En cause, un épisode El Niño que l’Organisation météorologique
mondiale annonce comme l’un des plus intenses jamais mesurés,
avec une probabilité proche de 100 % qu’il se prolonge jusqu’en
février 2027.
L’Autorité du canal a donc réduit le nombre de
transits quotidiens, de 36 à 34 début septembre, puis à 32 à la
mi-septembre. Une portion des créneaux libres part alors aux
enchères. Le mécanisme est simple : celui qui a le plus besoin
de sa cargaison paie le plus cher. Pour un tanker de gaz,
quelques jours d’attente en moins peuvent valoir plusieurs
millions de dollars. Environ 5 % du commerce maritime mondial
transite par cette voie de 80 kilomètres. La rareté, ici, se
facture à l’heure.
Qui paie, qui empoche
La panne d’eau devient recette. L’Autorité du
canal, organisme public panaméen, encaisse ces enchères record ;
une rente de la sécheresse qui vient s’ajouter aux droits de
passage ordinaires. Les armateurs les plus solides, eux,
absorbent le surcoût et le répercutent plus loin dans la
chaîne : sur le fret, sur l’énergie, en bout de course sur les
prix. Les plus petits transporteurs, incapables de suivre
l’enchère, patientent jusqu’à dix-sept jours ou changent de
route.
Le calendrier n’arrange rien. Depuis le
printemps, les tensions autour du détroit d’Ormuz poussaient
déjà une partie du trafic pétrolier et gazier à se rabattre sur
d’autres circuits. Les deux principaux clients du canal, les
États-Unis et la Chine, se retrouvent donc à négocier l’accès à
une infrastructure resserrée par deux crises distinctes. Et
pendant que les grandes compagnies s’arrachent les créneaux à
prix d’or, la sécheresse liée à El Niño aggrave, plus au nord,
la crise alimentaire du corridor sec d’Amérique centrale.
Un phénomène naturel de moins en moins naturel
L’Organisation météorologique mondiale présente
El Niño comme un cycle climatique naturel, périodique, sans lien
direct avec le réchauffement d’origine humaine. C’est vrai pour
le phénomène lui-même. Ça l’est moins pour son intensité. Une
étude publiée cet été dans la revue Science*, menée par la
climatologue Julia Cole à partir de neuf siècles d’archives
coralliennes, montre que la puissance des épisodes El Niño s’est
nettement accentuée depuis la fin du XIXe siècle, avec une
accélération marquée ces quarante dernières années ; une
trajectoire qui suit de près celle des températures mondiales et
de leur cause principale, les combustibles fossiles.
Reste une question en suspens : un système
d’enchères permet à l’Autorité du canal d’écouler la ressource
rare au plus offrant, sans jamais avoir à investir dans une
infrastructure moins dépendante de la pluie. Rien n’indique
aujourd’hui qu’un troisième réservoir, ou un mode de gestion
moins soumis au marché, soit à l’étude.
Esteban Evrard, Liberté Actus.
Léon XIV : « Ne bâtissons pas une
nouvelle Babel. L’avenir naît du dialogue, de la justice et de la paix. »
(Sante Cavalleri)
Face aux transformations technologiques, environnementales et
économiques majeures, l’humanité est confrontée à un choix crucial :
construire une nouvelle Tour de Babel ou bâtir une société fondée sur la
fraternité, la dignité humaine et la responsabilité partagée. Tel est le
message que le pape Léon XIV a adressé aux participants de la rencontre «
Fratelli Tutti : Dialogue socio-environnemental Nord-Sud », organisée par la
Commission pontificale pour l’Amérique latine, en collaboration avec le
CELAM et la Conférence des évêques catholiques des États-Unis.
Accueillant au Vatican des évêques, des syndicalistes, des
chefs d'entreprise, des représentants d'universités et d'institutions
internationales, le pape a esquissé un véritable programme éthique pour
l'avenir, dans lequel le dialogue, la justice sociale et la diplomatie de
paix deviennent les outils indispensables pour faire face aux crises
mondiales.
« L’Église dialogue avec le monde car telle est sa mission. »
Léon XIV a rappelé que le dialogue n'est pas un choix
tactique, mais qu'il est inhérent à la nature même de l'Église. Évoquant la
voie ouverte par le concile Vatican II, il a expliqué que la proclamation de
l'Évangile se réalise par la rencontre avec la réalité concrète des
personnes.
