Si « l’Affaire Epstein » n’était qu’une affaire de pédocriminalité et de concussion, sa mort – assez trouble – le 10 août 2019 dans sa cellule à l’unité spéciale d’isolement, un mois après avoir été incarcéré, aurait relevé du fait divers et conduit à la clôture du dossier. Qu’elle ressurgisse avec tant de force, sept ans plus tard, est la preuve qu’il ne s’agit pas d’une simple affaire criminelle.
Dans un article de 1850 qui sera repris par Engels en 1895, lorsqu’il publie, au nom de Marx, Les luttes de classe en France, Marx écrivait : « Pendant que l’aristocratie financière dictait les lois, dirigeait la gestion de l’État, disposait de tous les pouvoirs publics constitués, dominait l’opinion publique par la force des faits et par la presse, dans toutes les sphères, depuis la cour jusqu’au café borgne se reproduisait la même prostitution, la même tromperie éhontée, la même soif de s’enrichir, non point par la production, mais par l’escamotage de la richesse d’autrui déjà existante. C’est notamment aux sommets de la société bourgeoise que l’assouvissement des convoitises les plus malsaines et les plus déréglées se déchaînait, et entrait à chaque instant en conflit avec les lois bourgeoises elles-mêmes, car c’est là où la jouissance devient crapuleuse, là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent que tout naturellement la richesse provenant du jeu cherche sa satisfaction. L’aristocratie financière, dans son mode de gain comme dans ses jouissances, n’est pas autre chose que la résurrection du lumpenprolétariat dans les sommets de la société bourgeoise ».
La situation d’aujourd’hui n’est guère différente. Mais les rapports de force ont changé. En pleine décadence, de celles qu’un Luchino Visconti aurait pu mettre en scène à l’instar des Damnés, de Louis II de Bavière ou du Guépard, le capitalisme ne peut cacher ses turpitudes. S’il ne peut cacher le scandale, il lui faut le gérer et pourquoi pas à son profit.
Alors, on déverse sur le public, des milliers de pièces d’archives ; on offre en pâture aux médias qui n’attendent que ça, des centaines de noms. Les « élites » en tremblent dans tout l’Occident. Et cette peur qui court n’est pas une conséquence, c’est le but !
Les États-Unis ont perdu leur hégémonie mondiale. Ils ne peuvent même plus lancer des guerres comme par le passé.
Trump est passé maître dans les coups de théâtre. Ce ne sont plus des coups d’État. Ils restent le plus souvent sans lendemain : Venezuela, Iran, Groenland…C’est dangereux, c’est odieux, c’est scandaleux. Oui, mais ce n’est plus Arcole et encore moins Austerlitz.
Sans les médias aux ordres qui racontent l’histoire qu’on leur dit de raconter, loin, très loin de la vérité, tout ça relèverait du grand spectacle, celui qu’on offre avant que le rideau tombe. Définitivement !
Les États-Unis ont besoin de la servilité des États et des gens. L’Affaire Epstein est là pour cela.
Elle va sans doute durer longtemps, à coups de révélations, de dénonciations, dans un grand bluff où l’on joue sur la forme jamais sur le fond ; où l’on affirme tout dire pour cacher l’essentiel. Epstein est mort avant de parler, sans doute pour qu’il ne parle pas. Mais son cadavre est bien utile. On peut tout faire dire à un cadavre. Avant qu’il ne se taise pour l’éternité.
Bernard Frederick , Liberté Actus.

