Les comptages parallèles et les résultats partiels présagent d’une victoire historique, avec un score avoisinant les 45%, reléguant les libéraux et la droite de Boïko Borissov à 13% des voix chacun. L’extrême droite est également en net recul et le Parti socialiste bulgare, acteur historique de la vie politique bulgare, est exsangue, avec moins de 3% des voix et aucun député. Radev est parvenu à capter de manière spectaculaire la colère populaire issue de la corruption, de l’inflation, de l’adoption de l’euro au forceps et de la perte de souveraineté, en affaiblissant l’ensemble des partis précédemment représentés au Parlement.
Une majorité absolue pour le nouvel Orbán de gauche ?
Bulgarie Progressiste empochera vraisemblablement la majorité absolue des sièges, avec une participation en hausse de 10 points. Une victoire nette.
Qualifier Radev de nouvel Orbán est à la mode dans les milieux européistes. Un sobriquet très vendeur censé discréditer tout politique d’Europe centrale et de l’est osant s’opposer un tant soit peu à l’Union européenne. L’objectif est d’essentialiser et donc de stériliser le débat politique dans cette partie de l’Europe selon un schéma simpliste « pro russe » contre « pro UE ».
Cela ne fonctionne pas ainsi dans le réel. Les Bulgares se sont mobilisés pour mettre un terme à une séquence désastreuse marquée par la perte de souveraineté, le mépris des aspirations populaires et la crise économique. Ils ont donné un mandat fort à Roumen Radev. Qu’en fera-t-il ? Difficile à ce stade de se prononcer.
Bien que disposant d’une forte légitimité à l’intérieur, il faut rappeler que la Bulgarie est un pays de 6,5 millions d’habitants, au niveau de vie le plus faible de l’Union européenne. À Bruxelles, s’il est impossible de contester cette victoire, tout sera fait pour que Radev ne devienne pas le nouvel Orbán, avec très vraisemblablement la carotte dans un premier temps, puis le bâton. Quoi qu’il en soit, même si elle est légère, cette réorientation de la Bulgarie vers une politique étrangère souveraine plus équilibrée est une mauvaise nouvelle pour les idéologues fédéralistes et néoconservateurs au pouvoir à Bruxelles et dans d’autres capitales européennes.
Quelques extraits des premiers mots de Roumen Radev après sa victoire :
« Nous avons voté activement, nous avons vaincu l’apathie. Mais la méfiance envers la politique bulgare est encore très grande, il y a beaucoup de travail pour rétablir le contrat social. C’est une victoire pour l’espoir, pour la liberté et pour la morale. […] nous mettrons en œuvre notre programme de destruction de l’oligarchie qui gouverne le pays. […] la Bulgarie fera des efforts pour continuer son aspiration européenne, mais croyez-moi, ce sera une Bulgarie forte. L’Europe a été victime de sa propre ambition d’être un leader moral dans un monde sans règles. L’Europe a besoin d’esprit critique, de pragmatisme, d’une nouvelle architecture de sécurité et de retrouver ses capacités industrielles. […]
Le dialogue avec la Russie doit reprendre, non seulement pour bâtir une nouvelle architecture de sécurité en Europe, mais aussi parce que pour retrouver son autonomie stratégique, l’Europe doit arrêter le processus de désindustrialisation, et elle aura besoin de la Russie et ses ressources énergétiques pour cela. »