« L’Église est appelée à un dialogue courageux et
confiant avec le monde contemporain dans toute sa diversité et ses
réalités. Elle a reçu de Jésus-Christ la mission d’apporter la lumière
de l’Évangile aux circonstances concrètes dans lesquelles vivent les
hommes et les femmes de notre temps », a déclaré le pape Léon XIII.
Pour le Pape, ce regard pastoral doit se porter avant tout
sur les plus vulnérables, ceux qui sont les plus durement touchés par les
mutations sociales, économiques et technologiques. Le souci des pauvres,
a-t-il réaffirmé, demeure le critère fondamental pour évaluer tout progrès
humain authentique.
« La question décisive est de savoir quel type d’humanité
nous voulons construire. »
Le cœur du discours repose sur une puissante image biblique
tirée de son encyclique Magnifica Humanitas. Selon Léon XIV, le véritable
carrefour de l'histoire contemporaine ne concerne pas les outils
technologiques, mais le modèle de société qu'ils contribueront à engendrer.
« Nous sommes confrontés à la possibilité d’ériger une
nouvelle Tour de Babel ou de bâtir une cité où Dieu et l’humanité
cohabitent. La question cruciale n’est donc pas simplement d’accepter ou
de rejeter certaines technologies, mais de savoir quel type d’humanité
nous voulons construire et quelle place chaque personne y occupera », a
poursuivi le pape, soulignant que la dignité humaine est le critère de
toute innovation.
Une telle responsabilité, constata-t-il, dépasse les
capacités de toute institution isolée. C’est pourquoi il appela à une
réhabilitation vigoureuse du principe de subsidiarité, renforçant la
contribution des institutions publiques, des entreprises, des travailleurs,
des universités et des collectivités locales dans un cadre de responsabilité
partagée.
Contre la polarisation : « Les différences ne doivent
pas être des instruments de pouvoir. »
Un passage central du discours était consacré à la crise du
débat public et à la polarisation croissante qui affectent les sociétés
contemporaines. Léon XIV proposait l'expérience synodale de l'Église comme
une méthode capable de transformer le conflit en une occasion de
discernement.
« Écouter véritablement les différences ne signifie pas les
diluer, mais apprendre à discerner ce qui peut servir le bien de tous. Nous
vivons à une époque où les discours polarisés sont immédiatement amplifiés
et où la confrontation risque facilement de se transformer en instrument de
pouvoir », a déclaré le pape Léon XIII, nous exhortant à ne pas céder à la
logique d'une opposition permanente.
Un dialogue authentique, a-t-il ajouté, exige bien plus
qu'une simple cordialité. « Un véritable dialogue nous impose de rester
assis à la même table même lorsque des intérêts divergents surgissent et que
les décisions nécessitent des sacrifices concrets », a-t-il souligné,
rappelant que la fraternité repose sur le fait que nous sommes tous enfants
d'un même Père.
La doctrine sociale : « Non pas un manuel, mais un
discernement partagé »
S’adressant aux représentants du monde économique et
syndical, Léon XIV a défini la doctrine sociale de l’Église comme un
instrument vivant, capable de guider les choix sans se substituer à la
responsabilité personnelle et politique.
« La doctrine sociale de l’Église n’est pas un manuel de
principes et de normes à appliquer mécaniquement, mais une démarche de
discernement partagé. Ses principes ne remplacent pas les décisions que vous
êtes appelés à prendre : ils offrent des critères pour juger si elles
respectent véritablement la dignité de la personne et servent le bien commun
», a expliqué le Saint-Père.
D’où l’appel à la justice sociale comme critère décisif de
l’action publique. « Un ordre social, économique et politique ne peut être
considéré comme véritablement humain que lorsqu’il permet à chacun, et en
particulier aux plus vulnérables, de vivre une vie digne, sans laisser
personne de côté », a-t-il déclaré, réaffirmant que la valeur des décisions
se mesure à leur capacité à protéger ceux qui ont moins de pouvoir et moins
de moyens de se défendre.
« Entrer sur les chantiers de l’histoire » : un appel
à la diplomatie de paix
Dans la conclusion de son discours, Léon XIV proposa la
figure biblique du prophète Néhémie comme modèle pour reconstruire un monde
meurtri par la guerre, l'inégalité et la division. De même que Néhémie
rebâtit Jérusalem en mobilisant tout le peuple, chacun est aujourd'hui
appelé à partager cette responsabilité commune.
« Entrez sur les chantiers de l’histoire : laboratoires de
recherche, entreprises technologiques, écoles, médias, institutions et
communautés locales, pour reconstruire ce qui s’est effondré et protéger ce
qui est menacé aujourd’hui », a exhorté le pape Léon XIII, nous invitant à
nous laisser interroger par les signes des temps et la contribution de la
science et de la culture.
La dernière partie du discours était consacrée à la valeur de
la diplomatie et de la négociation, présentées comme une alternative
concrète à l'escalade des conflits.
« La négociation fait partie d’une forme de politique plus
noble, capable de rechercher le bien commun au-dessus des intérêts
particuliers. Je vous encourage à cultiver une saine culture de la
négociation, capable d’ouvrir des voies précisément là où les divergences
semblent bloquer toute possibilité de rencontre. Ainsi, vous contribuerez à
la diplomatie de paix dont notre monde a un besoin urgent », a conclu le
pape.
L’ultime espoir de Léon XIV se retrouve aussi dans le
programme de son pontificat : faire en sorte que le progrès ne laisse pas
derrière lui de nouvelles ruines, mais devienne une maison commune capable
d’accueillir tout le monde, à commencer par les plus démunis.
Chevaliers sacrés
La
science à l’épreuve des antivax
Quand Edward Jenner commence à vacciner en
1796, l’horizon du monde ne change pas d’un coup, mais la
malédiction de la variole que l’on tentait de contourner par
la dangereuse variolisation, s’éloigne. Jenner sait-il
qu’une nouvelle ère s’annonce ?
Jenner avait constaté que les femmes qui
trayaient les vaches ne contractaient pas la variole si elles
étaient contaminées par la vaccine, une dermatose suintante des
pis de leurs laitières- et, il décida d’inoculer ses patients
avec les sécrétions des mains d’une trayeuse. C’était peut-être
un pari, mais il est vrai que le recueil des croûtes d’un
survivant d’une variole d’intensité modérée, pour inoculer ses
enfants, était déjà un pari risqué, même accompagné de prières
ferventes.
L’information ne tarda pas à gagner les sociétés
occidentales, à l’exemple de Napoléon Ier qui fit vacciner son
fils de quelques mois en 1811. Vacciner le roi de Rome avant la
mise en place des prémices d’une vaccination généralisée, était
aussi l’occasion de protéger les recrues nécessaires à ses
armées et ses conquêtes.
Progressivement, suite aux résultats protecteurs
de l’inoculation de la vaccine, des campagnes de vaccination
furent effectuées dans tous les continents en vue de débusquer
les îlots de contaminations. Et, en à peine deux siècles, la
variole finit par disparaître, l’Organisation mondiale de la
santé la déclara éradiquée le 8 mai 1980.
Après des millénaires de deuils et d’angoisses,
de civilisations arrêtées dans leur élan, qui aurait pu imaginer
cette victoire sur la mort aveugle ? Alors pourquoi s’arrêter
là, pourquoi ne pas développer les moyens de se protéger
d’autres infections ?
Suite ...
Marc Baudin, Liberté Actus.
Ceuta. Fausse
crise pour vraies ingérences
Ceuta. Un petit
territoire sous souveraineté
espagnole sur le continent
africain, à l’entrée du détroit
de Gibraltar, entouré du Maroc.
La ville est sous souveraineté
espagnole depuis 1580,
revendiquée par le Maroc depuis
son indépendance en 1956.
L’histoire de ces
présides espagnoles d’Afrique du
Nord est complexe : antérieures au
protectorat colonial espagnol, elles
ne figurent pas sur la liste
onusienne des territoires à
décoloniser, mais leur statut
alimente une tension structurelle
entre Madrid et Rabat que ni le
droit international ni la diplomatie
bilatérale n’ont jamais vraiment
soldée. Un bout d’Europe en Afrique,
85 000 habitants, que le grand
public découvre tous les cinq ans
pour les mêmes raisons.
Suite
...
La
Chine frappe 14 entreprises européennes en réponse aux sanctions
La réponse chinoise
n’aura pas attendu. Moins de
vingt-quatre heures après le 21e paquet
de sanctions européennes contre la
Russie, qui visait notamment quatorze
entreprises chinoises, Pékin a frappé à
son tour. Cette fois, ce sont quatorze
acteurs importants de l’industrie, de la
recherche et de la défense européennes
qui sont directement touchés.
Derrière cet échange de
sanctions se dessine autre chose d’autrement
plus inquiétant : en s’engageant dans une
logique d’escalade économique au nom de son
soutien à l’Ukraine, l’Union européenne
expose son propre appareil productif à des
représailles dont le coût est considérable.
Pékin frappe là où l’Europe
est la plus vulnérable
Le ministère chinois du
Commerce (MOFCOM) a soigneusement
sélectionné ses cibles : Rheinmetall en
Allemagne, III-V Lab et Cavok UAS en France,
Vigo Photonics en Pologne, Tatra Trucks en
République tchèque ou encore plusieurs
entreprises spécialisées dans les matériaux
avancés, les lasers, l’optronique et les
semi-conducteurs. L’annonce chinoise
interdit désormais l’exportation directe de
biens à double usage vers ces organisations.
Plus encore, elle prohibe leur réexportation
par des distributeurs étrangers lorsque les
composants sont d’origine chinoise. Pékin
transforme ainsi sa place centrale dans les
chaînes d’approvisionnement mondiales en
véritable levier stratégique.
Le choix des produits
concernés est révélateur.
Terres rares, gallium, germanium, antimoine,
tungstène : ces matériaux sont
indispensables à la fabrication des
semi-conducteurs, des moteurs électriques,
des systèmes optiques, des drones, des
véhicules militaires et des munitions
modernes. Sur plusieurs de ces ressources,
la Chine occupe une position dominante
mondiale, tant pour l’extraction que pour le
raffinage.
Une stratégie qui expose
l’industrie européenne
L’Union européenne affiche
l’objectif d’une « souveraineté
stratégique » tout en demeurant fortement
dépendante de la Chine pour des matières
premières et composants indispensables à ses
industries de pointe. À mesure que les
sanctions s’accumulent, les représailles
deviennent plus rapides, plus ciblées et
potentiellement plus coûteuses. Les
entreprises européennes devront rechercher
de nouveaux fournisseurs, requalifier leurs
chaînes de production, absorber des hausses
de prix et accepter des retards susceptibles
de durer plusieurs années. Les secteurs de
la défense, de l’aéronautique, des
semi-conducteurs, de l’automobile ou encore
de la recherche pourraient être directement
affectés.
L’Union européenne risque
désormais de payer deux fois le prix du
conflit ukrainien : par le coût d’un soutien
militaire et financier ruineux, mais aussi
par les représailles économiques de
puissances comme la Chine. Cette stratégie
fragilise directement l’industrie française
et européenne au moment même où la
compétition mondiale pour les matières
premières, les technologies et les capacités
de production s’intensifie.
En moins de vingt-quatre
heures, Pékin a démontré qu’il était en
mesure de répondre coup pour coup à chaque
nouveau train de sanctions européennes. La
guerre économique change de nature. Elle ne
se joue plus seulement sur les droits de
douane ou les restrictions commerciales,
mais aussi et surtout sur la maîtrise des
ressources stratégiques, des composants
critiques et des chaînes
d’approvisionnement. L’Europe semble
découvrir que la puissance diplomatique ne
suffit pas lorsque les dépendances
industrielles demeurent intactes. Pour
beaucoup d’analystes, cette séquence marque
l’entrée dans une nouvelle phase de la
guerre économique mondiale, où chaque
sanction risque désormais d’avoir un coût
direct pour ceux qui la décident.
Hervé Poly, Liberté Actus.
Fin du monopole
pétrolier, la Chine deviendra le principal fournisseur de sécurité
énergétique
«
Le monde ne peut absolument pas absorber davantage d’exportations en
provenance de Chine », s’écriaient les experts.
Après que les États-Unis et Israël ont mis le feu aux poudres au
Moyen-Orient ? Oh oui, c’est possible ! Et oh oui, ça va arriver !
Aujourd’hui plus que jamais, le monde – et notamment les pays du Sud –
achètera tout ce que la Chine a à vendre....
S’inquiéter de la capacité mondiale à absorber la production chinoise n’a
plus lieu d’être. La guerre au Moyen-Orient marque la fin de l’ère du
pétrole.
Suite...